‹ Les femmes de théâtre. Avec une préf. et un autographe de Léonide LeblancChapitre 4 sur 15 · I.MIIODUCTIOS. VI · texte numérisé non relu

I.MIIODUCTIOS. VI

Le soir... on le voit au concert... il va s'asseoir dans un coin... il ne lit jamais que le Constitutionnel et Y Indépendance belge.

11 n'ouvre pas les autres journaux... enfin... il se couche à dix heures... et se lève à cinq...

Voilà l'homme! qu'en dites-vous?

Pendant que nous parlons de personnages mystérieux, il faut que je vous conte une aventure assez bizarre, que vous pourriez certainement placer dans une comédie...

(1 y a de cela cinq jours... il pouvait être deux heures... on jouait un jeu d'enfer...

— 11 y a cinquante mille francs ! crie le croupier...

Personne ne répond.

Mais un individu, qui était là depuis quelques instants, s'avance et dit d'une voix assurée :

— Je les tiens...

Il gagne... prend son argent... sans se presser... le met dans sa poche... salue et sort...

J'ai appris que le monsieur en question était un sculpteur qui venait d'hériter de cinquante mille francs... et croyant à son étoile... il voulait les risquer en un seul coup...

rill IATIIODCCTIO.N.

Depuis, on ne l'a pas revu...

Il y a aussi à Hombourg un jeune fou, très-riche à ce qu'il paraît, mais peu chanceux, qui perd des sommes considérables... mais qui joue toujours... et quand même.

Comme là-bas on se parle sans se connaître, un docteur lui dit l'autre jour :

— Jeune homme, puisque la chance vous est contraire... pourquoi jouez-vous? vous allez vous ruiner.

— Mais, docteur, répond-il naïvement... je me soigne...

— Comment cela?...

— Je suis amoureux d'une femme qui ne m'aime pas... et que je ne puis pas oublier... un Anglais m'ayant assuré que le jeu était une passion plus forte que l'amour... je joue...

— Et oubliez-vous cette femme?

— Du tout, je l'aime encore davantage... Monsieur, donnez-moi un remède?

— Eh bien! apprenez, mon ami... continue le docteur, que l'on ne guérit l'amour qu'avec l'amour... pour oublier une femme, il faut en aimer deux.

IKTIÎODCCTION. IX

Lesdeux dernières vous feront oublier la première. Le jeune homme a suivi le conseil... et il prétend qu'il est guéri.

Mais nous sommes bien loin de notre sujet.

Il s'agit cette fois de ces fameuses femmes de théâtre que j'avais complètement oubliées. J'ai passé la moitié de la nuit à lire votre roman et je l'ai terminé ce matin en déjeunant.

Il m'a intéressé jusqu'à la fin, et je vous sais gré de me l'avoir dédié ; seulement, vous me demandez une préface, vous devriez savoir que je n'ai jamais eu la prétention d'écrire.

Et d'abord, qu'entendez-vous par une préface? faut-il que j'analyse votre livre, en en faisant ressortir le mérite aux yeux du lecteur ? Ce travail me paraît inutile et serait fastidieux. 11 vaut mieux laisser au public toute sa liberté d'appréciation, et je me borne à constater dans votre ouvrage un mérite dont je me crois juge compétent, celui de la vérité ; et, en effet, moi qui ai vécu assez longtemps au milieu de tout ce monde d'acteurs et d'actrices, j'ai reconnu,, du premier coup d'oeil, la plupart de vos personnages.

X IiMRODUCTIOIN.

J'avais craint un instant de vous voir faire avec ce titre un de ces nombreux petits livres qui courent les rues et qui n'ont pour but que de raconter l'histoire plus ou moins vraie de ce qu'on appelle les célébrités du jour... et je ne suis pas fanatique de cette littérature.

Mais non... les Femmes de théâtre sont un véritable roman de mœurs ; on y trouve de l'observation, de l'intérêt, du style... et même quelques tableaux de famille.

Yos personnages sont reconnaissantes... il ne leur manque que leurs véritables noms : on les devinera...

Certainement, vos femmes de théâtre sont frappantes... Julia, Jeanne, Elmire... je les ai reconnues toutes. Le petit roman d'Adrien et de Lucie n'est que trop vrai...

Et je crois ne pas me tromper en prédisant un succès à votre nouvel ouvrage.

J'a vu aussi avec plaisir que vous vous êtes souvenu des anecdoctes que je vous ai confiées... mais vous avez oublié l'histoire de la petite Angèle... Voulez-vous que je la conte en peu de mots à vos lecteurs?

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