INTRODUCTION. XIII
Dès ce moment... le journaliste ne quitta plus les coulisses de ce petit théâtre... il venait aux répétitions, enfin toujours il était là.
Quelques jours se passèrent, et un soir son nouveau soupirant lui proposa d'entrer dans un véritable théâtre... mais il y mettait des conditions... Angèle demanda à réfléchir... trois jours après, elle était décidée... elle avait dit oui.
Enfin, le jeune Adolphe lui remit une lettre de recommandation pour un directeur de ses amis.
Angèle prit sa plus jolie toilette, et le lendemain, à onze heures, elle se présentait au domicile de l'impressario.
Un domestique vint lui ouvrir ; il l'introduisit dans un élégant salon, et la pria d'attendre... enfin un grand brun, qui avait quelque ressemblance avec Alexandre Dumas, entra... c'était le directeur en question ...
Angèle était toute tremblante... elle lui donna la lettre.
Le nouveau venu la prit avec indifférence, l'ouvrit et la lut. « Oh ! oh ! s'écria-t-il en riant ; c'est de ce farceur a" Adolphe, voilà la dixième demoiselle qu'il me recommande depuis un mois. . . »
XIV INTKODCCTIOK.
Angèle devint toute rouge... elle ne savait plus quel maintien prendre.
Enfin, le directeur releva la tête pour la regarder avec attention.
— Pas mal , dit-il tout haut. Allons, pas mal. Puis, s'adressant à Angèle : Ma chère enfant, je déjeune en ce moment, je ne suis pas en train de causer affaires... attendez... il se mit à son bureau et écrivit quelques lignes... Quand il eut fini, il lui dit en lui remettant un bout de papier sur lequel il avaitgriffonné six mots : « Vousremettrez ça au costu- « mier vers deux heures ; il comprendra. . . ensuite. . . « eh bien, on ne sait pas... nous causerons... »
Angèle sortit ivre de joie, elle allait peut-être paraître sur un véritable théâtre.
A deux heures, elle se rendit chez le costumier et lui remit le petit billet... celui-ci la fit monter dans une loge et la pria d'essayer un costume léger.
La jeune fille obéit aveuglément. Que n'auraitelle pas fait?
Ensuite, on la fit passer par une porte de communication; elle entra dans un cabinet richement meublé... elle attendit vingt minules;enfin... le directeur parut.
LMltOnCCTIOiV. XV
— Oh ! vous voilà, s'écria-t-il en se frottant les mains.
L'actrice, embarrassée de se voir aussi peu vêtue, était toute confuse et ne répondit rien.
— Allons, continua brusquement l'impressario, avancez donc... encore... ma parole d'honneur! on dirait que je vous fais peur; je vous ne mangerai pas; vous tremblez, il ne fait cependant pas froid
Angèle fit un etîortsur elle-même, elle s'avança. Alors il la toisa des pieds à la tête, et se dit en luimême, mais assez haut pour être entendu :
Jolis bras, jolies épaules, jolis pieds... puis relevant un peu la jupe déjà courte : jolies jambes... Voilà qui est très-bien.
Où avez-vous joué, mademoiselle ?
— A l'École lyrique, répondit naïvement Angèle.
— Diable ! continua le directeur, ça n'est pas un théâtre... vous ne devez pas être bien forte. Chantez-vous un peu au moins?
— Oui, monsieur.
— Savez-vous une scène .quelconque? Pourriez-vous me la répéter?