‹ Les femmes de la renaissanceChapitre 1 sur 45 · Î, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS · texte numérisé non relu

Î, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS

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Il n'est guère question que des femmes.

Qu'est-ce que veulent les femmes ? qu'ont-elles à réclamer y On les a oubliées ici, on les a oubliées là. 11 semblerait, d'après le code, qu'il n'y en a jamais eu sur terre. Le code a consacré des iniquités. L'éducation des femmes est pitoyable. Elles devraient tout savoir, et on ne leur apprend rien. Elles n'ont pas assez d'esprit, elles en ont trop. Elles devraient avoir leurs carrières à elles, leurs cercles, leur indépendance : être les égales de leurs maris, être des hommes tout en restant des femmes. Elles devraient voter, être électeurs (il paraît que cela fait partie du bonheur...). Beaucoup de personneSj^en Angletein-o, rêvent niêiiic de supprimer le mariage : il faut dire que, dans ce pays, comme les Anglais s'expatrient beaucoup, il ne maïKjue pas de vieilles filles involontaires et que ce lu' sont pas celleslà qui mènent le moins vivement la campagne. En somme, c'est une vraie cacophonie. Toiitje monde s'en mêle. Presse, théâtre, chaire, tout retentit de ces questions. Inutile de parler des réunions publiques ou privées, des salons, des conférences. Bref, le sujet est un

peu surmené ; aussi tend-il à s'obscurcir notablement^ et il n'y a aucune espèce de vue d'ensemble ni de direction.

L'anarchie se traduit en particulier dans l'éducation. Comment dire à des jeunes filles ce qu'elles doivent être et ce qu'elles doivent apprendre, penser et savoir, puisqu'on ne sait pas au juste où on veut les mener ? Vontelles marquer dans la vie de la même façon que les hommes? ou bien remplir une mission égale, peut-être supérieure, mais différente ? Se marieront-elles tard, tôt, doivent-elles tout voir, tout savoir, avant le moment du mariage, ou bien est-ce un heureux privilège de jouir des choses douces de la vie, en négligeant la science du reste, et de profiter, en pleine paix, des heures divines de la jeunesse ? Une fois mariées, quelle sera leur mission ? Jusqu'à quel point leur sera-t-il utile^ d'avoir contracté la pratique des affaires du ménage"/^ Devront-elles, hors de leur maison, exercer une influence^ et laquelle? Leur influence consistera-t-elle à paraître jolies éternellement et à danser admirablement ? ou bien ont-elles une influence sérieuse à exercer? Une influence inlellectuelle? ou religieuse? ou morale ? ou artistique? ou scientifique? Les questions se pressent dans une certaine confusion.

Cette confusion est fâcheuse, car il en résulte qu'oi> marche à l'aventure. L'éducation des jeunes filles en a beaucoup souffert ; elle s'est dissipée, elle a donné l'habitude de se contenter de notions superficielles, au lieu d'aborder résolument, sérieusement, et à fond, ce qu'il y a lieu de connaître. L'esprit a ses nerfs comme le corps, et il faudrait réserver son effort pour lui donner toute son énergie.

Or ce problème compliqué peut devenir beaucoup plus clair, si l'on s'en réfère à l'expérience, c'est-à-dire aux enseignements du passé... On rencontre souvent dans le monde, en matière d'histoire, et surtout d'histoire morale, un préjugé singulier : c'est un certain optimisme ou un certain" pèssTnïisme, qui porte à croire que nous

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