‹ Les femmes de théâtreChapitre 6 sur 14 · UNE COMEDIENNE DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

UNE COMEDIENNE DE L'AMOUR

Transportons - nous maintenant place Breda , dans un élégant et gracieux appartement habité par une de nos connaissances : Elmire. Entrons dans le boudoir — ayons le courage des mots — dans le lupanar parfumé de cette courtisane à la mode. Nous aurons lieu d'être satisfaits de notre visite domicilière. Impossible de trouver une pièce meublée avec plus de goût et de coquetterie. Tableaux, bronzes, objets d'art, chatoyantes étoffes, pianos, lustres, candélabres, glaces vénitiennes, bois de rose et d'acajou et une causeuse sur laquelle il coûte parfois bien cher de se reposer. Çà et là, ce-

pendant, quelques petits objets de pure fantaisie trahissent les habitudes secrètes de la dame de céans. C'est en vain qu'au milieu de toutes ces richesses, vous chercheriez quelque chose révélanl la présence d'une femme, un métier, une broderie. Ah ! fi donc! le travail, môme le plus léger, même le plus délicat, gâterait les fines mains de ces reines du jour. Elles ont pu traire autrefois les vaches ou rapetasser des haillons, elles ne se baisseraient pas aujourd'hui pour ramasser un louis, à leurs pieds.

0 temporal o mores! s'écrierait un pédagogue.

Moi qui ne suis pas pédagogue, tant s'en faut ! j'aime mieux vous dire tout bonnement : GFesl comme ça.

La somptuosité de l'appartement de notre actrice me rappelle une anecdote quelque peu graveleuse et que je vous confie sous toutes réserves.

— Je demandais à un ami : Combien as-tu donné â la petite chose?

— Cent lianes.

— Cent francs seulement ! lu en avais, ce me semble, donné cinq cents à machine, qui est pourtant moins Julie?

— C'est vrai, mais machine avait un logement splendide, à l'entre-sol, une voiture, des toilettes et des bijoux; tandis que la petite chose reste en garai, n'a pas de bijoux et prend souvent l'omnibus. N'oublie pas cette profonde vérité que je livre à tes méditations philosophiques : « Une femme qui prend l'omnibus ne va jamais bien loin ! »

— Cela ne m'explique pas pourquoi?...

— Je vais te l'expliquer : tu vas quelquefois au café Riche, n'est-ce pas?

— Oui.

— Tu y payes ton bock 50 centimes, au lieu que dans un autre café on te le sert pour trente, et la bière est la même ! Donc, mon pauvre ami, vous payez le loyer et la réputation; voilà! comprends-tu, à présent ?

— Parfaitement.

L'explication qui précède est très-vraie. Les femmes entretenues le savent bien. Aussi, afin de se poser avantageusement, ont-elles soin de se loger le plus superbement possible.

L'or attire l'or : plus elles en ont, plus elles en gagnent.

Il h LES FE11MES DE THEATRE.

Nous autres hommes, non- sommes ainsi faits : au lieu de venir en aide aux femmes qui nous aiment, ne fût-ce que par reconnaissance de leur amour, nous préférons nous faire plumer parcelles qui se moquent de nous.

Il y a longtemps déjà que cela se passe ainsi, et je présume fort que cela durera longtemps encore ! (les inconséquences-là sont aussi vieilles que le monde et ne finiront qu'avec lui. Je pourrais, à ce propos, entrer dans une intéressante digression psychologico-philosophico-morale, mais à quoi cette digression non- mènerait-elle? A cet étemel aphorisme : «L'homme s'agite, la femme le mène. »

Par le bout du nez, bien entendu !

Revenons à nos brebis.

Elmire, qui était une fille d'esprit, n'avait pas hésité à contracter de grosses dettes.

— Pourquoi?

— Eh ! parbleu, cela se devine : pour avoir le plaisir de s'en faire payer le double: L'or qu'elle avait jeté par les fenêtres lui était bientôt rentré par la porte.... avec intérêts.

A l'heure qu'il est, elle ne doit plus rien. Mieux encore : elle thésaurise.

— Ainsi, disait Elmire à. Lucie assise à côté d'elle et à laquelle elle servait pour le moment de chaperon, — ainsi, tu as été chez lui ?

— Oui.

— Et que t'a-t-on dit ?

— Qu'il était parti depuis dix jours et qu'on ne l'avait pas revu depuis.

— Tu es certaine qu'il s'est battu?

— Très-certaine.

— Qu'il a été dangereusement blessé?

— Bayer lui-même me l'a assuré.

— Où se sont-ils battus?

— A Bois-Colombe, sur la propriété d'un ami d'Adrien.

— Le nom de cet ami?

— Maurice.

— Maurice tout court ?

— C'est le seul nom que je lui sache, pour le moment. Je me suis informée de son adresse; Bayer le connaît.

— Où demeure-t-il?

10t; LES FEMMES DE TBBATBE.

— Hue du Helder.

— 11 laul y aller.

— Je me suis présentée trois fois chez lui. A chaque visite, son domestique m'a répondu que si m maître assistait à une répétition — c'est un auteur — et que, du reste, il ne recevait jamais les dame-.

En prononçant ces mots, Lucie ne put s'empêcher de rire.

— Et tu n'as pas demandé l'heure de sa rentrée?

— Si : il doit être de retour chez lui à trois heures.

— Du matin?

— Non ; du soir.

— Nous irons ensemhlc le voir.

— Comme lu voudras.

— Mais comme ce monsieur ne reçoit pas les dames, nous présenter deux, ce serait peut-être trop, je monterai seule.

— Soit.

— Le bruit de la sonnette retentit.

— Qui est là? demanda Elmire à sa soubrette qui venail d'ouvrir.

— M. de la Ghevilière.

— Qu'il entre — puis, se tournant vers son amie : Cet imbécile nous apprendra peut-être quelque chose.

M. Richard-Léopold-Phœbus de la Chevilière entra.

— Eh ! bonjour, belles dames, comment va, comment va ?

— Pas mal — asseyez-vous donc, dit Elmire en lui souriant.

— Oh! s'écria le gandin, un sourire sur vos lèvres roses ! serais-je, par hasard, en faveur aujourd'hui? Le soleil luirait-il pour tout le monde?

— Qui sait?... Nous avons des renseignements à vous demander.

— Tout à vos ordres.

— Vous avez dû entendre parler, vous qui êtes une chronique ambulante, d'un duel qui a eu lieu récemment entre Bayer et im acteur?

— Je crois bien! on s'en est entretenu hier, toute la journée, au café des Variétés. L'acteur s'appelle, si je ne me trompe, Adrien Lasnier... de bonne race, paraît-il, un intime de Maurice...

— Quel Maurice?

108 LES FI HMES DE linUKI .

— Un auteur de mes amis...

— Ah !

— Un ami que je déteste cordialement, je «ma jure...

Parce qu'il ne vous ressemble pas, sans doute?

— Non, parce qu'il ne veut pas m'éreinter dans le Figaro.

— En voilà une raison !

— Certainement; je préfère l'éreintement au silence.

— Et comment est-il, ce Maurice, cet indigne ami qui ne veut pas vous éreinter?

— Oh! mon Dieu, comme tout le monde... Ceci n'est pas une réponse : beau garçon?

— Hum!...

— Élégant?

C'est là sou moindre défaut.

— Spirituel? '

— On le cite pour tel... moi je ne lui trouve pas

d'esprit.

— Je comprends : quand ou eu possède tant soimême, ou est difficile pour celui des autres...

— Vous me comblez, en vérité...

— Est-il assez idiot ! murmura Elmire à l'oreille de son amie.

— D'où sort-il? continua l'actrice.

— Il en est de son extraction comme des sources du Nil.

— De plus en plus spirituel, baron, — M. de la Chevilière était baron !

— Son nom de famille?

— Nul ne le sait : peut-être ne le sait-il pas luimême...

— Vous êtes méchant, baron, — (à part) quelle scie !...

— Et il a du talent?

— Non; de la chance; ses tableaux se vendent, ses romans se lisent, ses pièces se jouent.

— Il est riche, alors ?

— Vingt-cinq mille livres de rentes.

— Est-il généreux pour les femmes ?

— Je ne crois pas.

— Nous verrons bien ! pensa Elmire. Vous avez là votre voiture, baron?

— A votre disposition.

— Eh bien! menez-nous au Bois. Vous nous con--

110 LIS H.MMtS DL ÏIIEATIIE.

(luirez ensuite au logemenl de votre ami. Je tiens beaucoup à avoir «les nouvelles de M. Lasnier.

— Toujours à vos volontés, belles dames.

A trois heures précises, la voiture du baron Hichard-Léopold-Phœbjus de la Ghevilière stationnait, rue du Helder, devant la porte cochère de Thôtel habité par Maurice.

— Si je ne suis pas descendue dans cinq minutes, veuillez aller m'attendre chez moi, dit Elmire au baron et à Lucie en les congédiant d'un geste amical. Puis elle entra chez le concierge.

— M. Maurice? demanda la jeune femme.

— C'est moi. Madame, lui répondit un monsieur qui prenait des lettres déposées chez son portier.

— Ah ! fil la courtisane en jetant un rapide ettiulit'coup d'oeil sur la personne de son interlocuteur.

— Madame aurait-elle à me parler?

— Oui, Monsieur, si toutefois il n'y a pas indiscrétion de ma part. ..

— Voulez-vous me taire le plaisir d'entrer un instant chez moi?

— Elle lit de la tète un signe affirmatif.

LIS FEMMES DE THEAT11E. t ] 1

L'accueil glacial de Maurice froissa Elmire. Le. jeune homme lui offrit un fauteuil.

— Maintenant, Madame, puis-je savoir le motif qui me procure l'honneur de vous recevoir chez moi?

L'actrice était sur des charbons ardents. La trop grande politesse de celui qu'elle avait d'abord pris pour un Bohème l'embarrassait.

— Monsieur, répondit-elle, vous avez été témoin d'un duel, il y a quelques jours?

— Oui, Madame.

— M. Adrien Lasnier est, à ce qu'on assure, trèssérieusement blessé?

— Il n'est que trop vrai.

— Une de mes amies qui s'intéresse à lui, et pour cause, désirerait avoir son adresse.

— Oh ! c'est très-facile : à Bois-Colombe, chez son père.

— Comment!... mais alors...

Elle s'arrêta et parut réfléchir.

— A mon tour, Madame, me permettrez-vous de vous demander le nom de cette mystérieuse amie?

— Lucie...

— Lucie !... Oh ! alors, j'ai le droit de répondre

112 LES FKJUMES DE THÉATBE.

pour Adrien : dites, je vous prie, à cette dame qu'Adrien ne veuf plus la revoir, qu'il l'a totalement oubliée...

— Monamieaété bien coupable, je l'avoue, reprit l'actrice, mais si vous saviez combien elle se repent !

— Son repentir ! belle consolation, ma foi, si Adrien meurt de sa blessure! Du reste, il a dit adieu pour toujours à l'existence de théâtre. Si Dieu nous le rend, il se mariera, — devant M. le maire, n'en déplaise à votre amie, — avec une jeune fdlc qui l'aime réellement, celle-là ! et qui passe courageusement ses nuits au chevet du pauvre malade.

L'indignation qui agitait intérieurement notre poëtc, en prononçant ces paroles, était montée de son cœur jusqu'à son front. Elmire s'en aperçut.

— Décidément, Monsieur, fit-elle avec celle moue enfantine à l'aide de laquelle elle triomphait toujours, décidément vous êtes impitoyable :

L'adorable grimace d'Elmire lit sourire .Maurice malgré lui. Il examina plus attentivement la jeune femme cl fui bien forcé de s'avouer tout bas qu'elle était «l'une rare et exquise beauté. 11 avait beau dire, noire poète, il aimait encore les femmes. Si

blasé qu'il fût ou qu'il feignît de l'être, il ne l'était pourtant pas assez pour résister à la fascination de deux beaux yeux, et les yeux d'Elmirc étaient si beaux, si profonds, si provocants!... Aussi, devint-il plus doux.

— Oui, reprit-il, j'ai eu tort de m' emporter : je vous prie d'accepter mes excuses. Je ne me rappelle pas toujours assez que la parole n'a été donnée à l'homme que pour déguiser sa pensée. C'est là mon côté faible. Seulement, dites bien à Lucie qu'il est inutile qu'elle songe à revoir Adrien. S'il est vrai qu'elle l'aime encore, eh bien ! le meilleur moyen de le lui prouver, ce sera de ne plus songer à lui.

— Allons, puisqu'il en est ainsi, nous tâcherons de la consoler, mais ce ne sera pas sans peine, je vous jure ; elle l'aime beaucoup...

— Elle a tort, il ne faut pas aimer pour être heureux.

— Vous ne plaisantez pas, Monsieur ? Comment vous, un poëte, vous osez soutenir une si abominable thèse ! vous osez faire fi de l'amour? Vous n'avez donc pas aimé ?

— C'est pour avoir trop aimé que je n'aime plus.

11* LES FEMMES DR TDrATRE.

— Eh! mon Dieu. Monsieur, parce que vous avea

été trompé une fois, est-ce une raison pourne plus croire à l'amour?

— nue voulez-vous ! Madame : c'est depuis que je ne crois plus à l'amour que je vis heureux.

— Mais enfin, Monsieur, si vous étiez sincèrement aimé ; si vous rencontriez une femme fière de votre talent; si cette femme vous sacrifiait tout : honneur, gloire, fortune, avenir ; si elle vous disait : Je veux être votre maîtresse, votre esclave, votre second vous-même ; vous êtes riche, très-riche ! je dédaigne votre or, je veux vous posséder uniquement pour moi-même, je ne vois en vous que le poète inspire, que l'homme que mon cœur a choisi, à cette femme-là, dites, que répondriez-vous ?

— Que c'est un caprice de grande dame, un rêve de bonheur qui s'évanouirait en un mois, en moins de temps peut-être !..

— N'est-ce donc rien. Monsieur, qu'un seul mois de bonheur ?

— D'accord, Madame, mais où trouver la femme dont vous me parlez? Sous quel bienheureux pan du ciel s'abrite cet oiseau merveilleux, pardon — j'allais

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dire : ce merle blanc ? Je ne suis pas d'ailleurs assez fat pour me supposer digne d'une telle faveur... L'actrice sembla un instant plongée dans une profonde rêverie, puis, relevant tout à coup sa belle tête et enveloppant le jeune homme d'un long et tendre regard qui le fit presque tressaillir :

— Peut-être !.. murmura-t-elle. Puis elle feignit de rompre brusquement cet entretien, comme si elle eût eu peur de trahir un secret : aujourd'hui, Monsieur, je donne une petite soirée d'amis : ne seraitce pas vous contrarier que de vous prier de me faire l'honneur d'y assister ?. .

— Mais, Madame.. .

— Oh ! si vous saviez comme vous me feriez plaisir !.. Allons, continua-t-elle toute radieuse, en lui tendant sa petite main, je compte sur vous, Monsieur; à ce soir, voici ma carte. — Et la jeune femme, sans laisser à Maurice le temps de lui répondre, s'esquiva, légère comme un lutin.

Le monologue mène inévitablement à la folie. Rappelez-vous Hamlet ! voilà pourquoi les poètes, qui sont tous ou presque tous de terribles monologueurs, sont aussi les plus grands fous du monde.

Maurice, qui était poëte, s'empressa-t-il donc, aussitôt après le départ d'Elmire, de se débiter à lui-même le petit monologue suivant :

Cogito, ergo sum ! je vis , je vis !.. est-ce bien sûr, au moins !.. Car enfin est-ce vivre que de moisir dans son opulent égoïsme comme le rat de la fable dans son fromage! Homo sum, et nihil humani . . .

Notre ami Maurice avait l'habitude de latiniser quand il était en quête de mauvaises raisons. Encore un défaut de poëte.

118 LIS F! H 11 ES DE 'INI AI Kl.

— Tiens, voilà que je m'humanise, à présent, continua-t-il ; — je m'étais bien promis cependant de garder jusqu'à la mort et au delà, s'il était possible, ma rude peau <lc bête fauve. Ali bah ! les tigres eux-mêmes finissent par s'attendrir !

Et sur cette bonne réflexion, il se mit à irriter le fameux épisode d'Orphée, des Géorgiqvet. Cette réminiscence classique le soulagea.

— Donc, reprit-il, moi qui ne suis ni un lion, ni un tigre et encore moins un rocher, dois-je me laisser attendrir par cette affriolante sirène? Elle me griffera peut-être bien un peu. Eh! qu'importe ! cela m'éveillera : il y a assez longtemps que je dors! Ah ! si l'on osait aimer sa blanchisseuse : non ! ce serait par trop ridicule : j'irai chez... — il regarda la carte — chezM611" El mire.

Maurice tira un londrh de sa poche, prit son chapeau et ses gants et se dirigea vers le boulevard.

Quant àElmire, «'lie était rentrée chez elle. Lucie l'attendait : l'actrice lui répéta textuellement les

paroles de .Maurice.

— Eh bien ! s'écria la jeune Bile, les larmes aux veux, Jeanne avail bien raison ! il m coûte parfois

d'avoir du cœur ! Eh quoi ! il a pu m'oublier si vite ! Je ferai comme lui ! je veux désormais me jeter à corps perdu dans ce monde qui m'appelle : à moi les voitures, les toilettes, les diamants ! Meure mon cœur, mais au moins que je lui fasse des funérailles magnifiques ! — Je vais chez Jeanne : y viens-tu ?

— Non, répondit Elmire, je reste ici.

— Ce soir, où te verrai-je?

— Nulle part.

— Comment!..

— Viens demain, tu sauras pourquoi.

— A demain donc.

Lucie partie, notre actrice sonna sa soubrette.

— Juliette, lui dit-elle, je n'y suis pour personne.

— C'est bien, Madame.

— Entendons-nous, à huit heures, il viendra un monsieur...

— Ah !

— Tu lui demanderas son nom ; s'il te répond qu'il se nomme Maurice, tu le feras entrer. — Maintenant, aide-moi à retirer cette lourde robe de velours.

Puis elle se fit coiffer, parfumer, pomponner, et revêtit un de ces éternels peignoirs blancs qui vont si bien aune jolie femme, et dont l'indiscrète transparence laisse voir tant de charme- que les robes ne laissent que soupçonner. Sous cette toilette, dite négligée, Elmire était ravissante : je vous ai déjà fait sou portrait et je vous certifie que je ne l'ai pas exagéré.

Une fois bien habillée, Elmire se fitservir à dîner.

— Juliette, dit-elle à sa suivante, je t'autorise aujourd'hui à mettre ton couvert à ma table : nous allons causer comme une paire d'amies.

— Madame est bien bonne.

Les deux femmes se mirent à table et se firent servir par Jcanneton; une bonne à tout faire, la cuisinière de l'endroit.

— Madame a quelque chose à me confier, n'est-ce pas ? demanda la soubrette après le dîner.

— Oui.

— Voulez-vous vos cigarettes?

— Non : je ne veux pas fumer aujourd'hui : il y a de- gens <pii n'aiment pas à voir ruiner une femme.

— Tiens, je ne vous avais pas encore entendu faire cette réflexion.

Elmire fit part à Juliette de ses projets contre ou pour Maurice.

— Tu m'as comprise, ajouta l'actrice : je compte sur ton adresse. Ah! j'y songe à temps : enlève tous ces portraits, tous ces tableaux...

— Pourquoi?

— Ils pourraient lui rappeler chez quelle femme il est, et je ne veux pas qu'il s'en doute une minute. Ouvre ce tiroir et prends les quelques tableaux qui y sont serrés, mets-les à la place des autres.

— Mais c'est une transformation complète !

— Cache aussi mon album de photographies.

— C'est tout ?

— C'est tout.

Huit heures arrivèrent. Au bout de quelques instants, la sonnette retentit : c'était Maurice. Il fut introduit par Juliette.

— Eh quoi ! Madame, dit le poëte en entrant, me suis-je trompé d'heure ?

— Pas du tout, Monsieur...

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