‹ Les femmes de la renaissanceChapitre 2 sur 45 · AVIS PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

AVIS PRELIMINAIRE

sommes les premiers hommes, ou presque, ayant paru sur le ^lobe, que toutes les générations dont nous portons le sang dans nos veines, le cœur dans notre cœur, les traditions dans notre tête, se composaient d'êtres essentiellement dissemblables de nous, qui ont ressenti et qui ont dû ressentir sur toutes choses d'autres impressions que les nôtres. Cela n'est pas absolument exact, et même nous dépendons de nos aïeux à un point presque incroyable! Ils nous ont légué une multitude de petits liens, liens d'amour, de haine, préjugés de toute sorte, ils nous tiennent en laisse comme nous tenons en laisse nos descendants. Les générations passent si vite qu'elles ont à peine le temps de transmettre la vie en grande hâte.

.. Spécialement à propos de la condition des femmes, les questions qu'on agite aujourd'hui avec plus ou moins de légèreté ou de véhémence ont à peu près le même âge que le monde. A certains moments, on les a scrutées de plus près, et alors la science, la philosophie, l'expérience y ont dit leur mot.

L'époque de la Renaissance a été une des époques où ces questions se sont posées. C'était, comme la nôtre, une période de transition, /t[ui a souvent abouti à des conclusions différentes des nôtres, mais qui nous ressemble étonnamment sous certains rapports. Par le fait des circonstances matérielles et morales, la situation des femmes. subit alors une transformation presque inévitable. Jusque-là, les femmes étaient considérées comme inférieures aux hommes; on partait du point de vue pratique et utilitaire, encore en honneur dans les pays anglo-saxons : aux hommes il appartenait de tout faire, et aux femmes de rester à l'intérieur comme des objets précieux, mais fragiles.

Ce n'est pourtant pas qu'on fût éloigné d'accorder aux femmes ce que nous appelons le droit aux carrières. La loi salique n'a été inventée qu'en France, et seulement pour des motifs très particuliers; dans la haute politique, rien n'empêchait d'accepter l'aide des femmes,

fût-ce au milieu des périls les plus graves : c'est une femme, et très femme, la reine Isabeau de Bavière, c[ui faillit nous perdre ; Jeanne d"Arc nous sauva. Plus tard, Anne de Beaujeu, Louise de Savoie ont encore, on peut le dire, sauvé l'honneur et la puissance de la France. Du haut en bas de l'échelle sociale, il en va de même. On a vu, dans certaines villes, les femmes prendre part aux élections sur la place publique ^ ; dans liien des châteaux, la dame du lieu, en l'absence de son mari, accomplissait les corvées les plus viriles, commandait la justice, commandait les hommes d'armes; Christine de Pisan parle de cette mission comme d'un devoir strict, non pas comme d'un droit ^. Dans les classes ouvrières, le travail des femmes était répandu et convenablement rémunérateur.

Mais (on s'en aperçoit déjà par l'appréciation de Christine de Pisan) personne ne voyait là pour les femmes un aboutissement direct ni naturel. La femme passait pour sujette de son mari et pour sa suppléante dans les cas de nécessité ; elle n'accomplissait pas un rôle personnel : elle n'était que l'ombre ou le prolongement d'un autre, un demi-homme ou, comme disaient les gens caustiques, un homme d'occasion, mas occasionnalus..., un liomme manqué. Il faut avouer qu'il y a là une idée bien désobligeante pour les femmes, et même pour nous, d'autant plus qu'en pareille matière la Providence ne nous demande pas notre avis, et, hommes ou femmes, nous avons tous la certitude de rester tels jusqu'à la fin de nos jours... Dans ce système, on admet qu'en cas de nécessité absolue les femmes

1 jyimo Vincent a rappelé, dans un intéressant mémoire, que des femmes avaiont siégé comme pairs de France, — - Le pouvoir administratif dépendant de la propriété terrienne, il était tout naturel que les femmes l'exerçassent au besoin, sauf à donner procuration pour les démonstrations officielles (V. not. K. 335, procuration de la marquise de Rothelin; 7'î7rc5Châteauvillain,n"2, etc.). Les confréries de village, même composées d'hommes, élisaient quelquefois une femme pour les diriger (JJ., 230, 183).

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