LETTRE
DE
CATULLE MENDES
CATULLE MENDES
Chien cher haron.
'Votre livre a raison, et tout ce qu'on -pourrait dire contre lui ne ferait que llancf/ir puisqu'il est amusant, rivant, curieusement moderne.
Cependant, si fêtais à votre place, je ne serais peut-être pas sans m adresser quelques reproches.
JLlles sont trop séduisantes, <a
hardies sports iromen, celles
qui tirent l'cpéc, celles qui tirant le pistolet, celles qui
passent au galop de la cavalcade, correctes, froides, irre-
procljalles, dans le nuage des crinières ccljcvclccs! Quelle
ii LES FEMMES DE SPORT
est la -parisienne qui, après avoir lu votre livre, — toutes les parisiennes le liront, et j'en dis autant des provinciales, — ne souhaitera pas, elle aussi, de fourrer sa mignonne menotte sous la peau du crispin, ou de loger douze halles dans le trou d'une seule, ou de dompter, très calme, sans un frison qui houge, la, sauvagerie d'un jeune cljcval ?
iies ^recs défendaient aux femmes, sous peine de mort! d'assister aux faux "Olympiques; on a cru qu'émus de jalousie, ils ne voulaient point laisser voir a leurs compagnes la nudité des énormes athlètes ou celles des gracieux cpljeles; non, la jalousie, ni le désir d'épargner des rougeurs aux joues féminines, n'étaient pour rien dans cette interdiction; ils agissaient simplement en gens pleins de prudence, craignant que la vue des pugilats, des luttes et des courses n'inspirât aux femmes une émulation fâcheuse, ne se souciant pas de retrouver au logis, au lieu de l'épouse qui file la laine et joncljc de violettes le lit conjugal, une soulevcuse de poids ointe d'J}uilc et suant sous l'effort, une lutteuse qui se piète, les poings en avant.
cÇous êtes moins circonspect que ces ^recs; vous ne redoutez pas d'inviter les femmes aux divertissements virils, vous conviez leur grâce a rivaliser notre force ; de sorte que, si, l'an prochain, les plus délicates mondaines ont