‹ Les femmes dans la scienceChapitre 67 sur 193 · DE GÉRANDO · texte numérisé non relu

DE GÉRANDO

En 1798, un jeune soldat en garnison à Golmar méditait cette question proposée par TAcadémie des Sciences morales et politiques : « Quelle a été l'influence des signes sur les idées? » Le prix consistait en cinq hectogrammes d'or. Le philosophe de Gérando pria sa fiancée Annette de Rathsamhausen de copier son mémoire pour l'Académie.

M™« de Gérando fut la compagne intellectuelle de son mari. Elle connaissait et discutait les philosophes.

GERMAIN (Sophie)

J*apprécie autant qu'il le mérite uq écrit aussi remarquable, que bien peu d'hommes peuvent lire et qu'une seule femme pouvait faire.

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En pleine Terreur. — Dans la seconde moitié du siècle dernier, un orfèvre, nommé Germain, vendait à renseigne du Cahat d'or, rue Saint-Denis. Il n'était pas parent de ses homonymes, les orfèvres du Roi. Notre Germain fut membre de la Constituante et y prononça un discours contre les faiseurs d'affaires. Il fut plus tard un des Directeurs de la Banque de France.

Une fille, nommée Sophie, lui naquit en 1776. En grandissant, elle se passionna, comme tous les siens, pour les idées

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de 89. Mais loi*squo vint laTerrour, Fonfanl, qui ifavait qiio treize ans, fut indip:niV et é|>onvaiitée. Elle ne voulut plus sortir et se plongea dans Yllistoire des mathématiquf^s de Montucla. I^ rcVil de la mort d'Ar(*liiniède l'avait IVappcn^ et elle se sentait pleine d admiration |)Our une science qui, a!>sorbant Thomme tout entier, |)eut le consoler des plus grandes douleurs. Plus tard, |)endant la révolution de juillet 18.'U), Sophie Germain com|K)sera un mémoire de mathématiques, mais n'anticipons pas. I^ jeune Sophie prit la ferme résolution de comprendre ces sciences si attirantes et, malgré Fop- |M)sition de s;i famille, elle lut Ik'zout la nuit, enveloppée dans ses couvertures, |)endant que l'encre gelait dans l'encrier. Voilà certes une vocation.

A cette épo<|ue, on créait notre» grande Ecole polytechni<iue. I^grange surtout y était vivement goûté, il distribuait ses le^'ïms autogniphiées et excitait les élèves à lui demander piir é(*rit des explications. Sophie <levint alors un des correspondants anonymes du célèbre géomètre.

La iMiYsiQi k MATHKMATi^iK. — l-uc s<Mence nouvelle allait naître, la physique mathématicpie, d(mt Sophie (lermain devait être un des créateui*s.

L(»s expériences de CJdadni occuiKiient les esprits. Vous Siivez que si une plaque métallique mince est placée horizonUilement, s^iupoudrée de s:ible tin. siiisie en un |K>int de sim contour par un étau et attaqu<'e en un autn* |N)int avec un arch(*t (pii la fait vibnT. on voit le s;ibl«» se dis|K)ser en courbes régulières. Sur Tordre de l'Empereur, r.Xcadémie d«*s S^'iences avait mis au concours ce sujet : « m^nner la théorie de la vibration des plaqu(*s élastiques et comparer les résultats à l'expérience. » Ligrango disait qu*il faudrait imagin<M* une nouvelle anal\se. |Nnir rés4)Uflre la (piestion.

Tne femmi» osii seule concourir sur le stijt»t |>os4* et elle ht preuve d'une intellig«*nce vive et tenace. Son npiation <»st d'alHird défectueuse, puis Sophie (îermain mérite une men*

tion honorable et enfin, en 1815, le grand prix lui est décerné. Dans la commission. Poisson, qui a été aussi un des promoteurs de la physique mathématique, se montra seul peu bienveillant.

A la suite, la mathématicienne développa et précisa sa théorie dans quatre mémoires successifs qui sont trop techniques pour être analysés ici. Dans un cinquième mémoire, Sophie Germain calculait Tinfluence d'une épaisseur variant tout le long de la plaque. Ce mémoire est resté égaré longtemps; c'est M. G. de Courccl qui Ta découvert récemment, à la Bibliothèque des Ponts et Chaussées dans les papiers de de Prony, et qui Ta publié. Du reste, on avait aussi perdu la trace d'une note de Sophie sur une expérience de Wheatstone relative encore à l'élasticité et on Ta retrouvée à Londres, au British Muséum.

Les personnes curieuses de plus de détails pourront consulter V Histoire de VélasticHé par Todhunter, où se trouvent résumés avec soin tous les mémoires de Mademoiselle Germain.

Les mathématiques pures. — Les mathématiques pures ont aussi attiré Sophie Germain qui s'est surtout exercée sur l'arithmétiiiue supérieure c'est-à-dire la théorie profonde des nombres. Elle n'a pas trouvé, elle non plus, la démonstration du Théorème de Fermât ([ui résiste encore à tous les efforts, mais elle a rencontré en chemin de jolies propositions, telle <jue celle-ci : « Tout nombre entier a:* -|- 4 est le produit de deux nombres entiers. »

La correspondance de Gauss et de la jeune Française contient aussi d'intéressantes études. Dans la Théorie des nombres de Legendre, il y a un mémoire d'elle, dans le second supplément. Le Journal de mathématiques de Grelle a publié aussi plusieurs de ses travaux.

U.N MYSTÈRE. — Augustc Comtc a été un admirable examinateur d'entrée à l'Ecole polytechnique, au moins pendant

les premières années. On raconte (ju'une dame, curieuse de ses examens, s'était déguisée en homme pour y assister. Elle résumait ainsi ses impressions : « Il semble à chaque instant inventer les mathématiques. »

I^ sii^'e Sophie Germain allait, elle aussi, juscjuà sacrifier 8(Hi sexe à la science. Lors(|u'elle correspondait avec Lagrange, i>*gendre ou Gauss, elle signait « un élève de l'Kcole |K)lytechni(|ue », ou plus simplement : « Le Blanc. »

i^A r.iKBBK DK Prissk. — Pendant la campagne d'Iéna, contre la Prusse, Sophie, dont le cœur n'avait pas été des- SfH'hé par les mathémati(|ues, pensa à la tin tragicpie d'Archimode et treml)la pour Gauss qui habitait Brunswick. Elle écrivit une lettre pressiinle à un ami de sa famille, le général Pern(»lti (jui assiégeait alors Breslau. Va} général s'empressa de (h'»lacher un de ses oHiciei's vers Gauss, de la part de Sophie Germain, |)Our le rassurer. Le géomètre d^Vlara qu'il m» connaissîiit qu'uni' Française s'occupant de science, Madann* b'fnmvais de Irlande. Tue explication était inévitable et voici un extrait de la lettre (|ue n*vut Gauss: « ....je ne vous suis pas aussi parfaitement inconnue (|ue vous le croyez. Cniignanl le ridicule attaché au titre de femme suivante, j'ai autrefois emprunté le nom de M. 1^ Blanc |)Our vous écrire et vous communiquer des notes qui, sans doute, ne méritaient pas l'imlulgence avec laquelle vous avez bien voulu y n'»pondn».

J'espi're quo la singularité dont je vous fais aujourd'hui l'aveu ne me {^rivera pas «le l'honneur que vous m'avez accordé sous un nom emprunté

Votre très humble 8t»r\'ante,

SoPHIK (tKHMAlN.

Nous repnHluis4)ns l'autographe <le celte lettre» historique.

QERBAIN

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