‹ Les femmes dans la scienceChapitre 145 sur 193 · DE SABLÉ · texte numérisé non relu

DE SABLÉ

M"* de Sablé, moraliste étudiée |)ar M. Cousin, s'intéresse à S<H*rale, à Epictete, etc. Elle a |)ublié des Maximes,

Voir la lettre de M. de la Brosse à cette dame sur la logi<|ue de Porl-Roval.

l'oe aimtbie femme qui pr^fértit d^jà les tciearct à la rb<^lorique.

.Madeleine- Henriette Hesselin , devenue Madame de Iji Sablière (lG.'i6-H)9i), aima et cultiva |>assionnément h^ sciences, pnUégea i^i Fontaine et fut alla<|uée [uir Boileau.

On croit que le caractère de la Scavante Ridicule a été fait pour une dame qui n*c8t plus et dont le mérite extraordinaire ne devait lui attirer que des louanges. Cette dame sa plaisait aux heures de son loisir à entendre parler d'astronomie et de ph}*

sique et elle avait même une grande réputation pour ces sciences, de même que pour plusieurs autres que la beauté et la faci-* lité de son esprit lui avaient rendues très familières, il est encore vray qu^elie n*en faisait aucune ostentation et qu*on n*estimait guère moins en elle le soin de cacher ses dons, que Tavantage

de les posséder L'aulheur de la Satyre ayant mis dans un

de ses ouvrages, il y a environ vingt ans, les deux vers qui suivent :

Que, Tastrolabe en main, une autre aille chercher Si le soleil est fixe ou tourne sur son axe,

cette dame eut la bonté de lui dire que quand on se meslait de faire des satyres il fallait connaître les matières dont on parloît, que ceux qui tiennent que le soleil est fixe et immuable, sont les mesmes qui soutiennent qu'il tourne sur son axe, et que ce ne sont point deux opinions différentes, comme il paraissait le dire dans ses vers. Elle ajouta qu^un astrolabe n^était d*aucane utilité pour découvrir si le soleil est fixe, ous*il tourne sur son axe. Perault. Apologie des femmes y i684.

Pcrault aurait pu, à la suite des deux vers qu'il cite, ajouter ce troisième assez drôle :

Si Saturne à ses yeux peut faire un parallaxe.

Nous donnons plus loin un extrait de la satire sur les femmes où Boileau essaye encore de ridiculiser Mad. de La Sablière.

Lire dans le journal Le Temps du 20 septembre 1891 un curieux article d'Anatole France.

« Pendant que M. de la Sablière, qui était aimable, faisait de petits vers aux dames, sa femme se jeta avec ardeur dans la philosophie et dans les sciences. Le vieux mathématicien Roberval lui donnait des leçons. Saint-Evremond était en correspondance avec elle. Bernier logeait chez elle. Bernier, qu*on nommait le joli philosophe, qui avait parcouru la Syrie, TÉgypte, Plnde, la Perse, et servi de médecin à Âureng-Zeb, et qui, étant ailé partout, revenu de jout, avait beaucoup à dire, étudiait sans cesse et ne croyait guère. 11 fit pour M"'^' de la Sablière un abrégé du système de Gassendi, son maître.

Et c'est un abrégé qui n'a pas moins de huit volumes.

La maison de M'»<' de la Sablière était ThôteUerie des savants. Elle y recueillit même un géomètre, le jeune Sauveur, qui devint par la suite un des plus grands mathématiciens français.

Passant Armtnde en zèle pour les belles connaissances, elle dllait le matin chex Dalancé faire des expériences au microscope et le soir assistait chex le médecin Verney à une dissection.

A trente ans, elle était illustre. Le roi Sobieski, de passage à Paris, Talla voir. Pour tout dire, c'était Vénus Uraniesur la terre. Kncore, elle s'était jetée dans la science avec une curiosité dévorante, et toute Tardeur d*une âme qui ne quittait les choses qu*après les avoir épuisées. Point gracieuse, pédante moins encore, quoi qu'en ait pensé Boileau après qu*elle eut blessé son amour-propre de rimeur.

Boileau était un bon humaniste, d'un esprit judicieux, sans grande curiosité. Il s'enferma toute sa vie dans le cercle des belles-lettres et resta toujours étranger aux sciences physiques et naturelles. Aussi lui arrivait-il parfois d'employer dans ses vers des termes savanU dont il ignorait le sans.

Quand M"* de la Sablière lut les Épllres, elle s'arrêta, dans la cinquième, à ces vers :

Que, Ta^troUlie en main, un autre aille chercher

Si le soleil est flxe ou tourne sur son axe.

Si Saturne à ses yeux peut faire un parallaxe. . .

Klle marqua de l'ongle cet endroit du livre et se moqua du poète qui parlait de l'astrolabe sans savoir ce que c'était, qui disait un parallaxe quand il fallait dire avec tous les savants une parallaxe et qui semblait enfin ne pas se faire une idée bien exacte du cours des planètes. Le régent du Parnasse, pris en faute comme un écolier et corrigé par une femme, en eut du dépit. Klle le jugeait trop ignorant; il la jugea trop savante et lui garda rancune. Son jugement était droit et son cœur honnête ; mais, cultivant la satire, il était vindicatif par profession. Méditant une poétique vengeance, il polit et repolit dans sa tète quelques vers destinés à prendre place dans sa satire des femmes. Je ne saurais dire au coin de quel bois, selon son usage, il en attrapa les rimes; contentons-nous d'affirmer que l'ombre du bonhomme Chrysale, lui tenant lieu de muse, en fournit l'inspiration. Le poète y désignait, sans la nommer

Otte sn\Antt*.

Ou estime RnlH'rT.il et qiw Sauveur fréquent*'.

Ht, dans son envie de piquer la savante à l'endroit sensible, il s'avisa de dire que l'astronomie lui fatiguait les yeux et lui gâtait

le teint. D'où vient, s*écriait-il dans un mouvement d^enthousiasme calculé,

D'où Tient qu'elle a l'œil trouble et le teint si terni ? C'est que, sur le calcul, dit-on, de Cassini, Un astrolabe en main, elle a, dans sa gouttière^ A suivre Jupiter passé la nuit entière.

On voit que Tastrolabe lui tenait au cœur et quMI était assez content de faire voir qu'il en connaissait enfin le véritable usage. On ne sait si le trait eût porté et si M™» de la Sablière en eût été blessée. L'irréprochable Boileau, satisfait d'avoir pu se venger ne se vengea pas. Satis est potuisse videri. Il garda ses vers en manuscrit. »

La Fontaine dit dans la fable I du livre X (Discours à M"* de la Sablière) qu'elle a « beauté d'homme avec grâce de femme ». Consulter aussi le Discours à Madame de la Sablière « Désormais que ma musc... »

Y. d'Olivet. Histoire de V Académie, — Fontenelle. Éloge de Sauveur. — Walkenaer. Vie de La Fontaine. — Mercure galant^ 1678. — E. de Lerne. Reines, etc. ; 1867, in-8.

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