L£S FEMMES
Ainsi, nous ne pouvons ni penser ni agir sans tracer instantanément les deux lignes parallèles du vice et de la vertu. Doué de libre arbitre, de volonté, du pouvoir de bien et de mal faire. « la créature liumaine, a dit si justement Platon, a dans son &me le principe des opérations de sa vie. »
Si la détermination nous appartient, les tentations, les événements, ne nous appartiennent pas, et trop souvent nous sommes emportés par le destin, par nos passions, par nos misères. Mais la grandeur de l'homme éclate dans le Mal comme dans le Bien ; soit que le héros succombe, soit qu'il triomphe, il est toujours intéressant. Le Satan et le Lucifer de Dante et de Milton, le Méph'isto allemand de Goethe, sont des créations supérieures qui l'emportent en intérêt sur les archanges blonds et les séraphins blafards. De même, Éve paraît plus séduisante après la ehwle que dans son état de pureté immaculée.
Peut-être aurait-il fallu commencer par Ève notre histoire du Règne des Femmes. En effet, ce mythe profond de l'Ancien Testament fait comprendre à la fois l'excessive influence que la femme exerce sur
riioinnic et le danger de celte influence. Dans le mythe catholique, c'est la femme qui crée le péché originel ; c'est elle qui perd l'homme, qui le force à partager la fameuse pomme de l'arbre de la science du Bien et du Mal, qui le fait chasser du paradis terrestre.
Après Êve, la Séduction, l'occasion de la chute ou de la perte de l'homme s'appelle Dalila pour Samson, Hélène pour Pâris, Cléopâtre pour les Césars, Hérodiade pour Hérode, ’^héodora pour Justinien, Frcdégonde pour Chilpéric. Toujours la femme conduit l'homme, dès qu'il Ciiblil ou s'amollit, à l'abîme. Nous ne sommes donc pas plus sévère que ja Bible, condamnant l'influence, fatale quand elle est absorbante, de la femme; nous sommes, dans ce livre, esclave de l’hisloire, et non fantaisiste; du moins, c'est l'histoire qui joue un terrible rôle de femme fantaisiste, versant le poison, trahissant sa foi, se livrant en Ménade à scs passions, agitant en Euménide sa chevelure de serpents entrelacés. Que les optimistes renvoient leurs plaintes à l'iiistoire; ce n'est pas de notre faute si son impitoyable miroir ne lait pas toutes les femmes belles comme Ève, ou vertueuses comme
Lucrèce; toutes les souveraines grandes comme la reine Blanche, adminibles comme Yalentinc de Milan. Ce n'est pas de notre faute si les femmes des Césars n'ont pas eu la vertu de résister à leurs monstrueux désirs, ont ensanglanté et souillé |pur règne, ont rendu leur gouvernement odieux et fatal à l'humanité.
L'histoire ne flatte pas la femme; elle la raconte, la déshabille, lui enlève toutes ses parures mensongères d'un jour, la livre nue comme la vérité, avec ses vices et ses vertus, ses bonnes actions et scs crimes. Le seul être que la femme ne puisse pas tromper, c'est l'histoire !
ItEXJAXix Gastimî.\i.
LES