INTRODUCTION. XI
Angèle avait seize ans; âge charmant, où l'on croit à tout, même à l'espérance, où l'on voit le chemin de la vie parsemé de fleurs ; à cet âge où l'imagination bâtit si vite des châteaux en Espagne. . .
Elle était ouvrière chez madame Bouland, une modiste qui demeurait alors rue de Provence.
Angèle était une jolie jeune fille... la nature avait été généreuse avec elle. Sa tête était expressive... ses traits d'une finesse remarquable... elle avait de grands beaux yeux bordés d'énormes cils... ses cheveux étaient noirs comme le jais... sa bouche petite... ses dents blanches et bien rangées... elle n'était ni trop grande ni trop pelite... on aurait pris sa taille dans les deux mains.
Fille d'un pauvre acteur constamment en province... ayant perdu depuis longtemps sa mère... elle logeait chez sa patronne.
Comme toutes les jeunes filles... elle avait un rêve... elle voulait être comédienne... aussi achelait-elle, en cachette, avec ses économies, des brochures de drames et de comédies, qu'elle apprenait, et une fois seule dans sa petite chambre, elle déclamait tout haut, en se regardant dans une glace.
Ï1I IMRODCCTION.
Mais chaque jour son désir grandissait, et elle était bien décidée à changer le rêve en réalité.
Un beau jour... elle disparut...
On fît des recherches et on apprit qu'elle étaitdevenue la maîtresse d'un petit rentier qu'on appelait Anatole, et qui jouait la comédie en amateur.
Grâce à son amant, elle débuta bientôt au théâtre de M. Ricourt... le premier rôle qu'elle joua fut celui que mademoiselle Delaporte avait créé au Gymnase dans les Femmes qui pleurent.
Enfin, au bout de quelques mois, elle était devenue l'étoile de l'école.
Opéra, opéra-comique, comédie, drame, tragédie et vaudeville... elle jouait tout... et toujours les principaux rôles... Un soir... un petit journaliste qui avait ses entrées dans les coulisses, lui présenta un journal, dans lequel il lui consacrait une colonne.
Quelle joie pour la jeune actrice!... un journal s'occupait d'elle... son nom était imprimé; on lui prédisait un avenir superbe.
Elle était si joyeuse qu'elle courait dans toutes les loges montrer l'article que le jeune Adolphe lui avait fait.