‹ Les femmes de théâtreChapitre 7 sur 14 · LES FEMMES DE 'I III. MUE · texte numérisé non relu

LES FEMMES DE 'I III. MUE

— Alors, je Mii> le premier?

— El le «Ici nier.

— Pardonnez-moi, mais je ne comprends pas

bien...

— Ma soirée est remise à demain.

— Dans ce cas-là, Madame, permettez-moi de me retirer... Il fit un pas du cùté do la porto.

— Sans même vous asseoir ! fit El mire avec sa moue irrésistible.

— Tous attendez sans doute quelqu'un ?

— Personne, je vous assure, et, si vous ne craigniez pas de trop vous ennuyer, je vous offrirais de passer la soirée avec moi...

— J'accepte avec bonheur. Madame; où desirezvous aller ?

— Sortir ! et pourquoi doue, mon Dieu ! n'est-OD pas bien ici ?... à moins toutefois que ce tête-à-tête ne vous effraye...

— Oh! Madame...

— Alors, vous restez?

— Je reste.

— Aimez-vous le thé?

— I lomme un Anglais.

Elmire sonna; la soubrette apparut aussitôt.

— Le thé est-il prêt ?

— Oui, Madame.

— Servez-le.

ONZE nEURES DU SOIR.

Elmire et Maurice sont assis ou plutôt à demi couchés sur le môme divan... la courtisane a la tête renversée sur la poitrine du jeune homme qui lui fait un amoureux collier de ses deux bras, pendant que leurs lèvres humides s'unissent dans un fiévreux baiser.

Le lendemain matin, vers dix heures, Elmire disait à Maurice :

— Tu me demandes comment il se fait que je t'aie aimé si vite : oh ! mon ami, le sais-je, moi ? J'ai éprouvé, à ta vue, ce que vous autres poètes, vous appelez, je crois, l'amour coup de foudre. L'orage a précédé l'éclair. Comme toi, cependant, j'avais juré de ne plus m'y laisser prendre, et je t'adore, mon Maurice !... Promets-moi seulement de m'aimer un peu, toi, de me faire ta confidente. Oh! tu verras comme je saurai te consoler de tes défaites ou applaudir à tes triomphes ! Tu me liras tes ouvrages avant de les publier : Molière faisait bien

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cela, lui, pour sa cuisinière, pourquoi ne le feraistu pas pour moi? Oh ! je m'y connais, va! Mon métier d'actrice te déplaît, eh bien! j'y renonce. Tu serais jaloux de me voir, au théâtre, encensée tous 1rs soirs par l'élite de la badauderie parisienne, et je ne veux pas. entends-tu, que tu sois jaloux : je ne vivrai plus que par toi et pour toi ! — Mais regarde donc comme le ciel est pur, un ciel de printemps ! veux-tu que nous allions à Bois-Colombe? Ce sera une promenade charmante. Pendant que lu iras savoir des nouvelles de ton ami, je m'amuserai, dans ton petit jardin, à l'aire ma gerbe de marguerites : nous les consulterons ensemble, veux-tu, dis?

— Est-ce qu'il est possible de te refuser quelque chose ?

— Eh bien ! je vais faire une petite toilette bien simple, une toilette de grisette, et aussitôt après le déjeuner nous partirons. Pas de voiture : nous prendrons le chemin de 1er. Je raffole des chemins de fer : j'ai l'enthousiasme de la grande vitesse :

— Je m'en suis aperçu déjà, lui dit Maurice eu

l'embrassant au front.

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— Vous êtes un méchant, Monsieur... — El elle lui fit encore cette moue qui vous ravissait plus qu'une ardente caresse.

Ne vous est-il jamais arrivé, chers lecteurs, d'assister, par un beau jour d'avril, au joyeux réveil de la nature? Il vous est arrivé sans doute quelquefois, dans une campagne bien ombreuse, bien solitaire, loin des rumeurs de Paris, de vous asseoir sur un tertre couvert de mousse ou sur un moelleux tapis de gazon, coude à coude avec une femme aimée. Et là, tous les deux, sous quelque dôme de feuillage, tout entiers à vos délicieuses rêveries, vous avez écouté, dans une muette extase, l'harmonieux cantique du printemps. Au-dessus de vos têtes, le léger bruissement des premières feuilles sous lesquelles les oiseaux chanteurs cherchent déjà la place où ils vont bientôt suspendre leurs nids; à vos pieds, le murmure du petit ruisseau qui semble tout heureux de voir reverdir ses rives; l'herbe naissante ondule sous les brises ; les pâquerettes, les primevères ouvrent leurs frais calices aux rayons du soleil. Puis, dans le fond bleu du ciel, l'aile blanche d'une hi-

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rondelle qui s'endormira ri- soir peut-être sous votre toit. Alors, en présence de cette nature souriante, au milieu de tous ces murmures qui vous viennent à la fois, vous berçanl dans vos pensées les plus douces, vous éprouvez d'indicibles sensations. Vos cœurs se mettent à l'unisson de cette joie universelle, vous vous penchez avec ravissement l'un vers l'autre, et, dans une même expansion de bonheur, vous vous surprenez à dire ensemble : « Oh ! qu'il l'ait bon vivre ainsi ! »

C'est ce que disait précisément Maurice à Elmire, en pénétrant avec elle dans les vertes allées de son jardin de Bois-Colombe.

L'actrice était radieuse. On eût supposé, à lavoir, qu'il s'était tout à coup glissé dans son âme quelques gouttes de celte sève fécondante sous l'action de laquelle arbres et fleurs renaissent. Son ivresse intérieure se traduisait, à chaque instant, par de

joyeuses exclamations. Elle avait de ces elonne-

ments naïfs qui faisaient sourire Maurice. Le poète s'éprenail de plus en plus de cette femme qui lui

apparaissait sons un jour nouveau.

Elmireeul bientôt fait un petit bouquet de violettes.

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Elle le porta à ses lèvres, puis, avec un geste adorable de mutinerie enfantine, elle le jeta loin d'elle.

— Que fais-tu donc là? lui demanda Maurice.

— Tu ne devines pas ?

— Non.

— Je suis jalouse même des baisers que tu pourrais donner à ces fleurs !

— Folle ! dit le jeune homme, en soulevant avec transport Elmire dans ses bras.

Maurice introduisit ensuite Elmire dans le salon de son chalet.

— Ah ! mon Dieu ! quel horrible capharnaiim ! s'écria la jeune femme enjoignant les mains d'étonnement. Allons, allons, on voit bien que la robe d'une femme n'a pas encore passé par là. Tiens, mon ami, pendant que tu vas aller serrer la main à ce pauvre Adrien, je vais mettre un peu d'ordre là dedans; oh ! je suis, quand je veux, une excellente ménagère ! Tu m'en diras des nouvelles à ton retour qui ne se fera pas attendre, je l'espère. Je ne t'accorde que vingt minutes, une heure au plus, c'est bien entendu, n'est-ce pas? Allons, embrassez-moi, Monsieur, et à bientôt.

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Un quarl d'heure après, Maurice était dans la chambre du malade qu'il trouva assis ou plutôt couchédans un large fauteuil, devant une leuètre donnant sur la campagne. Le visage d'Adrien, amaigri par un mois de souffrances, était inondé des rayons de ce tiède soleil d'avril dont l'éclat caresse les paupières sans éblouir les veux. Rachel était à se» côtés, attentive à ses moindres mouvements, lui souriant et le grondant tour à tour. Quand Maurice entra dans l'appartement, introduit par M. Lasnier. le blessé voulut se lever pour embrasser le poëte. La jeune fille s'y opposa avec une impérieuM il charmante autorité.

— C'est moi qui commande ici, entendez-vous, Monsieur, et vous devez m'obéir. Ne m'avez-vous pas mille fois juré obéissance ? — Puis, se tournant vers Maurice : N'ai-je pas raison, Monsieur? lui demandat- 'lie avec un regard d'une expression éloquente.

Le poêle s'inclina en signe d'assentiment et vint s'asseoir vis-à-vis de son ami.

Tu le vois, lui dit ce dernier avec une émotion qui décelait son bonheur, lu le vois, je suis traité par un docteur impitoyable !...

— Je te conseille de te plaindre, en vérité ! Ah ! je voudrais bien être à ta place ! Je serais heureux de souffrir toute ma vie, si j'étais consolé par un ange comme vous, Mademoiselle...

Ce compliment fit monter le rouge de la pudeur et de l'amour au front de la jeune fille. Elle déposa la broderie qu'elle avait entre les mains sur une petite table à ouvrage, et, s'adressant ensuite au nouveau venu :

— C'est l'heure de la collation, lui dit-elle, nous ferez-vous le plaisir de la partager avec nous ? Depuis qu'Adrien est blessé, cette chambre est devenue notre réfectoire et notre salon de réception.

— En attendant qu'elle devienne ce qu'elle serait déjà peut-être, sans cette maudite blessure... reprit M. Lasnier en regardant sa jolie petite fille en dessous.

Celle-ci feignit de n'avoir pas entendu et s'esquiva.

— Excusez-moi, continua le vieux capitaine; je vous quitte pour quelques instants : vous ne serez pas fâchés l'un et l'autre, j'en suis sûr, de vous trouver un moment en tète-à-tête. Vous devez avoir plus d'une confidence à vous faire.

— Eh bien, mon cher, demanda Adrien au poSte dès qu'ils furenl seuls, menons-nous toujours la même vie de cénobite? Ton cœur est-il toujours mort, non, endormi, voulais-je dire?

— Mon cœur! Ah! si tu savais!...

— Quoi donc?

— Je suis pincé...

— Ah bah !

— Pour quelques jours seulement... une amourette, un feu de paille. Te rappelles-tu Elmhv. une actrice du Palais-Royal?

— Je crois bien ! Ensuite?

— Elle est ici...

— Où?

— Chez moi; c'est ma maîtresse.

— Prends garde, Maurice, prends bien garde à toi : cette femme est, dit-un, aussi dangereuse que belle...

— Fatuité à part, elle es1 folle de ma petite personne.

— Raison de plus pour le méfier d'elle.

— Pourquoi ?

— Eh! parbleu, c'est bien simple : si elle s'apei*-

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çoit que tu ne l'aimes pas, elle voudra se venger de tes dédains ; si elle s'aperçoit au contraire que tu l'aimes...

— Eh bien?...

— Eh bien ! elle ne t'aimera plus et te plantera là ! le jour où vos deux cœurs viendront à battre à l'unisson, elle te débitera deux ou trois petites phrases de cette force : Mon pauvre gros, tu as l'air de t'ennnyer. — Moi! pas du tout, mon ange. — C'est surprenant! P*** mon avant-dernier amant s'ennuyait toujours à propos : c'était un bon garçon, celui-là, et intelligent!...

— Je le serai autant que lui, Madame... — Quand me le prouverez-vous?

— A l'instant même ! — Et vous voilà séparés !

— Avoue que tu exagères un peu ; toutes les femmes ne sont pas des Lucie.

Ce nom de Lucie produisit une pénible impression sur Adrien. Maurice s'en aperçut :

— Pardonne-moi, dit-il aussitôt à son ami en lui prenant la main, pardonne-moi d'avoir étourdiment évoqué de tristes souvenirs : enterrons le passé, et parlons du présent. Quand te maries-tu?

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