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Vit
Vifis piiiLosopHiQLKs. — Nolrc liéroinc s'est révélée comme un philosophe lies plus distingués dans son écrit posthume : Considérations sur Celai des lettres et des sciences aux différentes époques de leur culture. Une premii^re édition, assez défectueuse, a été publiée par un parent, le député Lherbette et une autre par M. Stupuy. Li troisième édition, due aussi à ce dernier, est précédée d'une intéressante préface et suivie d'un choix de lettres et de pensées.
Sophie Germain soutient la thèse de Tunité dans les manifestations de la pensée humaine. « Pour qui comprend ce livre, dit M. Liard, il est une synthèse à larges traits des doctrines <|ui allaient bientôt ^e disputer la prééminence. Par certains côtés, il prépare la philosophie positive et, par d'autres, il se rattache à cette philosophie rationnelle... <|ui jjnHend trouver dans l'homme la mesure de la vérité. » Dans son Cours de philosophie positive, Comte revendique Sophie (fcrmain comme un pnVurseur <le cette philosophie. Voici ce (jue M. Ravaisson dit à son tour:
«« De nos jours, une femme a eu un sentiment profond de celle doiirine qu'il y a, au fond de toute connaissance, un absohi. « Il existe en nous, dit Sophie (icrmain, un sentiment l»rofon(l «lunilé, d'ordre et de pro|)ortion qui sert de guide à nos jugements. Nous y trouv(ms : dans les choses morales, la r.'gle du bien ; dans les choses intellectuelles, la connaissance du vrai ; dans les choses de pur agrément, le caractère du iMîau. V Ht aprrs avoir indi<]ué ce qu'il y a de contradictoire dans les théories d'après les(]uelles il n'y aurait que des vérités relatives, elle fait voir qu'il y a nécessairement un type d'après lequel nous jugeons, nous comparons, nous mesurons, et que ce ty|>e nous le trouvons dans la conscience que nous avons de notre propre être. « Doutera-l-<m que l(» lyjH» de lèlro ait une réalité absolue Iors<|u'on voit la languo des calculs faire jaillir d'une réalité qu'elle a suivie foutes li»s réalités lièges à la première |Mir une essence commune 1 " \a* progrès de la Science, c'est de tout ramener par
l'observation et le calcul à Tunilé de ce type, « qui a son modèle dans le sentiment de notre propre existence. L'être nous appartient, il pénètre notre intelligence et l'éclairé du flambeau de la vérité. Les idées du beau, du bon sont plus compliquées: nous les devons à la comparaison entre les connaissances acquises et notre modèle intérieur. » Et encore : « C'est à l'uniformité des conditions de l'être qu'il faut rapporter le sentiment d'analogie qui dirige toutes les opérations de notre entendement. Aujourd'hui que différentes branches de la physique sont entrées dans le domaine des sciences mathématiques, on voit avec admiration les mêmes intégrales, à l'aide des constantes fournies par plusieurs genres de phénomènes, représenter des faits entre lesquels on n'aurait jamais soupçonné la moindre analogie. Leur ressemblance est alors sensible, elle est intellectuelle, elle dérive des lois de l'être ; et ce qui fut autrefois le rêve d'une imagination hardie, incertaine encore des formes qu'elle osait revêtir, l'identité des rapports de l'ordre et des proportions dans les existences les plus diverses, apparaît aux yeux en même temps qu'à la pensée, avec l'évidence qui appartient aux sciences exactes. »
Sophie Germain a laissé des Pensées. Citons-en deux seulement. t< L'algèbre n'est qu'une géométrie écrite, la géométrie n'est qu'une algèbre figurée. » Ailleurs : « La langue mathématique est celle de la raison dans toute sa pureté ; elle interdit la divagation, elle signale l'erreur involontaire; il faudrait ne pas la connaître pour la faire servir à l'imposture. »
Il y a eniin la Correspotidance entre la mathématicienne et ses divers collègues, pleins de déférence pour elle. On trouve là des détails intéressants sur l'histoire des sciences, au commencement de ce siècle.
Au concours d'agrégation des jeunes filles, en 1891 (Ordre des sciences), on demandait d'étudier cette opinion de Sophie Germain : Que l'esprit humain, dans sa marche vers le vrai, ne connaît qu'une seule voie, et que la séparation qu'on pré-
tend faire entre les facult(»s de l'esprit n'a rien de réel. « Dirigées vers le même but (la vérité), nos recherches dans les différents genres d'études emploient des procédés qui sont les mêmes. Les oracles du goût ressemblent aux arrêts de la raison. »
Une stoïciknnk. — Insensible à la louange, Sophie Germain n'a jamais aimé la vérité (jue pour elle-même. Il parait qu'un énidil, Ansse de Villoison, l'a réellement peinée en la poursuivant de ses vers grocs.
l'ne terrible maladie, un cancer au sein, atta(|ua la géomètre qui so montra stoïcienne. Elle se savait perdue et travaillait toujours; elle recevait ses amis dans son modeste siiloii (»t leur souriait encore. Lherbette va cependant trop loin, loi-squ'il atlirme (jue c'est |H)ur tromper ses douleurs qu'elle a écrit hâtivement son livre philosophique. Le manuscrit, corrijié plusi<nirs fois, est en effet déj)Osé à la Nationale.
S)pliie Germain est morte le 17 juillet 1831, à une heure du matin, rue de Savoie, numéro 13, à Titans. Lenqdoyé de Tétat civil n'a pas voulu inscrire la professicm de maththnatiritnnir, sur l'acte mortuaire: celle de rentii^re lui a paru à la lois plus claire et plus digne.
Ilo\iMA(iK.s HKCKNTS. — Terminous en citant (|ucl<|ues opinions c<»inpctentes sur S4)phie Germain. Biot : u .Mademoisellf* (ifTmain est prol)abl(*m<*nt la |)ers(mne de son s(*\e qui ;i pcm'^tn'' le plus profondém(*nt dans les mathémati<(ues, car ici il n'y a |H)int de Glairaut. » Ghasles : u Klle fut plus profonde mathi'maticienne «pie la marquise* <lu Ghàtelet et que Mademoisi'lle A;;nesi ; elle avait l'esprit philosophique de cette dernii're. .. Navier : « J'apprécie autant qu'il le mérite un m«'moire aussi remanfuable que [MMI d'hommes [Meuvent lire et qu'une seule femme |»ouvait (Vriro. » Do Prony l'apjH'lle rilNpatie du dix-neuviême sicVIe. Un livre d'analyse de Poinsot a |»our épigra|)he : « Sophite germana mathesis. » Il y a |H*ut être là un calemUnir laudatif f
Au cimetière du Père Lachaise, on a réparé et fleuri le tombeau. Une plaque coramémorative a été fixée à la maison mortuaire. Une école supérieure de filles porte le nom de Sophie Germain et une rue s'appelle de même.
On n'avait pas de portrait de la savante mais on avait son masque phrénologique, dans la collection du Muséum. Nous devons au crayon de M'^^ Chegaray, directrice de Técole Sophie Germain, le portrait que nous reproduisons et qui a été exécuté d'apros ce moulage. Zacharie Astruc avait déjà fait un buste, d'après le même moulage. Sophie a un grand front, des sourcils accentués, le nez long est un peu courbé, le haut du visage large ; elle est grave, pensive, presque sévère.
Pour construire la tour Eiffel, les ingénieurs ont utilisé l'élasticité des métaux. On a inscrit sur la tour les noms de 72 savants; on a oublié celui d'une fille de génie, la théoricienne de l'élasticité.
BiBLIOGHAPillE.
CEuvres de Sophie Germain.
Tables générales de nutation. Connaissance des temps, 1807, p. 484.
Recherches sur la théorie des surfaces élastiques, 1821, in-4, 36 pp. et 1 pi.
Remarques sur la nature, les bornes et l'étendue de la question des surfaces élastiques et équation générale de ces surfaces, 1826.
Examen des principes qui peuvent conduire à la connaissance des lois de l'équilibre et du mouvement des solides élastiques. 1828. (Dans les Annales de physique et de chimie.)
Mémoire sur la courbure des surfaces (Dans le Journal de Crelle, 1831, pp. 1 à 29. — 11 y a eu un Urage à pai*t, in-4o avec 1 pi.)
Note sur la manière dont se composent les valeurs de y et de z
dans l'équation — =zy^-hpz^, etc. (Idem., pp. 201 à 204).
Considérations générales sur l'état des Sciences et des Lettres aux différentes époques de leur culture. A la suite, des pensées et des lettres. (l""® édition posthume due à Lherbette, 1833 ; 2« et 3« éditions dues à Stupuy, 1879 et 1895, précédées d'une étude sur S. G. ; 3« édition avec portrait et masque phrénologique).
Mémoire sur l'emploi de l'épaisseur dans la théorie des surfares élasUques (retrouvé et publié par M. G. de Courcel, dans le Journal de Liouville, 1880,suppl., pp. 1 à 66).
Sources pour Sophie Germain .
Chasles. Rapport sur les progrès de la Géométrie, p. 33. G. Libri. Journal des Débats, du 18 mai 1832.
127 QIQLIANI
Terquem. Bulletin de hibliographief d'histoire et de biographie m.ithématiques, 1860, pp. 9 à 12.
Biographie universelle des contemporains; suppl. 1834, in-8.
Bulletin Darhoux. 187U. Ktude de Ch. Henry.
Bolletino di bibliogniûa e di storia délie scienze matemutiche de Boncompagni. 1884. Note de Gcnocchi.
Bulletin de TAssociation frnnraisc pour ravancement des sciences,
Kavaisson. Rapport sur la Philosophie au xix« siècle.
Bévue positiviste, 1879.
Auj: Comte. Coui*s de philosophie positive.
Journal des Savants, mars 1817 (Article de Biot).
Id. , mai 1879 (Article de J. Bertrand).
Bévue philosophique d'octobre 1879 (Article de Liard).
Hugo-Ouering. S<jphie Germain et Clo<lilde de Vaux. Zurich, 1889 (en nllemand) Du même, plusieurs autres travaux sur S. G.
Le Collaborateur des Erudits et des Curieux du 12 décembre 1896. (S. G. aurait indiqué le principe du téléphone).
Masque phn^nologique au Muséum, seul document primitif. — Portrait dû à M°>« ClR'gïiray, ({ue nous reproduisons. —Buste parZacharie Astruc, à l'école Sophie Germain.
Autographes. Aux Manuscrits de la Biblioth. Nation. Fonds fk*ançais. De 9114 à 9116, Papiers de S. G., mémoire de physique. 9117. Considérations générales, etc ■
Cinq lettres à Gauss, fac-similés par Boncompagni. Berlin, 1880.
Dans un des premiers volumes du Journal de Crelle, fac-similé d'un autographe.
GERNET (Marie)
Hfduktion hyperelliptischer Intégrale durch rationelle Substituliunen, Hoidelberg, 1895.