‹ Les femmes de sportChapitre 21 sur 42 · COMTESSE DE MULA1NCOUUT · texte numérisé non relu

COMTESSE DE MULA1NCOUUT

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L\ COMTESSE DE liAl LAINGOURT

Une des douairières du -port français, mais une douairière à l'éternelle jeunesse d'esprit, au charme impérissable. Tous les anciens du Jockey-Club ont encore présents à la mémoire

sa tenue sans rivale à cheval, sa hardiesse qui ne connaissait pas d'obstacles, nés exploits cynégétiques sans nombre. C'est elle qui, à une chasse à courre, franchissant un ruisseau où barbottait avec son cheval un cavalier démonte, lui cria en faisant bondir sabête :

— Rentrez vite a la maison, Monsieur, il pleut!

Née de Gastellane, mariée en premières noces au

vicomte de Gontades, la comtesse a été sous ce nom une des lionnes, selon l'expression d'alors, les plus fêtées, les plus en vue, les plus abracadabrantes de la fin du règne de Louis-Philippe et de la présidence du prince Louis-Napoléon. Les petits mémoires secrets des salons de Paris abondent en souvenirs sur elle à cette époque.

Un jour, l'ambassadeur d'Angleterre se rend chez le président de la République pour causer d'affaires. Un aide de camp du prince introduit lord Normanby dans un des salons de l'Elysée , en le priant d'attendre quelques secondes , le temps de prévenir le président.

L'ambassadeur, après s'être composé devant la glace un visage officiel, s'assit avec une gravité de circonstance.

Quelques minutes s'écoulèrent sans qu'il vît rien paraître. L'impatience commenrait à le gagner , lorsque des rires nerveux, partis du salon à côté, attirèrent son attention. Il se dirige vers les rieurs, soulève une portière qui les masquait à ses yeux, et il voit... le prince président , un genou en terre, la tète cachée, et entouré de Mmo de Gontades, de lady Stanley et de mistress Howard. On jouait à la main chaude.

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Lord Normanby s'avance sur La pointe du pied, un doigl sur La bouche, puis il frappe délicatement dans la main du président.

— Ah' cette fois, dil Le président, c'esl Pauline!...

El m* relevant, il apercoil l'ambassadeur d'Angleterre.

On ri! beaucoup, el Lord Normanby resta à faire sa partie dans ce morceau d'ensemble.

Les hommes politiques et 1rs spéculateurs se préoccupèrent vivemenl de cette longue conférence; à la fermeture de la Bourse, la rente avail baissé de trente-cinq centimes.

Ce n'est pas seulement comme sportswoman que Mme île Baulaincourt a conquis sa célébrité mondaine : ses mérites devant la rampe ne sont pas moins dignes de mémoire. Le 23 février 1848, a la veille de la révolution qui devait coûter son trône à Louis-Philippe, on jouait le Misanthrope à l'hôtel de Gastellane , dans ce charmant théâtre dont Bachaumont à raconté les fastes dans son volume : Les Femmes du rn<>ntle, et que M. Gaudin, le propriétaire actuel de l'hôtel, a détruit pour y installer su bibliothèque. M"8 île Contades faisait Célimène el M. de Rémusat, le ministre, l'académicien, mort à présent, lui donnait la réplique dans le rôle d' Alceste .

À présent, M,nu de Baulaincourt ne monte plus à cheval et ne joue plus la comédie, ce qui ne l'empêche pas d'avoir son fauteuil, chaque après-midi, entouré d'un cercle aussi empressé que choisi dans sa coquette et artistique retraite de la rue Miroménil. Tout en causant elle fait des fleurs le plus merveilleusement du monde, et on a pu voir à l'exposition de 1878 des spécimens de son talent, qui défie celui des meilleures fleuristes. Les fleurs de Mme de Baulaincourt sont une grande ressource pour les ventes de charité , et c'est ainsi qu'arrivée à l'hiver de sa vie elle se trouve en semer autour d'elle lout autant et de plus précieuses qu'aux riantes saisons de son existence.

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