‹ Les Femmes de l'EvangileChapitre 10 sur 28 · RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

RELIGIEUSE

§ 1. Éducation parfaite donnée par sainte Salomé à Jacques et Jean ses enfants, se manifestant par la manière dont ces derniers répondirent à l'appel du Seigneur à l'apostolat. — Sainte Salomé quittant tout, elle aussi, pour suivre le divin Sauveur. — Sa foi en la divinité du Christ. — Son zèle pour que ses fils se dévouassent entièrement à lui.

eureux l'homme, dit l'Ecriture sainte, à qui aurait échu une bonne et vertueuse femme! C'est une grande grâce par laquelle le Seigneur récompense, même dans ce monde, l'homme de bien pour ses bonnes œuvres; Mulieris bonœ beatus vir..,. dabitur viro pro factis bonis {Eccli, xxvi, 1 et 3).

C'a été le bonheur que Dieu accorda à Zébédée, homme de mœurs simples, mais d'une foi et d'une vertu antiques, en disposant qu'il eût sainte Marie Salomé pour sa femme. Dieu bénit ce mariage, contracté moins par sympathie d'humeurs que par une attraction mutuelle de sainteté -, et deux enfants, Jacques et Jean, furent le fruit de cette alliance : enfants que, d'accord avec son saint époux, sainte Salomé éleva avec un soin tout particulier, dans la vraie piété, dans la crainte de Dieu, propre aux Saints, dans l'innocence des mœurs, dans l'observation de la loi et dans la foi du Messie.

Ainsi s'étant trouvés, en compagnie de Pierre et d'André, aux noces de Cana, où le Fils de Dieu opéra

le premier de ses prodiges, ils ne tardèrent pas un instant à croire en lui (i).

C'est que T éducation toute sainte qu'ils avaient reçue de leur bonne et pieuse mère avait formé et développé en eux cet instinct religieux qui, aidé de la grâce céleste, sent Dieu de loin et le dislingue même sous l'enveloppe de l'homme.

Ils étaient tous les deux pêcheurs, ainsi que leur père. Ils exerçaient leur profession, ainsi que Pierre et André, pêcheurs eux aussi, sur le lac de Génésar, appelé anciennement « la mer de GaUlée, » et depuis quelques années seulement « la mer deTibériade. » Ce lac baignait la ville de Capharnaûm, capitale de la Galilée. Jésus -Christ venait d'appeler à l'apostolat Pierre et André. Or, s'étant avancé, en leur compagnie, toujours sur le bord du même lac, et ayant aperçu Jacques et Jean dans leur barque avec leur père, occupés à raccommoder leurs filets, il les appela (2), et il leur dit à eux aussi : u Venez et suivez- « moi ; et, de pêcheurs de poissons, je vous ferai pê- (( clieurs d'hommes (3). )>

Jacques et Jean, ainsi que Pierre, André, Philippe et Nathanael ou Barthélemi ne s'étaient pas encore attachés au divin Maître de manière à ne pas s'en éloi^ gner. Et parce qu'ils étaient au nombre de ses audi-

(1) « CredideruDt in Eum discipuli ejus {Joan. ii, 1 1). «

(2) « Et procedens inde, vidit alios duosfraU'es, JacobuniZebedœi, « et Joannem fratrem ejus, in navi cum Zebedaîo pâtre eorum, reû- « cientes retia sua, et \oc!xsïteos [M atth. iv, 21). »

(3) ft Venite post me, et faciam vos fieri piscatores lioniinum « (Ibid,,y, 19).»

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teurs les plus assidus et que , sur le témoignage que lui avait rendu Jean-Baptiste, ils croyaient que Jésus- Christ était le Messie (Joan, i, 37-51), l'Évangile les appelle ses Disciples: mais ils n'étaient pas encore ses Apôtres. Cette vocation sublime leur imposait donc de nouvelles charges et de nouveaux devoirs. Cependant la grâce de cette vocation ne rencontra pas dans les fds de Marie Salomé la moindre opposition ; elle trouva, au contraire, les dispositions les plus heureuses dans le cœur de ces jeunes gens, aussi élevé qu'il était pur. Ils cédèrent aux attraits secrets de cette voix divine qui, en se faisant entendre à leurs oreilles, s'était répétée puissamment au fond de leur âme, et y avait allumé le feu sacré de l'amour le plus tendre et le plus généreux pour le Messie. Ils ne délibérèrent pas \ ils furent même heureux de pouvoir se soumettre à tous les sacrifices que la nouvelle qualité d'Apôtres du Messie demandait à leur foi et à leur dévouement. Et à l'instant même ils laissèrent dans la barque leur père avec ses gens et avec ses filets, et se mirent à la suite du divin Sauveur(l).

Ces sentiments généreux furent partagés par leur sainte mère , dont , en quelque sorte, ils étaient l'œuvre. Ainsi, lorsque ses enfants lui firent part de leur résolution de s'associer au Seigneur qui venait de les appeler, elle tressaiUit d'une joie inetfable qu'elle ne sut pas alors s'expliquer à elle-même. Dieu donne à la mère vraiment religieuse une espèce d'instinct prophé-

(l) « lUi autem statim, relictis felibus et Pâtre, secuti sunt eum « [lbid.,y, 22). »

tique par lequel elle devine par son cœur, bien plus que par son esprit, l'avenir de ses enfants. Marie Salomé pressentit donc tout d'un trait quelque chose de grand et de divin dans cette vocation ; et, loin de s'y opposer, elle fut enchantée d'entendre delabouchede ses enfants qu'ils y avaient promptement répondu, et qu'ils étaient décidés à y rester fidèles. Elle compta comme le jour le plus heureux de sa vie, ce jour où le Messie d'Israël lui faisait l'insigne honneur, à faire envie aux Anges, de prendre tout ce qu'elle avait de plus cher au monde, ses deux fils, à son école et à sa suite, pour en faire deux de ses coadjuteurs et de ses minisires (saint Paul) dans son œuvre divine.

Saint Matthieu et saint Marc ont dit : « Il y avait là « aussi (sur le Calvaire), à quelque distance de la croix, « plusieurs femmes qui , de la Galilée, avaient suivi « Jésus pour le servir; parmi lesquelles était Marie- (( Madeleine , Marie mère de Joseph (Marie de Cléo- (( phas) et Salomé , Là mère des fils de Zébédée « {Matth, xxvii ; Marc. xv). )) Il est donc certain que sainte Marie Salomé était une de ces saintes femmes qui, comme on vient de le voir dans la précédente Homéhe, avait formé, sous la présidence de la sainte Vierge, une association pieuse dont le but était d'assister de leurs biens le divin Sauveur et ses Apôtres, de les suivre partout , pour leur rendre les services nécessaires à des voyageurs de Dieu qui , toujours en mouvement et en course pour évangéliser les peuples , n'avaient point de demeure fixe sur la terre. Ainsi sainte Marie Salomé, non-seulement se garda bien d'entraver la résolution qu'avaient prise ses en-

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fants, de tout quitter pour suivre le Seigneur (1)^ elle imita leur exemple. Elle aussi quitta sa maison , son époux , et, en compagnie des autres saintes femmes, elle suivit toujours et partout le divin Sauveur de ville en ville, de province en province (2) ; l'accompagna au Calvaire, assista à sa mort, à son ensevelissement et sa mise au tombeau ; elle acheta des parfums, et se rendit à son sépulcre pour embaumer le saint corps de Jésus. Ce qui lui valut le bonheur de le voir avant les Apôtres eux-mêmes, le jour de sa résurrection, de recevoir son salut, d'embrasser et de baiser ses pieds divins, et d'être envoyée comme apôtre aux Apôtres, pour

(1) « Ecce nos reliquimus omnia, et secuti sumus te [Matth. « XIX, 21). »

(2) Qu'on écoute là- dessus saint Chrysostôme : « Oh! femme « admirable, dit-il, et digne des plus grands éloges! Nous appre- « nons, par l'Évangile, que nous expliquons, que non-seuieraent ses o enfants quittèrent leur père, mais qu'elle-même quitta son époux « et suivit Jésus-Christ. C'est que son époux pouvait vivre sans elle; « mais elle ne pouvait pas se passer du Seigneur qui seul pouvait la « sauver. Il a pu se faire aussi que Zébédée soit mort peu de temps « après la vocation de ses fils à l'apostolat; et par conséquent, leur « mère se trouvant libre de tous les devoirs domestiques, a pu suivre « partout le Seigneur, quoique fragile par le sexe et brisée par l'âge ; « parce que la foi ne vieillit jamais et que la religion ne sent pas la « fatigue ; Magna laus mulieris ex hoc loco colligitur : quia non « solum filii reliquerunt patrem, sed ipsa virum suum, et secuta « fuerat Christum : quia ille (Zebedœus) sine illa vivere poterat\ « ista, sine Christo, salvari non poéerat. Nisi forte guis dicat « quia infra tempus vocationis Apostolorum et Christi passionem, « mortuiis est Zebedœus; et sic illa, sexu fragilis^ œtate dcfecta, « Christi vestigia sequebatur ; quia fides nunquam senescit , et

« RKLIGIO FATIGATIONEM NON SENTIT [Homil. ÎU C XX Matth.). »

leur annoncer que le Christ était vraiment ressuscité (1).

Nous avons vu {Homèl, x, § 5) qu'interrogée par le Seigneur si elle le croyait vraiment \ auteur de la Résurrection et de la Vie y sainte Marthe avait répondu : (( Oui, Seigneur, je crois, depuis longtemps, « que vous êtes le Messie, le Fils du Dieu vivant, « venu dans ce monde pour le sauver \ Utique, Do^ a mine , ego credidi qui tu es Christus filius Dei « vivi, qui in hune mundum venisti, » Or, sainte Marthe appartenait, comme nous l'apprend l'Evangile (voyez l'Homélie qui précède), à la société des saintes femmes dont nous venons de parler et dont Marie Salomé faisait partie. Comme ces grandes et belles âmes n'étaient unies que par les sentiments de la même foi et du même amour pour Jésus-Christ, il n'est pas douteux que la croyance à la divinité et à la vérité de sa mission, que Marthe avait exprimée par un si sublime et si bel acte de foi, était la croyance commune à toute cette communauté d'anges en membres humains.

C'est que la sainte Vierge qui y présidait n'avait certainement pas manqué d'instruire ces âmes d'élite, si dévouées à sa personne et à celle de son Fils, de tous les mystères de ce Fils divin, qui s'étaient accomplis en elle et par elle : comme elle le fit plus tard avec les Évangélistes et les Apôtres qui, d'après saint Luc(chap. I, V. 2), n'apprirent et ne purent apprendre que par elle les mystères de l'Incarnation du Verbe, de

(1) Saint Matthieu, c. xxviii ; saint Marc, c. xvi; saint Luc, c. xxiv. Voyez aussi la IX* homélie, ci-dessus, §§ 3-9.

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l'Annonciation et de la sainte enfance de Jésus-Christ ; et c'est pourquoi Elle a le nom de reine des prophètes ET DES APÔTRES (Voy. l'appcndice à l'Homélie viii).

C'est encore que les apôtres Jacques le Majeur et Jean, les fils de Solomé, ainsi que Jacques le Mineur et JudasThaddée, les fils de Marie de Cléophas, en allant rejoindre leurs saintes mères qui étaient à leur suite, les tenaient au courant, jour par jour, heure par heure, des instructions que le divin Maître adressait aux douze Apôtres en particulier, des merveilles qu'ils entendaient de sa bouche, des prodiges qu'ils lui voyaient opérer. Et les saintes femmes, édifiées, ravies de tous ces récits, en faisaient Tunique sujet de leurs entretiens. En sorte qu'il n'était question entre elles que de ce Fils de Dieu fait homme, de son auguste Personne, de ses mystères, de ses doctrines, de sa vertu, de ses miracles, et du miracle, encore plus grand, de son humiUté, de sa douceur, de sa miséricorde, de sa bonté, de toutes ses vertus. Ce qui augmentait leur foi en lui, leur amour pour lui, leur dévouement envers lui et leur empressement de le servir-, ce qui leur faisait sentir de plus en plus le bonheur d'être si près de lui, et les affermissait toujours davantage dans leur résolution de le suivre continuellement et de ne point le quitter un seul instant.

Mais en dehors de ces saints attraits, qui étaient communs à toutes ces sublimes femmes, la gloire de leur sexe, sainteMarie Salomé, ainsi que sainte Marie de Cléophas, étaient engagées à suivre le Seigneur par la circonstance toute particuhère que Jacques et Jean, ses fils, faisaient partie des douze Apôtres que l'aimable

Jésus s'était choisis. Jalouse uniquement que ses fils chéris s'attachassent toujours plus à la personne divine du Messie, lui fussent plus fidèles, l'aimassent plus que tous les autres, afin d'être en retour plus aimés de lui que tous les autres ^ elle les encourageait de sa présence, les excitait par ses exhortations à remplir les devoirs de leur vocation, et leur prêchait d'exemple la reconnaissance, le dévouement, le respect, le culte qu'ils devaient témoigner à leur divin Maître. Et c'est ainsi qu'elle fit d'eux, saint Pierre excepté, les plus grands, les plus zélés et les plus favorisés de ses Apôtres; comme elle-même, Marie-Madeleine exceptée, était la plus fidèle et la plus dévouée de ses servantes. Voilà donc, par exemple, dans cette pieuse et vertueuse mère, pour les mères chrétiennes, un excellent modèle à étudier, à suivre, à recopier en elles-mêmes, dans la manière d'élever leurs enfants. Voilà quel doit être leur zèle et leur sollicitude pour les consacrer au Seigneur, pour les assurer au Seigneur, et leur assurer le Seigneur.

§ 2. Ëtat de misère et d'humiliation du Fils de Dieu durant sa vie mortelle. — Sainte Salomé , aussi bien que les autres saintes Femmes de l'Évangile , avaient besoin d'une plus grande foi pour croire à la divinité du Christ qu'on n'en a besoin aujourd'hui que la vérité de ce dogme resplendit des plus éclatantes lumières. — Sainte Salomé condamnant par sa conduite le préjugé de certaines mères soi-disant chrétiennes, qui regardent comme un malheur la vocation de leurs fils au service du Seigneur. — Deux portraits de semblables mères. — Comment Dieu punit des parents qui se rendent coupables d'un tel péché.

Et qu'on ne dise pas que sainte Salomé, aussi bien que les autres saintes femmes, partageant son sublime

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dévouement au divin Sauveur, avaient le bonheur qu'on n'a pas à présent, de le voir de leurs yeux, de l'entendre de leurs oreilles, de profiter de la société divine de ce Verbe de Dieu fait homme. Car, que vovaient-elles en Jésus-Christ? Elles vovaient en lui, il est vrai, un personnage à la vie sainte, à la doctrine céleste, au pouvoir immense; mais en même temps elles le voyaient sous la forme d'un serf^ n'ayant rien, ni feu ni lieu, assujetti à toutes les misères , à toutes les épreuves de la nature humaine, à l'exception du péché (1)-, soumis à tous, ayant besoin de tous, dédaigné par tous. Pour quelques populations qui, à la vue de quelques-uns de ses prodiges, dans le moment d'un enthousiasme passager, le proclamaient « Un grand prophète, un homme de Dieu, faisant bien tout ce qu'il faisait, et même le Sauveur du monde; les autorités politiques le jalousaient comme un chef de parti et le surveillaient comme un révolutionnaire (2). Les chefs de la religion, les pontifes l'indiquaient au peuple comme un possédé, un blasphémateur, un pécheur public et un excommunié. Les grands de la nation le méprisaient profondément , au point de se vanter qu'aucun d'eux n'avait cru en lui , et qu'il n'avait trouvé des partisans que parmi le rebut de la société et dans la foule ignorante, qu'ils disaient u maudite de Dieu (Joan. VII, 49). )) On dénigrait tout ce qui lui appartenait, sa patrie, sa famille, ses parents, ses amis, ses disciples,

(1) « Tentatus per omnia, absqne peccato [Hébr. v> 16). »

(2) « Seducit turbas (/oaw.vii, 12). Huncinvenimusprohibenletn « tributum dare Caesari et dicentem se regem esse {Luc. xxiii, 2). »

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sa condition. On ne laissait passer sans critique aucune de ses doctrines , on n'épargnait aucune de ses vertus, on ne lui pardonnait aucun de ses miracles. C'était le signe de Ja contradiction la plus universelle, la plus acharnée. Tout conspirait contre lui. On lui tendait partout des embûches pour le surprendre, pour le calomnier et le perdre. Ne fallait-il donc pas avoir une foi bien robuste et bien héroïque -, ne fallait-il pas faire le sacrifice le plus complet de la raison pour croire qu'un tel personnage, dans une telle position, ignoré de la terre, à l'excepdon d'un petit coin de la Judée, était vraiment le Fils de Dieu, le Messie et le Rédempteur du monde?

Il n'en est pas de même aujourd'hui que l'énigme impénétrable de ces contradictions de sa condition mortelle, que l'astuce de Satan n'avait pu déchiffrer, a été dévoilée 5 que le plan divin de la Rédemption du monde a été connu-, que toutes les prédictions se sont accompUes et que ce personnage, mort sur une croix, a attiré tant de monde à ses pieds et a conquis l'univers non par l'épée mais par le bois. Il n'en est pas de même aujourd'hui que dix-huit siècles et la conspiration permanente de tous les pouvoirs de la terre, de toutes les sciences et de toutes les passions sont passés sur la religion qui porte son noui, sans avoir pu la détruire. Il n'en est pas de même aujourd'hui que du haut du ciel il règne visiblement sur la terre, par sa doctrine triomphant toujours de toutes les erreurs, par sa grâce domptant toujours tous les vices, par sa parole toujours puissante, par sa mission toujours efficace, par son Église toujours immortelle, par trois ou

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quatre cents millions d'hommes reconnaissant sa divinité. Il n'en est pas de même, enfin, aujourd'hui qu'il est constaté que tous les peuples qui l'adorent comme leur Dieu, possèdent la vérité pure, la vérité certaine, la vérité sainte, la science, la civilisation, la force qui les rendent les arbitres des destinées terrestres de l'humanité et les maîtres du monde. Aujourd'hui donc non - seulement il ne coûte rien à la raison droite, à la véritable raison de croire que Jésus-Christ est Dieu, mais il faut s'aveugler, se révolter contre l'évidence de la raison, il faut renoncer à la raison même pour nier ce dogme fondamental de la religion dont la vérité est prouvée même par les ignobles qualités de ceux qui la combattent 5 dont la beauté est attestée par les prodiges de sainteté et de civilisation qu'il produit, et dont l'éclat acquiert avec le temps des splendeurs et des grâces toujours nouvelles. En sorte qu'en ne voyant que le corps du Christ, son Eglise qui est partout, sans voir son Chef, nous sommes plus heureux, dit saint Augustin, que ceux qui, ayant conversé avec lui, pendant son passage sur cette terre, ont vu ce divin Chef sans voir son corps, sans voir la propagation de son Evangile, l'établissement, le développement, la durée, la grandeur, la puissance, les triomphes de l'Église. Et par conséquent les saintes femmes de l'Évangile ont dû faire de plus rudes efforts, ont dû surmonter de plus grandes difïicultés pour croire à la divinité d'un personnage placé dans la condition du dernier des hommes -, pour espérer qu'il aurait accompli une œuvre divine contredite d'avance par toutes les probabilités humaines, pour se dévouer à lui d'une manière si com-

plète et si parfaite ; et, comme l'a fait sainte Marie Saîomé, lui livrer et associer à son sort, si précaire et si malheureux, aux yeux du monde, leurs propres enfants.

Quelle honte donc pour ces mères prétendues chrétiennes, si empressées de donner leurs fils au monde et si tristement courageuses de les refuser à Dieu, lorsqu'il daigne les appeler à l'état ecclésiastique ou à la vie religieuse !

Dans ce temps où la foi est si rare dans la jeunesse, les mœurs si corrompues, le luxe si effréné, les ressources pour vivre si étroites, les moyens de parvenir si difficiles, l'état de gêne et de misère si universel; dans ce temps, dis-je, sur cent mariages qui se contractent, c'est à peine s'il y en a cinq d'heureux. En sorte qu'il y a, pour les parents, quatre-vingt-quinze degrés de probabilité contre cinq, qu'en établissant leurs enfants dans le monde, ils les dévouent au malheur. Au contraire, sur cent vrais chrétiens qui, de leur plein gré et par des motifs purement surnaturels^ se consacrent au couvent ou à l'autel, on n'en compte pas même cinq qui plus tard se trouvent malheureux de leur état, et qui oublient les engagements et les devoirs de leurs vocation. En sorte qu'il y a aussi pour les parents quatre-vingt-quinze degrés de probabilité contre cinq qu'en consentant que leurs enfants embrassent le service de Dieu et de l'Éghse, ils font leur bonheur. Et cependant, qu'est-ce qui arrive? Il arrive qu'enchantés que leurs enfants suivent l'état du monde, les parents se désolent s'ils les voient y préférer l'état du sanctuaire. Pour la grande majorité des parents, le

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jour des noces de leur fils, qui, très-probablement, commence pour eux une série de souffrances et de martyres qui ne finiront qu'avec la vie, est un jour de fête et de joie-, et au contraire, le jour de l'ordination ou de la profession religieuse de quelqu'un de leurs fils est un jour de tristesse et de deuil. Ils regrettent cette âme généreuse, triompbant de ses propres parents, du monde et d'elle-même. Ils la pleurent comme l'ayant perdue. Ils en veulent en quelque sorte à Dieu de l'avoir enlevée à leur tendresse ; et ils ne se doutent pas de la grandeur de la grâce qu'il fait à une famille lorsqu'il daigne choisir dans ses membres quelqu'un qui fera ses affaires auprès de Lui ; qui se dévoue pour elle, et qui, par ses prières et par son sacrifice, éloigne d'elle les fléaux et attire sur elle les bénédictions du ciel î

Il n'y a pas longtemps, une dame fort respectable s'est présentée à nous fondant en larmes et nous conjurant de vouloir bien l'assister dans son malheur. Quel était ce malheur? C'était que la dernière de ses trois filles venait de lui déclarer vouloir se faire Sœur de la charité! Et cependant cette mère est bi'^n loin d'être heureuse du sort de ses deux autres filles ! Et cependant cette excellente femme est pleine de foi , elle est assez instruite sur la religion et très-exacte à en suivre les pratiques et en remplir les lois. Si grand est l'empire des préjugés du monde sur les meilleurs esprits!

Une autre dame distinguée nous en veut, dans ce moment, parce que nous aurions, à ce qu'elle suppose, engagé à se faire prêtre son unique fils que nous n'avons vu qu'une seule fois, et qui, loin de nous avoir

inspiré la pensée de pouvoir en faire un prêtre, ne nous a laissé qu'une espérance bien faible d'en faire un chrétien ! Ainsi cette mère insensée aime mieux voir son fils demeurer dans son état actuel, qui n'est ni la foi ni l'incrédulité, plutôt que le voir quitter le monde, qui ne le fait pas heui^eux , pour aller consacrer son beau talent à la gloire de Dieu et à la conversion des âmes! Aussi nous sommes désolé de devoir lui apprendre par notre parole, si jamais elle parvient à ses oreilles : — Que ce malheur qu'elle craint tant pour elle, très-probablement ne lui arrivera pas; mais que ce ne sera pas pour sa plus grande satisfaction, ni pour son bonheur.

Il y a douze ans, une dame, pénitente d'un ecclésiastique de notre intime connaissance, à Rome, après avoir fait sa confession , lui dit : « Père , je vous ai amené ici mon unique fille, qui vient d'achever son éducation dans l'établissement français de Saint-Denis, pour la placer sous voire direction. Seulement je vous préviens que je n'entends pas en faire une religieuse. Je vous dis cela, parce qu'on vous croit très-zélé et très-habile à attirer les jeunes filles dans les couvents. ))

— {( Tranquillisez-vous, madame, lui répondit le confesseur. D'abord, je n'ai pas l'habitude de prendre la place du Saini-Esprit pour donner à mes pénitents une vocation qu ils n'ont pas, et qu'il n'appartient qu'au Saint-Esprit de donner. Ensuite, à la manière dont vous venez de vous exprimer, je suis aflligé de voir que vous n'êtes pas digne que le Fils de Dieu vous accorde l'ineffable grâce, Vinsigne honneur d'appeler

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votre fille hors du monde pour en faire son épouse. Ainsi ce malheur ne vous arrivera pas. Seulement je ne puis pas vous garantir que vous jouirez de votre fille comme vous l'entendez. »

Cinq jours après ce dialogue, le feu d'une chaufferette s'étant mis à la robe de la jeune demoiselle pendant qu elle était au piano, ce prodige de bonté et de beauté disparut par une mort, affreuse aux yeux des hommes, mais précieuse aux yeux de Dieu (PsaL cxv, 15). Car, tranquille dans son âme, de la tranquiUité de Finnocence, au milieu des souffrances de son corps virginal, elle demanda elle-même et reçut avec la plus grande ferveur les secours et les consolations de la religion, et s'en alla célébrer au ciel les noces mystérieuses avec le divin Agneau (Apoc. xix) que sa mère ne voulait pas qu'elle célébrât sur cette terre.

Mais cette mère était chrétienne. Dans l'état de stupéfaction et d'idiotisme où la jeta cette immense perte et que produisent ordinairement les grandes douleurs, elle conserva donc assez de raison pour comprendre d'où lui venait ce terrible coup, et ce qui avait attiré sur elle un tel malheur. Car elle n'interrompait son morne silence que pour s'écrier de temps en temps : (c Je la LUI ai refusée ; il me l'a ôtée ! C'est dur, mais « je l'ai mérité; c'est moi qui ai tué ma fille ! >>

De pareils exemples se répètent tous les jours ; car Dieu est extrêmement jaloux des parents qui lui disputent le cœur de leurs enfants qu'il ne leur a pas donnés pour en faire l'objet d'une sotte vanité ou de complaisances voluptueuses (1), mais pour eh faire de ses

(1) « Luxuriantur in flliis et flliabus suis. »

serviteurs fidèles dans ce monde et les héritiers de sa gloire dans l'autre. Il est donc très-rare qu'il ne punisse sur cette terre ce crime des parents, le plus grand que des parents chrétiens puissent commettre. Ou il les leur enlève brusquement, ou il ne les leur laisse que pour devenir pour eux une source de chagrins et d'insupportables douleurs. En sorte qu'en les voyant périr à la fleur de l'âge, ou plongés dans le malheur, ils peuvent en toute vérité répéter, eux aussi : « C'est nous qui avons tué ou fait malheureux nos fils. »

§3. Sainte Salomé priant le Seigneur, à l'instigation de ses propres enfants, de les faire asseoir à ses côtés dans son royaume. — Étrange en apparence et imparfaite, dans l'intention des Fils qui ne comprenaient pas encore le vrai règne du Messie, cette prière a été parfaite dans les intentions de la Mère. — Exemple à imiter par les mères chrétiennes.

Mais revenons à sainte Marie Salomé, et expliquons la prière que, saintement hardie, elle adressa au divin Sauveur, au sujet de ses enfants, et qui fait le sujet principal de l'Évangile du deuxième mercredi de carême.

En montant à Jérusalem, est-il dit dans cet Evangile, quelques jours avant sa mort, Jésus-Christ avait pris à part ses douze Apôtres, et il leur avait dit : « Nous voilà près de Jérusalem. C'est là que le Fils DE l'Homme sera livré aux Princes des prêtres et aux scribes qui le condamneront à mort, le livreront aux gentils pour être moqué, flagellé, crucifié; mais il ressuscitera le troisième jour ; Ascendens Jésus lero-

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so/ymam, assumpsit duodecim discipulos secreto^ et ait illis : Ecce ascendimus lerosolymam et Filius hominis îradetur principibus sacerdotum et scribis, et conderanabant eum morte^ et tradent eum geniibus ad illudenduni , et flagellandum et crucifigendum et tertia die resurget {Matth. xx) (1). »

Mais, d'après saint Luc, les Apôtres ne comprirent rien à ce discours ; il fut pour eux une lettre cachetée, et ils n'en pénétrèrent pas le sens véritable (2).

Ce n'est pas qu'ils doutèrent un seul moment que la peinture, aussi bien circonstanciée que le divin Maître venait de mettre sous leurs yeux, de ses supplices, de sa mort et de sa résurrection, se serait réalisée; mais c'est que, le divin Maître leur ayant souvent parlé du royaume qu'il aurait fondé, ils crurent que le Messie ressuscité aurait rétabli dans toute sa splendeur le royaume politique d'Israël; tandis que le vrai royaume d'Israël que, d'après les prophètes, le Messie devait reconstituer par sa passion, par sa mort et par sa

(1) Saint Marc a ajouté que le Fils de Dieu prédit alors même la circonstance qu'on I'aurait conspué ; et cowspwen^ cwm (v. 34). Et saint Luc paraît indiquer que Jésus-Christ rappela alors toutes les prédictions que les prophètes avaient faites sur la mort du Messie et qu'il dit aux Apôtres que tout cela allait littéralement s'accomplir ; Et consumabuniur omnia qnœ scripta sunt per prophetas de Filio Hominis. Voilà donc une nouvelle preuve éclatante que Jésus-Christ a donnée, par cette prédiction si détaillée, de tout ce qui allait lui arriver : que le passé et l'avenir lui étaient présents; qu'il était le Messie, et qu'il était Dieu.

(2) « Et ipsi nihil horum intel'.exerunt, et erat verbum istud « absconditum ab eis, et non intelligebant quae dicebantur {Luc, « xviu, 34). »

170 HOMÉLIE m. — SAINTE MARIE SALOMÉ

résurrection, était un royaume tout à fait spirituel, et même qui n'aurait eu rien de semblable aux royaumes de ce monde (1). Yoilà ce que les Apôtres ne comprirent jamais avant que le Seigneur, ressuscité, n'eût ouvert leur intelligence pour comprendre le vrai sens des Écritures (2), et avant que le Saint-Esprit ne les eût instruits de toute vérité (3). Ils envisageaient donc ce royaume comme quelque chose de temporel et d'humain.

Un jour, saint Pierre ayant dit au Seigneur : a Voilà que nous avons tout quitté pour vous suivre. Que nous sera-t-il donc donné ? » Le divin Maître avait répondu : « Je vous le dis en vérité, que lorsque, au temps de la régénération, le fils de l'homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous qui m'avez suivi, vous siégerez, vous aussi, sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël (4). » Or en se trompant de date les Apôtres pensaient que cette promesse du Seigneur, qui ne devait s'accomplir qu'au jugement dernier, se serait réalisée aussitôt après sa résurrection, et qu'eux tous seraient les grands juges ou les ministres du nouveau royaume qu'il aurait établi. Dans un sentiment de

(1) € Regnum meum non est de hoc mundo {Joan. xviii, 3G). »

(2) « Aperuit illis sensum , ut intelligerenl Scripturas {Luc. a XXIV, 35). »

(3) « Spiritus veritatis, ipse docebit vos omnem veritatem [Joan. « XVI, 13). »

(4) « Amen dico Yobis : quod vos qui secuti estis me, in regene- « ratione, cum Filius hominis sederit in sede majestatis suse, sede- « bitis et vos super sedes duodecim, judicantes duodccim tribus « Israël [Matth. xix). »

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petite vanité, bien naturel dans des âmes si simples et si imparfaites, avant que le feu sacré du Saint-Esprit ne les eût transformés en d'autres hommes, ils rêvaient donc déjà avec bonheur les places qui leur seraient échouées et dont chacun aspirait à occuper la première. C'est dans ce sentiment de prétention de jeunes gens que les fils de Zébédée engagèrent leur bonne mère dans la démarche qu'on va voir, auprès du Seigneur. Et ils la pressèrent à faire vite-, car, d'après les dernières paroles que le divin Sauveur venait d'adresser en secret à tous les douze Apôtres, la grande catastrophe approchait, et il n'y avait pas de temps à perdre pour obtenir de lui de leur destiner d'avance les places les plus élevées dans son nouvel empire.

Entourée donc de ses deux fils , Salomé se présenta devant le Seigneur, et, prosternée à ses pieds, l'ayant profondément adoré, elle lui fit entendre qu'elle avait quelque chose d'important à lui demander, mais qu'elle n'osait pas lui être importune ; Tune accessit ad eum mater filiorum Zebedœi^ cum filiis suis^ adorans^ et petens aïiquid ah eo (^Matth. xx, 20) (1). L'aimable Seigneur eut compassion de son embarras, et du ton de la plus grande bonté, l'encouragea à parler, en lui disant : Eh bien , que voulez-vous que je vous fasse ?

(t) Selon saint Marc, il paraît qu'encouragée par sa qualité de cousine du Seigneur, et bien plus encore par l'affection que le Seigneur lui témoignait à cause de sa grande piété et de son dévouement, elle ait fait précéder sa priè-re par cet exorde : « Maître, je désire que vous me disiez : Oui, avant de vous exprimer ma prière, quoi que ce soit que je vous demanderai; Magister, volumus ut guodciimque petierimusfacias nobis {Marc, x, 33). »

Qui dixit ei : Quid vis ( v. 21 ) ? Alors Marie Salomé, d'une voix hésitante, répondit : La grâce que je vous demande , Seigneur, c'est que vous disiez que mes deux fils, que voici, aient un jour le sort de s'asseoir, l'un à votre droite, l'autre à votre gauche dans votre royaume; Qui dixit Illi : Die ut sedeani hi duo filii met U71US ad dexleram tuam, et unus ad sinistram in regno tuo. (^Ibid. )

Voilà une bien singulière demande, s'écrie ici saint Jérôme. Apparemment cette mère partageait les désirs ambitieux de ses enfants-, et, ayant appris par eux que le Seigneur, ainsi qu'il venait de le leur dire, allait mourir, mais pour ressusciter le troisième jour, elle pensa que le rétablissement du royaume dlsraël aurait lieu immédiatement après cette résurrection ; et, poussée par un sentiment exagéré de vanité de femme, et oubliant tout à fait le ciel, c'est dans le royaume terrestre du Messie qu'elle voulut assurer les premières dignités à ses enfants (1).

Mais un pareil jugement du docteur Maxime, touchant une si sainte et si auguste matrone, nous paraît trop sévère, et peu en harmonie avec l'opinion que l'Évangile nous a donnée d'elle. Nous y préférerons donc le jugement de saint Jean Chrysostôme que voici : « La mère des fils de Zébédée, dit-il, n'était pas une de ces mères mondaines qui, jalouses des avan-

(l) « Quiapost omnia dixerat Dominus : Et tertia die resurget; « putavit mulier, post vesurrectionem continuo regnaturum ; et avi- « dilate fœminaea,pr8esentia cupit, immemor futurorum {Comment, « in Mat th.). »

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tages matériels de leurs enfants , ne se soucient guère de leurs avantages spirituels^ qui, très-zélées de les voir riches et puissants dans ce siècle, ne pensent pas le moins du monde au triste sort qu'elles leur préparent dans le siècle futur, et qui donnent à voir par là que, mères de leurs enfants par rapport au corps, elles ne sont que leurs marâtres par rapport à Tàme. Marie Salomé veut, au contraire, dans la prière qu'elle a adressée au Seigneur, au sujet de ses fils, ne demander pour eux que les biens du ciel et nullement les biens de la terre (1). » C'est que, comme nous venons de lo remarquer dans l'Homélie qui précède, les femmes DE l'Évangile ayant mieux compris le Messie que les hommes de l'Évangile, saint Pierre excepté. Jésus- Christ, tout étant, pour Marie Salomé, vrai homme, était donc, en même temps, vrai Dieu.

C'est comme son Dieu qu'avant de le prier, elle commença par l'adorer^ Adorans-^ et c'est en le reconnaissant le Dieu tout-puissant qui n'a qu'à dire pour que tout ce qu'il dit soit fait à l'instant, qu'elle fit usage de cette singulière expression : « DITES, Seigneur. »

Elle croyait donc qu'après sa résurrection, le divin Maître aurait régné moins en homme sur cette terre qu'en Dieu au plus haut des cieux^ et c'est dans ce royaume céleste; In regnocœlorum^ dont Jésus-Christ

(1) « Non sentit sicut cœterae matres, quae corpora natorum suo- « rum ornant, animas autem contemnunt; desiderant illos valere « in hoc sœculo, et non curant quid sint passuri in alio : ut osten- « dant quod corporum sint parentes, non animarum. Ita non ter- « rena sed cœlestia ûliis suis optabat [Hom. in Mattli.]. »

1 74 HOMÉLIE m. — SAINTE MARIE SALOMÉ

avait tant de fois parlé à ses disciples et au peuple, qu'elle demande à voir ses enfants placés aux côtés du Roi immortel des siècles.

Ah! se disait à elle-même cette admirable mère, cet humble et pauvre Jésus, si méconnu, si méprisé, si persécuté sur cette terre, qu'il sera grand, qu'il sera puissant et majestueux dans le ciel, le jour où, assis à la droite de son divin Père , il régnera sur tout l'univers ! Et qu'ils seront heureux tous ceux qui auront le sort d'être près de lui dans ce règne î

Il est certain que Salomé ne fit sa prière au Seigneur qu'à l'instigation de ses fils qui, nous le répétons ici avec saint Cbrysostôme, ne rêvant qu'un règne temporel et de temporelles grandeurs pour Jésus- Christ après sa mort, aspiraient à figurer dans ce royaume au-dessus de tous leurs collègues (1) , et que, n'osant pas faire eux-mêmes cette demande tant soit peu ambitieuse, se flattèrent, dit encore saint Cbrysostôme, qu'elle aurait moins choqué les oreilles du Seigneur et serait mieux accueillie si elle était prononcée par leur mère 5 car rien n'est plus touchant qu'une mère priant pour ses enfants (2). Et c'est parce que Salomé n'a été, dans cette occasion, que l'interprète et l'organe des desseins de ses fils que, comme l'a remarqué saint Augustin , saint Marc a rapporté comme ayant été dites par Jacques et Jean ces mêmes

(1) e Nihil spirituale petebant, neo intell igentiam superioris regai « habebant [toc. cit.). »

(2) « Existimantes quod facilius impetraret mater, proflliissuis « rogans {loe, cit,). »

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paroles, que saint Matthieu a rapportées comme ayant été prononcées par Salomé (I).

Mais en passant par Tesprit, par le cœur et par la bouche de leur sainte mère , qui l'avait redressée , cette prière des fils perdit ce que, dans leur intention, elle avait de matériel et d'imparfait, La mère demanda bien la même chose que désiraient ses enfants ; mais, d'après la pensée de saint Chrysostôme, elle ne la demanda pas de la même manière. Dans la profonde sagesse de sa foi, elle sollicita dans un sens tout spiri* tuel et céleste ce que dans leur étourderie ses enfants ne sollicitaient que dans un sens matériel et terrestre ; Non terrena, sed cœlestia flliis suis optabat.

C'est, l'esprit rempli des plus hautes idées sur la grandeur future du Messie, qu'elle lui adressa la prière que vous venez d'entendre, et que, par conséquent, on peut traduire ainsi : « Seigneur, je ne viens vous demander rien de terrestre, rien de temporel et d'humain pour mes fils; je ne viens demander pour eux qu'une grâce toute spirituelle, céleste et divine-, c'est que m'en étant privée pour vous les offrir, pour vous les

(l) « Marcus ipsos filios Zebedsei perhibet dixisse, qnod hic per « matrem Mathseus expressit, cum illa illorum voluntatem aUulisset « [In Caten.). « Saint Marc a mis sur les lèvres des fils la prière que saint Matthieu attribue à la mère, non-seulement pour indiquer que c'étaient les fils qui l'avaient suggérée ; mais encore parce que ces fils se trouvant là à côté de leur mère, pendant que celle-ci portait la parole, ils étaient censés parler avec elle. C'est donc trèsrégulier que cet Évangéliste ait mis au pluriel un discours que saint Matthieu a mis au singulier. Il a désigné, au moral, les auteurs de ce discours que saint Matthieu a désignés au physique j et les historiens sacrés ont été tous les deux dans le vrai.

donner, ces enfants chéris, pendant votre vie, vous ne les laissiez pas ici. mais que vous les preniez avec vous après votre mort, que vous les placiez à vos côtés de manière à ce qu'ils n'aient jamais à se séparer de vous. Oh! si vous m'accordez cette faveur, je serai ia plus heureuse de toutes les mères-, je n'ai plus rien à désirer pour ces fils bien-aimés, car auprès de vous, sous vos yeux, et sous la protection de votre amour pour eux, ils seront riches de tous vos propres biens, glorieux de votre propre gloire, heureux de votre propre féUcité. Tout cela dépend de vous. Il ne vous en coûtera qu'un mot-, vous n'avez qu'à dire : Dic^ et la chose sera faite. Et le sort de mes enfants sera assuré pour toute l'éternité; Dic^ ut sedeant hi duo filii mei unus ad dexleram tuam, et unus ad sinistram, in regno tuo ! Voilà, mères chrétiennes qui m'écoutez ici, voilà le bel exemple que vous devez imiter. Répandez , vous aussi, des larmes, comme le faisait saint Bernard , sur la conduite scandaleuse de cette foule de mères remplies de l'esprit et des préjugés du monde, qui se donnent tant de soUicitudes et de peines pour procurer à leurs enfants les biens de la terre, et parmi lesquelles on n'en trouve pas une qui fasse rien pour leur procurer Dieu (1). Et, ne vous inspirant que de votre foi, tâchez, avant tout, d'élever les fruits de vos entrailles, de manière qu'après leur mort ils puissent se rencontrer avec Dieu , entrer dans son royaume céleste, et, à côté de lui, vivre de lui et en lui. Que chacune de vous apprenne par cœur cette belle prière

(l) « Omnes divitias, nemo filiissuis providet Deum. »

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de sainte Marie Salomé , et qu'elle l'ait toujours dans son cœur et sur ses lèvres, pour dire toujours à Jésus- Christ : c( Seigneur, je ne vous demande qu'une chose pour mes fils : c'est qu'ils aient le sort de s'asseoir un jour à vos côtés, dans votre royaume du ciel^ Die, ut sedeant filii mei ad dexteram et ad sinis/ram tuam in regno tuo, » Et en priant, comme Marie Salomé, vous serez, vous aussi, exaucées comme elle. C'est ce que maintenant nous allons voir.

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