DEUXIÈME PARTIE
LE PRODIGE DE LA RÉSURRECTION DE LAZARE ET ^QN EXPLICATION ALLÉGORIQUE.
§ 7. Madeleine pleurant aux pieds du Seigneur. — Jésus-Christ frémissant, se troublant et pleurant lui aussi. — Explication de ces sentiments mystérieux du divin Sauveur. — Ses larmes sont la joie du monde.
vERTiE, en sepret, par sa sœur que le divin Maître était là et avait demandé à la voir : Vocavit Mariam sororemsuam silentio, dicens: Magisteradest, et vocat te (v. 28) ; la sainte pénitente Madeleine laisse là tout son monde, et s'élance au-devant du Seigneur ; ///«, ut audivit^ surgit cito^ et venitadeum (v. 29). On était encore sur la voie publique, à l'endroit où Marthe avait rencontré le Sauveur et où de si grandes choses venaient d'être révélées, où de si grands exemples venaient d'être donnés : Erat adhuc in illo loco ubi occurrerat ei Martha (v. 30). Les nobles Juifs qui fiaient autour
d'elle pour la consoler, en voyant Madeleine se lever tout à coup et sortir, n'en sachant pas la cause : Pauvre femme, se dirent-ils entre eux, elle va peutêtre chercher du soulagement à sa douleur en allant pleurer sur le tombeau de son frère ; il ne faut pas l'y laisser aller seule, et, se levant à leur tour, ils la suivirent; Judœi ergo^ qui erantcum ea in donio^ et consolahantur eam, cum vidissent Mariam quia citosurrexit et exiit^ secutisunteam dicentes : Quia vadit ad monumentum^ ut ploret ibi (v. 31). Tous ces petits détails, que rÉvangéliste raconte avec tant de soin, ont leur importance. Ils nous montrent d'abord l'intérêt que, moins par sa noblesse que par ses vertus, la famille de Lazare inspirait, la réputation dont elle jouissait auprès de tout ce qu'il y avait de personnages distingués à Jérusalem. En même temps nous apprenons, par ces mêmes détails, que la mort de Lazare, aussi bien que sa résurrection, qui allait avoir lieu, ont eu des témoins en grand nombre et de la plus haute importance, et qu'en disposant tout cela la Providence avait voulu rendre impossible à la haine des Pharisiens de nier ou de cacher, comme ils en ont eu la triste pensée, cet étonnant prodige.
En voyant le Seigneur, l'humble Marie se prosterna, comme Marthe venait de le faire, à ses pieds, à ces pieds divins où elle avait trouvé la résurrection et la vie pour son âme morte par le péché; et au milieu des sanglots et des larmes : Oh î Seigneur, lui dit-elle aussi, si vous aviez été ici, je n'aurais pas perdu mon frère; Maria ergo^ cum venisset ubi erat Jésus , videns eum , cecidit ad pedes ejus^ et dicit ei: Domine^ si fuisses hic^ non esset
mortuus f rater meus (v. 32). Et en disant ces paroles elle se met de nouveau à pleurer, et tous ceux qui étaient présents firent de même. Toutes ces larmes sont de nouvelles prières auprès du Seigneur, afin d'obtenir la résurrection de Lazare, qu'on n'ose pas demander, mais qu'on ne cesse pas d'espérer. A cette scène de douleur des deux sœurs pleurantes, et de tout un peuple pleurant avec elles et pour elles, ému, attendri, l'aimable Sauveur frémit dans son esprit, se troubla lui-même ; Jésus ergo^ ut vidit eam plorantem et Judœos^ qui venerantcum ea,plorantes, mfremuit spiritu et turhavit seipsum (v. 33). 0 frémissement! ô trouble du Dieu de la douceur, de la mansuétude et de la paix! Que signifie tout cela? En Jésus-Christ, l'esprit frémit, dit saint Pierre Ghrysologue, afin que la chair revive; la vie frémit pour chasser la mort ; Dieu frémit afin que l'homme ressuscite (1).
En frémissant, Jésus se trouble; mais remarquez bien, nous dit saint Augustin, cette manière de s'exprimer de l'Evangéliste, disant que Jésus lui-même se troubla; Turbavit seipsum. C'est dire que, maître de tous ses sentiments, de toutes ses affections, le Fils de Dieu ne peut se troubler sans le vouloir. Il ne se trouble donc maintenant que parce qu'il veut se troubler; comme dans quelques jours d'ici, il ne mourra que parce qu'il voudra mourir (2).
Youlez-vous vous convaincre, mes frères, que ce
(l) « Fremuit spiritus ut caro reviviscat; frernuit vila ut mors « fugaretur ; frémit Deus ut resurgat homo. »
(l) « Turbavit seipsum ; quis enim eum posset lurbare 1* Turbalus (( est (juia voluit, pinit morfims est qnia voluit, »
A LA RÉSURRECTION DE LAZARE. 4r>3
trouble de Jésus-Ghrisl n'est que le trouble de son amour; que ce frémissement n'est que le frémissement de sa bonlé, plus impatiente de nous faire du bien que nous ne sommes impatients de le recevoir ; voyez son attitude : il paraît chercher des yeux le cadavre de Lazare, en même temps qu'il le cherche par sa parole en disant à ceux qui l'entourent : Où est mon Lazare? où l'avez-vous déposé? Et dixit : Ubi posiiistis eum (v. 34)? Seigneur, lui répond-on, venez, on va vous le faire voir ; Dicunt ei : Bomine^ veni et vide [Ib.)\ et on l'amène, et on le suit au monument où le cadavre de Lazare se trouvait depuis quatre jours; Ve7iit Jésus, et invertit eum quatuor dies jam in monumento hahentem (v. 17). Et que fait l'aimable Seigneur en voyant ce monument? Au frémissement et au trouble il unit les pleurs et fond en larmes, lui aussi; Et lacrymatus est Jésus (v. 35). 0 larmes précieuses de notre divin et aimable Sauveur !
Arrêtons-nous un instant, mes frères, à cette circonstance si touchante de cet admirable récit. Oh ! que de mystères et de charmes contient cette parole : « Et Jésus pleura ; Et lacrymatus est Jésus! » Il paraît, d'après saint Cyrille, que l'historien sacré n'a enregistré cette particularité qu'avec un sentiment de stupéfaction, en se souvenant d'avoir vu lui-même pleurer la divine Nature, cette nature essentiellement heureuse et inaccessible aux larmes aussi bien qu'à la douleur (1). Mais Jésus ne pleura pas en tant qu'il était
(t) « Videns Evangelista lacrymantem inaccessibilem nataram, « obstupuii, ))
454 HOMËLiE vil. — MAktkE ET madIeleine
Dieu, mais en tant qu^il était homme, et pour nous prouver, dit Théophylacte;, qu'il était de la même nature que nous, accessible comme tout homme aux sentiments de la pitié et de la compassion, et qu'il était homme véritable, aussi bien qu'il était véritable Dieu(l). C'est, en effet, la conséquence que les Juifs tirèrent en voyant Jésus pleurant ; car ils se direiit entre eux : Voyez combien son cœur est tendre et compatissant! Voyez combien il aimait Lazare ! Dixertint ergo Judei : Ecce quomodo amabal eum (v. 36). Mais si Jésus pleure comme les autres et avec les autres, il ne pleure pas, dit saint Bernard, par les mêmes raisons que les autres (2).
Marthe et Madeleine pleurent parce qu'elles viennent de perdre le plus affectionné, le plus vertueux des frères. Les Juifs pleurent par compassion pour deux sœurs au comble de la désolation et du chagrin. Mais Jésus, dit saint Zenon, pleure par de plus grands motifs; ses larmes précieuses découlent d'une source plus noble, plus élevée et plus digne d'un Dieu sauveur. Dans la personne de Lazare, mort depuis quatre jours et enfermé dans l'obscurité du tombeau, le Fils de Dieu voit la triste figure, l'histoire déchirante de l'humanité depuis quatre mille ans morte à la grâce, et plongée dans les ténèbres funestes de toutes les erreurs, en proie à la corruption de tous les vices. Il voit Fhomme, son image, son portrait, en qui il avait, en le créant, mis toutes ses complaisances, qu'il avait
(1) « Flevil ad ptobandam condilionem humanam. » '2) « Plorat sicut cfpteri, sed non quare cœteri. »
enrichi de tous ses dons, qu'il avait destiné à une double immortalité et par rapport à l'esprit et par rapport au corps, et que Satan avait captivé, dégradé, dépouillé de tout et fait devenir la victime d'une double mort spirituelle et corporelle, temporelle et éternelle. En présence de cet emblème, de cette esquisse d'une grande et si affreuse catastrophe arrivée à l'homme, le cœur amoureux du Dieu auteur et sauveur de l'homme ne put rester indifférent. On dirait qu'il en a été désolé autant que touché. Il frémit par horreur, il se trouble par compasion, il s'attriste par charité. C'est Dieu dans une nature souffrante, sans être lui-même dans la douleur (1); et en donnant une libre issue à la commotion intérieure dont il sent son âme bénie bouleversée, ses saintes entrailles déchirées > il pleure, il répand des larmes en abondance ; Infremuit spiritu, trirbavit seipsuni et lacrymatus est Jésus !
0 hommes! quelle est donc l'ivresse, la déraison qui vous ravissent à vous-mêmes? quelles sont les ténèbres qui vous aveuglent au point de commettre par plaisanterie le péché, de vous faire un titre de gloire du péché, et de passer des jours tranquilles et heureux dans le péché, dans cet état de dégradation morale, de mort spirituelle dont la pensée arrache les larmes au Fils de Dieu, et dans quelques jours, pendant sa prière au jardin des Oliviers, le fera trembler de tous ses membres, comblera son âme d'un profond ennui, d'un chagrin
(1) C'est une distinction profonde du grand théologien de l'Incarnation, saint Léon, disant : Divinitas erat in dolente, sed non erat in dolore [Serm. de Pass.),
déchirant, d'une tristesse mortelle, et lui fera répandre une sueur de sang(l)?
Mais ce frémissement, ce trouble, ces pleurs du Dieu, sauveur de l'homme, ne sont pas des mouvements stériles, des manifestations inefficaces ; ce sont des mystères puissants de miséricorde et d'amour pour l'homme . Jésus pleure, dit saint Augustin, mais afin d'effacer par ses larmes les péchés du monde, et afin de nous mériter l'allégresse éternelle et de nous délivrer de l'éternelle douleur. Les larmes du Seigneur sont la joie du monde (2). C'est donc, ajoute l'Émissène^ le frémissement, le trouble, la tristesse de la pitié. Car, comme c'est de sa mort que nous vivons, comme c'est de ses opprobres que ressort notre gloire, de même c'est de son frémissement que nous vient notre sécurité, c'est son trouble qui nous apporte le calme, et c'est de sa tristesse que découle et se répand sur nous tout bonheur et toute joie de l'âme dans le temps et dans l'éternité (3). A ces indices, reconnaissons, nous aussi, combien il nous aime ; Ecce quomodo amabat eum.
(1) « Cœpit pavere taedere, et mœstus «sse. Tristis est anima mea « nsque ad mortem [Mattli., xxvii). Et factus est sudor ejus sicut « gultae sanguinis [Luc, xxiii). »
(2) « Flevit Dominus ut lacrymis suis mundi peccata deleret. Ideo « lacrymas fudit ut nos gaudia œterna naereremur. LacrymîR domini « gaudia sunt mundi. »
(jj) « 0 fremitus pietatis ! o lurbatio turbatorum sublatura mœsti- « tiam, et aeternam illatura laetitiam ! »
A LA RÉSïlRRECTION DE LAZARE. 457
,^ 8. Jésus, en demandant où l'on a mis Lazare, n'a manifesté que son amour pour l'homme. — L'infection qu'exhale l'homme déchu peut bien éloigner de lui son tentateur, mais jamais son Créateur.
C'est cet amour qui nous explique aussi cette parole qu'il vient de prononcer : a Où l'avez-vous placé? Ubi posuistis eum? y) et qui, d'après saint Augustin, de prime abord paraît inexplicable. Car comment expliquer en effet que le Dieu qui, à la distance de trois jours de chemin, a connu et annoncé la mort de Lazare au moment où elle est arrivée, ne sache pas le lieu où on avait déposé son cadavre (1)? Ah! le Seigneur sait bien où est Lazare! En la personne de Lazare, dit Grégoire (lib. iv, epist. 42), Jésus-Christ n'entendait parler que de l'homme. Et cette parole : « Où Tavez-vous déposé? » se rapporte à Vétat bien plus qu'au lieu où se trouve l'homme après le péché. C'est un reproche que le Seigneur fait aux esprits des ténèbres et à tous les maîtres de libertinage et d'impiété, de superstition et d'erreurs, s' étant associés à la haine de Satan pour l'homme, pour exploiter l'homme, pour le corrompre, l'égarer, le dégrader et le perdre. C'est comme s'il leur eût dit : Esprits pervers, dans quel état avez-vous réduit l'homme ! dans quel abîme l'avezvous fait tomber ! Ah ! vous en avez fait un cadavre, vous l'avez enfermé dans la maison d'un mort, dans le tombeau, figure de l'enfer. Rendez-moi compte de cet horrible attentat de votre part, contre les desseins de
(1) « Quid est hoc? scisti quia mortuus sit; et ubi sit sepultus ignoras? »
ma providence el de mon amour pour Hiomme ; Ubi posuistis eum?
Oh î que ce trait de notre Évangile est donc admirable ! On ne voit ici que l'impatience de la charité du Dieu sauveur de l'homme, voulant, par la résurrection du corps d'un seul homme, satisfaire le désir qui le dévore d'accomplir au plus tôt le mystère de sa pitié, de ressusciter les âmes et les corps de tous les hommes !
Quelques-uns de ceux qui étaient là, témoins de ces mouvements et de ces discours mystérieux du divin Sauveur, ayant l'air de révoquer en doute le grand prodige qu'il avait opéré quelques jours auparavant en donnant à un aveugle-né la vue, se disaient entre eux du ton d'un sérieux dérisoire, d'une croyance ironique : « A quoi bon ces marques de tristesse, ces larmes de douleur? S'il aimait vraiment Lazare, pourquoi ne l'a-t-il pas plutôt empêché de mourir? Est-ce que cela pouvait être difficile à celui qui a ouvert les yeux à un aveugle-né ; Quidam autem ex ipsis dixerunt : Non poterat hic^ quiaperuit oculos cœci nati^ facere ut hic non moreretur (v. 37)? » 0 langues diaboliques, ô âmes perverses! s'écrie saint Augustin, que dites-vous donc? Eh oui! Jésus aime vraiment Lazare, et il ne lui a refusé ce qui était moins que pour faire pour lui ce qui était plus. Il n'a refusé de guérir Lazare malade que pour avoir l'occasion de le ressusciter mort, à votre plus grande confusion et à sa plus grande gloire (1) !
(1) a Plus est quod facturus est, ut mortuus suscitelurî »
Le voJià, en effet, cet aimable Sauveur, frémissant de nouveau, mais d'une colère sainte, en présence de cet aveuglement volontaire, d'une si grande perversité de la part des Juifs; le voilà, dis-je, marchant d'un pas accéléré et arrivant au tombeau de Lazare, qui n'était qu'une caverne dans un côté de la montagne, caverne couverte par une grande pierre; Jésus ergo^ rursus fremens in semetipso, venit admonumentum. Erat autem spelimca, et lapis superpositus erat ei (v. 38). Jésus ordonne donc qu'on ôte cette pierre : Ait Jésus : Tollite lapidem (v. 39), afin, dit saint Ghrysostome, que tout le monde pût voir de ses yeux le cadavre de Lazare en état de putréfaction, et que personne ne pût contester le prodige du retour de Lazare de la mort à la vie. Marthe croyait bien que celui qu'elle venait de confesser Fils de Dieu et Dieu luimême pouvait lui rendre ce frère chéri , dont elle regrettait si vivement la mort. Mais au moment où ce grand et inouï prodige allait être opéré, elle parut chanceler dans sa foi; car: Seigneur, qu'allez- vous donc faire? dit-elle au divin Maître. Souvenez-vous que mon frère est mort depuis quatre jours; il sent déjà mauvais ; Dicit ei Martha : Domine, jam fœtet, quatriduanus est enim (v. 39). Et qu'importe? dit à Marthe saint Pierre Ghrysologue. 0 Marthe, vous ne connaissez donc pas bien encore le cœur de Jésus? Vous ne savez pas combien il aime Lazare, combien l'homme lui est cher. Cet homme, qui sent si mauvais pour Satan qui l'a trompé et réduit dans l'état où vous le voyez, cet homme ne sent cependant pas mauvais pour Dieu, qui l'a créé et qui veut le restaurer. Objet de
4()0 HOMÉME VU. — MARTHR ET MADELEINE
dégoût, de haine et d'horreur pour Satan, qui a voulu le perdre, parce qu'il ne lui appartient pas, l'homme, même dans la condition déplorable où il est tombé, n'inspire que de la compassion au Dieu, qui voit en lui la plus chère de ses œuvres (1).
Afin donc d'exciter encore davantage cette espérance dans cette âme si simple : Marthe, lui répond le Seigneur, rappelle-toi ce que je viens de te dire : que si tu as foi, tu verras le prodige de la plus grande gloire de Dieu, et que Dieu ne le refusera pas au mérite de ta foi ; Dicit ei Jésus : Nonne dixi tibi quoniam, si credideris, videbis gloriam Dei (v. 40)? C'était lui dire aussi : Par le prodige que tu vas voir, et où le pouvoir et la divinité de ton Maître vont rayonner dans tout leur éclat, tu te convaincras encore davantage, ainsi que tous ceux qui croiront comme toi, que ta foi ne t'a pas trompée en t'inspirant de me reconnaître, de me croire, de me confesser le Fils de Dieu vivant et le Sauveur du monde.
§ 9. La prière de Jésus-Christ nouvelle preuve de sa divinité. — Magnificence du prodige de la résurrection de Lazare. — Hommage à Jésus-Christ, Fils de Dieu et Sauveur du monde.
On avait, sur ces entrefaites, ôté la pierre qui couvrait le tombeau; Tulerunt ergo lapident (v. 41), et une foule immense se pressait autour du monument, les yeux fixés sur la caverne béante et sur le cadavre de Lazare en putréfaction, et trahissant cette attitude
(l) « Quod fœtet proditori non l'œtet creatori ; quod horret alieni « operis eversor, amator sui operis non abhorret. «
A LA RÉSURRECTION DE LAZARE. 46 i
d'empressement silencieux que le peuple prend dans l'attente d'un grand événement.
Mais il n'est pas aussi facile de rappeler à la vie de la grâce l'humanité déchue et morte par le péché qu'il avait été facile de la créer. C'est ce qu'a voulu nous apprendre notre divin Sauveur par la manière toute nouvelle dont il s'y prend pour ressusciter Lazare, par qui cette humanité déchue et morte était représentée. Oh ! que son front est pensif, que sa figure est grave, que sa contenance est sublime! Certainement qu'il va faire une grande chose. Il élève et fixe sur le ciel ses yeux divins; il prend l'attitude de l'humble prière; Jésus autem^ elevatis sursum oculis (v. 41). Ce n'est pas, dit saint Hilaire, parce qu'il a besoin d'être aidé, mais parce que nous avions besoin d'être instruits. Ce n'est pas parce que la prière lui est nécessaire pour faire des prodiges, mais parce qu'il faut que nous sachions que, fils de l'homme, il est aussi le Fils de Dieu. Il prie donc à haute voix pour corroborer notre foi, et non pour augmenter son pouvoir (1). La voilà, en effet, cette mystérieuse prière : ce Mon Père, dit-il, je vous remercie de m'avoir écouté déjà, comme étant votre propre Fils. Je sais, moi, que vous m'écouterez en tout et toujours ; je ne vous parle donc ainsi que pour l'instruction de ce peuple qui m'entoure, afin que tout le monde sache que c'est vous qui m'avez envoyé ; Paîer grattas ago tibi quoniam audisti me. Ego autem sciebam
(I) « Non ipse inops auxilii, sed nos inopes doclrinae. Non prece * efçuit, sed nobis oravit, ne filius ignorarctur : ad profeclum nostrae K fidei loquebalur {Comment, lib. x). «
quia semper me audis ; sed propter jjopuluni quicircuinstat^ dixi : ut credant quia tu me misisti (y. 42). Oh ! que celte prière est donc précieuse ! dit saint Ghrysostome. Nous y apprenons que le Verbe éternel en se faisant homme est toujours Dieu, et qu'en venant du ciel il n'a point quitté le ciel (1). Rappelez-vous, dit saint Augustin, que, lorsque ce divin Sauveur donna la vue à l'aveugle-né, les pharisiens voulurent persuader au peuple que celui qui venait d'opérer un si grand prodige n'était qu'un homme, et, bien plus encore, un homme ne venant pas de Dieu ; Non est IiichomoaDeo [Joan,, IX, 16). Sa prière n'est donc qu'une réfutation de ce double blasphème, puisque Jésus-Christ y déclare qu'il ne va opérer qu'en vertu d'un pouvoir qui lui est commun avec Dieu, et en conformité parfaite avec la volonté de Dieu. Le voilà en effet, après de si grands et si mystérieux préliminaires, criant haut, d'une voix de maître et de Dieu : Lazare, Lazare, sortez dehors ! Eœc cum, dixisset, voce magna cl amavit : Lazare,veni fo- Ovoix! ô commandement! Quelle voix, s'écrie saint Augustin, fut plus majestueuse? Quelles paroles furent plus puissantes? Quel commandement eut plus d'autorité (2)? Gomment ne pas reconnaître, en Jésus-Christ parlant ainsi, un homme qui en même temps est Dieu ? Comment ne pas le reconnaître pour ce Yerbe, pour cette parole éternelle qui parle au néant, et à laquelle le néant répond docilement, comme s'il était quel-
(1) « Ut sciant venissede cœlo, non recessisse de cœlo. »
(2) n Quid huic polestali par.^ »
que chose, el dont l'écho essentiellement efficace, créa en un instant le monde? Gomment ne pas reconnaître en lui ce Roi des rois, au pouvoir sans bornes, par lequel tout ce qui est mort revit, comme c'est par lui que tout ce qui est et qui vit a l'être et la vie? Regem cui omnia vivunt. Oh ! gloire donc à notre aimable Sauveur ! A cette voix, à ce tonnerre de majesté, de puissance, de magnificence et de vertu, le sépulcre tremble, tous les assistants tressaillent; la mort effrayée, comme s'expriment les Pères (1), abandonne sa proie; la chair corrompue se renouvelle, la santé renaît au sein de la pourriture, la vie plane sur les débris de la m-ort, l'âme se réunit au corps, le mort revit; et tout cela n'est que l'affaire d'un instant. Le serviteur obéit avant que le maître ait achevé la parole de son commandement ; et voici Lazare s'élançant hors du tombeau et venant s'arrêter au milieu de la foule étonnée, les mains et les pieds liés de bandes, la figure encore couverte du linceul funèbre ; Et stathn prodiit qui fuerat mortuus^ ligatus pedes et manus institis, et faciès illius sudario erat ligata (v, 42) (2). En sorte que, dit saint Chrysostome, chacun peut s'approcher de lui, le toucher, le reconnaître, et que personne ne peut dire que c'est un fan-
(1) « Deterrita morsest ad vocemtantœ majeslatis (^M^. .serm. 104, a de. Temp.). Virtutis plane et magiiificentiaî vox ista : ante enini « anima corpori reddita quam Dominus sonum vicis émiserai [Cyril. « Alex. Expos.), »
(2) 11 était d'usage chez les Juifs, aussi bien que chez d'autres peuples de l'Orient, de lier étroitement les cadavres par des bandelettes pliées en trois et imbues d'onguents et d'arômes, et d'envelopper la tête avec un linceul replié.
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tome ; mais il devient certain pour tout le monde que le corps qui vient de sortir tout vivant du tombeau, c'est le corps mort de Lazare qu'on y avait enfermé (1).
C'est par la même raison que Jésus ne touche pas à ce corps, ne le délie pas lui-même, mais que ce sont les spectateurs de ce grand drame qui, au commandement que leur en fait le Seigneur, débarrassent Lazare de tout le lugubre appareil de la mort; en sorte qu'on le voit se redresser et marcher plein de santé et de vie ; Dixit eis Jésus : Solvite eum^ et sinite ahire (v. 44).
A la vue d'un si grand prodige, d'une manifestation si sensible, si éclatante et si magnifique de la puissance et de la majesté de Dieu en Jésus-Christ et par Jésus- Christ, tout esprit s'humilie, tout orgueil se confond, tout cœur palpite, toute langue se tait, toute figure pâlit , tout corps frissonne, tout homme , stupéfait, ému, consterné, ne sait qu'admirer et se rendre, croire et adorer; tout, jusqu'à ces visages bouleversés, à ce silence de l'étonnement, du respect et de la frayeur, semble dire et répéter : IL EST DIEU, et une grande multitude de Juifs reconnaît Jésus-Christ comme le vrai Messie el le vrai Fils de Dieu ; Multi ergo ex Judœis, qui viderant quœ fecit Jésus, crediderunt in eum[Y. 45).
Et nous aussi, mes frères, spectateurs du même prodige par les yeux de l'esprit, et le croyant bien mieux que ceux qui en ont été spectateurs par les yeux du corps, unissons-nous à ces Juifs fidèles dans la confes-
(1 ) « Ligaluti, ne putarelur jjhantasma, ut appropinquantes et « lanjjjentes videant quia vere est ille. »
sion de iamêine foi. Nous devons à notre Sauveur cette amende honorable au nom de la France, au nom de l'Église, au nom de l'humanité tout entière, particulièrement dans ces tristes jours où tant de belles intelligences et de nobles cœurs, égarés par une science orgueilleuse, au nom d'une raison ne raisonnant que pour déraisonner, s'obstinent à blasphémer cet aimable Sauveur, et à lui contester sa divinité, ce dogme fondamental de la religion, celte source de toute consolation pour l'homme, et de toutes ses espérances. Prosternons-nous donc aux pieds de ce Fils de Dieu, en compagnie de Marthe et de Madeleine ; empruntons à ces saintes femmes l'acte sublime de leur foi ; et, en présence du ciel et de la terre, disons à cet aimable Rédempteur : Oui, oui, Seigneur, nous autres aussi, avec toute la force de notre conviction, avec tout le transport de notre amour, nous croyons vivement, profondément, et nous nous faisons une gloire et un bonheur de croire que vous êtes vraiment le Messie, le Fils de Dieu vivant et le Sauveur du monde ; Utique^ Domine^ nos credimus quia tu es Christus, Filius Dei vivi, qui in hune mundum venisti.
Seigneur, cette foi à nous, aussi bien que celle de Marthe et de Madeleine, est un don précieux de votre bonté, un éclair de votre lumière. Achevez donc en nous l'œuvre de votre miséricorde et de votre pitié ; et comme vous nous avez donné la vie de la foi, accordeznous aussi la vie de la grâce, qui est le gage de la gloire, atin que nous soyons du nombre de ces heureux dont vous avez dit qu'en croyant sincèrement en vous et vivant en vous et avec vous, ils ne niourront jamais ;
Et omnis qui vivit et crédit in me non morietur in œternum !
% 10. Explication du même prodige aa sens allégorique. — Comment se fera la résurrection des morts au jour dernier.
Mais le prodige dont je viens de vous entretenir n'est pas seulement, comme je l'ai dit en commençant, un fait passé, mais c'est aussi la figure d'un mystère futur. En ressuscitant Lazare, Jésus-Christ, dit saint Cyrille, a voulu non-seulement nous prouver d'une manière sensible qu'il était Dieu, mais nous donner aussi un exemple, une esquisse de la résurrection universelle des morts, qui sera l'un des plus grands et des plus puissants effets de sa résurrection. Par la manière miraculeuse dont il a aujourdliui rappelé un seul homme de la mort à la vie, il a daigné nous mettre sous les yeux la preuve sensible, l'image fidèle de la manière plus miraculeuse encore dont un jour il rappellera aussi de la mort à la vie l'universalité des hommes (1).
En voyant le divin Sauveur pleurant sur le tombeau de Lazare, les Juifs pensèrent qu'il ne pleurait que la mort d'un ami, tandis qu'il ne pleurait, dit encore saint Cyrille, que par compassion pour tout le genre humain. Lazare mort lui présente à l'esprit tous les hommes qu'il avait créés immortels et que le péché avait tous réduits à la triste condition de mourir (2).
(1) « Velut exemplum quoddam universalis resurreclionis mortuo- « rum fecit; et quod in uno implevit, veluti tolius universalitatis « imaginera staluit (Expoa.)» »
(2) « Putabant Judaei eum propter mortem Lazari flere ; sed ille « lolius generis humani miseratione flebat : non unum Lazarum lu-
Jésus a accompagné ces pleurs d'une tendre conipassion, par le frémissement et le trouble ; et, par ces mouvements de son âme bénie et de son saint corps, il a annoncé, d'après le môme Père, qu'il allait prendre une éclatante revanche sur le démon et qu'il allait détruire l'empire de la mort (1). Et saint Augustin a dit aussi : Ce mouvement du Dieu qui frémit est l'espérance de l'homme qui doit ressusciter (2).
Bénin, doux, pacifique, ce Dieu Sauveur n'était pas dans l'usage, ajoute saint Cyrille, d'élever sa voix et de crier haut (3). Si donc en rappelant aujourd'hui un mort à la vie il a émis un grand cri qui a fait trembler tous ceux qui l'ont entendu, ce n'est que pour nous donner l'idée, le signe sensible du cri sonore des trompettes angéliques qui, le dernier jour du monde, retentira, par son ordre, par tout le monde et dont le puissant empire rappellera tous les morts à la vie (4).
Plusieurs des Saints ont ressuscité des morts ; mais en leur ordonnant, au nom de Dieu^ de retourner à la vie. C'est ainsi que devaient parler ces Saints, et par là ils nous ont appris qu'ils n'étaient que des hommes, n'ayant pas par eux-mêmes la vertu des prodiges, mais ne l'empruntant qu'à Dieu et ne l'obtenant que de Dieu. En sorte que par les Saints et dans les Saints faisant des
« gens, sed quod olim acciderat, cogitans universum scilicet huma- « nvim genus obnoxium morli [loc» cit.). »
(1) « Divino motu demonslrat, everlendum imperium. ^
(2) « In ipsa voce fremenlis apparet spes resurgenlis. »
(3) « Insolitum Christo elata voce uti. »
(4) « In voce prailudit jussio Domini, et resiirreclionis lessera, u Dei scilicet tuba. Cogitemus futurum clangorem clangente tuba, « cujus imperio qui in terra jacentexcitentur. »
prodiges, c'est toujours Dieu qui les opère, les miracles n'étant que l'œuvre de Dieu, le fait de Dieu, le langage de Dieu. Mais Jésus-Christ, remarque saint Augustin, ne s'est pas exprimé comme les Saints. Il n'a pas dit : «Lazare, je t'ordonne, aunom deDieu^ de ressusciter,» il a dit simplement : «Lazare, sortez du tombeau. «Il a parlé au mort en son propre nom, par sa propre autorité, comme si pour lui le mort était déjà vivant, tout ce qu'il veut faire vivre ne pouvant que vivre (1). Et le mort entend dans le silence, sent dans l'insensibilité de la mort la voix du Seigneur. La corruption qui s'était emparée de lui ne le paralyse pas ; le suaire qui bandait ses yeux ne Taveugle pas ; les liens qui enlaçaient ses mains et ses pieds ne l'arrêtent pas, et il court quand et où le Seigneur l'appelle (2).
Or cette histoire d'un seul mort se répétera un jour sur tous les morts. La même voix reproduira, en tous, les mêmes prodiges qu'elle vient de produire aujourd'hui en un seul. Ni la pourriture de leurs corps, ni la dispersion de leurs cendres, ni l'ancienneté de leur mort ne seront un obstacle pour obéir à l'éternelle et puissante parole de Dieu les appelant tous à une vie nouvelle (3).
(1) u Non dixit : In nomine Palris, surge ; sed : « Veni foras. » « Mortuum tanquam vivenlem compellat. »
(2) « Vulluni sudario obduclum videndi usum non negavit, vin- « cula nihil cursum proliibent; nullo obstaculo agnila voce Domiiii « ad vocantem currebat [Cyril., loc. cit.). »
(3) Nous avons exposé, dans nos Conférences, ce grand dogme de la résurrection des morls. Ici nous n'en avons donné que les prémisses el la figure. C'est là qu'on en trouve les raisons, les preuves et les réponses aux ditïicultés qu'on lui oppose.
Le commandement de Jésus-Christ touchant la résurrection de Lazare fut exécuté aussitôt qu'il fut prononcé. Le Sauveur n'avait pas encore fini de dire : (( Lazare, venez dehors, » que les membres de ce dernier, déjà à l'état de décomposition, se recomposent; son sang corrompu et arrêté dans son cours reprend sa pureté et sa circulation ; sa peau recouvre sa couleur naturelle et son émail, comme ses chairs leur intégrité, et tous ses membres leur souplesse, leur usage et leur mouvement. L'âme rentre dans son corps, le mort sort vivant de son sépulcre aussi vite qu'une flèche décochée part de l'arc , et ce groupe de miracles n'est, on vient de le voir, que l'affaire d'un instant. Yoilà donc, dans cette résurrection particulière, le type, la figure, l'esquisse de la résurrection universelle. Alors aussi toutes les pierres des sépulcres éclateront en l'air, tous les tombeaux s'ouvriront, tous les débris de chairs et des os humains se recomposeront en corps parfaitement organisés, toutes les âmes se réuniront à leurs corps, tous les corps reprendront leur taille, leur figure, leurs traits et leurs couleurs, et âmes et corps se rendront tous au lieu que la voix angélique leur aura indiqué ; et tout cela se fera en un instant, en un clin d'œil, dit saint Paul, au simple sonde la dernière trompette, et ce sera avec la même facilité que Lazare est ressuscité que l'humanité entière se relèvera de ses cendres et de la corruption de la mort ; In momento^ in ictu oculi^ innovissima tuba : canetenim tuba, et mortui résurgent incoiTupti {l Corinth., xv).
Quelque grand que soit ce prodige, il ne présentera aucune difficulté, parce que Jésus-Christ l'a dit : Tous
les morts ne feront alors qu'entendre et obéir à la voix du Fils de Dieu ; Qui in monumentis sunt audient vocem Filii Dei. Or, qu'est-ce qui peut résister à cette voix de Dieu? et pourquoi cette même voix qui a fait sortir le monde du néant, ne pourrait-elle pas faire sortir vivants les morts de leurs tombeaux?
g 11. Autre commentaire des mots : « la Résurrection et la Vie. » — L'une n'est pas l'autre. — Qu'est-ce que la « résurrection de la vie et la résurrection du jugement, » et quelles en seront les conséquences pour l'éternité. — L'une ou l'autre de ces résurrections sera notre ouvrage.
Le Seigneur a dit aussi : «Je suis la résurrection et la vie; Ego sum resurrectio etvita. » Ce qui signifie évidemment que Jésus-Christ, en tant que Fils de Dieu et Dieu lui-même, a en lui-même le principe de la résurrection et de la vie; et que, comme il n'est pas seulement sapient, mais qu'il est la sapience même, il n'est pas seulement vivant toujours et toujours ressuscité ; mais qu'il est la résurrection même, la vie même ; la résurrection toujours ressuscitée, la vie toujours vivante, l'existence toujours immortelle; l'existence^ la résurrection et la vie personnifiées en lui ; et même il est l'existence, la résurrection et la vie à la manière substantielle et absolue, infinie et parfaite. Rien n'est donc plus naturel en lui que la vertu de partager avec tous les hommes cette vie à lui qui ne s'épuise jamais, et qui en faisant vivre tout ce qui vit ne vit pas moins tout entière en elle-même; rien de plus naturel en lui que la vertu de faire revivre une autre fois tous ceux que sa puissante parole et sa vie infinie avaient fait
vivre déjà en lui et par lui ; In ipso vita erat. Ego smn resurrectio et vita.
Mais pourquoi le Fils de Dieu ne s'est-il pas contenté de dire : « Je suis la résurrection? » mais il a ajouté aussi : « Je suis la vie. « Puisqu'il n'est pas plus possible de ressusciter sans vivre que de revivre, lorsqu'on est mort, sans ressusciter, la résurrection et la vie ne sont-elles pas la même chose? Non, répond saint Cyrille d'Alexandrie, car la vie véritable, la vie parfaite, n'est que la résurrection glorieuse pour jouir d'un bonheur immortel. Ressusciter pour souffrir, c'est ressusciter pour mourir toujours de la pire de toutes les morts [\). La résurrection sera commune à tous les hommes, la vie véritable ne sera partagée que par les justes. Ainsi la vie véritable suppose la résurrection; mais la vraie résurrection ne suppose pas la vie. Jésus- Christ a eu donc raison de distinguer la vie et la résurrection en disant : a Je suis la résurrection et la vie. »
C'est pour cela qu'il a dit encore : ce Celui qui croit en moi vit déjà; et celui qui vit et croit ne mourra jamais. » C'est comme s'il avait dit, d'après saint Augustin : c( Je suis la vie de l'âme, comme je suis la résurrection du corps. Celui qui croit en moi et qui s'unit à moi par une foi pure et parfaite, partage en même temps cette résurrection et cette vie. Son âme commencera à vivre dès à présent, par la foi et par la grâce; et bien qu'il ne puisse pas échapper à la mort du corps,
(1) « Una vera vita est, ut immortali bealitate vivamus : nihil « enim a morte differt in hoc solum resurgere ut crucieris [loc, « cxl!). »
cependant son âme, vivant de ma vie divine, associera un jour à cette vie même le corps. Son corps, en ressuscitant, comme les corps de tous les autres hommes, jouira, en dehors de cette résurrection, de la vie heureuse de l'âme à laquelle il sera de nouveau suhstantiellement uni : en sorte que Tâme et le corps, tout l'homme enfin triomphera pour toujours de la mort, et sera, de toute part, immortel, réunissant en lui la vie et la résurrection par son intime union à moi, qui suis essentiellement la résurrection et la vie (1). »
Cette même distinction entre la résurrection et la vie, Jésus-Christ l'a faite en des termes plus clairs encore en disant que les morts entendront bien tous, un jour, la voix du Fils de Dieu ; mais que ceux-là seulement qui auront fait le bien jouiront de la résurrection de la vie; et que tous les autres qui auront fait le mal ne subiront que la résurrection du jugement; Omnes qui in monumentis sunt audient vocem Filii Dei; et procèdent qui bona fecerunt, in resurrectionem vitœ;qui vero mala egerunt, in resurrectionem judicii. C'est-à-dire que les réprouvés auront la résurrection sans la vie, ou la résurrection avec la mort, car leur résurrection ne sera qu'une résurrection de jugement et de peine ; In resurrectionem judicii; et que les justes seulement auront la résurrection sans la mort, la résurrection avec la vie, puisque leur résurrection est la résurrection de la vie ; In resurrectionem mtœ,
(1) « Nanti vita animœ fides est; et omnis qui vivit in carne, <( etiamsi moriatur ad tempus propter carnem, vivet in anima, donee « resurgat et caro nunquam morilura propter vitam spiritus ; et non M morietur in aeternum. »
C'est aussi ce que saint Paul nous rappelle par ces mots : J'ai un grand mystère à vous annoncer : nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous transformés en une vie immortelle ; Ecce mysterium vobis dico : Omties qiiidem resurgemus; sed non omnes immutabimur (I Corinth., xv). Ah! que ce mystère est redoutable!
Yoilà deux espèces de résurrection bien constatées : la résurrection de la vie et la résurrection du jugement. La résurrection pour vivre toujours, en compagnie de la divine miséricorde et de l'amour divin, et la résurrection pour subir toujours la justice divine. La résurrection pour jouir toujours, et la résurrection pour souffrir toujours; In resurrectionem vitœ^ et inresurrectionem judicîi :Y\ine sera la récompense des justes, Owzèon«/ecerw/2^*rautre sera lapunition desméchants. Qui vero mala egerunt. C'est ainsi que la résurrection sera commune à tous ; la transformation ou le passage à une vie immortelle ne sera le partage que d'un certain nombre; Omnes quidem resurgemus ; sed non omnes immutabimur.
Courage donc, âmes, vraiment chrétiennes, qui ne cherchez d'autre bien que Dieu, d'autre richesse que sa grâce, d'autre trésor que son amour, d'autre paradis que son royaume des cieux; et qui, partagées entre les pratiques de l'abnégation de vous-mêmes et des œuvres de la charité pour soulager vos frères et du zèle pour la gloire de Dieu; par la pureté de vos intentions, par la sainteté de vos désirs, par la noblesse, la générosité, l'héroïsme de vos sentiments que Dieu seul connaît ; en comblant, sans vous en douter, tous vos
jours, toutes vos heures même, du mérite de toutes les vertus; qui bona egerunt; allez, pleines d'espérance, à la rencontre de la mort ; abandonnez sans regret votre corps à la corruption du tombeau. Ah ! vous appartenez au vrai peuple de Dieu, au peuple en qui Dieu se complaît, en qui Dieu s'honore et que Dieu aime. Le jour viendra donc où ce Dieu de bonté, que vous servez avec tant de fidélité et tant d'amour, répandra, ainsi qu'il l'a promis, son Esprit divin sur les restes de votre mortalité, ranimera vos cendres, rappellera vos corps à la vie et vous fera sortir de vos sépulcres, ornées de l'éclat de la gloire et des roses de la bienheureuse immortalité; Hœc dicit Dominus : Ecce ego intromittam in vos spiritum meum^ et vivetis; aperiam tumidos vestros, et educam vos de sepulchrisvestris, papule meus [Ezech.^ xxxVii). Vous ressusciterez donc à la vie même de Dieu, et vous serez dans cette vie, par rapport à l'âme et par rapport au corps, dédommagées de tout ce que vous aurez souffert de privations, d'injustices, de douleurs, dans le temps, par la jouissance de l'éternité ; Et procèdent qui bona egerunt in resurrectionem vitœ.
Quant à ceux qui, occupés à se contenter euxmêmes dans leurs plus ignobles sentiments, dans leurs instincts les plus abjects et les plus brutaux, et qui, indulgents jusqu'à la lâcheté avec eux-mêmes, sont insolents à l'égard de Dieu jusqu'à l'impiété, durs envers le prochain jusqu'à la barbarie ; quant à ceux qui passent leurs années en accumulant péchés sur péchés, et dont la vie entière n'est qu'un horrible tissu d'œuvres de crimes et de ténèbres, qui vero mala egerunt,
A LA RÉSURUEC'llON DE LAZARE. 475
je n^ii rien d'agréable à leur prédire, s'ils ont le malheur de finir, dans cet horrible état de leur âme, la vie de leur corps. Ils ressusciteront un jour, eux aussi, lorsque la voix redoutable du Fils de Dieu retentira dans leur tombeau : Omnes qui in moiiumentis sunt audientvocem Filii Dei. Mais leur résurrection n'aura d'autre but que celui de les obliger à rendre, en présence de l'univers entier, un compte sévère de leur vie; d'entendre un redoutable arrêt, de subir lespeines d'un jugement éternel ; Qui vero mala egerunt procèdent in resurrectioneni judicii. Ils ressusciteront, mais non pas comme Lazare à l'amour de la famille des saints, mais à la compagnie de Satan et des réprouvés. Ils ressusciteront, non pour rester, comme Lazare, libres et déliés, mais pour être, même par rapport au corps, entortillés des ceps ténébreux de la nuit éternelle ; Vinculis tenebrarum et longœ noctis compediti [Sap.^ xvii). Car la même bouche divine qui a dit de Lazare : ce Déliez-le et laissez-le s'en aller; Solvite eum et sinite ahire^ » dira d'eux, au contraire, ainsi qu'elle l'a menacé dans l'Évangile : a Liez à ce méchant serviteur les mains et les pieds, et jetez-le dans le gouffre du feu, où il n'aura que le grincement des dents pour son occupation et le désespoir pour son confort ; Serve nequam. . . Ligatis manibus et pedibus ejus^ mittite eum in tenebras exteriores; ibi eritfletus et stridor dentium [Matth.^ xxii). »
Enfin autant l'oracle du Seigneur est redoutable pour l'avenir des pécheurs, autant il est consolant pour tous dans le présent. Le Fils de Dieu l'a dit : la Sagesse de Dieu ne peut pas se tromper ; la Vérité de
476 HOMÉLIE Vii. — MARTHE ET MADELEINE
Dieu ne peut pas tromper les hommes • a Celui qui maintenant vit bien ressuscitera à la vie ; celui qui vit mal ressuscitera au jugement. » Dieu a donc laissé à notre choix la bénédiction et la malédiction, la vie et la mort. Nous n'avons pas besoin de nous casser la tête pour savoir si nous sommes, oui ou non, prédestinés. Ce que nous savons certainement et qu'il nous suffit de savoir, c'est que, si nous vivons bien, nous nous sauverons, et que si nous vivons mal, nous nous perdrons. Notre sort est donc dans nos mains. Nous ne serons au dernier jour du monde que ce que nous aurons voulu être. Nous y rencontrerons ou la vie ou le jugement que nous aurons, pendant la vie, choisi et fabriqué nous-mêmes.
Faisons donc le bien tant que Dieu nous en accorde le temps et la grâce. Vivons comme ce jour-là nous voudrons avoir vécu. Assurons-nous dès à présent, par nos bonnes œuvres, une petite place parmi les élus et les saints. Croyons comme il faut croire, opérons comme il faut opérer, et nous vivrons toujours et ne mourrons jamais ; Et omnis qui vivit et crédit in me^ non morietur in œternum.
C'est, mes frères, la signification allégorique du grand prodige de la résurrection de Lazare. Mais le même prodige a aussi une signification tropologique ou morale que je dois vous expliquer. C'est ce que je vais faire maintenant en peu de mots.
À LA MbUKULCTiOiN Db LAZA.RË. 477
TKOISIÈME PARTIE.
LA RÉSUKRiiCTION DE LAZARE AU SENS TROPOLO-
GIQUE.
§ r2. Lazare au tombeau figure du pécheur. — Les vraies Marthes el les vraies Madeleines qui peuvent le faire ressusciter. — Bien des conversions ne se font que par la prière. — La femme être priant. - Efficacité de la prière de la femme chrétienne.
u cadavre de Lazare il est dit qu'enseveli depuis quatre jours dans une obscure caverne et sous une énorme pierre, froid, insensible et en proie à la corruption, il exhalait une insupportable odeur; Erat spelunca^ et lapis super positus eratei. Quatriduanus est...jam fœtet. Or c'est là, dit saint Augustin, l'image fidèle des pécheurs de longue date. Renfermés dans le sombre caveau de leur conscience infecte, où pas un seul rayon de la lumière divine ne pénètre; écrasés par l'horrible pierre des mauvaises habitudes qu'ils ont contractées, et en proie à une corruption complète par rapport même à tous les instincts de l'homme aussi bien que par rapport à tous les sentiments du chrétien, ils répandent autour d'eux, et a une grande dislance d'eux, une odeur nauséabonde, Todeur de leurs vices el de leurs impiétés, et n'opposent à tout ce qui pourrait les convertir que le froid glacial et l'insensibilité de la mort (1).
(1) (c Qui peccare consuevit sepullus est, el bene de illo dicilur : (1 l'œlet. Incipit enim habere leleiriûiam famam , tanquain odo- « rem telerrimum [Tract, in Joan.). Moles sépulcre iaiposila est
478 HOMÉLIE Yll. — MARTHE ET MADELEINE
Hélas! il y a un état moral auquel Thomme arrive à force de se familiariser avec le mal, et dans lequel, pouvant faire quelque chose, il ne fait rien. Réduit à l'afTreuse impuissance d'un cadavre, il ne pense pas plus à sa résurrection à la vie spirituelle qu'un cadavre ne pense à la vie corporelle. Oh! qu'il est lamentable cet état d'un être intelligent, d'une âme chrétienne! C'est le comble de la misère que de ne pas connaître, que de ne pas sentir sa misère.
Heureux Lazare, qui a eu ses sœurs Marthe et Madeleine qui se sont intéressées à lui, qui ont prié et pleuré pour lui, et qui ont obtenu la résurrection de ce frère chéri, pour laquelle lui, devenu cadavre, ne pouvait plus rien faire lui-même !
Or, dans l'Église, nos Lazares spirituels ont le même bonheur. D'abord, Marthe était le type de l'innocence; Madeleine était celui de la pénitence. Ces deux fortunées sœurs ont donc figuré dans les membres vivants de rÉglise; car les membres vivants de l'Église ne sont que des innocents ou des pénitents. En second lieu, par le mystère consolant de la communion des saints, tous les membres de l'Église ne forment qu'une seule famille, la famille chérie de Jésus-Christ. Nous sommes tous des frères et des sœurs pouvant nous aider mutuellement par rapport au salut éternel, qui est Tunique but de cette famille, de cette société. Marthe et Madeleine obtenant, par le mérite de leur foi, de leurs larmes et de leurs supplications, la résurrection de
<( ipsa vis diras consuetudinis qua premitur anima, nec resurgore, net- « respirare permiltitur {Serm. iii de Verb. Domin.). «
Lazare, leur frère, à la vie du corps, nous apprennent donc, d'après l'opinion unanime des Pères, que nous aussi, par le mérite de notre foi, de nos larmes et de nos supplications, nous pouvons obtenir la résurrection de nos frères morts par l'incrédulité ou le péché et les faire revenir à la vie de l'âme.
Il est vrai que c'est la parole de Dieu, plus pénétrante qu'un glaive à deux tranchants^ comme parle saint Paul, et atteignant jusqii à la division de l'âme et de r esprit (Hebr., iv), qui fait les grandes conversions. Mais il est vrai aussi, d'après le même saint Paul, que la prédication apostolique n'est puissante et féconde qu^autant que la rosée de la grâce et de la bénédiction de Dieu l'accompagne (/ Cor., iii) ; et cette rosée céleste ne tombe sur les travaux des Apôtres qu'autant qu'elle y est attirée par les prières de l'Église. Eh! combien de conversions, dont on fait honneur à l'éloquence éblouissante d'un prédicateur, qui ne s'accomplissent que par les prières, les pleurs, les sacrifices que des âmes pures et ferventes offrent en secret aux pieds du Seigneur! C'est pour cela que saint Paul lui-même, toutes les fois qu'il avait un peuple difficile à évangéliser, se recommandait au.: prières des fidèles ; et que c'est de ce secours, bien plus que de la ferveur de son zèle et de la puissance de sa parole, qu'il attendait le succès de son apostolat.
Prier donc, prier aux pieds de Jésus-Christ pour la conversion de nos frères dans la foi, c'est, femmes chrétiennes, spécialement votre tâche.
Il est évident que Dieu vous a donné, à vous, femmes, un instinct, une aptitude particulière pour la
prière, au point que la femme prie plus volontiers que l'homme, et qu'elle s'entend mieux que l'homme à la prière. Or il est évident aussi que Dieu ne vous a faites des êtres naturellement priants, des êtres faisant tout servir à la prière, des êtres connaissant tous les artifices de la prière, des êtres ayant pour la prière un attrait que vous seules possédez, des êtres doués en surabondance de l'esprit de prière, qu'afin que vous priiez non-seulement pour vous-mêmes, mais aussi pour les autres. Mais si Dieu exige principalement de vous la prière, il est aussi évident enfin qu'il est tout disposé à faire honneur à la prière que vous lui adressez, que la prière de la femme lui est plus agréable et qu'elle a une puissance toute particulière sur son cœur. Gomme donc, en ressuscitant le fils de la veuve de Naïm, Jésus- Christ nous a appris, ainsi que nous l'avons vu, combien sont efficaces les prières que lui adresse la mère pour la conversion de ses enfants, de même Jésus- Christ ressuscitant Lazare aux prières de Marthe et de Madeleine, ses sœurs selon la chair, nous apprend combien sont efficaces les prières que toute femme innocente ou pénitente lui adresse pour la conversion de ses frères selon l'esprit.
§ 13. Exliortalions aux femmes chrétiennes à coopérer à la résurrection des péctieurs par la prière. — La femme parisienne. — La prière dans le travail, et le travail dans la prière. — Exemple de Jésus-Clirist. — Récompense. — Les femmes de l'Évangile. — Souhaits à l'auditoire et bénédiction.
Priez donc, femmes vertueuses et fidèles, ne vous lassez jamais de prier, de répandre des larmes pour obtenir la résurrection spirituelle de tous ces malheu-
reux Lazares qui vous entourent de toutes parts et qui vous affligent par l'horrible spectacle de leur corruption ; et à la longue, vous finirez par obtenir le retour à la vie des cadavres spirituels.
De tout ce que votre Paris offre de grandiose à Tadmiration de l'étranger, savez-vous ce qui m'a frappé le plus? c'est ce phénomène, qui ne se voit pas ailleurs, au moins au même degré, c'est le phénomène de la dame parisienne donnant toujours et ne se lassant jamais de donner pour soulager la misère et le malheur. C'est beau, c'est admirable, c'est édifiant, c'est glorieux ; et ce dévouement de votre part à la cause du pauvre épargne à votre Paris bien des fléaux, et lui fait pardonner bien des péchés. Mais vous ne devez pas vous contenter de cela; vous devez avoir au moins autant de zèle pour le bien spirituel de vos frères que vous en avez pour leur bien temporel.
Lorsqu'on n'entreprend le travail qu'au nom de Dieu, qu'on l'offre à Dieu, lorsqu'en travaillant on élève souvent vers Dieu l'esprit et le cœur et qu'on s'y entretient avec Dieu, alors il est certain qu'on sanctifie le travail, qu'on fait prier le travail, qu'on le convertit en prière ; et c'est ce qui en théologie ascétique s'appelle la prière par le travail; car travailler ainsi, c'est vraiment prier. De même, lorsqu'on dirige toutes ses prières, toutes ses œuvres de piété, de pénitence et de charité à un but particulier, afin d'obtenir de la bonté de Dieu la conversion d'une personne, d'une famille, d'une paroisse, d'une ville, d'un pays, alors on fait travailler la prière, on convertit la prière en travail; et c'est ce qui en théologie ascétique s'ap-
pelle le travail par laprière. Car prier ainsi, c'est vraiment travailler dans la vigne du Seigneur.
Or, ce saint, ce mystérieux travail, dont on s'occupe auprès de Dieu en lui demandant incessamment la conversion et le salut de certaines âmes, est prodigieusement fécond.
D'après saint Paul, c'est en s'offrant toujours pour le salut du monde, en demandant toujours à son divin Père le salut du monde, que Jésus-Christ même, pendant les trente années de sa vie cachée, travailla toujours au salut du monde; et ce travail de son esprit et de son cœur fit notre sanctification, notre rédemption et notre salut autant que les affreuses souffrances qu'il a endurées dans son corps. In quâ voluntate sanctificati sumus [Hebr., x). S'offrir donc à Dieu, prier continuellement Dieu pour la conversion, pour le salut particulier de quelqu'un, c'est pratiquer le même moyen par lequel le Rédempteur divin accomplit le salut de tous ; c'est s'associer à son divin travail ; c'est en partager le mérite infini, et par conséquent c'est en partager aussi l'efficacité du résultat. Ah ! si les nouvelles Marthes ou les âmes pures et innocentes, si les nouvelles Madeleines ou les âmes vraiment pénitentes ne pouvaient pas concourir, par leurs prières, au salut des autres, Jésus-Christ ne nous aurait pas exhortés, •dans la personne de ses disciples, à nous associer à sa prière pour la conversion du monde; il ne nous aurait pas dit : «Et vous aussi, suppliez le maître de la moisson afin qu'il envoie des ouvriers dans sa moisson ; Rogate ergo dominum messis tit mittat operarios in ?nessem suam [iVatth., ix).
Ne vous contentez donc pas, femmes chrétiennes, défaire prier votre travail, faites aussi travailler votre prière ; ne vous contentez pas d'être Marthe ou Madeleine pour vous-mêmes; mais, en tâchant d'assurer à vous-mêmes le mérite et la grâce de l'innocence ou de la pénitence, soyez aussi Marthe et Madeleine en priant le divin Sauveuc, en pleurant à ses pieds pour la résurrection spirituelle de vos frères; et vous obtiendrez, vous aussi, de voir ces malheureux Lazares, auxquels vous vous intéresserez, surgir de leur corruption, et passer de la mort du péché et de la perdition à la vie de la grâce et du salut.
Par ce moyen, vous réunirez en vous le double esprit, duplicem spiritum, dont parlent les Livres saints [IV Reg.j 11), le double mérite de la vie d'oraison et d'action de Jésus-Christ et de ses Apôtres. Vousne serez pas seulement des Madeleines en contemplation aux pieds de Jésus-Christ, vous serez aussi des Marthes en aciion pour Jésus-Christ! Sans sortir de votre rang et de votre condition, vous serez aussi, d'une manière invisible, mais réelle, de vrais prédicateurs, de vrais missionnaires, de vrais évangélistes^ coopérant avec Dieu même au salut des âmes : ce qui, d'après saint Denis l'Aiéopagite, est
LA PLUS DIVINE DE TOUTES LES ŒUVRES DIVINES (1). Et
en concourant ainsi à détruire, à effacer les péchés des autres, vous détruirez, vous effacerez devant Dieu vos propres péchés (Jac,^ v) ; et en coopérant avec Dieu au
(î) « Omnium divinorum divinissimum est cooperari Deo in salu- « tem animarum. »
saint des autres, vous ferez, vous assurerez votre propre salut [Ecci'L, xxiv).
Ces! aiusi qu'en ont agi les saintes femmes de l'Évangile^ dont je vous ai exposé les vertus, les mérites et les récompenses, dans le cours de cette station. Vous les avez vues, ces admirables femmes, par la simplicité de leur foi, par le charme de leur piété, par la pureté de leurs mœurs, par l'élévation de leurs sentiments et par la générosité de leur cœur, s'élevant au-dessus des hommes, dans le mérite de la sainteté, et ayant part, plus que les hommes, aux révélations, aux grâces, aux éloges, à l'amour, à la tendresse de Dieu. Femmes chrétiennes, voilà vos maîtresses et vos modèles, étudiez-les toujours, ces prodiges vivants de vertu ; ayez-les toujours devant vos yeux et ne les oubliez jamais. Soyez femmes de l'Évangile, femmes selon l'Évangile ; et vous atteindrez la grandeur, la dignité auxquelles l'Évangile, et l'Évangile seul a élevé la femme.
Mais, femmes chrétiennes qui m'écoutez ici, je n'ai pas besoin d'insister davantage sur ce sujet auprès de vous. L'empressement toujours croissant avec lequel vous avez suivi cette prédication que je vous avais particulièrement destinée, et que ni l'accent, ni le langage, ni le style du prédicateur n'ont pu vous recommander ; le bonheur avec lequel vous avez assisté aux I explications toutes simples que je vous ai faites des his- | toires si admirables et si touchantes des femmes de l'Évangile me disent assez que vous avez l'esprit, le sentiment des femmes de l'Évangile, et que vous voudrez bien imiter leur vie afin de partager leurs récom-
penses. Restez donc dans ces saintes dispositions, et tâchez de les réaliser; restez ce que vous êtes, femmes DE l'Évangile. En terminant aujourd'hui celte prédication évangélique auprès de vous, c'est, mes très-chères sœurs, le seul avertissement que je vous donne, la seule prière que je vous adresse, le seul augure que je vous fais, et que Dieu, dans sa miséricorde, voudra bien, je l'espère, vous confirmer par la bénédiction que je vais vous donner en son nom, avec le même zèle et avec la même affection avec lesquels je vous ai prêché. Benedictio Dei omnipotentis^ PatrisetFilii, et Spiritus Sancti, descendat super vos et maneat semper. Amen,
PREMIERE HOMELIE.
LES TROIS MORTS RESSUSCITES OU LE RETOUR A LA GRACE DES TROIS CLASSES DE PÉCHEURS 1
Première partie. — La fille de Jaïre, ou les pécheurs de fraîche date 4
Deuxième partie. — Le fils de la veuve de Naïm, ou le pécheur dissolu et éhonté 12
Troisième partie. — Lazare mort , ou les consuétudinaires et les vieux pécheurs 23