DEUXIÈME PARTIE
SUCCÈS DES SOLLICITUDES ET DES PRIÈRES DE LA BONNE MÈRE POUR LE SALUT DE SES ENFANTS.
§ 4. Explication de la réponse du Seigneur à la prière que sainte Salomé lui lit pour ses fils. — Pourquoi cette réponse n'a pas été adressée à leur mère. — C'est dans les intentions de ses fils que cette prière était imparfaite. — Le calice et le baptême du Seigneur sont sa passion. — Partager cette passion est une condition indispensable du salut.
La réponse que notre divin Sauveur fit à la prière que lui présenta sainte Marie Salomé eut l'air d'un reproche ^ car, en s' adressant à Jacques et à Jean, le divin Maître leur dit : Vous ne savez ce que vous demandez ; Respondens autem Jésus dixit : Nesciiis quid pe~ tatis (v. 22). Mais n'est-ce pas la mère qui a fait la demande? Pourquoi donc le Seigneur répond-il aux fils? Pour deux raisons, ce nous semble. La première, pour leur faire comprendre que. Fils de Dieu et vrai Dieu lui-même, et rien ne pouvant lui être caché, il savait bien que, comme nous venons de le remarquer.
la mère n'avait parlé qu'à l'instigation de ses enfants, qu'elle n'avait été que leur organe complaisant et fidèle, ne répétant que ce que ses fils l'avaient chargée de dire. Or, la demande n'étant faite en réalité que par ses fils, c'est à eux que devait être adressée la réponse (1).
La seconde raison, pour laquelle ayant mis la mère de côté, ce n'est qu'à ses fils que le divin Sauveur dit : (( Vous ne savez pas ce que vous demandez -, Nés- « citis quid petatis ; » c'est, pour nous faire comprendre, à nous, que, comme on vient de le voir aussi, pure, sainte et parfaite à cause du sens tout spirituel et céleste qu'elle avait dans la bouche de la mère, cette prière ne méritait des reproches qu'à cause du sens matériel et terrestre qu'elle avait dans l'esprit des fils. C'est donc comme si Jésus -Christ eût dit : Quant à vous , femme , dont les intentions me sont connues, je n'ai, il s'en faut, aucun reproche à vous faire. Mais quant à vous, Jacques et Jean, m'ayant fait par votre mère présenter une telle demande dans des intentions bien différentes que je connais aussi, je vous dis, à vous, que vous ne savez pas, vous, ce que vous demandez ; Nescitis quid petatis .
Mais Jacques et Jean étaient les fils de Marie Salomé; ils avaient puisé dans le cœur et dans la conduite de leur sainte mère un grand amour, un attachement à toute épreuve, un dévouement sans bornes
(i) « Tum Dominus, occultorum cognitor, non ad verba interce- « dentis mulieris, sed ad consilhim suggerentium filiorum respondit -' (Gbrysost., loe, cit.). »
ou LE BONHEUR DES MÈRES, ETC. Î79
pour leur divin Maître. Tout imparfaite qu'elle était, dit donc saint Chrysostôme, leur demande avait sa source dans leur affection pour le Seigneur. Ils désiraient non-seulement d'être toujours en sa compagnie, mais encore d'être le plus près que possible de sa personne. Leur demande était peu réfléchie, mais elle n'était pas coupable. Dans les termes dans lesquels elle lui était présentée, cette demande ne pouvait pas être admise ; mais la simplicité qui l'avait inspirée ne méritait pas d'être confondue par une dure réprimande. Ainsi l'aimable Seigneur ne leur reproche que leur ignorance -, Nescitis quid peta^ Us ^ et par là il a donné à comprendre que , quant à leurs sentiments , il ne trouvait rien à leur reprocher (1).
Mais en quoi la pétition de ces Apôtres a-t-elle mérité d'être taxée d'ignorance f L'Evangile va nous donner l'explication de ce passage de l'Évangile.
Lorsque, par sa Transfiguration sur le mont Thabor, le Fils de Dieu donna à trois de ses Apôtres un petit essai de la gloire de sa divinité et de la félicité du ciel, saint Pierre, ravi des merveilles, du bonheur et des délices ineffables de cette vision divine, pria le Seigneur de rester toujours en sa compagnie dans la même situation, sur la même montagne-, Dixit ad Jesum : Domine^ bonum est nos hic esse {Matih, , xvn).
(l) « Bonum quidem erat eorum desiderium, sed inconsiderata « petitio. Ideo, et si impetrari non debebat, simplicitas tamen pe- « titiouis confundi non merebatur, quia de amore Domini talis pe- « titio nascebatur. Propterea solam ignorantiam in eis Dominus « rcprehendit {J>oç. citât.), »
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Or, saint Marc, en rapportant cette prière du prince des Apôtres a ajouté que Pierre, s'exprimant ainsi, NE SAVAIT PAS CE Qu'iL DISAIT*, Non enim sciebat quid diceret [Marc^ ix). Et pourquoi? parce que faire une telle prière, c'était ignorer^ disent les interprètes, que la félicité n'a pas été promise aux Saints sur cette terre, mais au ciel (1)-, et qu'on ne peut atteindre le bonheur de régner avec Jésus-Christ qu'après avoir beaucoup souffert pour l'amour de Jésus-Christ (2). Or, c'est par la même raison, dit le savant interprète Rabanus, que Jésus-Chrit a fait aux fils de Zébédée le même reproche qui avait été fait à saint Pierre, de ne savoir pas ce qu'ils disaient \ c'est-à-dire qu'ils ont voulu obtenir du Seigneur le siège de sa gloire avant de l'avoir mérité, et atteindre ce comble du bonheur sans avoir parcouru la voie du travail par laquelle seulement on peut y arriver (3).
Cette explication est fondée, elle aussi, sur le texte de l'Évangile; car, après les avoir avertis de leur ignorance, le Seigneur leur a fait, à son tour, cette demande ; Pouvez -vous boire le calice que je dois BOIRE ; Potestis bibere calicem quem ego bibiturus sum (y. 22)? et selon saint Marc, il a ajouté encore : « Pouvez-vous être baptisés du baptême dont je serai baptisé;
(1) « Quia Petrus oblitus fuerat, Sanclis a Deo in cœlis regnum « non in terra promissum (Drlthmarus, Comment, in Matth.).y>
(2) « Quia tempora patiendi non potest félicitas prsevenire reu gnandi (S. Léo, Serm. de Transfig.). »
(3) « Nesciebant quid pelèrent, quia sedem gloriœ a Domino, « quam nondum merebantur, inquirebant. Delectabat eos culmen « gloriœ; sed prius debebant calcare viam laboris {[n Matth.), »
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Etbaptismo quo ego baptizor^haptizari {Marc, x, 38)? Ce qui a été poser la circonstance de boire son propre calice, comme une condition nécessaire d'avoir des places dans son royaume ; car dire, par exemple, à qui veut marchander une chose : Pouvez-vous dépenser mille louis? c'est poser le payement d'une telle somme comme une condition indispensable pour acquérir une telle chose. Or, le mot « calice » dans les Livres saints ne signifie autre chose que la Passion du Seigneur (1); car au Jardin des Oliviers^ pour donner une preuve sensible de la réalité de son humanité, ayant, au milieu de la plus douloureuse agonie et de sa sueur de sang, prié le divin Père de détourner de lui le calice qui allait lui être présenté; Transeat a me calix iste^ il ne fit allusion qu'à sa passion, qui allait commencer. Et le baptême dont le Seigneur aurait aussi fait mention ici, selon saint Marc, n'est que ce baptême dont il avait dit ailleurs : a J'ai encore « un baptême à soutenir, et quelle angoisse j'éprouve ((jusqu'à ce qu'il s'accomplisse (2)! )> c'est-à-dire, le baptême de son propre sang qui aurait inondé tout son saint corps dans le cours de sa passion.
Demander donc à Jacques et Jean s'ils pouvaient boire son calice, ce fut leur dire, d'après saint Chrysostôme : Vous me parlez de partager ma gloire et ma félicité-, mais avant tout il faut que vous partagiez
(1) « Calicem.in Scripturis divinis passionem intelligimus (S. Hie- « RON., in Matth.). »>
(2) « Baptismo habeo baptizari; et quomodo coarctor usque dum o perficiatur [Luc. xii, 50) I »
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mon agonie et mes sueurs; car le temps de la récompense ne peut précéder le temps du mérite (l)î
Mais le Dieu qui avait connu et mis au grand jour le secret de la démarche qu'ils avaient engagé leur mère à faire auprès de Lui, ne pouvait pas ignorer les dispositions de leur cœur. Ce n'est donc pas à fin de savoir, Lui, ce qu'il aurait ignoré, qu'il les interroge ^'z/s 5071^ disposés à boire à sa même coupe la liqueur amère de sa passion^ mais c'est, dit saint Chrysostôme, afin que, par cette interrogation mystérieuse et publique, nous entendissions, nous aussi, d'une manière solennelle, de ses propres lèvres, ce que nous ne savions pas et que nous aimons si peu à savoir, c'est-à-dire : que personne ne peut suivre Jésus -Christ dans son royaume^ à moins quil ne Vait imité et stiivi dans sa passion^ et que le trésor de la béatitude éternelle, dont la valeur est infinie, ne peut être acquis qu*au prix des plus grands sacrifices (2).
Ailleurs le divin Sauveur avait dit : « Le royaume u des cieux n'est point le partage des esprits peu cou- (( rageux, mais la conquête des forts ; il n'est que le prix (( de la violence que l'homme se sera faite à lui-même 5 « RegnuTïi cœlorum vim patiiur^ et violenii rapiunt « illud (Maiih. xi, 12). » Or, Jésus-Christ disant tout haut aux fils de Zébédée, qui lui demandent des places
(1) « Perinde ac si dicat : Vos de honore et coronis loquiminij ego « autem de agone et sudoribus. Non enim hoc est prœmiorum tem- « pus [loc. cit.). »
(2) « Ideo interrogat ut omnes audiamus : Quia nemo potest cum « Ghristo regnare, nisi Passionem Ghristi fuerit imitatus. Res enim « pretiosa non nisi pretioso pretio comparatur {loc. cit.). »
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dans son royaume : Pouvez-vous boire le calice que je dois boire moi-même? c'est Jésus-Christ, poursuit saint Chrysostôme, nous rappelant cette même grande doctrine de son Evangile. Car, les mots Passion duSeigneur signifient ici non-seulement les tourments et même la mort que tout chrétien doit être prêt à subir pour la foi ; mais aussi toute espèce d'eflbrts qu'il doit faire pour combattre et vaincre le péché (1). C'est Jésus-Christ, ajoutons-nous, répétant ici au monde, avec l'imposante autorité de Maître, de Seigneur et de Dieu, ce qu'il lui a dit ailleurs et lui a fait dire par son Apôtre : Que si, comme Homme et chef des Prédestinés, il a dû passer par la souffrance, pour entrer dans la gloire du Ciel qui, par tant de titres, était à Lui, (2) à plus forte raison ne pouvons-nous entrer qu'à la même condition dans cette même gloire qui nous est étrangère et pour laquelle nous n'avons d'autre titre que sa miséricorde et sa bonté (3); qu'on ne parvient pas au Paradis par le chemin semé de fleurs du Thabor, mais par la voie escarpée du Calvaire, en marchant sur ses traces ensanglantées, notre croix sur les épaules et l'abnégation dans le cœur (4)- qu'on n'est prédestiné qu'à la condition de recopier en soi-même Timage de I'homme-dieu
(1) « Per passionem Doinini intelligimus non solum passionem « genlilium, sed omnem violentiam quam patimur, contra peccata « certantes [Ibid.]. »
(2) « Nonne oportuit Ghristum pati, et ita intrare in gloriam a suam [Luc. xxiv)?
(3) « Non curientis sed miserentis est Dei {Rom. ix, 16), »
(4) « Quid vult venire post me, abneget semetipsum, et tollat « crucem suam et sequatrr me {Matth. xvi, 24). »
CRUCIFIÉ (1), et que nous ne serons glorifiés avec lui qu'autant que nous aurons souffert en sa compagnie (2).
\oilà ce que notre divin Sauveur a voulu dire par son interrogation qu'il fit à Jacques et à Jf an : Pouvezvous boire le calice que je dois boire? Elle était grave et effrayante, comme on le voit; elle exigeait d'eux qu'ils s'engageassent à leur tour à partager ses ignominies, ses douleurs, sa mort, dont il venait de mettre sous leurs yeux l'affreux tableau. Eh bien, nous retrouvons encore ici les enfants de Marie Salomé, ces grandes et belles âmes auxquelles leur sainte mère avait su inspirer un attachement à toute épreuve à la personne et à la société du Messie. Ils ne balancent donc pas-, et avec l'accent d'un parti pris, d'une résolution bien arrêtée depuis longtemps dans leur cœur : (( Oui, répondent-ils au divin Maître, nous le pouvons; « Dicunt Ei : Possumus (v. 22). » Ce qui fut dire, d'après les interprètes : « Oui, nous le voulons bien, et nous sommes prê(s à tout souffrir pour vous, même la mort (3). )) — Car lorsqu'il s'agit de choses ardues qui demandent un grand effort de volonté et une grande énergie d'âme, dire : Je le puis, c'est dire : Je le veux (4). — Jésus-Christ reprit alors : Et moi je vous
(1) « Quos piaescivit et praedestinavit conformes vult fierl imagini « Filii sui [Rom. vin, 29). »
(2) « Si compatimur, et conglorificemur (i?om. viii, 17). »
(3) « Possumus, id est : Volumus, et parati sumus pro te mor- « tem oppetere (Maldonatus, hic). »
{ ij « Posse subinde sumitur pro velle : prœsertim ubi res est
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(lis que vous boirez en effet mon calice-, vous serez baptisés de mon baptême 5 mais d'être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de vous le donner, mais ce sera le partage de ceux à qui mon Père l'a préparé-, Ait illis : Calicem quidem meum bibetis-^ et baptismo quo ego baptizor^ baptizabimini', sedere auiem ad dexteram meam vel ad sinistram^ non est meum dare vobis^ sed quïbus paraium est a Pâtre meo (v. 23). ))
§ 5. Jésus-Christ n'a dit aux fils de sainte Salomé : Il ne m'appartient pas de disposer des places du ciel, que comme homme, et eu égard aux conditions tout humaines auxquelles ces jeunes gens les demandaient. — Le royaume du ciel ne se donne pas à la faveur, mais à la vertu. — Cette doctrine est une source de consolations pour les bons chrétiens pauvres, et mal rétribués dans ce monde.
Mais est-il possible que le Fils de Dieu ait prononcé ces dernières paroles? N'a-t-il pas dit lui-même à ses disciples : « C'est moi qui dispose du règne céleste pour « vous, comme mon Père en a disposé pour moi; Ego « dispojio voùiSj sicui disposuit mihi Pater meus^regnum <( [Luc.j xxn, 29)? » Comment donc, leur dit-il ici: (( Qu'il ne lui appartient pas de disposer de ce règne-, (( Non estmeum dare vobish) LaVérité par essence s'estelle donc contredite? Marie Salomé s'est donc exagéré outre mesure la puissance du Seigneur, en lui disant : Seigneur, vous n'avez qu'à prononcer un seul mot, et la place que je demande pour mes enfants dans
« ardua, quae magno voluntatis conatu et robore indlget (A Lapide, « hic), »
votre règne leur sera assurée-, D/C, ut sedeant hi duo filii mei^ unus ad dexteram et unus ad sinistram in regno iuo? Et nous aussi, nous trompons-nous donc dans notre foi, en mettant en Lui toute notre confiance d'être sauvés? Non, non, mes frères, il n'y a rien de tout cela ; mais voici la vraie portée de cette déclaration de notre divin Rédempteur.
Jacques et Jean étant, comme nous l'avons dit, parents du Seigneur par leur mère, dans leur simplicité et dans leur ignorance que Jésus-Christ leur a reprochée \ Nesciiis quid pelatis , s'étaient imaginé qu'à ce litre le divin Maître aurait bien voulu les préférer à tous leurs compagnons dans la distribution des places de son règne. Us demandaient donc, dit Cornélius à Lapide, à leur parent, à l'homme, et ils n'attendaient que de l'homme la grâce qu'ils sollicitaient (1). Mais donner une place quelconque dans le royaume des cieux, nous dit saint Augustin, n'est pas du pouvoir de l'homme, mais du pouvoir de Dieu (2). Ne pouvant donc faire, comme homme, ce qu'ils demandaient, Jésus -Christ a eu bien raison de dire : Ce ri est pas à moi à vous destiner la place que vous désirez.
Les mêmes paroles qu'il a ajoutées : Mais à ceux à qui mon Père l'a préparé^ nous indiquent assez qu'ici le Fils de Dieu n'a parlé qu'en Fils de l'homme ^ car toutes les fois , poursuit le grand Interprète que je
(1) « Preeeminentiam in Regno Joannes et Jacobus, ratione co- « gnutionis et familiarilatis cum Christo, ambiebant (iw Matth. « xx). »
(2) « Cœlum darê îion est potestatis humanœ sed dhinœ {De «» TrinUale, lib. II, c. i). »
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viens de citer, que ce Fils de Dieu se déclare, dans l'Evangile, inférieur au Père et son sujet, toutes les fois qu'il rapporte tout à ce Père divin, et qu'il lui attribue tout ce qu'il a reçu, il ne fait cela que dans sa qualité de Fils de V homme {\), Mais tout en disant ici, reprend saint Augustin, qu'il ne peut pas disposer du ciel dans la forme de serf^ Jésus -Christ n'en a pas moins dit, ici même, qu'il dispose, lui aussi, du ciel dans sa qualité de Fils de Dieu ; car, dans cette qualité, n'étant, comme il l'a dit lui-même, quune seule et même chose avec son Père, ce qui est préparé par le Père l'est aussi par lui (2).
Ainsi donc, en nous disant : a Ce n'est pas à moi « à vous donner le ciel-, JVon est meum dare vobis, il a parlé de lui comme homme; et en disant : « C'est (( moi qui dispose du ciel pour vous 5 Ego dispono (( vobis regnum, » il a parlé de lui comme Dieu. Et, sous ces différents rapports, ces deux déclarations étant toutes les deux d'une exacte vérité, il n'y a pas de contradiction entre elles, mais il y a raison, justesse et harmonie.
C'est cette distinction qu'il faut avoir toujours devant les yeux en lisant l'Évangile 5 et alors, dans tous les discours, dans tous les faits de notre divin Sauveur, on n'aperçoit que sa touchante sollicitude de nous
(1) « Quia Christus, ut homo^ semper se Patri subjicit; omnia « in ipsum résignât, ipsique accepta reiert (A Lapide, loc. « cit.). »
(2) « Secundum formam servi dixit : Non est meum dare vobis. f. Quod autem paratum est a Pâtre ejus, et ab Ipso paratum est. « Quia ipse et Pater unum sunt (loc. cit.). »
prouver la réalité de ces deux natures, la nature divine et la nature humaine , cette doctrine fondamentale du mystère de l'Incarnation et de toute la religion. Alors, dans ces discours et dans ces faits, tout s'explique, tout se coordonne et s'harmonise, tout devient clair ; et la lecture de ce Livre divin devient une source ineffable de lumières pour l'esprit et de consolations pour le cœur.
Mais, remarquez Lien, nous dit saint Chrysostôme, qu'afm de prévenir toute objection que l'hérésie aurait pu tirer un jour de ce passage, contre l'étendue de la puissance du Christ et les droits de sa royauté, en un mot contre sa divinité, Jésus-Christ n'a point parlé ici dans un sens absolu^ mais dans un sens relatif; car il n'a pas dit : Je ne puis pas dispose?' du ciel-^ mais il a dit : Je ne puis pa-^ disposer du ciel pour YOUS DEUX, et pour les raisons pour lesquelles vous me les demandez (1). Et ce fut leur dire, d'après saint Jérôme : Vous prétendez que je vous accorde les deux premières places dans mon royaume, parce que vous êtes mes parents. Vous m'avez fait adresser la demande de cette grande distinction par votre mère que j'affectionne tant à cause de sa vertu. Vous croyez donc que je veuille disposer des places de mon royaume, comme le font les rois de la terre, par considération pour les rapports du sang et de la parenté, par inclination naturelle, par sympathie, par sollicitations et par faveur. Or, à ces conditions et par ces moyens, vous
(l) « ut non infirmus esse ostendatur, non dixit SIMPLICITER :
« NON EST MEllM DARE, SCd I NON EST MEUM DARE VOBIS [lOC, Cit.). »
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n'obtiendrez jamais ce que vous sollicitez, et il ne mapparlienl pas de vous l'accorder^ car il n'y a pas acception de pei'sonnes auprès de Dieu. L'acquisition des places du céleste royaume ne dépend pas seulement de la volonté de Celui qui les donne, mais aussi des dispositions de ceux qui doivent les recevoir. Elles ne se donnent pas à la faveur, mais au mérite; elles ne sont pas distribuées d'après les qualités des personnes, mais d'après leur vie ; et celui-là seul doit en être investi qui en sera trouvé digne. C'est l'économie divine du mystère du royaume du ciel (1).
Pour saint Chrysostôme aussi ces divines paroles : Vous boirez, en effet ^ mon calice \ mais ce n est pas à moi à vous donner les places auxquelles vous aspirez , peuvent se traduire ainsi : u Yous partagerez ma passion^ vous mourrez même pour moi, je vous le prédis; mais lors même que vous aurez rempli cette première condition indispensable pour vous trouver au ciel en ma compagnie, n'allez pas croire pour cela que les sièges les plus élevés vous soient assurés. Car si quelque autre se présente à moi ayant passé par le martyre comme vous, mais ayant plus de vertu et plus de mérite que vous, l'amour que j'ai pour vous coQime mes parents, ne me fera janiais exclure celui-là du premier rang pour vous le réserver. Car la
(l) « ?^on est meum dare vobis, id est : Regnum cœlorum non « est tantum dantis sed et accipientis. Non est personarum acceptio « apud Deum ; sed quicumque talem se pisebuerit ut Regno cœlo- « rum dignus fiât, hoc accipiet, non ex favore sed ex merito, quod « non peisonœ sed vitœ paratum c&t [Comment . in Matth.). »
iOO HOMÉLIE m. —SAINTE MARIE SALOMÉ
primauté dans le royaume du ciel n'appartient qu'à ceux qui, par leurs œuvres, sont devenus les premiers (1).
Enfin, imaginez, nous dit Théophilacte, un roi juste qui, ayant institué une joute, dont le prix ne doit être décerné qu'au mérite de la valeur, soit abordé par ses parents et par ses amis lui demandant d'être préféré à tous les autres dans la distribution des prix et des couronnes^ n'aurait-il pas le droit de leur répondre : Qu'il ne lui appartient plus de dispos-sr, par des considérations personnelles, de ces prix et de ces couronnes, après avoir décrété qu'ils ne seront emportés que par ceux qui seront restés vainqueurs dans la lutte? C'est le cas précis de notre Evangile. Jésus- Christ ne pouvait donc, ne devait répondre à Jacques et à Jean que comme il l'a fait (2). Ainsi donc, conclut saint Ambroise, Jésus-Christ n'ayant pas dit : Je ne puis pas donner 5 mais : Je ne puis pas donner à VOUS les premières places du ciel^ affirme, non pas qu'il lui manquait le pouvoir de les accorder, mais
(1) \ Quserebant, prœ aliis stare apud Ipsum. Sed Christus, Mo- « riomini quidem, inquit, propter me, non tamen hoc suflicit vos « facere primum ordinem oblinere. Si enim aliquis alius venerit, « cum martyrio, ampliorem \irtutem possidens; non quia vos amo, « illum expellam et vobis dabo primatum. His enim paratur prima- « tus qui per opéra possunt fleri prlmi [loc. cit.). »
(2) « Sic justus rex agoni a se instituto prœsidens, accedenlibus " cognatis et aiiicis, dicentibusque : Da nobis bravium et coronam ; « jure, meritoque responderet : Non est meum vobis dare bravium, « seJ q'iibus illudparatum est et d'^cretum est, scillcet in agoneccr- '< tantibus cl vincentibus {In 1 Marci). » ,
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qu'il manquait aux solliciteurs les dispositions et le mérite de les obtenir (1).
Oh! que cette doctrine est consolante pour les pauvres, les petits, les malheureux selon le monde! Cette divine doctrine les assure que, non pas la noblesse de la naissance, la richesse de la fortune, la supériorité du rang, l'étendue du savoir, mais la pureté de l'âme, la droiture du cœur, l'innocence des mœurs et la sainteté de la vie, l'humilité et la prière sont les seuls titres de recommandation auprès de Dieu. Cette divine doctrine les assure que, pour être le rebut de la terre, ils n'en peuvent pas moins espérer les premières places dans le ciel^ et, pour être méconnus, méprisés, persécutés par les hommes, ils n'en peuvent pas moins devenir les plus grands amis de Dieu. Cette divine doctrine les assure enfin que la justice de Dieu saura bien les dédommager un jour de toutes les injustices du monde !
Que nous devons donc être reconnaissants aux fils de sainte Marie Salomé de nous avoir procuré, par l'imperfection même de leur prière, une pareille leçon de la part de notre divin Maître! C'est ainsi, dit saint Chrysostôme, que souvent le Seigneur a permis que ses disciples pensassent, dissent ou fissent des choses irraisonnables, inexactes, imparfaites, afin d'avoir parla l'occasion, en corrigeant leurs défauts, de donner à tout le monde les règles de la vraie piété. Car il savait bien que sa doctrine était une source d'édifica-
(l) « Non dixit : Non est. meiim dare-, sed : Non est meum dare « VOBIS : non sibi potestatera déesse asseren», sed meritum crca- « turiâ(ip. a Lap.)> »
tion non-seulement pour le présent, mais aussi pour l'avenir (1).
§ 6. Sainte Salomé a obtenu tout ce qu'elle a demandé au Seigneur pour ses fils. — Ils furent les plus distingués par lui, parmi les apôtres, et partagèrent sa passion. — Gloires toutes particulières à saint Jean, le fils chéri de sainte Salomé.
Mais, si imparfaite, dans les intentions des fils, la demande qui a provoqué des explications si précieuses, ne rétait pas, comme nous l'avons vu, dans les intentions de la mère. Elle méritait donc d'être exaucée, et elle le fut, en effet, dans toute la plénitude de la lettre.
Il est vrai que, par sa réponse, la Sagesse incarnée ne dit clairement ni Oui, ni Non. D'après saint Jérôme, Elle ne dit pas Oui pour ne pas froisser les autres Apôtres; Elle ne dit pas Non non plus, pour ne pas décourager et confondre les deux frères qui ne le méritaient pas (2). Mais il n'en est pas moins vrai que le Seigneur a accompli tout ce que sainte Salomé lui avait demandé pour ses fils.
En disant à ces fortunés jeunes gens : (c Vous boirez, (( en effet, au même calice auquel je boirai moi-même; « vous serez, vous aussi, baptisés du même baptême (( dont je serai baptisé moi-même; )> Calicem quidem
(1) « Fréquenter patitur Dominus discipulos suos aliquld non « recte aut dicere aut agere aut cogitare : ut ex illorum culpa occa- « sionem habeat cxponendi regulam pietatis : sciens quia non solum « in prsesenti sed etiam in future doctrina Kjus œdiûcat [loc, cit.).y>
(2) « Non dixit : Non sedebUis, ne duosconfunderet; neque etiam « dixit : SedebUis, ne cœleros irritaret (loc. cit.). »
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quem ego hïbo^ hibeiis^ et bapHsîno quo ego baptizor^ buptizabimini^ le Fils de Dieu rendit, d'abord, selon saint Hilaire, un éclatant témoignage à la pureté et à la générosité de leur foi qui leur avait inspiré la belle déclaration (ïêtre j^rêls à partager ses souffrances et ses opprobres (1).
En second lieu, par les mêmes paroles, satisfait de leurs dispositions, au dire de saint Chrysoslôme, le divin Seigneur leur prédit qu'ils auraient Tinsigne bonheur de lui être associés dans sa passion (2)- et enfin par les mômes paroles, il fit d'avance, d'après Origène, leur panégyrique, et prophétisa leur vraie grandeur et leur perfection (3).
En effet, après avoir évangélisé l'Espagne, revenu à Jérusalem et décapité par Hérode Agrippa {Ad. xn), à cause de son zèle dans la prédication et la confession de la foi chrétienne, saint Jacques fut le premier des Apôtres à répandre son sang, à donner sa vie pour Jésus-Christ. Saint Jean, son frère, but, lui aussi, au même calice et fut baptisé du même baptême. Car quoiqu'il soit mort de vieillesse, à l'âge de presque quatre-vingt-dix ans, cependant, dit saint Jérôme, en citant TertuUien, sous le féroce Domitien, saint Jean fut, à cause de la confession de Jésus-Christ, plongé dans une chaudière d'huile bouillante ; et, Dieu l'ayant
(1) « Collaudans eorum fidem ait : Martyrium quidem eos secum « compati posse {in Matth.). »
(2) « Dominus autem prophetat eis magna bona, id est, marty- « rio eos dignos efficiendos {loc. cit.). »
(3) « Ad futuram eorum perfectionem respicieiis dixit : Calicem « quidem, etc. {In Caten.). »
miraculeusement conservé en vie au milieu de cet affreux supplice (i), il fut exilé dans l'île de Pathmos, 011 il écrivit son Apocalypse, Prochorus, son disciple, et saint Isidore de Séville, attestent que le tyran, voulant, toujours pour la même cause, s'en débarrasser, sans bruit, lui fit boire une boisson empoisonnée, dont il ne reçut aucun mal : Dieu l'ayant encore cette fois miraculeusement sauvé (2). Qu'importe donc, reprend saint Jérôme, que le persécuteur n'ait pas répandu son sang? Saint Jean n'en a pas moins passé par les plus grandes privations et toutes les douleurs de l'exil, par le poison et par le feu. Il a bu au calice de la confession auquel burent les trois jeunes enfants de Babylone, au milieu des flammes de la fournaise oii ils furent jetés-, et les prodiges par lesquels Dieu le conserva n'ont rien ôté à son mérite d'avoir plusieurs fois confessé Jésus-Christ au mih'eu des plus atroces supplices, ni à la réalité, ni à la gloire de son martyre (3).
(1) Ce prodige est arrivé près de la porte Latine à Rome. Les chrétiens en perpétuèrent le souvenir, en érigeant, au même endroit, une église qui y existe encore, sous la dénomination de sa'mt Jean devant la porte Latine; et l'Église romaine célèbre la mémoire de ce martyre couronné par un si grand miracle, par une fête particulière, le 6 du mois de mai.
(2) La tradition nous a conservé le souvenir de ce fait en peignant saint Jean toujours avec un calice à la main.
(3) « Si ecclesiaslicas historias legamus, in quibus fertur quod " et ipse, propter martyrium (confessionem), sit missus in ferventis « olei dolium, et inde, ad suscipiendam coronam Christi Athleta pro- « cesserit , statimque in Pathmos insulam relegatus sit ; videbimus « martyrio animum non defuisse, et bibisse Joannem calicem con- 0 fessionis quem et très pueri in caraino ignis biberunt; licet perae- « eutor non fudcrit sanguinoni {Comment, in Matih.) »
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Sainte Marie Salomé n'a pas été moins heureuse par rapport à ce qu'elle a demandé pour ses fils, durant la vie mortelle du Seigneur. A l'exception de saint Pierre que le Fils de Dieu avait choisi pour chef de son Éghse, et qu'il plaça dans une catégorie tout exceptionnelle, les deux enfants de sainte Marie Salomé eurent toujours le premier rang parmi les Apôtres. Jésus- Christ les eut toujours à ses côtés ^ il les honora d'une affection toute particulière^ il en fit les seuls confidents intimes de ses secrets et les seuls témoins oculaires de ses grands mystères. Car Jacques et Jean furent les seuls, parmi les Apôtres, que, conjointement avec saint Pierre, le Seigneur fit assister au sublime sacrement de sa Transfiguration sur le Thabor {Matth.^ xvii),au grand prodige de la résurrection de la fille de Jaïre {Ibid. ix), et à sa prière et à ses douloureuses agonies du Getsemani (^Ibid, xxvn).
Mais voici des gloires toutes particulières à saint Jean, l'enfant chéri de Marie Salomé, et que personne n'a partagées parmi les douze, pas même saint Pierre. C'est celui des Apôtres que l'Évangile appelle a Le disciple que Jésus aimait au-dessus de tous les autres ; )> c'est le seul des Apôtres qui, à la dernière Cène, eut l'ineffable bonheur de s'endormir sur la poitrine du Seigneur {Joan. , XIII, 23), d'écouter les palpitations de son cœur divin, et d'y puiser les plus subHmes secrets du ciel. C'est le seuldesApôlresqui,àla dispersion de tous ses collègues, après l'emprisonnement du Seigneur, ne l'ayant pas quitté un seul instant, mais l'ayant accompagné au Calvaire, et, debout à côté de sa croix, ayant assisté à sa mort, recueillit, d'après la belle pensée de
196 HOMÉLIE m. — saiî^te marie salomé
saint Ambroise, en vrai chancelier de l'Eglise, les dernières paroles du Rédempteur mourant, le Testament de son amour-, et, qui enfin, l'ayant fidèlement consigné dansl'Évangile^etrayantsigné, comme témoin oculaire de tout ce qu'il atteste, et l'ayant environné de tous les caractères d'une authenticité divine, l'a transmis à fEglise, et Ta conservé à l'espérance, à la consolation et à lédification du monde. C'est enfin le seul parmi les Apôtres qui, à cause du prodige de son innocence et de sa virginité, mérita l'insigne honneur que le Fils de Dieu lui donnât pour mère la sainte Vierge, sa propre Mère, et qu'il confiât à ses soins affectueux cette auguste Mère, ce temple vivant de sa divinité, et ce qu'il laissait de plus cher sur cette terre : la plus pure de toutes les femmes ne devant être confiée qu'à la garde du plus pur de tous les hommes.
§ 7. Réalisation du nom prophétique du Fils du tonnerre , que Jésus-Christ imposa aux enfants de sainte Salomé. — Sublimité de l'Évangile de saint Jean. — A quelle occasion fut-il écrit. — Par cet Évangile saint Jean a tonné et tonnera toujours dans le monde. — Exhortation aux mères chrétiennes à la pratique de la prière pour leurs fils.
Rappelons encore que les deux fils de sainte Marie Salomé ont été les deux seuls Apôtres auxquels, le jour même où il donna à Simon le nom de Pierre , le divin Sauveur imposa le nom particulier de Roa- NERGES, mot qui signifie les fils du tonnerre ou les tonnants (1). Et, en effet, les fils de cette mère aussi
(l) « Et imposuit Simoni nomon Petrus; et Jacobum Zebedsei et
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douce, aussi pacifique par les sentiments que par le nom (1), et aussi pacifiques, eux aussi, autant que leur sainte mère, transformés en d'autres hommes par le feu du Saint-Esprit, sont devenus les vrais fils du TONNERRE OU LES TONNANTS : l'un, saiiit Jacqucs, par sa prédication-, l'autre, saint Jean, par son Évangile. Car saint Jacques, ayant implanté le christianisme en Espagne, d'où, plus tard, la foi chrétienne est passée aux Indes orientales et au nouveau monde; c'est l'Apôtre dont, saint Pierre toujours excepté, le tonnerre de la prédication du christianisme a eu dans les deux mondes le retentissement le plus étendu et le plus prolongé.
Quant à saint Jean, c'est le seul Evangéliste qui nous ait tracé la vie éternelle, la vie divine du Verbe avant de se faire homme ^ tandis que les autres Évangélistes ne nous ont raconté que la vie de ce même Fils de Dieu après qu'il s'est fait homme. Dans son Évangile, le grand dogme de la divinité de Jésus- Christ perce et éclate, tout pur, de tous ses discours, de toutes ses actions, comme le premier rayon du soleil levant. C'est l'Évangile où ce dogme fondamental de toute la religion nous apparaît brillant de lumières plus resplendissantes , et environné de grâces plus attrayantes que dans les autres Évangiles.
C'était le temps où, par l'organe des hérétiques Ébion et Cérinthe, et d'autres monstres semblables,
« Joannem fratrem Jacobi, etimposuit eis noniina Boancrges, quod « est, Filii tonitrui [Marc, m, 1') »
(l) Le mot Salome signifie pacifique.
198 HOMÉLIE m. — SAINTE MARIE SALOMÉ
Satan venait de formuler, pour la première fois, le blasphème que Jésus-Christ n'était pas Dieu. De toutes les parties de la chrétienté, et particuhèrement de toutes les Églises d'Asie, que saint Jean^avait fondées, les plus vives instances furent faites au grand Apôtre, afin qu'il voulût écrire quelque chose de plus haut sur le Verbe de Dieu, capable d'imposer silence aux blasphémateurs de la divinité du Sauveur et d'affermir les chrétiens dans la foi de celte grande vérité. « Je le veux bien, répondit-il, pour l'honneur de mon divin Maître et pour l'édiiication et la consolation de l'Éghse. Mais j'ai besoin, pour cela, de la lumière du ciel, qu'on n'obtient que par la prière. Je prendrai la plume pour écrire sur ce grand sujet le tel jour du tel mois. Que tous les fidèles fassent donc un carême de jeûnes et de prières avant ce jour; et que ce jourlà ils demeurent tous en prières, afin que le Fils de Dieu daigne suggérer lui-même ce qu'il veut qu'écrive de Lui le dernier de ses disciples. » C'est ce qui eut vraiment lieu, d'après la tradition que saint Jérôme nous a conservée. Ainsi, ce fut pendant que toute FEghse était en prière, que le disciple bien- aimé, s'étant mis en prière lui-même ; s'éleva en esprit, par la contemplation , au plus haut de la Lumière inaccessible à toute intelligence rampante encore sur la terre; s'approcha le plus près que possible delà majeslè de Dieu^ non pour la sonder^ au risque d'en être écrase par sa gloire (1), mais pour la révéler aux autres et la faire glorifier; et se trouva, selon Tex-
(1) <t Scrutalor Majeslatis opprimetar a gloria {^rov. xxv, 27). »
ou LE BOxNlîEUR DES MÈRES, ETC. 199
pression de saint Jérôme, rassasié de la révélation de Dieu. Il vit la Lumière de Dieu dans la lumière de Dieu (1). L'aigle des Évangélistes plongea son regard, pur de toute souillure et rassuré par l'humilité de son élan et par la sainteté de ses intentions, dans le vrai SOLEIL DE JUSTICE, et en recueillit un rayon ineffable qui lui découvrit le Verbe tel qu il est, dans les profondeurs de l'énigme incompréhensible de sa géné^ ration éternelle au sein de Dieu son Père, et dans tous les charmes de sa charité pour les hommes ; et revenant du ciel, d'une main ferme, parce que le Saint-Esprit la guidait, il traça ces grandes paroles si au-dessus de toute pensée humaine , si en dehors de tout langage terrestre, et qui ne purent être que l'écho d'une voix céleste , le prolongement d'un souffle divin ; ces paroles qui étonnèrent le ciel, qui consternèrent l'enfer, qui tirent tressaillir de joie la terre, qui ébranlèrent toute la création : Au commencement ÉTAIT LE Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement AUPRÈS DE Dieu. Tout a été fait par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. En lui était
LA vie, et la vie ÉTAIT LA LUMIÈRE DES IIOPdMES (2).
(1) « In lumine tuo videbimus lumen {Psal. xxxv, 10). »
(2) « Cum jam heereticonim bcmina pullulareut Cerinlhi, Ebio-
« nis et Cfeleroruni qui negant Chiistum in carne venisse.
« Goactus est ab omnibus pœne tune Asiee episcopis, et raultarum « Ecclesiarum legalionibus de Divlnitate Salvatoris allius sciibere, « et ad ipsum Dei verbuni, non tam audaci, sed felici temeritate pro- « rumpere. Unde et Ecclesiastica narrât historia, cum a fratribus « cogeretur ut scriberet, ita facturuni se respondisse, si, indicto je-
D'après Métaphraste et d'autres auteurs anciens, cités et suivis par Baronius, comme les paroles : Je suis CELUI QUI suis, qui ont révélé ce que Dieu est, ne furent prononcées au Sinaï qu'au milieu des éclairs et des tonnerres-, de même, pendant que saint Jean écrivait ces paroles de son Évangile, qui nous ont révélé ce qu'est le Fils de Dieu, on vit la foudre sillonnant le ciel, on entendit le tonnerre grondant autour de sa modeste habitation ; et c'est ainsi que le nom prophétique de TONNANT ou de FILS DU TONNERRE , que
Jésus-Christ avait imposé à saint Jean, s'accomplit même dans sa réalité physique.
Mais, quoi qu'il en soit de cette belle tradition, qui n'a rien qui ne soit très-plausible, il n'en est pas moins vrai que l'Évangile de saint Jean est un éclair permanent qui du beau ciel de l'Église se reflète dans tout le monde et s'y reflétera jusqu'à la fin des siècles : pour y confondre tous les blasphèmes des hérétiques^ pour déchirer les ténèbres de toutes les erreurs-, pour maintenir un phare de lumières, d'espérance et de consolation au sein de l'humanité. Il n'en est pas moins vrai que, par cet Évangile, ce fils de Salomé, si doux, si affectueux pour l'homme, cet ange de la pureté, ce séraphin de Tamour, cet évangéhste de la compassion et de la charité, a vraiment
« junio, in commune omnes Dcum deprecarentur : quo expleto, rec velatione saturatus, illud proœmium, e cœlo veniens, eruclavit :
« In PRINCIIMO ERAT VeRBUM ; ET VeRCUM ERAT APUD DeUM ET DeIIS « ERAT VeRBUM : HOC ERAT IN PRINCIPIO APUD DeUM (HiERONYMUS,
€ Proœm. m Matth.). »
ou LE BOiNHiiUR DES MÈRES, ETC. 201
tonné dans le monde bien plus que tout autre apôtre, que c'est le vrai fils du tonnerre, le vrai tonnant, mais d'un tonnerre qui ne gronde que pour éveiller; qui n'étincelle que pour éclairer ; qui ne terrasse que pour relever; qui n'atteint que pour guérir; qui ne frappe que pour rappeler à une vie nouvelle, à la vie de la grâce et de la vérité.
Oh ! combien donc fut heureuse sainte Marie Salomé d'avoir été la mère de tels enfants! Après la sainte Vierge, qui est au-dessus de tout, pour avoir engendré le Fils de Dieu lui-même, les mères les plus heureuses de r Évangile ont été sainte Elisabeth, qui a enfanté le grand précurseur du Messie, saint Jean- Baptiste ; sainte Marie de Cléophas, dont il sera question dans l'homélie suivante, qui a fourni des frères et des sœurs à ce Fils de Dieu, et sainte Marie Salomé, qui a été mère de saint Jacques, le premier martyr de ses Apôtres, et de saint Jean, son disciple bien-aimé et le plus grand de ses Évangélistes !
Oh! qu'elle a été heureuse d'avoir vu sa prière exaucée et au delà de tous ses désirs. Car il n'y a pas de doute que comme ses enfants ont toujours été, après saint Pierre, les plus distingués par le Rédempteur divin parmi ses Apôtres et se sont trouvés toujours à ses côtés sur cette terre, il en soit de même dans le ciel. Voilà ce qui a valu à cette mère fortunée d'avoir ennobli sa maternité par les sentiments de la foi la plus vive, par la constance du dévouement le plus généreux pour Jésus-Christ, et d'avoir, par ses sublimes exemples et par sa conduite toute sainte, transmis ces mêmes sentiments à ses fils ; elle a pré-
venu et accompli à la lettre l'oracle de saint Paul : Millier salvabitur per generationem filiorum^ si permanserit infide^ m charitaie^ in sanctitate^ cum sobrietate. Courage donc, mères chrétiennes ; édifiez, par votre loi, par votre piété, par votre amour du prochain et par une conduite toute pure, vos enfants^ priez surtout et ne vous lassez jamais de prier pour leur âme. Et le Dieu qui a rempli votre cœur de tant de commisération, de tant d'intérêt pour les fruits de vos entrailles, est tout prêt, vous dit saint Chrysostôme, à écouter favorablement tout ce que votre affection maternelle vous inspirera de lui demander pour leurs véritables avantages et pour leur salut (1).
Maintenant deux mots encore sur les cinq derniers versets du même Évangile, afin qu'il vous soit expliqué tout entier.