Les femmes devant l'échafaud
Nous avons toujours pensé què le premier devoir d'un auteur qui se respecte et qui respecte ses lecteurs est de les mettre h môme d'apprécier, dès la première page, le caractère et la portée du livre qu'il soumet à leur jugement.
Pourquoi vouloir en effet qu'on s'engage à notre suite si, dès le début, nous ne disons pas honnêtement, franchement ce que nous voulons, où nous tendons?
Dans la circonstance présente, ce devoir devient encore plus strict, plus impérieux pour nous. Si humble que soit le mérite de nos travaux quotidiens, ils doivent à l’impor ■
tance et à la circulation si étendue de la feuille qui les pu-
blie une noloriélc qui fait presque de notre nom le synonyme de eerlaines opinions, de eertaines idées, de certains sentiments.
Le lecteur pourrait donc croire qu’il s^agit ici d’une œuvre politique; il pourrait penser qu'ayant à parcourir les phases de notre grande révolution pour mettre en lumièi-e l'héroïsme des femmes qui surent si admirablement mourir pendant cette glorieuse et terrible période de notre histoire, il pourrait penser, disons-nous, que nous allons ai)porter dans cette recherche les passions ou les préoccupations de l’esprit de parti.
Nous devons déclarer nettement qu'il n'en est rien. Nous ne nous faisons pas d’illusions sur la valeur des pages qui vont suivre. Toutefois nous ne craignons pas d’avouer qu’elles ont été écrites avec passion et sous l'empire d'une ])réoccupation très-vive, mais cette passion est tout à fait étrangère à la politique, cette préoccupation n’a rien de commun avec celle de l’esprit de parti.
A tort ou à raison, nous nous sommes laissé emporter bien au delà de ces horizons étroits, et portant nos regards vers l’avenir, prévoyant le moment, — puisse-t-il être prochain ! — où l’intervention active des femmes dans nos tristes débats, pacifiera le monde et résoudra des problèmes considérés aujourd’hui comme insolubles, nous avons voulu spécialement honorer des mémoires de femmes, des noms
* Li Siècle.
de femmes, sans nous embarrasser, pour cette œuvre, d’un bagage politique.
Comme toutes choses, la politique a deux aspects : l’un mobile, transitoire, qui se modifie au gré des événements ; l’autre plus élevé, plus constant, moins variable, d’où l’œil porte au loin et découvre des perspectives infinies. Nous pouvons observer en nous ce même phénomène. Notre vie est double : l’une se poursuit au jour le jour, et a pour principal objet l’intérêt de notre conservation, de notre bien-, être, et aussi la conservation et le bien-être de ceux qui nous sont chers ; l'autre, plus dégagée des soucis et des biens temporels, s’écoule dans la contemplation d’un certain idéal, dans des rêves généreux; dans la poursuite des choses éternelles.
C’est ce dernier aspect que nous avons envisagé, c’est cette seconde vie que nous avons en quelque sorte vécue pendant que nous coordonnions ces souvenirs historiques.
Nous nous sentions bien étroitement lié par toutes les fibres de notre âme, par toute la puissance de notre foi, par tous les liens de notre esprit, à cette prodigieuse révolution de 1789 qui a ouvert aux sociétés modernes tant de voies nouvelles et fécondes dont nous franchissons à peine et si péniblement les premières étapes ; nous savions bien que quelques-unes de ces femmes, qui sollicitaient si vivement notre admiration, étaient mortes en maudissant ce que nous aimons, et cependant nous n’avons pu résister à
.rartlcnl désir de les glorifier hautement, reines ou plébéiennes.
Pourquoi donc ?
Ah ! nous touchons ici à un sujet délicat entre tous, et nous demandons la permission de l’aborder sincèrement, loyalement, sans arrière-j)cn^ée.
Depuis que notre globe infime roule à travers l’espace et gravite autour de son soleil, qui lui-même gravite humblement autour de soleils plus lumineux et plus purs; depuis que l’humanité s’agite sur cette pauvre petite planète que Dieu lui a donnée pour domaine, une immense injustice y domine toutes les injustices. Cette injustice, dont le terme approche, est celle qui consacre l’infériorité d’un sexe par rapport à l’autre, c’est celle qui soumet la femme à l’homme.
Tout abus de la force matérielle nous révolte; mais ici l’abus prend de telles proportions, il produit de toiles conséquences que nous considérons comme un devoir sacré de . lutter contre lui, si faible que l’on soit. Rien n’est perdu | dans la majestueuse harmonie des mondes; tout grain de f
sable y a sa valeur, tout effort son utilité. Dussions-nous ne soulever qu’un fétu de |)aille, ce fétu de paille, porté dans la balance des destinés humaines, la fera peut-être unjour pencher pour le droit contre la force, et un tel espoir peut suffire à fortifier les plus faibles courages.
Puisse ce fétu de paille, ce livre que l’oubli emportera demain, aider à votre triomphe, ô Justice, ô Égalité, ô Liberté saintes !
Nous avons toujours cru, et plus nous avançons dans la vie, plus nous croyons que la force ne constitue jamais un droit. Elle jieut régner, elle peut opprimer, puisqu'elle est la force; mais, à mesure que l’idée de justice se développe dans l’humanité, la force perd inévitablement tout le terrain que la justice gagne. Or, il n’y a de droit que celui qui est fondé sur la justice.
Est-ce justice que des hommes créés à l’image de Dieu soient réduits en esclavage par d’autres hommes?
Non, n’est-ce pas?
Aussi, voyez toutes les nations, à mesure qu’elles se civilisent, se hâter d’abolir l’esclavage. Voyez ce gigantesque
conflit qui éclate en Amérique entre le Sud esclavagiste et
I le Nord abolitioniste. Voyez les souverains les plus ab-
1 I soins, les plus réfractaires aux idées de progrès, Tempereur
/ I d’Autriche et l'empereur de Russie, obligés par cette mys-
\ térieuse puissance que nous nommons l’opinion publique,
l’un de supprimer les droits féodaux, l’autre d’abolir le
servage dans leurs États.
^ Est-ce justice que les peuples soient considérés comme des troupeaux et gouvernés éternellement par des familles ou des castes privilégiées ?
Non, évidemment î
Aussi, voyez le droit nouveau des peuples se substituer au droit des royautés ! La France décidant elle-même de scs destinées; ntalie s’affranchissant des pouvoirs qui lui étaient antipathiques. Voyez la Belgique, la Grèce, l’Angleterre î Prêtez l’oreille et vous entendrez les frémissements de tous les peuples qui aspirent à la vie.
Eh bien ! de même qu’il n’est pas juste que des hommes réduisent d’autres hommes en esclavage ou les tiennent en servage ;
De même qu’il n’est pas juste que des sociétés humaines, des peuples, des nations ne puissent régler directement ce qui les concerne, et adopter la forme de gouvernement't»u
le mode d’autorité qui leur convient ;
De même, il n’est pas juste, il est contraire au droit éternel que la femme soit subalternisée à l’homme et que, dans leur association légale, l’un puisse tout et l’autre rien.
Et si cet état de clioses n’est pasjuste, soyez assurés que, par cela seul, il cessera.
Mais il cessera plus ou moins vite, suivant que l’on fera plus ou moins d’elTorls pour le faire cesser ; car, enfin, les j choses humaines se font par des moyens humains, nous \ sommes les instruments de la volonté divine, et Dieu ne nous aide qu’autant que nous nous aidons nous-mcines.
Depuis qu’il nous est donné de penser, nous avons considéré comme un impérieux devoir de provoquer, d’aider, dans la limite de nos forces, ce grand mouvement social qui affranchira les femmes de toute oppression. Et comme on n'est réellement délivré que par soi-même, au prix de la lutte personnelle ; comme il est indispensable que les femmes prennent Tinitialive de leur délivrance, nous avons voulu, * en racontant les dévouements, l’abnégation, le courage des femmes qui moururent ou qui trouvèrent si intrépidement la mort vers la- fin du dernier siècle, donner aux femmes, par ces grands exemples, la foi en elles-mêmes, la conscience de la sainteté, de la justice de leur cause.
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Nous savons quelles plaisantes objections on oppose, dans le monde, à notre croyance. « Votre théorie de l'égalité de
I homme et de la feninie est uiie chimère, nous a -l-on dit souvent, une chimère dangereuse. Vous dégraderiez la femme sous prétexte de l’affranchir. La place de Ir. femme est dans la famille; Dieu l’a faite la servante de l'homme ; qu’elle soigne ses enfants, qu’elle surveille le pot-au feu, et, quant à son intelligence, il nous suffira
< Que la subtilité de son esprit se hausse A connaître un pourpoint d'avec un liaut-de-cliausse. >
Puis viennent les suppositions les plus bizarres : la femme garde national, la femme député, avocat, médecin, etc., etc., la femme montant à la tribune et, au milieu de son discours, prise du mal d'enfant El l'on rit à gorge déployée.
A toutes ces gracieusetés, nous ii’avous qu’un mot à répondre :
Nous ne voulons rien, nous ne demandons rien pour les femmes, ni fonctions civiles, ni fonctions politique.s, adminislralives ou autres. C’est à elles de savoir et de dire ce qu'elles veulent. Depuis l’origine des sociétés, l'homme porte la parole pour la femme ; seul il parle, seul il légifère. Eh l>én ! laissons les femmes parler pour elles, exprimer leurs sentiments cl leurs idées en toute liberté ; lâchons seulement de les écouter ou de les contredire avec respect ; permettons-leur, avant tout, de développer leurs facultés intellectuelles par une instruction égale à la nôtre. El puis, nous verrons !
Ce que sont les femmes, ce qu’elles peuvent, ce qu’elles veulent, nous l’ignorons, et nous ne le saurons que loi*squ elles seront en état de le dire elles-mêmes.
Nous les avons traitées en enfants, et nous n’avons cherché à développer en elles que les caprices, les grûces ou
les défauts de l’enfant; nous avons laissé leur intelligence en friche, et il nous est facile de révoquer en doute leurs facultés intellectuelles. Voici que de toutes parts, cependant, elles font irruption dans les lettres, dans les arts, dans l'industrie, dans les sciences même, et les jeunes filles subissent, aussi bien que les jeunes garçons, les épreuves du baccalauréat.
Nous épions avec une fraternelle sollicitude ces signes des temps, et c’est avec bonheur que nous les constatons. La plus grande évolution sociale qu’ait jamais faite riuimanité se prépare, et cette évolution se fera par les femmes et pour les femmes. Ce sont elles qui mettront fin à nos misérables divisions, qui feront cesser nos vieux antagonismes et pacifieront le monde.
Comment et dans quelles conditions cette bienheureuse évolution s'accomplira-t-elle? Nul ne peut le prévoir, mais tous nous pouvons la hâter de nos efforts et de nos vœux.
Quant au rôle que la femme remplira dans la famille, base éternelle de toute société, dans la cité, dans l’État, il serait au moins téméraire de le préciser. La seule chose qu’il soit permis d’affirmer, c’est que, en morale, pas plus qu’en politique, rien de ce qui est fait sans le concours des femmes
— lo-
ue saurait ôtre durable. 1/individu social, c’est l’homme et la femme. Jusqu’ici tout a été fait, tout a été réglé et dispensé par riiomme seul, c’est-à-dire par une moitié de l’individu social; il est pourtant bien évident que c’est aux deux moitiés d’un môme individu qu’il appartient de régler librement les conditions de leur commune existence.
Certes, le mariage, par cela seul qu’il est la base et le point de départ de la famille, est digne de tous nos respects. D’où vient cependant qu’il est l’objet de si amôres attaques et de {>rotestations si scandaleuses qui se déroulent devant nos tribunaux ? C’est que la loi civile du mariage a été faite en tous pays par l’homme seul, et que cette loi n’a tenu comi)te que des droits et de la supériorité de l’homme. Comment ! nous ne trouverions pas un ôtre intelligent qui osât. convenir qu’entre deux associés ayant des intérêts communs, un des deux associés, le plu? fort, a seul le droit de régler ces inlérôls au détriment de l’autre ; et il se trouve dés gens, fort sensés d’ailleurs, qui ne craignent pas d’affirmer que la loi des lois, celle qui règle les rapports moraux et sociaux de riiommc et de la femme, peut être impunément faite par l’homme seuil
Nous ne nous arrêterons pas à discuter une proposition qui se combat elle même, et nous formulons notre pensée en ces termes ; Nul homme n’a le droit aujourd’hui de prendre la parole au nom des femmes, de stipuler pour elles, de dire ce qui convient ou ne convient pas à leur sexe. Le devoir de tout homme est d’écouter ou do contre-
dire respectueusement toute parole de femme; tous, tant que nous sommes, soyons bien convaincus que nous avons beaucoup à apprendre par les femmes. Sachons attendre, aplanissons -leur les voies de Témancipation intellectuelle, matérielle et morale, secondons-les de tous nos efforts, mais ne nous mêlons pas de parler pour elles et de formuler leurs sentiments, leurs vœux ou leurs pensées.
Nous rions beaucoup à la scène où Molière, ce profond esprit ! nous montre la femme de Sganarelle trépignant quand son mari la bat, mais se mettant de son côté contre un passant qui veut empêcher celui-ci de la battre. Sans trop s’en douter peut-être, l’immortel poète a donné Ih un sérieux enseignement qu’il faut savoir mettre à profit.
Venant de nous et par nous, le salut des femmes ne serait point le salut, leur liberté serait encore une des formes de leur servitude. Il n’y a de liberté réelle que celle que l'on conquiert soi-même à ses risques et périls. Le peuple hébreu ne demande point son indépendance à Pharaon, mais, sous la conduite d’un chef vénéré, il traverse le désert, il supporte les privations les plus dures et devient ainsi le peuple élu. Il en sera de même pour les femmes ; nous pouvons les aider, seules elles peuvent agir en ce qui les concerne, seules elles peuvent revendiquer leur liberté. En pareille matière nous ne reconnaissons d’initiative légitime que la leur.
Mais à quelle époque cl sous quelle forme se manifestera cette initiative? Combien de générations passeront encore avant que se lève le jour de la justice ?
Nous ne saurions trop répéter que toute prévision à cet égard serait folie. Pour nous, qui ayons la foi profonde et inébranlable que ce jour se lèvera; pour nous qui sommes convaincu que tout n’est pas fini pour l’être humain au delà du tombeau, qui crpyons à l’étetmité de la vie parce que toute vie émane de Dieu et retourne à lui, le temps est l’élément dont nous tenons le moins de compte. Pour l’insecte éphémère, qui ne vit qu’un jour, les heures sont de longues années ; pour nous, qui savons que la période^de notre vie présente est renfermée dans la limite de quelques années, les siècles ont une importance considérable ; pour l’astre qui nous porte, les siècles ne sont que de rapides instants, et plus la vie s’élève, plus elle se rapproche du foyer divin, et plus aussi les myriades de siècles apparaissent comme des points dans féternité.
Qu’importe donc ie temps? Faisons notre devoir, accom-
plissons chaque jour noire tâche, aimons el Iravaihons, Dieu fera le reste ! Il nous suffit de savoir que nous ne travaillons pas en vain et que chaque pas nous rapproche du but vers lequel nous tendons. ^
Il est d’autant plus nécessaire d’écarter cette inutile . préoccupation du tcmi)s que les circonstances dans lesquelles les femmes sont placées, les aspirations auxquellès elles obéissent, les besoins de leur nature les soumettent précisément aux puissances f(ui ont le plus d’intérêt à éloigner le jour de leur émancii)ation.
Ces puissances sont celles qui parlent au nom de Dieu, ce sont les divers clergés qui, dans tous pays, se disputent l’empire des consciences et fondent leur domination, leurs jnfluences sur le concours que les femmes leur prêtent.
C’est un cercle vicieux qu’il sera bien difficile de franchir.
Les femmes portent généralement en elles le sentiment .^religieux très-dé veloppé. Eu outre, la situation que les hommes leur ont créée, l’ignorance dans laquelle ils les ont systématiquement laissées, font aux femmes un besoin des consolations supérieurc.s de la religion, des espérances ou des terreurs qu’elle éveille dans leurs âmes, du secours moral et alî’ectueux que le prêtre leur donne. Et, d’un autre côté, le prêtre appartient, pieds et jmings liés, h une corporation qui ne peut maintenir son autorité, conserver son influence et ses richesses, qu’a la condition d’entretenir les femmes dans leur état d’infériorité intellectuelle et morale.
Cela est si vrai que nous voyons généralement les femmes (fclairécs et intelligentes échapper au prêtre. Celui-ci ohéit à l’instinct de sa conservation en empêchant par tous les moyens possibles celte désertion.
C’est là, en peu de mots, l’histoire générale de tous les clergés et de toutes les femmes. Poursuivons celle observation* localisons-la, et voyons ce qui se passe sous nos yeux, en France.
La guerre d’Italie et les faits qui en ont été la conséquence sont comme un verre grossissant à l’aide duquel nous pouvons voir des phénomènes qui n’auraient pas frappé tous les yeux il y a quelques années.
La puissance temporelle du Pape est menacée : elle est mieux que cela, Üieu merci ! elle est mortellement frappée et sa chute n’est plus qu’une question de temps, c’est-à-dire une question insignifiante pour quiconque a foi en Dieu et en la vie éternelle. Cette chute sera un des plus grands et des plus heureux événements qui se soient jamais accom- , , plis, puisqu’en tombant, le pouvoir temporel de la papauté entraînera avec lui tous les abus sur lesquels les sociétés anciennes étaient fondées, tous les privilèges des castes nobiliaires ou sacerdotales, en un mot tout ce qui provenait du prétendu droit de la force.
11 est bien incontestable que les femmes, dont toutes les souffrances proviennent aussi d’un abus de la force, devraient, ce semble, désirer que cet abus cessât ])our faire
place a» droit, à la justice, au respect des faibles et à la liberté de tous.
Kt cependant ce sont les femmes qui donnent au clergé son unique point d’appui; ce sont elles qui maintiennent aujourd’hui et maintiendront debout, pendant quelque temps encore, non-seulement le trône temporel de la papauté, mais aussi les influences cléricales.
Pourquoi les femmes agissent-ellesjiinsi contre leur intérêt le plus cher? Parce qu’elles sont généralement ignorantes, parce que l'ignorance rend leur esprit accessible à toutes les superstitions, parce qu’enfin elles trouvent auprès du prêtre des consolations, des espérances et une direction quelconque dont leur faiblesse actuelle ne peut se passer, et que le milieu social leur refuse trop souvent. Michelet a écrit sur ce sujet : le Prêtre, lu Femme et la Famille, des pages admirables qu’on ne peut se lasser de relire.
On voit, ainsi que nous le disions tout à l’beure, qu’il n’est pas fticile de sortir , de ce cercle vicieux. On en sortira pourtant, mais lentement, et d’autant plus lentement que nous disperserons nos efforts au lieu de les faire con^ verger vers le but où doivent tendre tous les cœurs de bonne volonté.
Pour nous, nulle question, si grave qu’elle soit, ne domine celle-là : arracher la femme et l’enfant à l’influence du prêtre et des corporations cléricales. Pour cela, instruire lés femmes le plus possible et par tous les moyens. L’État y pourrait beaucoup, mais il faut nous habituer à nous pàs-
scr de l’Étal et à ne compter que sur notre propre initiative si nous voulons ne pas tomber dans le plus abrutissant communisme.
C'est à tous, c’est surtout au.\ intelligemts et aux forts, d’agir pour hâter l’aurore de la vraie liberté, celle qui émancipera les consciences de tout joug sacerdotal et les placera en rapport direct avec Dieu, celle qui délivrera la femme do l’ignorance et de la superstition.
N'ous ne savons si en jugeant les autres d’après nousnième nous nous faisons illusion, mais il nous semble que tout homme qui aime tendrement sa mère, sa sœur, sa femme, sa fille, qui aime une femme, en un mot, quel que soit le caractère de cet amour, doit se livrer entièrement à cette œuvre d’émancipation et de justice.
/ Celui qui écrit ces lignes a eu ce bonheur d’aimer sa
j mère par-dessus tout être et toutes choses. Celle mère nonseulement est morte dans la foi catholique, mais elle est morte comme une sainte et coiiHiie une martyre, victime de son dévouement, en soignant les cholériques. El ton (ils pourtant, ô Mère vénérée, ne croit pus offenser la mémoire, il est profondément convaincu qu’il accomplit une œuvre que, du haut des splendeurs lumineuses où tu vis maintenant, tu juges bonne et morale, en consacrant son intelligence, son cœur, sa vie, à combattre l’influence de ce même clergé, de ce môme prôlre auprès duquel, dans ta foi ardente, tu allais te prosterner. Non ! ton fils ne démérite pas de toi, ô Mère bien-aimée, en luttant de toute son
énergie contre tout ce qui peut maintenir ton sexe dans l’ignorance et dans Toppression !
Et c’est avec celte douce et radieuse image de notre mère devant les yeux, c’est en invoquant le souvenir de. cette pieuse et sainte femme, que nous avons feuilleté nos annales contemporaines pour en extraire ces glorieux exemples de courage et de fermeté devant la mort.
Si ces quelques pages pouvaient affermir une seule femme dans le sentiment de son indépendance ; si à une seule nous pouvions faire partager la foi qui nous anime, nous recevrions la seule récompense que nous puissions ambitionner ici-bas.
Nous ne terminerions pas suivant notre cœur cette sorte d’introduction à notre œuvre si nous n’exprimions à la fois notre horreur pour la peine de mort, notre admiration pour . les hommes d’État qui, au lendemain de la révolution de 184S, rcti’acci'entde nos codes, an moins en ce qui concerne les crimes politiques, et aussi notre espérance que le j)rogrès des temps, l’adoucissement des mœurs, la diftusion des lumières et du bien-être par le travail, par le dévelop-
peinent de rinstniction publique, supprimeront tout à fait un jour la peine capitale.
Nous n’avons point à discuter ici l’utilité ou les inconvénients, les dangers de la peine de mort. Tant qu’une loi existe, elle doit être respectée, mais il n’est point interdit d’en appeler, d’en provoquer la modification. Nous croyons fermement que la peine de mort est destinée à disparaître tout à fait de nos codes, — et plus prochainement qu’on ne le croit, — mais, ici encore, ce sera à l’intervention des femmes que nous serons redevables de ce progrès.