VI • A MADAME DE S
des hommages que les plus grands seigpeurs ne craignaient pas de lui rendre publiquement, devint bientôt, powr la société des femmes comme il faut, un rival insolent !
Ces nouvelles habitudes contractées par les jeunes gens s'expliquent facilement, madame, par la situation qu'ils s'étaient faite, c'est-à-dire par leur oisiveté même. En effet, quels éléments, quel intérêt pouvaient bien apporter dans les salons ceux qui s'étaient retirés de la vie publique, ceux qui avaient en toutes choses paussé si loin l'abstention, qu'ils en étaient arrivés à se désintéresser de tout ce qui avait fait la grandeur de leurs pères?
N'ayant point de lauriers à déposer aux pieds de leurs dames, ne pouvant illustrer leurs couleurs, n'attendant d'elles ni louanges ni récompenses, les hommes de l'aristocratie devaient forcément abandonner le camp encore retentissant de la gloire passée, et les traditions séculaires d'une galanterie rafGnée. Riches seulement des biens du passé, de son héritage moral comme de Fon héritage matériel, l'un et l'autre déjà compromis dans une vie inférieure et oisive, nos élégants ne fréquentèrent plus
A MADAME DE S... vu
guère que le temple de Laïs, dont une simple clef d'or ouvre à tous venants les portes enguirlandées <
Comment s'étonner maintenant si cette désertion entraîne parfois certaines femmes du monde à reconquérir les infidèles par des moyens indignes d'elles? comment s'étonner de voir et le luxe effréné faisant, près des hommes, fortune à leurs dépend, et les façons mêmes de leurs nouvelles idoles entrer au fover de la famille?
Admettre un semblable résultat, n'est-ce pas ' dire et justement accuser l'attitude, les goûts, les préférences des hommes ?
Mais ces imperfections, ces écarts mêmes, disparaissent dans cet ensemble harmonieux que dirigent des deux côtés de la Seine les gardiennes fidèles des traditions de noble élégance et de grand air, dont vous êtes, madame, l'une des plus distinguées.
Aussi n'est-ce pas sans fierté et sans un vif sentiment de reconnaissance que je place ces esquisses sous le patronage d'un nom qui leur vaudra la bienveillance des femmes d'aujourd'hui, dignes assurément d'un meilleur peintre.
J'espère enrichir encore un jour cette galerie
Mil A MADAME DE S...
des femmes de mon temps, dont l'ascendant reprend chaque jour plus de force et d'autorité. Quand je considère les salons qui se forment sous l'égide d'une souveraine, dont, à la faveur d'une intimité privilégiée, vous appréciez, madame, la rare beauté, la haute capacité, la fière énergie et '^ h^s nobles sentiments, il me semble assister à la restauration de la société frantjaise, et cela m'est une pensée douce que d'en reporter l'honneur à qui de droit.
Puissiez-vous voir, madame, dans l'hommage de cette œuvre modeste, l'expression de mon admiration pour vous, et de ma reconnaissance pour» l'amitié dont vous m'honorez !
Puissent aussi mes contemporaines voir, dans l'essai que je tente, la manifestation de mon culte pour la Femme, principe de la civilisation et poésie de l'humanité!
GUY DE eu AB NAGÉ.