‹ Les femmes dans la science; notes recueilliesChapitre 181 sur 192 · NOTULES DIVERSES · texte numérisé non relu

NOTULES DIVERSES

Fontenelle avait officieusement mis les sciences à la portée du beau sexe, et son livre de la Pliiratité des Mondes avait popularisé Tastronomie; il était du bel air de s'inquiéter de ce qui se passait dans Saturne et dans Jupiter, et d'aller interroger ces mondes qui ouvraient le champ à toutes ces rêveries et à toutes ces chimères.

Toutes les femmes dévorèrent, en effet, son livre, et se firent

astronomes comme auparavant elles avaient été cartésiennes, comme plus tard elles devaient se faire naturalistes avec les Époques de la Nature. . . un peu à l'aveuglette, par genre, sans y entendie grand chose.

Nous brouillons tout l'ordre des cieux : Nous prenons Vénus pour Mercure, Car vous saurez qu'ici l'on n'a, Pour examiner les planettes, Au lieu de vos longues lunettes, Que des lorgnettes d'opéra.

G. Desxoiresterres. La Jeunesse de Voltaire, p. 196.

Le professeur Mason, du Muséum de Washington, a prouvé que les femmes ont découvert la préparation des peaux et la fabrication de la poterie. Il a établi aussi qu'on doit aux femmes les premiers instruments de l'agriculture.

Alphonse Renaud, Histoire nouvelle des arts et des sciences, Paris, G. Charpentier, in-18 jésus, 1878.

P. 12. Diane dresse les chiens de chasse en Grèce (v. 2230). Arachné invente, en Lydie, les filets de pèche (v. 1440).

P. Vi. Cybèle, en Phrygie, compose des remèdes purifiants pour les bestiaux (v. 1580).

P. 15. Cérès enseigne, en Grèce et en Sicile, laculturedu blé(v. 1440). — Sémiramis établit des canaux d'irrigation en Assyrie.

P. 18. L'art de filer fut enseigné aux chinois par la femme de l'empereur Yao (v. 2357), aux Hébreux par Noëma (av. 1997), aux Lydiens par Arachné de Sardes (v. 1440), aux Grecs par Pallas (v. 1440), aux Péruviens par Mama Oella, femme de Manco-Capac (v, 1025)..,

P. 30. Sémiramis construisit des chaussées dans des terrains marécageux (av. 1874).

PP. 14 et 36. La culture du blé a été enseignée en Egypte par Isis. — Isis, lasse de manier les lourdes rames de son vaisseau, défit le voile de sa tète, et s'étant aperçue que les vents le poussaient en le gonflant,

imagina de faire mettre un mât au milieu du vaisseau et d'y appliquer une toile (Hyg. f. 274).

Pp. 34 et 38. Sémiramis fit établir un pontsoMS VEuphrate en même temps qu'un pont supérieur (av. 1874). (Diod. 2, p. 8 et 121). —Le char armé de faux fut inventé par Sémiramis (Glésias),. . le javelot par l'amazone Penthésilée (PI. 7, 57).

P. 41. La charrue fut inventée par Gérés, en Grèce.

P. 40. Les baïonnettes à douille pleine sont dues aux femmes de Bayonne (1523).

P. 45, Pénélope avait de grosses aiguilles de fer (Od. 22).

Pp. 49 et 50. Les télégraphes aériens sont l'invention de Adossa, femme de Ninus, et le levier celle de Ginyra (PI. 7, 57).

P. 50. La myrrhe fut introduite à Ghypre par Myrrha, en Italie par Pompéa.

P. 85. Le corset armé de baleines et de lames d'acier, fut introduit en France par Gatherine de Médicis (v. 1540).

P. 103. Une jeune ûUe de Sicyone, Gallirrhoé, traça sur une muraille, avec un charbon, les contours de l'ombre de son fiancé, qui devait partir le lendemain pour un long voyage (PI. 35, 43) : ce serait l'origine du dessin .

P. 105. 3Iinerve inventa l'architecture en Grèce.

P. 108. Junon découvrit la pivoine et le lilas; Gérés le pavot; Diane la violette; Vénus la rose, le myrte, la marjolaine, l'anémone, le narcisse et la tubéreuse.

P. 116. Les poupées ont reçu leur nom d'une impératrice romaine (Poppée).

P. 133. Homère nous a, en quelque sorte, conservé l'herbier de Gircé (v. 1300).

P. 138. La dorade (poisson rouge) a été introduite en France au xvm» siècle, par la marquise de Pompadour .

P. 184. Les anciens attribuaient la logique à Mnémosyne (v. 1440). (Diod. 5,67.)

P. 185. Diodore prétend que les Amazones ont les premières entrepris

une expédition lointaine (3, 70) Sésostris, par ses conquêtes, fit

connaître de nouveaux peuples et de nouvelles régions (v. 1400).

D'après Jules Bois {VÉve nouvelle, pp. 66 et suiv. puis pp. 359 et suiv.) la femme aurait inventé le feu, l'arc, la roue, la charrue, le navire, etc.

Aux États-Unis c'est Ann Lee qui a fondé les Shakers. C'est Barbara Heck qui a réformé les Méthodistes. G'est Lucretia Mott qui a donné leur croyance aux Hicksites.

Extrait d'un programme de cours de philosophie de l'université féminine de Wellesley, près de Boston : « Types divers d'Éthique. Investigation psychologique sur les lois de

lesprit humain, comme base toute prête pour les théories (jui se proposent dï'tabhr une morale expérimentale. Ktude de la doctrine de révolution, en tant qu'elle rend compte des motifs de conduite individuelle et aussi l'histoire des institutions sociales et civiles. Types des différentes Éthiques vérifiées dans les phases de conduite morale, telles que les révèlent les littératures et les arts. »

Sous la toge noire et le bonnet carré qu'elles portent dans l'enceinte de leur collège, les jeunes savantes évoquent la Portia de Shakespeare. Vous les retrouvez au gymnase, lestes et agiles, en blouses, en pantalons bouffants et en bas de soie.

D'après Th. Bentzon, Les Américaines chez elles.

Ferguson a composé des Dialogues entre un jeune homme sortant du collège et sa sœur, à laquelle il enseigne en secret l'astronomie. M°io de Genhs dit, dans la préface des Veillées du Château, que l'ouvrage est d'une gande clarté.

La Comtesse d'Egmont, fille du maréchal de Richelieu, a écrit sur les sciences pohtiques. Voir le t. 1 de Gustave III et la Cour de France par Geffroy.

La reine d'Angleterre, épouse de Georges II, qui a servi de médiatrice entre les deux profonds métaphysiciens Clarke et Leibniz, n"a pas négligé pour cela un moment son travail de reine, de femme et de mère.

Fortunée Briquet. Dictionnaire historique, etc., 1804; avant-propos.

Dans le 2® volume de l'Association française pour l'avancement des sciences (1894, Besançon), p. 3u3 et suivantes, on trouve une note de M. J. S. Mackay sur le Journalisme mathématique en Angleterre. Nous y Usons que le Ladys Diary (Journal des Dames) est une des premières pubhcations qui ait traité des sciences mathématiques. « L'amusement plutôt que les progrès de la science parait avoir été, à l'origine, le but du journal. Avec le temps, les questions devinrent de plus en plus intéressantes et difficiles. » Les solutions de 1704 k 1818 ont été imprimées à part en quatre tomes.

On trouve encore cité dans la même notice le Lady's and Gentlemah's Repository (1783-1784).

Voici quelques références, à propos des études féminines : Women and learning. Atlantic Monthly, LXIV, 518. — — médecine. Nation, LU, 131.

Womoii as astronomers. Chantaugnan, XIV, 209, 340.

— — inventors — VII, 355.

— — scholars — XIII, 77.

— in medicine. Nortli American Review, CXXXIV, 52.

— — — Amer. Journ. of Social science, XIV, 178.

— in astronomy. Popular science monthly, XXVIIl, 534.

— — science. Public Opinion, XIV, 305.

Esquisse d'une histoire industrielle d'Angleterre (en anglais), par W. Cunningham et Miss Ellex RIc Aktiiur, chargée de conférences à Girton Collège. Cambridge university press, 271 pp.

Miss Gladstone, la fille du grand ministre, a passé en 1878 les examens scientifiques de l'Université de Cambridge.

Une femme a été prise en 1890 pour pilote aux États-Unis. C'est la première fois que ce fait s'est produit.

Dans ce temps-là, sauf de rares exceptions, les savants, les mathématiciens surtout, étaient regardés dans le monde comme des êtres d'une nature à part. On aurait voulu leur interdire le concert, le bal, le spectacle, comme à des ecclésiastiques. Un géomètre qui se mariait semblait enfreindre un principe de droit. Le célibat passait pour la condition obligée de quiconque sadonnait aux sublimes théories de l'analyse. Le tort était-il tout entier du côté du public ? Les géomètres ne lavaientils pas eux-mêmes excité à voir la question sous ce jour-là?. . .

D'Alembert reçoit indirectement de Berlin la nouvelle que Lagrange vient de donner son nom à une de ses jeunes parentes. Il est quelque peu étonné qu'un ami avec lequel il entretient une correspondance suivie ne lui en ait rien dit. Cela même ne le détourne pas d'en parler avec moquerie : « J'apprends, lui écrit-il, que vous avez fait ce qu'entre nous autres philosophes nous ai^pelons le saut périlleux... Un grand mathématicien doit, avant toutes choses, savoir calculer son bonheur. Je ne doute pas qu'après avoir fait ce calcul, vous n'ayez trouvé pour solution le maiiage. »

Lagrange répond de cette étrange manière : « Je ne sais si j'ai bien ou mal calculé, ou, plutôt, je crois n'avoir pas calculé du tout; car j'aurais peut-être fait comme Leibniz qui, à force de réfléchir, ne put jamais se déterminer. Je vous avouerai que je n'ai jamais eu du goiU pour le mariage,... mais les circonstances m'ont décidé... à engager une de mes parentes. . . à venir prendre soin de moi et de tout ce (lui me regarde. Si je ne vous en ai pas fait part, c'est qu'il m'a paru que la chose était si indifl'érente en elle-même, qu'elle ne valait pas la peine de vous en entretenii-. »

Ar.\go.

FEMMKS ET SCI KN CES 327

Ce père de l'Église (saint Jérôme) contribue plus qu'aucun autie à compléter la transformation de la femme latine. Sur cent leftivs théologiques, il en adresse cinquante à des femmes; dans quinze traités sur vingt, il traite de leur éducation; il leur dédie non seulement plusieurs livres de sa Vulgate et ses explications sur les psaumes, mais un traité conti-e les montanistes. Paula, Principia, Marcella deviennent d«'S personnages agissant dans la société romaine, et la foule suivra les obsèques de Fabiola, comme elle eût suivi autrefois celles d'un imperaior.

Les ennemis des femmes, par Arthur Dksjardin. 1895, broch. in-8, p. 5.

Les propriétés des plantes qui servent encore aujourd hui dans 1» thérapeutique, ont été trouvées au moyen âge par de savantes femmes, ([u'on flétrissait du nom de sorcières.

Dans une Revue américaine, M. Léon Maid signale :

Une jeune fille de Lima (Ohio),- qui a imaginé un procédé pour extraire d'une tonne d'huile 10 000 pieds cubes de gaz d'éclairage.

Mrs Harriett Plumb : Un nouveau ventilateur des voitures de chemin de fer.

Mrs Caterina Bloss, de New-York : Machine à coudre les fourrures.

Mrs Mary Burke, de 3Iontpellier (Idaho) : Une lavette en fils d'acier souples comme des fils de chanvre.

Mrs Batcheler : Instrument pour redresser les oreilles mal conformées et un autre pour rendre moins disgracieuses les physionomies asymétriques.

Dame anonyme : Horloge de cuisine contenant une étuve à gaz, un réservoir \\ vapeur, des casiers pour les plats, pour les utensiles de cuisine et une tablette pour écrire pendant qu'on surveille le pot-au-feu.

Mrs Lena Sittig, de Brooklyn : Un nouveau walerproof imperméable [Xcduck's back).

Mrs Westover : Chariot pour le balayage des rues, le chargement de la houille sur les navires et divers auties usages.

Mrs Louise Dyer : Une ardoise pouvant se laver automatiquement, promptement et facilement.

Mrs Kate Eubauk, d'Oakland : Meuble servant à la fois de toilette et de bureau à écrire et renlermant tout ce qui est nécessaire aux deux usages.

Enfin fauteur rappelle que sur la liste des employés d'Edison figurent plus de 200 femmes (l'inventeur les préférant aux hommes pour l'exécution des détails de ses appareils).

Revue encyclopédique du 1" mai 1894.

Un riche anglais a acheté ta Egham (comté de Surrey) la grande propriété de Mount-Leo pour y créer une Université spéciale, destinée

aux femmes.

Nous avons le portrait de la Science, dans Joseph de Maistre : C'est une prophétesse sublime, sœur aînée de la Poésie dont elle inspire quelquefois et lègle toujours les chants; une reine couronnée delà mitre orientale, vêtue d'un manteau d'étoiles.

... Ce n'est pas du tout la personne que j'ai sous les yeux!

Celle-ci est petite, voûtée, habillée de cotonnade, chaussée de caoutchouc, chauve sous un bonnet de soie, d'horribles besicles de myope couvrent ses yeux chafouins. Elle traîne un attirail de compas, de cornues, de marmites; ses poches sont gonflées de calepins qu'elle consulte sans cesse; elle prend le microscope pour regarder un bœuf; elle parle, elle parle, elle parle! Et sa prétention est de tout savoir et de ne croire à rien.

Louis Veuillot : Les odeurs de Paris, p. 291.

Beaucoup de savants ont eu pour mère ou grand'mère des femmes remarquables. Nous pouvons citer Bufïon (il se plaisait à dire qu'il tenait de sa mère toutes ses qualités), Bacon (sa mère Anne Cooke était une humaniste distinguée), Condorcet (il paraît avoir ressemblé à sa mère), Cuvier (sa mère, femme accomplie, s'était beaucoup occupée de son éducation), d'Alembert (fils de la célèbre Madame de Tencin), Watt (sa mère était Agnès Muirhead, qualifiée par les biographes de « ladylike »), etc., etc.

Les femmes du xvni^ siècle eurent des notions superficielles des sciences; elles coururent à des expériences de physique, de chimie, à des cours de mathématiques, d'astronomie, à des leçons d'histoire naturelle; il y en eut môme qui voulurent être initiées à la médecine, à la chirurgie, qui l'eût pensé? h l'anatomie.

L'accessoire, l'inutile même prirent tant de place dans leur éducation, qu'il n'y resta plus de place pour l'essentiel.

A. Nettement. De la seconde éducation des filles, pp. 391-2.

Dans Tiraqueau (De legibus connubialibus), 150 femmes sont citées pour leur instruction. Nous n'en avons retenu que quelques-unes.

* * Le Popular Science Monthly publie dans son seul n» de janvier 1897, deux articles de femmes :

Sur la psychologie des races, par }il^^ A. T. Smith. Sur les araignées, par M^'> V. Leigton.

La fée Melior, héroïne du roman de Parthenopus de Blois, type d'une parfaite dame du xui« siècle, avait appris et savait dans la perfection les 7 arts hbéraux. Elle était experte en toute médecine, et distinguait chaque plante et le parti qu'on pouvait en tirer pour la guérison des plaies. Elle avait étudié la théologie, enfin l'astronomie qui se confondait alors avec l'astrologie judiciaire et la magie.

Parlhenopus de Blois, d'après un manuscrit de la Bibliothèque de rArsenal, publié par C.-A. Chapelet. Paris 1834,2 vol. in-8.

Sylvain Maréchal, dit le berger athée, est l'auteur du curieux projet suivant :

Projet de loi

portant défense aux femmes d'apprendre

à lire et à écrire.

Considérant :

io Que l'affection de famille, le mariage, la tendiesse maternelle, la piété filiale, etc., sont antérieurs à Palphabet, ont subsisté et se soutiennent sans l'étude ; tandis que des inconvénients graves résultent pour les deux sexes, de ce que les femmes savent lire.

2° Que l'intention de la nature a été que la femme fût exclusivement occupée des soins domestiques; que, suivant La Rochefoucauld, l'esprit de la plupart des femmes sert plus à augmenter leur frivolité ({u'à augmenter leur raison;

Etc., etc.

Maréchal, un assez triste sire, parle sérieusement et Madame Dufour Gacon prend la peine de le réfuter (1801).

Le stoïcien Apollonius avait fait un traité des femmes philosophes; Philochore un ouvrage entier sur les pythagoriciennes; Juvénal cite de ses contemporaines qui cultivaient la philosophie. Aussi, sommes-nous surpris que Didyme dise que Théano est la seule femme qui ait écrit sur la philosophie et que Lactance n'accorde cet honneur qu'à Thémiste. J'ai trouvé moi-même, dit Ménage, soixante-cinq femmes philosophes dont il est parlé dans les écrits qui nous restent des anciens.

Voici la classification de Ménage :

On ne range sons aucune secte : Hippo, Cléobuline, Aspasie. Diotime, Béronice, Pamphila, Clea, Euridice, Julie Domna, Myro, Sosipatre, Anthuse, Agamie, Eudocie, Sainte Catherine, Anne Comnène, la seconde Eudocie, Panyperbaste, Novelle, Eloïse.

Platoniciennes : Lasthénie, Arria, Géminé, Amphichie, Hypatie.

Académicienne : Cœrelie.

Dialecticiennes : Diodore (Les filles de).

Cyrénaïque : Arête.

Mégarienne : Nicarète.

Cynique : Hipparchie.

Péripatéticiennes : Fille d'Olympiodore, Théodora.

Épicuriennes : Thémisto, Léonce, Théophile.

Stoïciennes : Porcia, Arria, Théophile.

Pythagoriciennes : Thémistoclée, Theano, Arignote, Damo, Sara, Timycha, Philtatis, Occelo, Eccelo, Chilonis, Mya, Lasthénie, Abrotelle, Echécratie, Tyrsène, Nesthéaduse, h\o, Babelyme, Cleoechma, Phintys, Perictione, Mélisse, Rhodope, Ptolemais.

Je dis un jour à Madame de Longueville que je pouAais parier et démontrer qu'il y avait dans Paris au moins deux habitants qui avaient le même nombre de cheveux, quoique je ne puisse pas marquer quels sont ces deux hommes. Voici ma démonstration, lui dis-je : je pose en fait que la tête la mieux garnie de cheveux n'en a pas deux cent mille, et que la tète la moins garnie est celle qui n'a qu'un cheveu. Si maintenant vous supposez que deux cent mille têtes ont toutes un nombre de cheveux différent, il faut qu'elles aient chacune un des nombres de cheveux qui vont depuis un jusqu'à deux cent mille, car si l'on supposait qu'il (y) en avait deux parmi les deux cent mille qui eussent le même nombre de cheveux, j'aurais gagné le pari. Or, en supposant que ces deux cent mille habitants ont tous un nombre différent de cheveux, si j'y apporte un seul habitant de plus qui ait des cheveux et qui n'en ait pas plus de deux cent mille, il faut nécessairement que le nombre des cheveux, quel qu'il soit, se trouve depuis un jusqu'à deux cent mille et par conséquent soit égal au nombre de cheveux d'une des deux cent mille tètes.

Or, comme au lieu d'un habitant en sus des deux cent mille, il y en a tout près de huit cent mille, vous voyez bien qu'il faut qu'il y ait beaucoup de têtes égales en nombre de cheveux, quoique je ne les aie pas comptés.

Nicole .

Il paraît que l'aimable marquise ne put jamais comprendre le copieux raisonnement précédent, plusieuis fois répété. Un moraliste indien a dit, avant Schopenhauer, que « les femmes ont les cheveux longs et les idées courtes ».

D'après Taine (Origines de la France contemporaine), vers 1782, les femmes du monde ont dans leur cabinet « un dictionnaire d'histoirtJ naturelle, des traités de physique et de chimie. Elles se font peindre dans un laboratoire, assises parmi des équerres et des télescopes. Elles assistent aux expériences scientifiques, elles suivent des cours de sciences physiques et naturelles ».

RoussELOT. De l'éducation des feinme^, I, p. 24-25.

« Charlemagne n'était pas lesté indifférent à l'instruction des femmes, mais son zèle n'avait pas dépassé le cercle de sa famille et de son entourage. Gisèle, sa sœur, une autre Gisèle et Richtrade, ses filles, Lieutgarde, sa femme, Théodrade et Gondrade, ses cousines, quelques autres encore, parentes des seigneurs de sa cour, étaient instruites non seulement dans les travaux de leur sexe, mais aussi « comme ses fils, dans les arts libéraux ». L'Ecole du Palais, sous la direction d'Alcuin, était une sorte d'Académie où elles figur.aient, mais sous des noms d'emprunt... Alcuin a dédié à l'une son traité de la nature de l'àme ».

On leur enseignait en particulier la logique, l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, mais à un point de vue théologique.

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Prenons ce savant. C'est un inventeur; génie ardent, il tend toujours à l'ensemble des choses; son activité féconde, se portant h la fois sur tous les points de la science, y ouvre, chaque fois, des percées inconnues. Quelle gloire ! direz-vous. Oui. mais parfoi.s aussi, quelle douleur! La médiocrité aveugle le raille, la médiocrité clairvovxinte lattaque; les. obtus, qui ne le comprennent pas, et les envieux qui le compiennent trop bien, s'accordent pour le reléguer parmi les fous; de là des moqueries, le désespoir, le doute de ses propres forces. II va succomber. . . Rassurez-vous, il vivia, car il a près de lui une femme, sa femme, qui l'a deviné et qui lui montie l'avenir. C'est elle qui le rattache à ses puissants travaux : « Explique-moi tes pensées, tes projets, je ne suis qu'ignorance, mais Jésus lui-même ne dédaignait pas les pauvres d'esprit qui sont riches de cœur. Parle. » Il commence : ces idées qui étaient comme mortes pour lui, découragé, se raniment à mesure qu'il les exprime; la nécessité de faire pénétrer ces sérieuses découvertes dans un esprit auquel elles sont étrangères encore, le force à un langage clair qui les lui éclaircit à lui-même; il crée en racontant, et elle, elle grandit en l'écoutant. L'enthousiasme le saisit, il se jette dans la lutte, il triomphe, et la plus vive joie de sa femme est de ne pas compter dans cette victoire qu'il n'eût peut-être pas remportée sans elle.

Legodvé. Histoire morale des femmes, p. 359.

D'après VAlmanach historico-phy signe des Dames, sur les quaranteliuit cîibinets d'histoire naturelle qui existaient à Paris vers le milieu de la seconde moitié du siècle dernier, sept appartenaient à des femmes, parmi lesquelles M^cs Clairon et Ibis.

Les romans disparaissent de la toilette des fournies, et l'on ne voit plus que des traités de physique et de chimie sur les chiffonnières. Les plus grandes dames et les plus jeunes s'occupent des matières les plus abstraites et rivalisent avec ^^'> de Chaulnes embarrassant les académiciens et les savants qui viennent chez son maii. Dès 1750, Maupertuis est déjtà la « coqueluche » des femmes ; il est déjà de ton pour les petites-maîtresses d'aller s'extasier aux séances de l'abbé Nollet, et de -voir sortir du feu, un feu qui fait du bruit, du menton d'un grand laquais qu'on gratte. Dans les salons de la fin du siècle, on forme des sociétés de vingt, vingt-cinq personnes, pour suivre un cours de physique, un cours de chimie appliquée aux aits ou de myologie. On rougiiait de ne pas assister aux leçons de M. Sigault de la Fond ou de M. Mittouart ; ne nomme-t-on parmi celles qui s'y pressent M^^e* d'Harville, de Jumilhac, de Chastenet, de Malette, d'Arcambal, de Meulan ? Une femme ne se fait plus peindre sur un nuage d'Olympe, mais assise dans un laboratoire. Que Rouelle, le frère du fameux Rouelle, fasse des expériences sur la fusion et la volatilisation des diamants, il aura pour spectatrices la marquise de Nesles, la comtesse de Biancas, la marquise de Pons, la comtesse de Polignac, M™» Dupin, qui suivront d'un œil attentif et curieux le diamant biillant sous le feu de la moutte, étincelant une dernière fois, et suant la lumière. Un journal va paraître répondant aux besoins du temps, aux goûts de la femme, ([ui, mêlant les sciences aux

arts agréables, donnera à côté de la i)oésie, ... les mémoires scientifiques, les descriptions de machines, les observations d'astronomie, des lettres sur la pliysique, des morceaux sur la cliimie, des recherches de

botanique et de physiologie, les mathématiques Musées et lycées

vont remplir Paris de science aimable, d'érudition attiayante. Et quel spectacle plus charmant que toutes ces jolies têtes tournées vers le docteur qui trône sur sa chaise cuiule, au bout d'une longue table garnie de cristallisations, de globes, d'insectes et de minéraux? 11 grasseyé, il nuance sa diction, au milieu d'un cercle de femmes form;vnt la première enceinte de l'auditoire, les joues sans rouge et comme pâlies par les veilles, la tète appuyée négligemment sur trois doigts en équerre, immobiles d'attention

■ On est loin de la délicate maxime de M™» de Lambert: « Les femmes doivent avoir sur les sciences une pudeur piesque aussi tendre que sur les vices. » Nulle science ne répugne à la femme, et les sciences les plus viriles semblent exercer sur elle, une tentation, une fascination. . . Beaucoup se montrent jalouses de la petite-fille de M^c Doublet, la comtesse de Voisenon, qui auprès des médecins reçus chez sa grand-mère a appris tant bien que mal l'art de guérir et médicamente dans ses terres, parmi ses amis, tout ce qui tombe sous la main ; si bien que les plaisants, insérant un carton dans le Journal des Savants, lui font croire qu'elle est élue présidente du Collège de médecine. La marquise de Voyer raffole des leçons d'anatomie, et s'amuse à suivre le cours du chyle dans les viscères. Car l'anatomie est alors un des grands goûts de la femme : peu s'en faut que les femmes à la mode n'aient dans un coin du jardin de leur hôtel, ce petit boudoir, ces délices de M'i^ Biberon la grande artiste en sujets anatomiques faits de cire et de chiflons, un cabinet vitré plein de cadavres ! Et ne verra-t-on point une jeune femme de dix-huit ans, la jeune comtesse de Coigny, se passionner tellement pour cette horrible étude, qu'il ne lui arrivera point de voyager sans emporter dans le coffre de sa voiture un cadavre à disséquer, comme on emporte un livre à lire ?

E. KT J. DE GoNcouRT. La Feiiime au dix-huitième siècle. *

Qui s'offrira d'abord ? Bon, c'est cette savante

Qu'estime Roberval, et que Sauveur fréquente.

D'où vient qu'elle a l'œil trouble et le teint si terni ?

C'est que sur le calcul, dit-on, de Cassini,

Un astrolabe en main, elle a dans sa gouttière

A suivre Jupiter passé la nuit entière.

Gardons de la troubler. Sa science, je crois,

Aura pour s'occuper ce jour plus d'un emploi :

D'un nouveau microscope on doit, en sa présence,

Tantôt chez Dalancé faire l'expérience;

Puis d'une femme, morte, avant l'infection,

11 faut chez du Verney voir la dissection.

Rien n'échappe aux regards de notre curieuse.

BoH-KAr Dksphéaix. Satire sur les Femmes.

FEMMES ET SCIENCKS 333

Mercure, pour tirer une dt'esse du plus j;rand einl);u'ias, joua aux échecs avec la lune, et lui gagna la soixante-douzième partie du jour, PuTAugrK. Traité de Iside etOsiride.

Recueil de receptes choisies, expérimentées et approuvées, contre quantité de maux fort connus, tant internes qu'externes, invétérés, et difficiles à guérir (par M™" FouguET), à Villefranche, de rimprimerie de Pierre Grandsaigne, MDCLXXV.

Jenner pratique la première vaccination, le 14 mai 1796, au moyen du pus recueilli sur les mains d'une jeune vachère, Sarah ÎVehves.

La lettre XXXVIII du Recueil des lettres du pape Clément XIV contient réloge d'une dame vénitienne qui a traduit Locke.

Des laboratoires de recherche ont été inaugurés en 1893, à Redford- College, pour les femmes. La science actuelle une fois acquise, il faut aller en avant

Ils trouveraient dans la seule école do. Pythagore beaucoup de jeunes philosophes qui n'avaient pas encore subi le joug du Mary. Us en trouveraient aussi dans celles des Stoïciens et des .^radémiciens, et il ne leur serait pas plus difficile de produire de jeunes Épicuriennes, puisqu'Èpicure n'était pas moins curieux d'enseigner sa philosophie aux Filles que Zenon et Platon. On peut dire qu'ils seraient accablés de leur abondance, s'ils voulaient ramasser' tout ce que les Auteurs ont dit des jeunes grecques qui ont excellé dès leur bas-àge dans les autres connaissances, surtout dans les Arts libéraux et dans les Mathématiques, quand ils voudraient se renfermer dans la seule ville d'Athènes.

Les écoles chrétiennes n'ont pas été moins fertiles en jeunes scavantes. On sait ce que l'histoire nous rapporte de celles d'Alexandrie sous Origène et les autres professeurs qui luy ont succédé. Les lilles en sortaient si scavantes, aussi bien dans les Lettres humaines et la Philosophie, que dans les Saintes Écritures, qu'elles pouvaient tenir teste aux plus savants des gentils ; et que, non contentes de confondre le Paganisme par la force de leur raisonnement, elles pratiquaient la véritable manière de mépriser la mort et allaient droit de l'École au martyre, en philosophes chrétiennes.

Cambridge (États-Unis).

Observations astronomiques du collège Harward,

Calculatrices : M"« S.-J. Bailey, Mii« S.-C. Bond, M"» F. Cushman, M"« J.-W. Eddy, 1VU'« M. Fleming, M^c E.-F. Gill, M"c L.-L. Hodgdon, Mi'° E.-F. Leland, M"« A.-C. Maury, M"» R.-F. Rogers, M"« J.-F. Rugg, Ml'" M.-C. Stevens, M"« N.-C. Storin, M"« L.-D. Wells, M"« A. Winlock, M»'o L. Winlock.

En 1819, M°ie Blanchard, dont le ballon avait pris feu, périt dans sa €7* ascension, écrasée sur le pavé de Paris. Ramdald. Histoire de la civilisation contemporaine, p. 479. Élisa Garnerin opéra la première descente en parachute.

En iconologie, la géométrie est représentée par une femme d'âge moyen, couverte d'un voile blanc et transparent. Un globe est à ses pieds et elle trace, avec un compas, un cercle sur un papier où sont déjà d'autres figures.

Parmi les dames qui ont pris part ta la manifestation en l'honneur de l'illustre géomètre Hermite,nous remarquons IVP'c Sbderhjelm(Finland), Mlle Giliberti (Naples) , Mm» Kerbetz (Palerme) , M™» Schiff (Russie), Mmos Bouquet, Briot, Halphen, etc. (France).

Uranie, c'est-à-dire la céleste, une des 9 muses selon la Fable, préside à l'astronomie. On la représente ordinairement avec une robe de couleur d'azur, couronnée d'étoiles, soutenant des deux mains un grand globe, et environnée d'instruments de mathématiques.

La gloire de Lavoisier a passionné beaucoup de Parisiennes pour la chimie, à ce point qu'il y a deux ans de belles dames se plaisaient à expliquer les impulsions de leur cœur par des réactions chimiques.

Kauamzixe, voyageur russe.

RoLssEi.oT. Véducallon des femmes, t. I, p. Il et 12.

Saint Jérôme, maître de Marcella, de Paula, dEustochium, de Lœta, d'Albine, met en scène Aspasie dans ses dialogues. . , Thémiste professe la philosophie parmi les plus savants de la Grèce. Des femmes gauloises le consultaient, en particulier Hédibie de Bayeux et Algasie de Cahors.

Du temps de Gabriel Naiidé (v. 1650), on comptait plus de 22 000 femmes qui a\aient composé des livres, et le comte Ferri a laissé à Padoue, en 1847, une bibliothèque de près de 32000 volumes, exclusivement composée d'ouvrages écrits par des femmes, en toutes langues et en tous pays. ..

Alph. Renaud. Histoire nouvelle des sciences et des arts, p. 358.

(iœthe fait part de ses travaux sur la composition vertébrale de la tète des mammifères, le 30 avril 1784 h. M^o Kalb et le 4 mai suivant à Mmo Herder,

Dans les Acta eruditorum de Leipzig, ann. 1724, p. 239, dissertation intitulée Bitisia Gozzadina, seu de Mulierum Doctoratu ; on y relève les noms des femmes qui, depuis le treizième siècle, ont mérité le titre de docteur.

Dans le calendrier positiviste, nous lisons les noms de Sainte Monique, Héloïse, Sainte Thérèse, Mathile de Toscane, M™" de Staël, M^^ Roland, M™e de Sévigné, M™» de Staal, M™o de Lambert, Sophie Germain, etc.

Philippe de Maizières dans le songe du vieux Pèlerin représente Vastrologie judiciaire comme une vieille femme portant lunette de cristal et s'exprimant en ces termes : « Les grants clercs, les grandes chappes et chapperons fourrez, les grands princes séculiers, n'oseraient rien entreprendre sans me consulter; ils n'oseraient fonder un château, bâtir une église, commencer une guerre, livrer bataille, mettre une robe neuve, faire un cadeau, entreprendre un voyage sans mon commandement. »

Abbé Lebeik.

A récole de médecine pour les femmes, ouverte à Londres, en 1874, les professeurs suivants sont des doctoresses : Sophie Yex-Blake, Garett-Anderson, Louise Atkins et Edith Pechey.

11 est un objet capital où le concours des femmes serait un véritable bienfait, c'est la domestication des espèces animales. Le monde des créatures nous reste encore presque entier à conquérir; sur les milliards d'insectes différents qui peuplent l'univers, nous n'en avons utilisé qu'une espèce, le ver à soie : cinq ou six quadrupèdes, huit ou dix variétés de volatiles forment toutes nos richesses sur ce point : les femmes seules, par leur talent d'observation, leur esprit pratique, leur

propreté, leur douceur patiente, leur instinct naturellement éducateur, multiplieraient ces dominations paciflques ; et la fermière, comme la femme riche, trouvant dans cette science, l'une un guide pour le mouvement de la ferme, l'autre une distraction pour son oisiveté, feraient de leur perfectionnement individuel un progrès pour l'humanité , Ernkst Lkgouvé. Histoire morale des femmes, p. 33.

Théologie, philosophie, histoire, jurisprudence, mathématiques et médecine, ces femmes (du xv^ et du xvi^ siècle), comme le docteur Faust, avaient tout parcouru, tout étudié.

H. Blaze de Buuy. Dames de la Renaissance, p. 105.

Aimé-Martix. Lettres à Sophie sur la physique, la chimie et l'histoire naturelle.

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