‹ Les femmes de la BibleChapitre 2 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Esther, la royale captive ? N'y a-t-il pas assez d'intrigue, de terreur et de sang, n'y a-t-il pas assez de drame dans les règnes de Jézabel et d'Athalie ? En qui l'innocence fut-elle d'abord plus lâchement opprimée, puis glorifiée d'une manière plus inattendue et plus divine que dans la pudique Suzanne?

Aussi la poésie et les arts ont-ils reproduit avec enthousiasme la plupart de ces figures où respirent en même temps la simplicité des vieux âges et la majesté des choses qui se rattachent à la religion. Partout à peu près où l'homme a laissé la trace de son passage et le sceau de son génie, elles apparaissent soit comme brillants épisodes d'une grande épopée, soit comme ressorts principaux d'une scène plus restreinte : vous les trouvez dans les élégantes miniatures de nos Bibles et aux splendides verrières de nos églises gothiques ; sculptées en pierre et en bois, elles allèrent orner les parvis, les galeries et les clochetons des cathédrales ; la peinture les répandit comme des fleurs au Gampo- Santo, pour rappeler un des plus magnifiques souvenirs qu'elle lui donna; la poésie enfin les nomma dans les chants qui sont restés l'orgueil d'une belle littérature : n'a-t-on pas écrit, chez nous, l'histoire de Ruth en vers pleins de charmes ? et Rome et la Grèce ontelles parlé plus harmonieusement que notre inimitable Racine dans Esther et Athalie?

Les femmes de la Bible méritent encore d'être étudiées sous un autre point de vue. Plusieurs d'entre elles se trouvèrent mêlées à des révolutions politiques et morales ; plusieurs furent douées d'un caractère éminent ; toutes se montrèrent au monde avec des qualités ou des défauts dont le récit n'est pas sans portée. Il y a plus : rapprochées l'une de l'autre et vues toutes ensemble, elles représentent à nos yeux quarante siècles. Les lois, les mœurs, les croyances de ce long passé, sont ainsi ressuscitées en cette portion de

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l'humanité où elles s'incarnent plus facilement, et qui leur donne toujours une expression mieux sentie, plus animée et plus pittoresque. Sous les traits particuliers qui décèlent le temps et la nation, Ton reconnaît les traits généraux qui forment proprement le caractère de la femme : étude profondément morale et instructive qui enseigne à tous, pour leur édification ou pour leur ruine, le magique ascendant de la faiblesse sur la force, l'indéfinissable charme dont la vertu est armée en la personne de nos mères et de nos sœurs, la nature extrême de leurs impressions et leur influence sur les destinées publiques et privées.

Assurément ce spectacle ne manque ni de grandeur dans son ensemble, ni de beauté dans ses détails. En ce qu'il a de vivant et de dramatique, il l'emporte sur les froides considérations du moraliste et du philosophe ; en ce qu'il a de réel et de positif, il mérite bien plus de fixer l'attention que ces analyses et ces aperçus littéraires par où l'on disserte sur les personnages mensongers qu'a rêvés la fantaisie des écrivains illustres ; en ce qu'il a de religieux enfin et de sacré, il remue des convictions bien autrement chères et respectables que ces. intérêts matériels dont l'histoire profane nous explique les combinaisons, le progrès et la décadence.

Car sous la vérité historique, sous ces physionomies diverses qui ont leur signification propre, n'y a-t-il pas un enseignement dont la valeur doctrinale et l'utilité pratique ne sauraient être contestées ? Qui donc, dans son jeune âge, n'a pas lu ou n'a pas entendu lire les histoires détachées de l'Ancien et du Nouveau Testament? Dans les provinces où les habitudes de foi vivent encore, beaucoup de familles mêlent les lectures sérieuses aux conversations agréables et aux jeux innocents des longues soirées d'hiver. Après le travail et la distraction du jour, le père, recueilli dans la douceur paisible du foyer domestique et entouré d'une riante

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