LETTRE DE CATULLE MEND1 S
définitivement renonce a manier les chiffons de soie et a\
■'elle, si, dédaignant les boudoirs, elles ne se trouv vins à l'aise que dans les salles d'armes et dans les << ur
si. av moment ou nous tombons a genoux, elles se bornent,
elles, h. tomber en garde. — ce sera de votre jante! ~8t qui peut prévoir jusqu'où s'émancipera la virililion de la femme0 "Quels remords ce serait pour vous, mon cfycr confrère, si, à force, de faire des armes , t de lutti r avec de< , fevaux fous, a force de masculer leurs corps et leurs coeurs aussi, les parisiennes de J885, ou de -1886, se rendaient pareilles à cette extraordinaire comédienne de ÏMarseiUej dont %hèophilc ^Qauticr a immortalisé le nom, a cette enragée CMaupin, toujours vetuc. en Ijomme , toujours le défi aux lèvres, — a moins quelle n'y eût le baiser j — toujours l'épée l)ors du fourreau, gui, dans la même soirée, pendant un bal, enleva deux belle demoiselles et tua en duel trois jaloux, entre les deux enlèvements? }jc vous laisse a penser la piteuse mine gue feraient les Ijommcs auprès des rares amoureuses avant gardé les mignardises de leur sexe, s'il leur fallait entrer en lutte avec d'étranges rivaux, non moins hommes, et plus jolis.
fie trouve un autre sujet d'inquiétude dans cette adap-
iv LES FEMMES DE SPORT
tation de la délicatesse féminine aux plus masculins exercices.
•La femme, naguère, — frêle et se sentant si précieuse dans sa fragilité, — s'avouait a elle-même son lesoin d'être défendue; pour n'être rudoyée ni par les êtres ni par les choses, elle venait, souriante et câline, se mettre a l'abri dans notre amour; et il y avait entre clic et nous cet adorahlc échange de toute la foie cjuc nous accordait sa faiblesse contre la sécurité que lui donnait notre force.
<Jlîais une sportsivoman ne connaît pas la nécessité d'être protégée! j{?our tirer vengeance d'une insulte, elle n'a que faire d'y être aidée. ^Et pourquoi se résoudrait-elle a un mari ou a un compagnon moins légitime, lorsqu'elle peut elle-même se rendre redoutable aux plus téméraires ? <~tiêlas! tristes Ijommcs, inutiles désormais. "L'ijabitudc du duel fera perdre aux femmes l'ijabitude du duo.
glaise aux dieux cléments que les cljoses n'en viennent point la ; et le rcmoi^ds d'avoir supprimé l'amour puissc-t-il vous être épargné, mon cfjer baron! 31 est possible, après tout, que malgré la gymnastique, l'escrime, l'êquitation et les autres sports, nos amies ne renoncent pas d'une façon définitive au. baiser, ni au sourire. 'Vous savez ce qu'on raconte de la faroucljc ^entj)ésilcc, reine des tAmazpncs?
LE r IKK M CATULLE M ENDÈS
je vous en dirai l'histoire en vers, une langue où je sue, un peu moins maladroit qu'en prose.
"£a reine au cœur viril a c/uitlé les cieux froids Scytfiie.
^îvec ses sœurs vierges comme elle, c gagne la plaine où la bataille mêle 'J.es courages sanglants et les ll'emes effrois. '■Qu'une autre en son logis file les lentes laines !
, un désir la mord, indocile aux retard s , 2)e vaincre le plus fort, le plus leau des (Hellènes, <ylchille ! %t son cheval londit les crins épars, %t l'emporte vers la mêlée, %t le cri de ^entl/esilke Jï 'ajoute au Iruit montant des armes et des chars !
ii ^Ichille! ^lcl)ille! ^IcJjille! à Ijércs ! voici l'heure
< ton sang coulera comme un ruisseau vermeil ! faut plein d'un songe horrible, et fuyant le sommeil, %on père aux cheveux gris hurle dans sa demeure !
Tu fus comme un lion dans une bergerie; T[u fus comme un vent noir dans un lois de roseaux; 'Que de rois, ô guerrier ! mangés par les oiseaux jSur un sol gui n'est pas celui de la patrie !
Quand sur tes Iras charmants, noirs d'un sang épaissi, 'foulaient les loucles d'or de ton casgue échappées! Xes festins te plaisaient après les chocs d'épée; Tu domptais, jeune dieu ! les eomrs de vierge aussi,
vi LES FEMMES DE SPORT
M>ais frémis a ton tour! £e cjlaive enfin se dresse rQui percera ton sein comme un sein d'enfant nu; '-Car l'amazone vient oui n'a jamais connu Xa peur ni la tendresse! "
%elle, en sa course, T)'elas! qui n'eut point de retour, ^ar-dessus les fracas criait la vierge fière. %lle ne savait pas au avant la fin du jour, Mourante, elle mordrait la sanglante poussière, En jetant au vainqueur oeau comme une guerrière Vn regard moins chargé de haine que d'amour !
Slinsi, même après le Irutal triomphe, lljommc peut espérer que la femme lui sera, douce, du regard et des lèvres! ^G'est la grâce que je vous souljaite, mon cljcr haron, dans vos assauts avec les helles sportswomen dont vous avez écrit l'histoire et qui ne sont pas, grâce au ciel, plus amazones qu'il ne convient.
^Bien a vous.
CATULLE MENDÈS
Paris, 2G septembre 1S84.