‹ Les femmes dans la science; notes recueilliesChapitre 155 sur 192 · MARY SO MER VILLE · texte numérisé non relu

MARY SO MER VILLE

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fîTi d'un journal do modes une espèce de problème avec des et des y, entremêlés de petits traits diversement orientés; elle interroge et on lui répond : cela s'appelle de Talgèbre, ne m'en demandez pas plus long! D'autre part, son maître de dessin ne cesse de lui répéter : « Étudiez Euclide, base de la perspective, de la mécanique et de l'astronomie. » Le précepteur de ses frères lui procure enlin ce fameux Euclide et l'algèbre de Bonycastle. Mary était sauvée, elle dévorait les deux livres, surtout la nuit; on lui supprima la chandelle, elle dut travailler de tête. « Peg, dit un jour le père, il faut couper court à ce travers, si nous ne voulons pas que Mary devienne folle, comme ce malheureux X... dont la longitude a troublé la cervelle. »

Heureux 3iarl\ge. — Mary Fairfax dut épouser un certain Greig, qui n'avait pas bonne opinion de l'intelligence des femmes. Le pauvre trousseau contenait un schal d'hiver qu'elle vendit pour acheter le portrait de son père l'amiral . Elle continua à étudier quand même, à Londres, dans une chambre mal ventilée. Elle nourrissait son second garçon, lorsque Greig mourut.

La veuve retourna en Ecosse et le Journal de mathématiques de \\ allace lui décerna bientôt un prix de problèmes . Nous avons des journaux qui proposent ainsi des questions à leurs abonnés et on remarque que des jeunes filles les résolvent souvent. Wallace conseilla à la lauréate d'acheter des traités français, c'est ce qu'elle fit et chacun la trouva de plus en plus ridicule; ces livres sont conservés au Collège de filles de Girton, à Cambridge.

Le second mariage de Mary avec son cousin Somerville, ancien médecin de marine, fut des plus heureux. Le nouveau mari encourageait, aidait et admirait sa femme. Il fut le modèle des préparateurs.

Madame Somerville avait toujours aimé les choses de la mer. Lorsque Parry partit pour les mers polaires, elle lui offrit plusieurs caisses de marmelade d'oranges de sa compo-

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sition. Le marin appela île Somerville une ile glacée qu'il découvrit : Un bienfait n'est jamais perdu.

Voyageurs. — En bons anglais, les époux Somerville voyagèrent beaucoup sur le continent. Ils parcoururent plusieurs fois la France, TAllemagne, la Suisse et l'Italie où ils finirent par se fixer.

ALTOBiOGRAPmE. — Madame Somerville a laissé des mémoires, Personal recollections, qui ont été complétés et publiés par sa fille Martha. Ce livre, fort intéressant, est épuisé. La Revue britannique avait commencé, dans le temps, à en publier des extraits qu'elle a brusquement suspendus.

J'emprunterai aux Mémoires seulement deux anecdotes et les noms de quelques dames qui se sont occupées de science.

La place donna à diner à Arcueil à M. et à Madame Somerville. En causant avec sa voisine, il lui déclara que deux femmes seulement avaient étudié sa Mécanique céleste. « Elles étaient, chose singulière, toutes deux écossaises ; l'une s'appelait mistress Greig et l'autre, c'est vous, Madame. »

Certaines dames de Paris s'occupaient alors de politique et la coterie légitimiste était très rebelle. On l'avait surnommée robes de résistance (en français, dans le texte).

Mrs Sabine a traduit le Cosmos; elle a fait aussi des calculs de magnétisme pour son mari.

Mrs Marcet est l'auteur de ces Conversations de chimie i\\n ont révélé le jeune Faraday à lui-même.

M°ie Biot a traduit de l'allemand un livre scientifique. La traduction a paru sous le nom de M. Biot.

Caroline Herschel a été l'aide de son frère William, lo grand astronome; elle est morte centenaire.

Adda Byron, devenue Lady Lovelace, a décrit la machine à calcul de Babbage.

Mme Lavoisier a gravé les dessins du Traité de chimie et, après la mort de Lavoisier sur l'échafiiud, elle a réuni plusieurs de ses mémoires et a écrit la préface de leur collection.

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Sur le tard, la veuve de Lavoisier a épousé Humford; (•('tic nouvelle union n'a pas été heureuse.

M"e de Rigny a préparé seule à l'École polytechnique son

re, l'amiral.

Nous nous bornerons là, (juoique la liste soit plus longue. Du reste, nous parlons ailleurs de ces dames.

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La mécanique céleste. — Au livre de Newton a succédé la Mécanique céleste de Laplace où, en cinq volumes, les mouvements de tous les astres sont minutieusement détaillés, en tenant compte des perturbations. On peut calculer ainsi, à l'aide de séries dont on prend les premiers termes, les positions des planètes et de la lune, plusieurs siècles à l'avance. Le marin sait alors se guider sûrement à travers les mers.

Lord Brougham, en homme pratique, eut l'idée de faire pu- ])lier en anglais une réduction populaire du livre de Laplace et il s'adressa à M^^e Somerville. Celle-ci répondit : « J'estime que l'ouvrage n'est pas susceptible d'être vulgarisé, puisque le lecteur doit connaître le calcul infinitésimal et qu'en outre Laplace ne donne aucune ligure. Cependant, puisque vous et mon mari le désirez, j'essaierai quand même, à la condition que la chose restera secrète et que, si j'échoue, ce que je crains fort, mon manuscrit sera jeté au feu. » Le Mechanism of heavens (mécanisme des cieux) a paru en 1831. Herschel déclare « qu'il a lu avec admiration ce livre écrit pour la postérité et qu'il regrette que Laplace soit mort. » La mécanique céleste de M'"e de Somerville devint vite classique et on nous assure qu'elle sert encore de text-book à Cambridge. Ce livre a son originalité propre, puisqu'il donne, en un seul tome, l'esprit des méthodes de Laplace, les calculs fondamentaux et les figures nécessaires.

Ce qu'une française avait fait pour Newton, une anglaise l'a fait à son tour pour Laplace. C'est là un échange de bons procédés.

Les sciences physiques. — M^e Somerville ne s'est pas seu-

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lement occupée d'astronomie., elle a approfondi les sciences physiques.

\J Etude chimique et magnétique du soleil^ d'après les raies du spectre nous a valu, à diverses dates, plusieurs mémoires, dans les Transactions philosophiques.

De la connexion des forces physiques est le titre d'un livre où M'^^^ Somerville s'attache à montrer la liaison des différentes sciences physiques. Il a été traduit on français par M"*' Meulien, avec des notes d'Arago.

La Géographie physique a eu de nombreuses éditions, dont l'une à Calcutta. Quand le Cosmos parut, le premier mouvement de Mine Somerville fut de jeter son travail au feu, elle eut raison de se retenir. En effet, de Humboldt lui écrivit : a Le sentiment de précision que vos habitudes de géomètre vous

ont si profondément imprimé pénètre tous vos travaux

Vous dominez dans ces régions comme en météorologie et en magnétisme. »

C'est en 1869 que W^^ Somerville a publié sa dernière œuvre Science moléculaire et microscopique.

Optimisme religieux. — Tous les livres de Mary Somerville sont empreints d'optimisme religieux. Une de ses épigraphes est. empruntée à Saint-Augustin : « Deus magnus in magnis, maximus in minimis. » Elle dit ailleurs que « par les sciences, l'homme s'élevant dans ce monde au-dessus des choses basses et périssables, se prépare à sa haute destinée dans l'autre. » Ailleurs encore : «; Rien ne m'a donné une preuve aussi convaincante de l'unité de la Divinité que les conceptions mathématiques, qui, n'ayant été accordées à l'homme que par degrés, ont existé de tout temps dans l'esprit omniscient du Créateur. »

Cette chrétienne était d'une tolérance aimable; ce n'était pas une prédicante. « Je n'ai jamais pu, assure-t-elle, supporter un sermon un peu long. »

Une centenaire. — M'"« Somerville est morte à Naples, en 1872, à 92 ans. Cette quasi centenaire a travaillé sans

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l'atiguc jiis(iu a sa dernière heure. On peut répéter pour elle le

ters du poète ; [ Kien ne trouble sa fin, c'est le soir d'un beau jour. iLa savante a eu tous les honneurs. La reine d'Angleterre ' lui a fait une pension sur sa liste civile. Victor-Emmanuel lui a offert une grande médaille d'or. Elle faisait partie de la plupart des académies. De Humboldt a affirmé que « Dans les mathématiques pures, M'^ie Somerville est tout à fait supérieure. » Un navire a porté son nom, mais il n'est pas revenu Es mers de l'Inde.

Un buste de Chantrey et un portrait de Surton nous représentent Mary Somerville. Elle est restée belle longtemps, avec un front un peu bas, mais large, et une physionomie régulière, calme et douce.

Il y a à Oxford un collège Somerville-Hall pour les jeunes filles. Il y a aussi à Londres un club Somerville; c'est un cercle original où les dames se réunissent seules, mangent et boivent, lisent et font des conférences, loin des gentlemen. Les Françaises ne seraient pas assez cruelles pour éloigner

ainsi leurs serviteurs.

Bibliographie.

Œuvres de Mary Somerville.

On the magnetizing power of the more refrangible solar rays. 1826; Philos. Trans., pp. 132 cà 139.

Mechanism of the heavens. Londres, 1832. Philadelphie, 1832.

On the connexion of the physical sciences. Londres, 1834, neuf éd. anglaises; Npw-York, 1846; trad. allemande par K.-F. Klôden, Berhn, 1835 ; trad. française par M°i« T. Meulien; Paris, 1838.

Expériences sur la transmission des rayons chimiques à travers différents milieux. 1836, Paris, Comptes rendus de TAc. des Se.

On the actions of the rays of spectrum upon vegetables juices, 1843-6, Trans. Phil.

Physical geography. Londres, 1848, cinq éd. anglaises (Portr.) ; Philadelphie, 1848; quatre éd. américaines; une édition indienne, Benarès, 1853.

On the molecular and microscopical science. Londres, 1869, 2 vol.

Sources pour M. S.

Personal recollections from early life to old ageof Mary Somerville.

With sélection from her correspondance, by her duughter Martha

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SOPHIES

Somerville. Londres, 1873 et 1883. (Portr. en buste, d'après le sculpteur

IChantrey). Aussi une éd. américaine.

[ Astron. Soc. Month. 1873, pp. 190 à 7. L Notice nécrolog. Gotha, 1873.

I Anonyme. Queens of littérature... Londres, 1887, f Mrs Richemonds. The Wordl's women. New- York, 1894, in-8. I Alf. vonReumont. Histor. Taschenb. 1877; pp. 179 à 2i8. Mrs H, Fawcett. Some eminent women... 1894; pp. 35 à 45. Daguin. Traité de physique. 1879; t. iv, p. 35.

IMc Carthy. History of our times. t. n, pp. 376-7. Journal des savants. 1832. Article de Biot.

Portraits. — Buste par Chantrey. Portr. peint par Surinton que

)us reproduisons. « Elle me parut dix ans plus jeune que son âge. Sa

Igure est agréable, son front un peu bas, mais large, son œil d'un bleu

mcé. Ses traits sont fort réguliers et le buste de Chantrey donne l'idée

'une femme très belle. » (The atlantic monthly.)

Autographes. — Le colonel Ramsey-Fairfax, héritier de la famille, lous a gracieusement donné la lettre dont nous reproduisons un extrait. Le libraire Murray, de Londres, éditeur et ami'de M. S., a dû conserver ses manuscrits.

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