‹ Les femmes devant l'échafaudChapitre 20 sur 26 · ÉLISABETH CAZOTTE · texte numérisé non relu

ÉLISABETH CAZOTTE

Comme de Sombreuil, Cazotte eut le bonheur de* sauver son père pendant les sinistres journées de septembre. Cazotte avait été le prophète des fureurs révolu-

jih

tionnaires. Lorsqu’il fut appelé au guichet de l’Abbaye, sa fille s’élança au-devant des massacreurs : « Vous n’arriverez à mon père qu’après m’avoir percé le cœiirl » s’écrie-t-elle. Touchés de son courage, les furieux s’arrêtent, Cazotte est sauvé pour cette fois ; mais bientôt il est traduit devant le tribunal révolutionnaire ; nous laissons la parole à un contemporain : « Le citoyen Jullienne, défenseur officieux, a fait de vains efforts pour pallier les charges dont son client était accusé ; il a ému l’auditoire par l’exposé rapide de la vie privée du sieur Cazotte; il a retracé le tableau intéressant de ce qui s’est passé dans l’après-midi du 2 septembre

dernier, lors du massacre des prisonniers de l'Abbaye. Les expéditionnaires, parvenus à la chambre du sieur Cazotle, qui était détenu, lui demandèrent ce qu’il avait fait, quelles étaient les causes de sa détention; il les renvoya consulter le registre d’écrou.

Le délit leur ayant paru grave, plusieurs opinèrent pour qu’il fût mis à mort; mais le spectacle de ce vieillard suivi de sa fille, qui ne l’a point quitté un seul instant dans sa prison; les cheveux blancs du père, les pleurs de la fille, les frappèrént; ils convinrent de le mettre eu liberté, et, de suite, l’emportèrent à quatre sur leurs épaules : sa fille le suivait. Les citoyens, témoins de cette scène

touchante en furent émus jusqu’aux larmes Sa fille,

pendant la plaidoirie, a paru reprendre courage ; on voyait briller sur son visage une lueur d’espérance. M. le président posa les questions, et les jurés, après en avoir délibéré, rendirent le jugement qui condamnait le sieur Gazette à la peine de mort. » Le président lui dit : « Va, reprends ton courage, rassemble tes forces, envisage sans faiblesse le trépas ; songe qu’il n’a pas droit de t’étonner ;

^ ce n’est point un instant qui doit effrayer un homme tel que

toi. »

' Cazotte n'avait pas besoin de ces conseils ; il sut mourir,

et ses soixante-treize ans ne l’empêchèrent pas de gravir, sans faiblesse, les marches de l’échafaud. Mais on l’avait séparé de sa courageuse fille; elle était enfermée à la Conciergerie pendant que son père marchait à la mort.

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