LA PRINCESSE DE METTERMCH
C'est par droit do son fusil de chasse que la célèbre et brillante mondaine dont j'inscris le nom en tête de ce portrait prend rang dans ma galerie, et je vous assure que ce n'est pas une place de faveur qu'il lui apporte. La princesse Pauline de Metternich, en effet, esl aussi vaillante en Saint-Huberl qu'en Thalie, el triomphe autant dans un tiré que devant la rampe. Elle s'entend à faire parler la poudre comme ù
chanter un couplet, et malheur au gibier — poil ou plume, — qui affronte sa cartouche.
La princesse porte le plus allègrement du monde ses quarante-six ans et on ne dirait guère en la voyant qu'elle est grand'mère. C'est le privilège des femmes sans beauté de vieillir moins vite que les autres. Avec son museau de Carlin sur un buste de jeune fille et ses pattes les plus fines du monde, la princesse brave les années et reste toujours la grande dame étrangement attrayante qui révolutionna la cour impériale. Grande et souple comme un roseau, elle ne marche pas, elle ondule, et l'on ne saurait rien imaginer de plus gracieux que ce vol à ras de terre imité des sylphides. Coquette jusque dans les plis de sa robe comme Sapho, ou les cordons de ses bottines comme Mimi Pinson, elle ne s'est pas contentée de dire, elle a eu l'art de prouver qu'il n'y avait pas de femmes laides , qu'il y avait seulement des femmes qui ne savent pas être jolies. Et elle a su faire illusion sur ce point comme nulle autre femme de notre temps, sauf lîachel.
La vie de Mme de Metternich est comme le temple de Janus, à deux faces. Le côté de la guerre est celui qui renversait la foule au beau lemps des Tui-