M. D C C. XL
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DU CHATELET 6i
SOUS la forme consacrée par les Anciens. La marquise a reconstitué, d'après les idées de Clairaut, le travail primitif de Newton et l'a intitulé : Solutions analytiques des principaux problèmes du système du monde. Elle composait chaque chapitre, dont elle faisait tous les calculs, puis le soumettait à la revision de Clairaut.
Mademoiselle Delaunay, une scientifique aussi, comme nous disons dans notre jargon moderne, une scientifique spirituelle, raille dans ses mémoires la savante Emilie, alors à la petite cour de Sceaux. « Elle fait actuellement la revue de ses Principes : c'est un exercice qu'elle réitère chaque année, sans quoi ils pourraient s'échapper et même s'en aller si loin qu'elle n'en retrouverait pas un seul. Je crois bien que sa tète est pour eux une maison de force et non pas le lieu de leur naissance. »
Menus éciuts. — Madame du Chàtelet a laissé quelques autres écrits et sa correspondance.
Le petit Traité du bonheur est sec et positif. Les conditions nécessaires et suffisantes sont énoncées d'abord, puis démontrées par ordre. Voici deux citations assez piquantes. « Nous n'avons rien à faire en ce monde qu'à nous procurer des sensations agréables. » Ailleurs : « A l'égard des malades, des cacochymes que tout incommode, ils ont d'autres espèces de bonheur : avoir bien chaud, bien digérer leur poulet, aller à la garde-robe est une jouissance pour eux. » Son ton s'élève pourtant, lors(pi'olle célèbre les bienfaits de l'étude, pour les femmes surtout : « Quand, par hasard, il s'en trouve (juclqu'une née avec une àme assez élevée, il ne lui reste rpie l'étude pour la consoler de toutes les exclusions et de toutes les dépendances auxquelles elle se trouve condamnée par état. »
Les Lettres de Madame du Chàtelet ont été publiées par M. Asse, avec une préface, des notes et un index. On y voit avec quelle passion la marquise cherchait à s'instruire auprès de tous les savants compétents. Je regrette (|ue l'éditeur
consciencieux se croie autorisé à sauter çà et là plusieurs passages, sous prétexte qu'ils sont scientifiques. II faut alors consulter les manuscrits, à la Nationale.
Enfin le petit écrit intitulé Preuves de Vexistence de Dieu est un exposé des preuves classiques. La marquise est déiste, mais elle est aussi sensualiste et épicurienne.
La mort. — Madame du Chàtclet mourut prématurément en I7i9, au Palais de Lunéville, après la naissance d'une tille. Ce fut une imprudence qui l'emporta : clic but un verre d'orgeat glacé, dans l'ardeur de la fièvre.
La pauvre marquise fut couchée sur un brancard de fleurs et enterrée dans la chapelle voisine.
Le POLR ET LE CONTRE. — Pour Ics gcns superficiels, on peut résumer Madame du Chàtelct dans ce distique :
lie Tesprit et des appas, l/éventail et le compas,
le compas étant simplement une singularité.
n faut avouer (|u'il n*v a pas dans la vie de la marquise cette unité qui plait. D*autrc part, un moraliste l'apostrophe « Femme sans foi, sans mœurs, sans pudeur! » Nous devons reconnaître en effet ([ue Madame du Châtclot a jeté quelquefois son compas par dessus les moulins. D'autre part, la savante, en tant ((ue savante, mérite l'admiration de tous. Voltaire a dit : « Tne femme cpii a traduit et éclairci Xe^iion, en un mot un tK»s grand homme. » Amp>re atllrme à son tour que : « Madame du Châlelel est un génie en géométrie. »
biBLlOGKAPIlli:
(MCuvres de .!/»« du Ckàtelet.
InsUtutions de phy^lciuf. 11 iO, in-8, Ironlisp. gr.; 2" édition, Anij»tenluni. portr. — TradurUon allemande par \c»n Strinwrhr, Halle et LHpzig, niJ, porir. — Traduction ilaliiMint-, Venise. 1143 .
Rt'iMmse à M. de Mairan sur les forr»-* \i\es. Hnixelle'., IT41. in-s. — Traduction italienne par (fiuliani, \1\i : nieniorie s«ipi*a la Il>ira. TraducUon allemande par M°»« CioltM-hed Knlinus.
Dii^«M*rtAUon sur la nature et la propagatinn du feu, l'44, in-s. (Au^^i dan* le* prix de l'Académie des sri»*nc«*s, pièces de 1738.)
Principes sur la philosophie naturelle, traduit de Newton. (Posthume.) 1759, 2 vol in-4. (Commentaire et planches.)
Lettres. L'édition la plus complète est celle de Asse, in-18.
Réflexions sur le bonheur (Dans : Opuscules philosophiques et littéraires. 1796)
De Texistence de Dieu (Imprimé à la suite de l'édition de 1806 des Lettres).
Sources pour Af«»« du Châtelet.
Le P. Paulian. Dictionnaire de physique.
La Place. Pièces intéressantes, t. V.
Grimm, Diderot. Correspondance littéraire, III, 87, 96, 104 ; VI, 158 ; IX, 321.
Louise Collet. Revue des Deux-Mondes du 15 décembre 1845.
Voltaire. Epître h Uranie ; vie de M™« du Châtelet ; correspondance. (Consult la table générale des œuvres compl.)
D'Albanès. Voltaire et M"»» du Châtelet, 1863, in-12.
De la Beaumelle. Vie de Maupertuis ; pp. 60-1 .
Abbé Plot. t. VII des Mémoires de la Société de Saint-Dizier. M»® du Châtelet (Il a été fait un tirage à part).
L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1891, pp. 13, 178.
Sainte-Beuve. Lundis, t. XIII, pp. 13 et 178.
Saint-Warc-Girardin. Revue des Cours littéraires du 16 janvier 1869.
Histoire littéraire des dames françaises ; t. IV.
L. Perrey. Le président Hénault et M™® du Deffant. Chap. 7, p. 251.
Dubois-Reymond. Revue scientifique (rose) du 25 juillet 1868. Résumé d'un discours à Berlin sur Voltaire physicien. — Une traduction par Lépine, in-8, 1869.
M«»o de Grafflgny. Voltaire et M™'' du Châtel«»t, 1820, pet. in-8 (ou édition Asse des Lettres de M"» de Grafflgny, 1879).
Emile Saigey. Les Sciences au xvm« siècle ; La physique de Voltaire. 1873, in-8.
Delambre. Histoire de l'astronomie au xvin® siècle, pp. 3 à 31. (La traduction des Principes y est résumée.)
Desnoirestierres. Voltaire et la Société au XYin» siècle. 1871-6 ; 8 vol. in-12. t. II.
Chasles. Rapport sur les progrès de la géométrie, pp. 36-7.
Capeflgue. La marquise du Châtelet et les amies des philosophes;
De Lescure. Les femmes philosophes; 1880, in-18.
Sourry. Voltiire physicien, dans Portraits du xmh® siècle.
Marquise de Cn'quy. Souvenirs. (Passim. — A la p. 104 du t. L, il est question de la Baronne de Breteuil, mère de la Marq. du Châtelet : « Elle était prodigieusement instruite, et les deux parties du savoir où ma tante excellait étaient surtout la théologie et l'astronomie. »)
Les portraits de la marquise sont nombreux, les deux principaux sontdushLatour (Muséede Saint-Quentin?) et à Marianne Loir(Musée de Bordeaux). Ils ont été souvent reproduits ; nous avons préféré le second. — V. aussi l'image dans la Galerie française de Restout, Monnet del., Lempereur se. — Dans 11 Newtonianismo per le dame d'Alfîarotti, Naples, 1737. in-4, le frontispice de Batta Piazzetta, gravé par Pitteri, représente M°ï<^ du Châtelet et Tauteur se promenant dans les jardins de Cirey.