‹ Les femmes d'aujourd'hui: esquissesChapitre 22 sur 31 · CLÉMENCE · texte numérisé non relu

CLÉMENCE

bleus, qu'ombragent de noirs sourcils, et les reflets de Tesprit d'Isaure, tantôt vifs, tantôt caressants, semblaient chercher un nouveau Bertrand de Roaux. Mais peut-être avez-vous gardé Véglantiney en songeant à ces vers du Planh (TAmor :

Hélas! et moi, plaintive, solitaire, Moi, qui n'ai su qu'aimer et que souffrir.

Je dois au monde, au bonheur étrangère, Pleurer mes maux, les redire et mourir.

Hier, vous m'apparaissiez de nouveau. Cette fois, c'était une sœur de charité venant soigner un malade. Ces visites de l'amitié et du dévouement, madame, je ne les oublierai pas.

Dans noire ciel parisien, Adèle n'est pas positivement une étoile, c'est un satellite. Elle s'est absorbée dans une amitié presque unique, sur laquelle le temps n'a pas de prise. Elle est du nombre de mes plus anciennes relations, et je crois aussi de mes plus fidèles amies. Ce qui apparaît donc totit d'abord chez Adèle, c'est la constance dans l'affection. En regardant de plus près dans ses sentiments, on y trouveraH aussi

le dévouement, le renoncement et jusqu'à Tcffacement de sa personnalité.

De cette vie, partagée entre le foyer conjugal et le culte de l'amitié, il ressort cependant des traits saillants et caractéristiques.

Adèle a dans le caractère de la décision, de la résolution, et dans l'esprit de la finesse, de la vivacité, du trait, de l'ironie, de l'entrain, de la crânerie et de la curiosité. Sa vie, d'où sont bannies l'oisiveté et les préoccupations de toiletle, est remplie par les exercices du sport, par la lecture et les arts. Je la citerai encore comme une des maîtresses de maison les plus entendues.

A la campagne, elle pratique l'hospitalité la plus aimable, laissant à chacun une complète indépendance, tout en s'ingéniant à lui être agréable. Son châleau, élégante construction flamande du dix-septième siècle, toujours dans un ordre parfait, est orné partout, au salon

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comme sur l'escalier, d'une quantité de corbeilles de fleurs, qu'une serre bien garnie renouvelle sans cesse. Le parc, traversé par une large avenue royale et planté d'arbres centenaires, embelli par de belles eaux, égayé par le galop des poulains sur les pelouses, où paissent déjà de paisibles vaches, est tenu à l'avenant de l'intérieur.

A Paris, Adèle aime à donner à dîner à son intimité. Elle se plaît à veiller longuement, pelotonnée comme une chatte sur sa chauffeuse, les bras souvent croisés, enveloppée de la fumée de sa cigarette. C'est en même temps pour elle et un repos après une causerie animée, et delà rêverie, ou tout au moins un retour sur ellemême ou sur ce qu'elle a entendu, car elle a de l'observation.

Adèle, pour avoir des amis que je retrouve chaque année dans son salon, n'a pas su se préserver de quelques ennemies. Peiit-être même

les a- 1- elle provoquées ou suscitées? Toutefois, en observant ses anciennes bonnes amies, je trouve en elles quelques-uns des défauts d'Adèle, et pas une de ses nombreuses qualités.

Elle a donc aussi des défauts, me dira-t-on?

et qui n'en a pas? Mais, répondrai-je, à qui ces défauts ont-ils fait du tort? Adèle a-t-elle jamais eu la pensée denuire sérieusement àquelqu'un: Non. Est-elle vindicative? Non. Est-elle dénigrante? Non. A-t-elle jamais empoisonné ses convives, en leur faisant boire du vin d'Argenteuil pour duLafQtte? Non. Leur a-t-elle jamais, en quittant la table, offert des billets de loterie ou de concert? Non. A-t-elle jamais envoyé ses amis à la Bastille prendre une loge au Théâtre- Déjazet? Non. Les a-t-elle jamais priés de conduire un parent de province au Jardin des Plantes ou à l'Observatoire? Non. A-t-elle jamais invité un de ses habitués à une partie de spectacle en la lui faisant payer? Non. Exécute-

t-elle sur le piano les variations de X... ou de Z..., sur toutes les niélodies que vous aimez? Non. Son mari compose-t-il de la musique qu'il impose et qu'il joue sur le cornet à piston ? Non . A-t-elle des enfants qui vous montent sur les épaules, qui vous tirent les cheveux ou ceux de votre perruque? Non. A-t-on jamais pu dire de la conversation d'Adèle qu'elle était à dormir debout? Non, assurément. Se met-elle du rouge et du blanc? Non. Se pique-t-elle d'avoir en levé à celle-ci l'amour d'un amant, à celle-là l'affection d'un mari? Non.

Eh bien, alors, que lui reprochez-vous? De montrer un bout de vanité, à l'endroit de sa naissance et de ses alliances? Mais n'en a pas qui voudrait bien. De laisser parfois percer sa malice? et que vous importe, si vous ne pouvez l'accuser de médisance? De se complaire dans les petits sentiers, et de préférer les chemins de traverse aux lignes droites? Mais, le plus sou-

vent, les femmes ne suivent-elles pas justement les routes que nous leur avons indiquées nousmêmes? De couper le caquet d'un fat ou d'un sot par une épigramme sanglante? Mais c'est encore là une arme dont les femmes, à mon sens, se servent trop rarement, faule souvent de la savoir manier.

Après tout, quelle est celle qui pourrait dire, et Adèle le pourra :

Ich bin viol

liol.assd wordon, docli auch viol îîolicbt.

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