‹ Les femmes dans la scienceChapitre 61 sur 193 · FERRAND · texte numérisé non relu

FERRAND

« Cette personne d'un mérite rare, philosophe et géomètre, est morte il y a deux ou trois ans, fort regrettée de Condillac et de tous ceux qui l'ont connue. »

Voici ce qu'écrit Condillac lui-même sur W^^ Ferrand :

Traité des sensations, — Dédicace de cet ouvrage (à Madame de Vassé) p. 48 et suiv.

Vous savez, Madame, à qui je dois les lumières qui ont enfin dissipé mes préjugés : vous savez la part qu'a eue à cet ouvrage une personne qui vous étoit si chère, et qui étoit si digne de votre estime et de votre amitié. C'est à sa mémoire que je leçonsacre ....

les vues les plus fines qu'il renferme sont dues à la justesse de son esprit et à la vivacité de son imagination ; qualités qu'elle réunissoit dans un point, où elles paroissent presque incompatibles. Elle sentit la nécessité de considérer séparément nos sens, de distinguer avec précision les idées que nous devons à chacun d'eux, et d'observer avec quel progrès ils s'instruisent, et comment ils se prêtent des secours mutuels.

Pour rcmphr cet objet, nous imaginâmes une statue organisée intérieurement comme nous, et animée d'un esprit privé de toute espèce d'idées. Nous supposâmes encore

Mademoiselle Ferrand m'a éclairé sur les principes, sur le plan et sur les moindres détails, et j'en suis d'autant plus reconnoissant que son projet n'étoit ni de m'instruire ni de faire un hvre. Elle ne s'aperçevoit pas qu'elle devenoit auteur, ei elle n'avoit d'autre dessein que de s'entretenir avec moi des choses auxquelles je prenois quelque intérêt. Aussi ne se prévenoit-elle jamais pour sessenliments; et si je les ai presque toujours préférés à ceux que j'avois d'abord, j'ai eu le plaisir de ne me rendre qu'à la lumière. Je l'estimois trop, pour les adopter par tout autre motif ; et elle-même elle en eut été offensée. Cependant il m'arrivoit si souvent de reconnoltre la supériorilé de ses vues, que mon aveu ne pouvoit éviter d'être soupçonné de trop de complaisance. Elle m'enfaisoit quelquefois des reproches ; elle craignoit, disoit-elle, de gâter mon ouvrage ; et examinant avec scrupule les opinions que j'abandonnois, elle eût voulu se convaincre que ses critiques n'étoient pas fondées.

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