‹ Les femmes dans la scienceChapitre 153 sur 193 · A. DB HUMBOLDT · texte numérisé non relu

A. DB HUMBOLDT

Une FILLE d'amiral. — L'amiral écossais Fairfax, prisonnier des Français, puiséchangé, venait de reprendre la mer, lorsque sa fille Mary vint au monde, en 1780. Toute la jeunesse de l'enfant s'est écoulée à Bumisland. C'est un petit port tranquille, à l'opposé d'Edimbourg, les mœurs y étaient primitives, les huîtres y coûtaient un sou la douzaine.

Le père revenait de temps en temps : il soignait son jardin de tulipes et de roses; il réconfortait sa femme les soirs d'orage : « Peg, prends ce grog, tu vas entendre rat-tat-too » ; il disait que Dieu nous donne les aliments, mais que le diable envoie les cuisinières pour les préparer.

Mary Fairfax fait des collections, observe les astres et a un petit laboratoire dont l'unique cornue éclate. Elle porte un corset terrible, elle a un maître à danser et elle fait quatre heures de piano par jour. Ce qui vaut mieux, elle confectionne ses habits elle-même et elle apprend la cuisine chez un pâtissier.

Pendant une visite chez une amie de sa mère, elle voit à la

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lin d'un journal de modes une esp^oe de problème avec des X et des »/, entremêlés de petits traits diversement orientés; elle interroge et on lui répond : cela s'appelle de l'algèbre, ne m'en demandez pas plus long! D'autre part, son maitre de dessin ne cesse de lui répéter : « Étudiez Euclide, base de la perspective, de la mécanique et de Tastronomie. » Le précepteur de ses frères lui procure enfin ce fameux Euclide et ralgi»bre de Bonycastle. Mary était sauvée, elle dévorait les deux livres, surtout la nuit; on lui supprima la chandelle, elle dut travailler de tète. « Peg, dit un jour le père, il faut couper court à ce travers, si nous ne voulons pas que Mary devienne folle, comme ce malheureux X... dont la longitude a troublé la cenelle. »

Hkcrkix MARiAi.E. — Mary Fairfax dut épouser un certain Greig, qui n'avait |)as bonne opinion de Tintelligence des femmes. Le pauvre trousseau contenait un schal d'hiver qu'elle vendit pour acheter le portrait de son père l'amiral. Elle continua à étudier quand même, à Londres, dans une chambre mal ventilée. Elle nourrissait son second gar^*on, iorS4|ue (ireig mourut.

La veuve retourna en Ecosse et le Jounial de mathématiques de Wallace lui décerna bientôt un prix de problèmes. Nous avons des journaux qui pr0|)osent ainsi des questions à leurs abonnés et on reman|ue que des jeunes filles les résolvent souvent. Wallace conseilla à la lauréate d'acheter des traitt^ français, c'est ce <|u'elle fil et chacun la trouva de plus en plus ridicule; ces livres sont consentes au Collège de filles de (lirton, à Cambridge.

Ijp seixmd mariage de Marj* avec son cousin Somerville, ancien médecin de marine, fut des plus heureux. Le nouveau mari encourageait, aidait et admirait sa femme. Il fut le modèle des préparateurs.

Madame Somenille avait toujours aimé les choses «le la mer. Lors4|ue Parry partit jwur les mers |K)laires, elle lui offrit plusieurs caisses de marmelade d'oranges do sa compo-

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