‹ Les femmes de sportChapitre 39 sur 42 · LA COMTESSE POTOCKA · texte numérisé non relu

LA COMTESSE POTOCKA

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Si un graphologue avait sous les yeux une lettre écrite par la comtesse Potocka, de cette grosse et grasse écriture qui ressemble à celle de Louis XIV, il ne manquerait pas de citer, pour la définir, la phrase de l'Attale de Corneille :

Le cœur grand, l'esprit grand, l'âme grande.

Et il aurait raison, car la comtesse est sans contredit une des femmes les plus bienfaisantes du Paris mondain. Personne mieux qu'elle ne sait

venir en aide à l'infortune qui lui est signalée. C'est en silence et sans bruit que la comtesse Potocka fait ses bonnes œuvres; elle a horreur qu'on s'occupe d'elle et de voir son nom imprimé dans les échos de Paris des journaux mondains, et je suis persuadé qu'elle sera très ennuyée de se voir portraicturer dans mes Femmes de sport. Mais comme je ne dirai pas tout le bien que je pense d'elle, j'ose espérer qu'elle me pardonnera cette indiscrétion. Et puis, comment ne pas accrocher dans cette galerie cette charmante femme que tous les habitués du Bois rencontrent chaque matin, lorsqu'elle n'est pas souffrante, galopant un superbe bai-brun que le monde hippique a admiré pour ses magnifiques actions au dernier concours du Palais de l'Industrie?

Très bien placée en selle et aussi gracieuse amazone que gracieuse femme, la comtesse Potocka est toujours accompagnée, lorsqu'elle vient au Bois, de son mari et suivie d'un petit groom, dont la tenue est des plus correctes. Elle monte avec beaucoup d'aisance, et son cheval, quoique très près du sang, fait tout ce qu'elle veut. C'est à force de travail et d'études que la comtesse Potocka est arrivée à être aujourd'hui de la force d'une écuyère de premier ordre. Par sa position en selle, l'amazone a, à la fois

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plus do solidité que le cavalier ol moins de pouvoir sur son cheval : la solidité est due aux fourches de la selle qu'elle étreinl entre ses jamhe , vi i IL i à peu près indécrochable, elle n'a qu'une seule jambe pour taire obéir son cheval, taudis qu'il n'en est pas de même du cavalier. Aussi, la cravache joue-t-elle un grand rôle dans l'équitation des femmes. Malheureusement beaucoup d'entre ell ne savent pas s'en servir et la tiennent, comme Anglais, la mèche en l'air.

La comtesse Potocka tient toujours la sienne dans la direction du flanc de son cheval, de manière à être toujours prèle à remplacer du côté droit la jambe droite du cavalier. C'est grâce a ces moyi que la comtesse peut se donner le plaisir de monter des chevaux ardents, nerveux et qu'elle leur l'ait l'aire tout ce qu'un cavalier fait faire à son cheval.

C'est à la première heure que la comtesse, qui a horreur du monde, l'ait sa promenade au Bois, lorsqu'elle monte à cheval. Elle est rentrée chez elle depuis longtemps déjà lorsqu'arrive le laineux escadron de dix heures du matin. Maintenant on \ encore la comtesse tous les soirs, vers quatre heures, dans un grand landau, promenant bourgeoisemenl sa mère et sa sœur dans l'allée des Acacias. Artiste,

aimant les arts, vous la voyez le dimanche parcou rant les salles du Louvre en compagnie d'un vieil artiste dont les cheveux sont aussi blancs que les siens sont noirs, admirant les diverses Écoles de peinture; et le soir, lorsqu'elle est seule, elle étudie son piano, qu'elle travaille tous les jours, en cachette, pour ne déranger personne, avec Mme Szarwady, sa maîtresse.

La comtesse, qui est née princesse Pignatelli, est italienne. Elle est fort jolie, avec ses cheveux noirs, glacés de reflets bleus et ses deux grands yeux noirs qui donnent à sa physionomie un peu rêveuse, une expression de tendresse indéfinie; la peau est ambrée et le buste délicieusement modelé. C'est en un mot une beauté parfaite qui eût obtenu, sans conteste, le prix au temps du berger Taris.

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