IV A MADAME DE S
je ne craignais d'offenser leur modestie, ne me sul- (irait-il pas de citer les noms de telles ou telles de mes modèles, (Jont, hélas! je suis resté bien loiq!
Chez les artistes, chez les littérateurs, chez les historiens, chez les philosophes, chez les moralistes, ne trouverais-je pas des noms féminins, non-seulement à opposer aux plus illustres des siècles précédents, mieux encore qui surpasseraient en éclat les plus éclatants?
Il est donc de toute injustice de dire que les femmes ont abandonné le sceptre, et qu'il n'y a plus de salons. Le sceptre qu'ont tenu leurs aînées, de tout titre et de tout rang, elles le tiennent et le tiendront toujours, p^rce que la souveraineté réside en elles. Des salons, le vôtre, madame, prouve qu'il en est encore quelques-uns. J'ajoute qu'il y en aura toujours ; seulement le milieu où ils agissent a changé, les conditions dans lesquelles ils se forment et se meuvent ne sont plus les mêmes, parce que tftut se transforme autour de nous. Voilà, ce me semble, madame, ce qui peut donner le change aux esprits mécontents ou superficiels, facilement enclins à confondre les effets et les causes.
A MADAME DÉ S... v
Que les femmes de la bonne compagnie soient moins recherchées par les hommes que dans le passé, qu'elles se soient vu enlever des hommages auxquels elles avaient cependant seules droit, ce n'est pas niable. Mais à qui la fauteî
Je ne crains pas de l'avancer, si la société n'a pas conservé chez nous cette cohésion, cette vie, cette importance, ce lustre qui l'avaient placée si haut dans l'esprit des salons de Vienne, de Berlin, de Pétersbourg, de Londres et de Madrid, on ne peut en rendre responsables que les hommes.
Guidés, madame, par des considérations que je ne puis qu'indiquer, parce qu'elles m'entraîneraient au delà des limites d'une simple lettre, les hommes de la génération de 1 830 dissimulèrent leur oisiveté dans la fumée et le jeu des clubs. Une partie de la jeunesse élégante déserta les salons de la province, comme ceux de Paris, pour se réfugier dans la vie facile des cercles, qui, à dater de ce moment-là, prirent une importance considérable. De cette réunion d'hommes riches et inactifs, pour la plupart, sortit aussi un monde nouveau que son origine fit timide au début, mais qui, fort