‹ Les femmes des CésarsChapitre 1 sur 35 · I.MROBIÎCTION · texte numérisé non relu

I.MROBIÎCTION

l^e Bien et le Mal se partagent l’empire du monde ; aussi toutes les théologies ont-elles personnifié cette situation de lutte de l'humanité par deux prineipes contraires : Satan et l'ange Gabriel dans le catholicisme, Vichnou et Siva dans le brahmanisme, Ahrimane et Ormuzd dans la religion persane, Osiris et Typhon dans la théologie égyptienne; c’est-à-dire le combat éternel du crime et de la vertu, des ténèbres et de la lumière.

Les Persans n'ont -ils pas eu quelque raison de croire à la théologie de Zoroastre et de donner l’humanité à deux divinités : à la déesse Bien et au dieu Mal?

En effet, le contraste et la dualité tiennent sous leur loi universelle la terre entière. Ils régissent non-seulement l'ordre moral, mais encore la nature. La nuit et le jour, la lumière et les ténèbres, dans l'ordre physique, ne répondent-ils pas au laid et au beau, à la vertu et au crime, au bon et an mauvais génie?

Mais ces deux principes ne restent pas dans l'absolu; ils SC fondent dans des nuances infinies, des compromis, des demi-teintes. Quel ange n'a pas son diable, quelle beauté sa laideur, quelle laideur sa beauté secrète, quel honune, quelle Vénus, quelle forme, quelle institution ou quelle idée son imperfection?

Où je me sépare du dualisme absolu, de la religion aux deux principes étemels des Persans, c’est que je crois ù la supériorité de la liberté sur l'esclavage, au progrès du Bien sur le Mal; c'est que l'humanité marche vers la lumière et tourne le dos à la nuit; c'est que chaque siècle de l'histoire gagne du terrain

sur l'ignorance, les préjuges, la soMisc, le fanatisme, rimbccillité du siècle précédent, c’est que finalement Satan, Beizébuth, Ahrimanc, le mauvais principe, doit périr sous les efforts combinés des gens de bien et des publicistes, être précipité de son piédestal dans le néant, comme le fut Satan sous le coup de lance de l'archange Michel le jour où il se plaça en face de Dieu.

Mais en attendant cette victoire définitive promise ù l'humanité par les prophètes optimistes, la bataille se livre acharnée et sanglante. L'homme écoule ses jours entre les deux pèles du Bien et du Mal, tantôt

penchant vers ses bons instincts, tantôt vers ses mauvais; « comme un cavalier ivre bat de son corps le» Bancs de sa monture, » suivant la belle image de Luther. n fait de ses pensées, de scs passions, de ses forces et de celles de la nature un usage louable ou blâmable; il se corrompt ou il se purifie; il délivre ou il asservit son prochain; il est parasite ou utile travailleur; il est nuisible ou secouraUe à autrui. Avec le fer^ il assassine ou il délivre son pays de Té- Iranger; avec le poison, il guérit ou il empoisonne.

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