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LA MARQUISE

IIERVEY DE SAINT-DEMS

Un peintre très distingué et, chose un peu singulière, de l'école réaliste. Cette excellente élève de Cot a exposé Un portrait de vieille femme et Un marchand de marrons, d'une vérité saisissante. On peut s'étonner qu'une jeune femme, d'une si rare élégance, ait choisi <\c> modèles plus pittoresques que poétiques ; mais c'est que l'artiste et la femme du monde se dédoublent très bien chez Mm" Horvev de Saint-

Denis, et c'est merveille. Pourtant, ce qu'elle a fait de mieux, sa plus belle œuvre, tiendrait plutôt du genre idéal ; c'est un portrait de blond séraphin, celui de la fille de son amie, la duchesse de Luynes. L'enfant, dont les yeux bleus parlent encore du ciel qu'elle a quitté, est comme couronnée d'un nimbe d'or, formé par la chevelure flottante qui encadre son visage souriant. Ce portrait retient longtemps, il a puissamment séduit les plus difficiles.

C'est dans l'atelier de Cot que la marquise et la duchesse ont commencé cette grande amitié qui les unit. Elles travaillent ensemble, soit chez le « maître » commun, soit dans la villa que la duchesse a achetée à Cannes. Quand « le démon de l'art » les saisit, les deux amies s'enferment, elles savent bien que c'est seulement clans la solitude et le silence que l'inspiration visite ses élus.

N'allez pas croire que le pinceau occupe exclusivement les loisirs de la marquise Hervey de Saint- Denis. Elle adore le monde heureusement pour

lui. Elle est la dernière lassée au cotillon. Quand elle valse, avec sa grâce d'autrichienne, tous les couples s'arrêtent instinctivement pour la regarder.

Le père de cette jeune grande dame fut ministre

M V.RQUISE HERVE1* DE S UNT Dl NIS 169

du duc de Parme. Elle est Autrichienne — Viennoise— dous l'avons dit ; est-ce pour cette raison qu'elle a voué un culte à la mémoire de Marie-Antoinette i Q esl vrai que la reine infortunée a, ainsi, beaucoup de fnlrh^ qu'elle n'aura pas connues, auxquelles elle serl de modèle, qui essayenl de ressusciter -"ii type fier et adorable, de l'aire revivre ses goûts, jusqu'aux modes et aux usages de sa cour. Parmi les plus ardentes émules de cette morte illustre, se distingue la marquise, dont le genre de beauté rappelle beaucoup celui de la malheureuse souveraine. C'est le même profil si lin, la même démarche royale, un peu altière, dans sa grâce même; elle possède jusqu'à la lèvre dédaigneuse qui caractérise la maison d'Autriche. Comme Marie-Antoinette, Mme Hervey de Saint-Denis a les yeux bleus, pleins de flammes et de caresses; comme ceux de la reine, ses cheveux l'ont penser à « l'or flottant des moissons. » Elle les laisse aller en longues boucles, qui couvrent ses épaules; rien de beau, comme cette parure. Le teint de la marquise est de ceux qui provoquaient les célèbres madrigaux au siècle dernier. En admirant cettedélicate fraîcheur, quelqu'un a dit que la nature l'avait assurément composée, en pétrissant des églantines avec du lait. Rien ne peut

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