‹ Les Femmes de l'EvangileChapitre 2 sur 28 · DATE · texte numérisé non relu

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ANS notre homélie sur la Fille morte de Jdire (Hom. ni, tom, I), nous avons vu que le Seigneur, en

(1) « Ut quicumque mortui sunt, in quacumque horum trium « morte se invenerint, agant, ut celeriter resurgant {loc. cit,) «

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entrant dans la chambre mortuaire, et en voyant son cadavre entouré par des musiciens funèbres qui en lamentaient le trépas prématuré, commença par chasser cette foule de ministres et d'organes de la douleur, et en se jouant, en quelque sorte : Pourquoi, dit-il, cet apparat funéraire, puisque l'enfant n'est pas morte, mais qu'elle dort? Et, la prenant par la main et lui commandant de se lever, la ressuscita à l'instant même, et la fit marcher et manger.

Or, pourquoi notre aimable Seigneur a-t-il opéré ce prodige avec ce ton d'indifférence et de gaieté, qui donna à cette résurrection l'air d'un jeu de sa bonté plutôt que d'un acte de sa puissance ? Est-ce parce que l'enfant venait d'expirer tout à l'heure, et que son petit corps était encore chaud ? Non , assurément non. Car, de même que pour l'homme il est impossible, de même, au contraire, pour le Fils de Dieu il est aussi facile de ressusciter celui qui est mort depuis une année que de ressusciter celui qui est mort depuis une heure. Jésus-Christ donc, en agissant ainsi, a voulu, dit saint Augustin, nous révéler un mystère. C'est que, quoique pécher ce soit mourir-, cependant autre chose est pécher, et autre chose est s'habituer au péché (1). Or l'enfant qui venait seulement de mourir, et dont les restes inanimés étaient encore dans la maison où elle avait vécu, signifie, dit encore saint Augustin, le pécheur qui n'a pas converti en habitude son péché, qui n'est pas sorti de la maison de son cœur, n'ayant pas encore

(l) « Aliud est peccare; aiiud pcccati consuetudinem facere [loc, « cit.). »

fait parade de sa mort spirituelle, ni fait connaître au public les désordres de son âme (1).

Jésus-Christ donc, opérant cette résurrection d'une manière si facile et si prompte, est Jésus-Christ nous apprenant que le pécheur de fraîche date, le pécheur qui, à peine tomhé, cherche à se relever, le pécheur qui n'a pas fait du scandale, qui n'a pas com.mencé à pourrir dans le tombeau de ses habitudes coupables, ressuscite facilement et promptement à la grâce (2).

0 malheureux jeune homme sans expérience! qu'un mauvais compagnon, un traître, sous les apparences d'ami, a initié, comme fit Lucifer avec Adam, àla funeste science du mal, et a entraîné dans la voie du désordre 5 ô jeune fille infortunée I qu'une servante invéréconde ou une cruelle amie ont encouragée à faire outrage à votre propre innocence, à votre propre pudeur^ ô pauvre jeune épouse ! que les imprudences ou les injustices d'un mari tracassier et jaloux, ou des insidieuses flatteries, ou des sympathies fatales, ou des solhcitations importunes ont poussée à immoler le devoir à la vanité, f honneur au plaisir ^ entendez donc bien cette importante leçon. Votre cœur vous a-t-il trahi ? avez-vous fait épreuve de votre faiblesse? avezvous oublié les promesses que vous aviez faites à votre époux céleste la première fois que vous vous êtes approchée de la sainte table ? avcz-vous perdu l'inno-

(Ij « Est peccator qui non habet in consuetudine peccatum, nec « ad muUos exeniplum malum piolulit {Ibid.) »

(2) « Qui peccat, et conlinuo conigitur, cito reviviscit; quia « nondum ex consuetudine implicatus , nondum est sepultus (De « VerO. Jjom.). »

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cence et la grâce? avez-vous foulé aux pieds la loi de Dieu, méprisé ses inspirations, abusé de ses grâces et de ses bienfaits? Eh bien! rougissez-en, confondezvous en repentir. Regrettez l'excès de voire légèreté, de votre confiance, de votre aveuglement, de votre ingratitude. Répandez aux pieds du Seigneur votre cœur amoll i parles larmes, transpercé par la douleur. En un mot, êtes-vous tombés? relevez-vous tout de suite ; ne mettez pas de longs intervalles entre le péché et la pénitence ; ne différez pas, vous dit saint Augustin; n'ajournez pas à l'âge mûr, à la prochaine Pâques, votre conversion, au risque de vous enfoncer, et en ajoutant péchés sur péchés, dans le tombeau du vice; n'attendez pas que, sous la lourde pierre de l'habitude, vous finissiez par la corruption complète de votre être moral (1) ! Oui, oui, faites vite, pendant que vous êtes encore chauds de la ferveur de vos premières communions, encore près de cet état d'innocence et de grâce d'où vous venez de déchoir. Faites vite, pendant que vous n'avez pas encore commencé à vous ennuyer de la prière, à abhorrer les sacrements, à vous défaire de toute pratique de religion. Faites vite, pendant qu'en vous le sentiment de la pudeur est encore dans sa force, les principes religieux sont encore debout, le remords est encore vif et cuisant. Faites vite enfin, pendant que les voies du désordre vous sont encore difficiles, que le péché vous répugne, vous humilie à vos propres yeux, et que le chagrin que vous sentez, après avoir commis le mal, est plus grand que le plaisir éprouvé, plus sensible que le

(1) « Pœniteat te facti de proximo; non eas in profundun.) sepul- « turae, non accipias consuetudinis molem {loc. cit.). »

bonheur auquel vous vous attendiez en commettant l'iniquité. Pour l'amour de Dieu, ne laissez pas, je vous en conjure, s'affaiblir, se dissiper, périr en vous ces ressources précieuses que vous avez encore pour ressusciter. Tirez profit de la condition heureuse où vous êtes enaore de retourner plus facilement au Seigneur, et de regagner le sentier du salut que vous avez abandonné, condition que vous regretteriez plus tard, si vous la négligiez !

A présent votre conversion serait l'affaire d'un instant. Recourez donc à Jésus-Christ ; priez-le d'aller chez vous. Dites-lui vous aussi, avec l'esprit d'humilité et de confiance de Jaïre : « Seigneur, mon âme, mon unique fille, mon trésor, vient de tomber dans le péché, vient de mourir. Daignez donc venir, dans la maison de mon cœur, toucher de votre main, aussi miséricordieuse que puissante, cette pauvre âme morte, et elle reviendra certainement à la vie ; Domine^ filia mea modo defuncta est ; sed veni, impone manum tuam^ et vivet. L'aimable, le tendre Jésus ne se refuse jamais à une pareille prière. Celui qui n'a pas dédaigné de venir en personne du ciel sur la terre, du sein de Dieu son Père au milieu des hommes, ne peut pas dédaigner de venir dans votre cœur par sa grâce.

Soutenus par la force que vous inspirera cette visite, chassez, vous dit saint Grégoire, chassez de cette maison de votre cœur la foule importune de vos penchants désordonnés ; débarrassez-vous de vos traîtres amis, dont les félicitations perfides qu'il vous adressent , pour avoir eu le triste courage de braver la honte du péché, ne sont que les hymnes lugubres de votre mort spiri-

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tuelle. Éloignez de vous ces occasions dont vous ne soupçonniez pas le danger, et où vous avez fait un essai si déplorable de votre faiblesse : ce sont les préliminaires indispensables pour obtenir que votre âme morte revive (1). Tâchez surtout de ranimer en vous cette foi dans la puissance de votre divin Sauveur, qui est, comme il l'a dit, la première condition du prodige que vous attendez de sa miséricorde; Qui crédit in me^ etiamsi moiHuus fuerit y vivet. C'est alors que sa grâce, ne trouvant pas en vous des entraves, des empêchements, vous prendra par la main et vous ressuscitera avec la même facilité qu'on éveille un homme venant de s'endormir; Et tenuit manum ejus; et surrexit puella.

Mais souvenez-vous que la jeune fille , à peine ressuscitée, commença à marcher-, Surrexit puella^ et ambulabat. On a voulu vous apprendre par là, dit le vénérable Bède, que vous aussi, âmes pécheresses, à peine revenues à la vie de la grâce, vous devez, en preuve de la vérité de votre conversion et de votre repentir, non-seulement quitter le lit mortuaire de votre état de désordre, mais que vous devez reprendre haleine, entrer dans le chemin du salut avec une plus vive ardeur, et marcher avec une plus grande ferveur qu'auparavant dans les voies des bonnes œuvres et des vertus chrétiennes (2).

(1) « Turba foras ejicitur, quia, nisi prius secretioribus cordis ex- « pellatur saeculariura multitudo curarum, anima, quœ intrinsecus « jacet mortua, non resurget 'Joe. cit.). »

(2) « Quia anima, a peccalis resuscitata, non solum a scelernm

Enfin, Jésus-Christ voulut qu'on donnât tout de suite à manger à la jeune fiile ressuscitée ^ Et dixit dari illi manducare. Il a daigné vous indiquer par cette circonstance la condition heureuse du pécheur qui n'a pas vieilli, qui ne s'est pas enfoncé dans le péché, de pouvoir, aussitôt qu'il s'est réconcilié avec Dieu et qu'il est revenu à Dieu par le sacrement de la Pénitence, se nourrir de Dieu, se rassasier de Dieu, dans le sacrement de l'Eucharistie.

Selon le docteur Haymon, le divin Sauveur, par ce commandement dont il a fait suivre son prodige, a voulu nous apprendre encore que se nourrir de ses saintes Chairs immaculées, de l'aliment propre du cœur aussi hien que de sa sainte parole, l'aliment propre de l'esprit, est non-seulement l'indice que le pécheur est vraiment ressuscité, mais la condition nécessaire pour ne pas mourir de nouveau (1).

Mais, hélas î le nombre des pécheurs figurés par la Fille de Jaïre, c'est-à-dire des pécheurs qui, ainsi que nous l'avons vu, ne pèchent que dans le secret de leur cœur ou dans les ténèbres et la sohtude de leurs habitations -, le nombre des pécheurs ne péchant que trèsrarement et avec frayeur, avec regret, avec remords, et je dirais presque disputant à eux-mêmes les joies empoisonnées du péché, le nombre de tels pécheurs n'est pas grand î

« sordibus resurgere débet, sed et in bonis operibus proficere [Corn- « meniar. in Marc). »

(1) « Spiritualiter omnis, qui vesuscitatur a Deo de morte animse « ad Yitam, manducare débet, id est vcsci de Verbo Dei et de cor- « pore Christi(m Matt/h). »

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Au commencement, tout pécheur pèche de cette manière-là. Au commencement, tout pécheur est honteux de lui-même aux yeux des autres comme à ses propres yeux. Il lui semble que ce qu'il a commis en secret est deviné et connu par le public. Il n'ose se présenter devant ses parents et ses amis, qu'avec un air d'embarras, de confusion et d'humihté. Il lui semble que tout regard l'indique, que toute vpix le nomme, que toute figure d'homme le condamne. Mais avec le temps ces sentimxcnts précieux s'afîaibhssent, et finissent par s'éteindre tout à fait et se perdre! Au fur et à mesure qu'en se répétant souvent le péché ne parait plus à l'esprit du pécheur si difîorme, il éprouve moins de peine de passer pour pécheur dans l'esprit des autres.

Et d'ailleurs, à la longue, les précautions qu'il faut prendre pour se cacher deviennent trop fatigantes , le frein de la pudeur trop incommode. Et d'ailleurs encore, ce n'est pas chose facile de couvrir longtemps sous le voile d'une pureté afTectée une âme corrompue. Ce voile est moins épais et plus transparent qu'on ne pense, souvent même les plus simples devinent les honteux secrets qu'il cache. Le pécheur lui-même sent bien tout cela, et s'encourage en disant : « D'ailleurs, on le sait déjà 5 et que m'importe ce qu'on dit, pourvu que je ne sois pas empêché dans ce que je veux faire? »

C'est ainsi que tout pécheur, homme ou femme, ne s' empressant pas de sortir au plus tôt de l'état du péché, en persévérant dans le péché, de timide qu'il était, devient indifférent; d'indifférent, franc-, de

franc , hardi ; de hardi , invèrècond , se glorifiant , triomphant de son péché ! Mais alors c'est le pécheur figuré dans le fils de la Veuve de Naïm. C'est sous cet emhlème que nous allons maintenant étudier la seconde classe des pécheurs , les pécheurs licencieux et publies, pour voir de plus près la misère de leur état, et connaître la difficulté et trouver les moyens efficaces de leur résurrection.

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