A LA LIBRAIRIE DE PIÉTÉ ET D'ÉDUCATION D'AUGUSTE VATON, ÉDITEUR
KUE DU BAC, 30
Réserve de tous droils.
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HOMÉLIES
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LE RETOUR A LA. GRACE DES TROIS CLASSES Di PECHEURS.
HOIVIÉLIE
« Qui crédit in me, etiamsi mortuus fuerit, vivrl, « Qui croit eu moi, fût-il mort, vivra [Joan.^ xî).»
ES Evangélistes, ainsi que saint Jean nous l'a appris, ne nous ont pas transmis tous les miracles que le Fils de Dieu fait homme a opérés pendant sa vie mortelle au milieu de l'humanité qu'il était venu sauver ; Multa quidem^ et alla signa fecit Jésus, quœ non sunt scripta in lihro hoc (Joan., xx). Les Evangélistes, dit saint Augustin, ne nous ont raconté de ces divins pro-
(*) Le grand saint AugusUn, non content d'avoir en plusieurs endroits de ses ouvrages, parlé séparément des trois morts que Jésus- Christ a rappelés à la vie, a voulu traiter de tous les trois ensemble, au point de vue moral, dans son quarante-quatrième sermon sur les Paroles 6/m Seigneur. C'est ce sermon qui a suggéré à l'illustre Auteur de ces Homélies l'heureuse idée et fourni, en grande partie, la matière de cette Homélie-ci. Nos lecteurs nous sauront gré, nous l'espérons, d'avoi'* licite et obtenu de son auteur cet important petit traité de m^- , ainsi que les intéressantes Explications évangéliquen, qui le suivent, de les avoir édités pour la première fois {Note de l'éditeur).
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diges, que le petit nombre qui était suffisant à l'instruction des fidèles pour faire leur salut (1). Car, le même saint Jean a ajouté ces graves et douces paroles à celles que je viens de citer : « Ceux des prodi- « ges du Seigneur qu'on trouvera ici n'y ont été ente registres qu'alin que vous croyiez que Jésus est le « Messie et le Fils de Dieu, et que, en croyant cetu (( vérité, vous obteniez, en son nom, la vie éternelle ; (( Hœc autem scripta sunt ut credatis quia Jésus est « Chris tus Filius Dei; et ut credentes vitam habeatis « in nomiue ejus [Ibid.), »
Il est donc bien certain, dit encore saint Augustin, que !e divin Sauveur, dans son passage sur cette terre, ressuscita un grand nombre de morts; mais ce n'est pas sans une grande raison que nous ne trouvons indiquées dans l'Évangile que trois de ces résurrections (2). Cette raison, continue le même docteur, la voici : C'est parce que ces trois défunts, et par la durée plus ou moins longue de leur mort, et par les circonstances toutes particulières de leur résurrection, suffisent, à eux seuls, à nous représenter les trois classes différentes des pécheurs (3).
En effet, saint Grégoire le Grand, en suivant et en expliquant saint Augustin, nous a dit : « La Fille de Jaïre, gisant encore dans son lit, dans sa chambre.
(ï) Elecla sunt qiiœ scribcrentur, quœ saluli crcdenliura suffîcere « crcdebanUir ( Tract. 49 in Joan.). »
(2) Mulli sunf, sine dubio, suscilati ; sed non fruslra très coaime- « morali [Serm. 44 i/e Ver bis Domini). »
(3) « Ista Iria gênera morluorura, sunl tria gênera peccalori «ii « {îbid.). »
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ou LE RETOUR A LA GRACE, ETC. 3
dans la maison paternelle , lorsque l'aimable Sauveur l'a rappelée à la vie, a signifié la classe des 'pécheurs secrets dont personne ne sait ou dont, tout au plus, les parents, les connaissances, les domestiques seuls savent, ou soupçonnent qu'ils sont morts à la grâce et demeurent dans le péché. Le fils de la Veuve de Naïm, dont il est dit « qu'on le portait hors des portes de la ville, » indique les pécheurs pubUcs qui, en déposant toute réserve et toute vérècondie , font connaître à tout le monde le désordre de leur vie, et scandalisent aussi tout le monde par le spectacle de leurs turpitudes. Lazare, enfin, dont le corps, enterré depuis quatre jours, avait commencé à se corrompre, et déjà répandait une odeur cadavérique, malgré la grosse pierre qui recouvrait sa tombe, exprime les pécheurs de longue date et endurcis, croupissant dans leurs péchés, et qui, se sentant comme écrasés sous le poids de leurs habitudes coupables, et devenus en exécration, en dégoût au public, en haine à eux-mêmes, ne pensent même pas qu'ils ont besoin de conversion (1).
Puisque donc tout pécheur appartient de toute nécessité à l'une ou l'autre de ces trois classes, les trois morts de l'Evangile représentent tous les pécheurs, et dès lors leur manière différente de vivre dans leurs péchés, Tria gênera mortuorum^ sunt tria gênera peccatorum,
(1) « Adbuc quippe quasi morluus jacet in domo , qui jacet in « peccato. Quasi exlra portam ducitur cujus iniquitas iisque ad in- '( verecundiam publicae perpelrationis operatur. Sepulturee vero « aggere preraitur qui in perpetratione nequitiœ etiam usu consue- « tudinis pi'essus, gravatur [Moralium lib. IV, 28). »
Mais comme les trois morts corporels dont parle TEvangile signifient les trois différents degrés de la mort spirituelle des ames; de môme la différente manière dont le Seigneur les a fait revenir à la vie, nous apprennent les différents moyens par lesquels les trois classes différentes des pécheurs peuvent être ressuscites à la grâce, et par lesquels le Dieu-Sauveur accomplit sa grande et consolante parole : Que qui croit en lui, quels que soient le nombre et la gravité des péchés qui lui auront enlevé la vie de l'esprit, peut reconquérir cette vie précieuse qui est la vraie vie de l'homme. Qui crédit in me^ etiamsi mortiii!S fuerit^ vivet.
C'est cette importante leçon que nous tâcherons de faire ressortir de l'explication, au sens moral, des trois résurrections racontées par les Historiens inspirés de la vie du Seigneur : afin que, comme le disait toujours saint Augustin en expliquant, dans ce même sens, ces trois prodiges, ceux qui sont morts par le péché, quelle que soit la classe des pécheurs à laquelle ils appartiennent, sachent ce qu'ils doivent faire pour ressusciter au plus tôt (1). C'est le sujet de cette homélie. Ave Maria.