DALILA
L’hercule hébreu subit le même sort qu’ Alcide et Thésée. Les faibles femmes, jadis comme aujourd’hui, se sont toujours complu à terrasser les hommes forts.
11 n’est pas dans l’antiquité d’épisode plus tragique que celui des amours de Dalila et de Samson. Par la ruse, par la perfidie, par la séduction, une belle cour-
LES FESIMES
tisane philisline, une femme idolâtre, se rend complètement maîtresse d’un géant, d’un homme loyal et fort, qu’elle livre, au moyen de la plus insigne trahison, à ses ennemis, les Philistins. Il est impossible de démontrer plus éloquemment que la Bible ne l’a fait comment la femme sait aiguiser son amour en poignard, en infamie, pour perdre l’homme; aussi ne toucherons-nous pas à l’admirable récit de la Bible, que nous soumettons dans son intégrale beauté à nos lecteurs et à nos lectrices.
Le voici :
« Or, Samson s’en alla à Gaza, et vil là une femme paillarde, et alla vers elle.
« Et on dit à ceux de Gaza : Samson est venu ici ; et ils l'environnèrent, et lui dressèrent une embuscade toute la nuit à la porte de la ville, et ils se tinrent tranquilles toute la nuit, en disant : Qu'on ne bouge point jusqu'au point du jour, et nous le tuerons.
« Mais Sanison, après avoir dormi jusqu'à minuit, se leva, et se saisit des portes de la ville et des deux poteaux, et les ayant enlevés avec la barre il les mit sur ses épaules, et les porta sur le sommet de la nion- Ugne qui est vis h vis de Hébron.
« Après cela, il aima une femme qui se tenait près du toiTent de Sorek, le nom de laquelle était DalHa.
U Et les gouverneurs des Philistins montèrent vers elle et lui dirent : Persuade-le jusqu'à ce que tu saches de lui en quoi consiste sa grande force, et comment nous le surmonterions, afin que nous le liions pour l'abattre; et nous te donnerons chacun onze cents pièces d'argent.
« Dalila dit donc à Samson : Déclare-moi, je te prie, en quoi consiste ta gi'ande force, et avec quoi tu serais bien lié pour t'abattre.
« Et Samson lui répondit : Si on me liait de sept cordes fraîches, qui ne fussent point encore sèches, je deviendrais sans forces et je serais comme un autre homme.
« Les gouverneurs donc des Philistins lui envoyèrent sept cordes fraîches, qui n'étaient point encore sèches, et elle l'en lia.
« Or, il y avait chez elle, dans une chambre, des gens qui étaient en embûches, et elle lui dit : Les Philistins sont sur loi, Samson. Alors il rompit les cordes comme se rompt un filet d'étoupes dès qu'il sent le feu, et sa force ne fut point connue.
« Puis Dalila dit à Samson : Voici, tu t'es moqué de moi, car tu m’as dit des mensonges; je te prie, déclare-moi maintenant avec quoi tu pouirais être bien lié.
a Et il lui répondit : Si on me liait serré de courroies neuves, dont on ne sc serait jamais servi, je deviendrais sans force, et je serais comme un autre homme.
« Dalila donc prit des courroies neuves, et elle l'en lia ; puis elle lui dit : -Les Philistins sont sur toi, Samson. Or, il y avait des gens en embûches dans la chambre ; et il rompit les courroies de dessus ses bras comme un fdet.
« Puis Dalila dit à Samson : Tu t’es mo(|ué de moi jusqu'ici, et tu m’as dit des mensonges. Déclare-moi avec quoi tu serais bien lié. Et il dit : Ce serait si tu avais tissu sept tresses autour de ma tête autour d'une cnsuble.
« Et clic les mit dans l'ensuble avec l'ultache, puis elle dit : Les Philistins sont sur toi, Samson. Alors il SC réveilla de son sommeil, et enleva l'attache de la tissure avec l'ensuble.
a Alors elle lui dit : Comment dis-tu : Je t'aime, puisque ton cœur n'est point avec moi? Tu t’es moqué de moi trois fois, et tu ne m'as point déclaré en quoi consiste ta grande force.
« Et elle le tourmentait tous les jours par ses pa-
DES CÉSADS.
rôles, et le pressait vivement, tellement que son ànm en fut affligée jusqu'à la mort.
« Alors il lui ouvrit tout son cœur, cl lui dit : Le rasoir n'a jamais passe sur ma léte, car je suis nazaréen (le Dieu dès le ventre de ma mère : si je suis rasé, ma force m'abandonnera, je me trouverai sans force, et je serai comme tous les autres hommes.
« Dalila donc voyant qu'il lui avait ouvert tout son cœur, envoya appeler les gouverneurs des Philistins, et leur dit : Montez cette fois, car il m'a ouvert tout son cœur. Les gouverneurs donc des Philistins montèrent vers elle, portant l'argent en leurs mains.
« Et elle l'endormit sur ses genoux; et ayant appelé un homme, elle lui fit raser sept tresses des cheveux de sa tête, et commença à l’abattre ; et sa force l’abandonna.
« Alors elle dit : Les Philistins sont sur toi, Samsoiu Et il s'éveilla de son sommeil, disant en lui-méme : J’en sortirai comme les autres fois, et je me tirenii de leurs mains; mais il ne savait pas que l'Étcrnel s'était retiré de lui.
« Les Philistins donc le saisirent et lui crevèrent les yeux, et le menèrent à Gaza, et le lièrent de deux chaînes d'airain ; et il tournait la meule dans la prison. »