CHAPITRE I
A une :.ssemblée du comité exécutif du Conseil national des Femmes du Canada, tenue à Ottawa, le 9 mai 1899, fut lue une lettre de l'honorable Sydney Fisher, ministre de l'Agriculture et président de la Commission de l'Exposition de Paris, donnant les vues de la Commission à l'égard de la représentation des femmes canadiennes à l'Exposition. Ces vues, en bref, étaient les suivantes : qu'en raison du manque d'espace, et dans la persuasion qu'une classification à part des travaux de la femme ne serait pas flatteuse pour elle (bien au contraire), la Commission était d'avis qu'il ne devrait pas y avoir dans la section canadienne d’espace particulièrement réservé aux ouvrages manuels féminins ; mais que les femmes pourraient contribuer plus efficacement à répandre parmi les étrangers, à l’occasion de l'Exposition de Paris, une connaissance plus juste de notre pays, en présentant un exposé de leur vie et de leurs intérêts en un volume écrit par elles-mêmes. La Commission était disposée, en conséquence, à confier la préparation d’un ouvrage de cette nature au Conseil national des Femmes, avec l'entente que le gouvernement du Canada en supporterait les frais de publication.
Les dames du Conseil, entrant dans les vues des Commissaires, se mirent courageusement à l’œuvre, bien que le peu de temp: à leur disposition et la nouveauté de l’entreprise, qui n’avait pas encore été tentée au Canada, les fisser “ douter quelque peu de la possibilité de mener cette tâche à bonne :.4.
Il fut nommé un comité de publication, qui dressa un plan pour le volume projeté, et s’assura des services d'écrivain: et de compilatrices pour la préparatioi de ses diverses parties. Les détails de leur plan d'action ne sauraient guère intéresser la plupart des lecteurs, lesqueïs pourront, s’il leur plait, omettre la lecture de l’alinéa suivant, le passage qu’il renferme étant surtout à l'intention de ceux qui pourront plus tard s'engager dans une semblable entreprise,
Il fut décidé de distribuer le travail, suivant les sujets, entre les personnes plus particulièrement aptes à traiter de chacun d'eux,
lesquelles, formées en comité, dresseraient la liste des questions relatives au sujet, et compileraient les renseignements reçus en réponse aux questions. Afin de réduire les dépenses, il fut convenu que tous les questionnaires seraient imprimés à Ottawa, à l’Imprimerie nationale, et que toute correspondance relative à cet ouvrage se ferait franc de port par l'intermédiaire du ministre de !’Agriculture. Il avait été suggéré par les Commissaires que le volume projeté devrait comprendre des exposés sous forme littéraire aussi bien que sous forme de tableaux.
En conséquence, des mesures furent prises pour la préparation d’un certain nombre de courts articles ou essais sur des sujets de même nature que ceux assignés aux compilatrices, et ces écrits devaient compléter la connaissance des œuvres des Femmes du Canada, en donnant un aperçu de leur développement historique et des traits sail'ants de leur existence. Ces essais et compilations devaient être remis le plus tôt possible en 1900 ; la mise en ordre des diverses parties devait être faite par des membres du comité de publication (chaque collaboratrice, toutefois, gardant la responsabilité des opinions émises par elle) ; et le volume une fois complété devait être envoyé à l’Exposition de Paris en avril, ou au plus tard, en mai.
Tel fut le plan d’action suivi dans la préparation de ce livre. Mous le donnons ici pour le bénéfice de ceux ou de celles qui, nous l’espérons, chercheraient dans un avenir rapproché à combler une lacune regrettable, en préparant un almanach exact et complet des œuvres et des organisations féminines dans la Confédération canadienne, Le présent volume n’a pas cette portée. La préparation en fut entreprise au moment où s’ouvrait la saison des villégiatures, et lorsqu'on ne pouvait plus s'attendre raisonnablement à recevoir des travaux en réponse aux questions qui pourraient être posées. En conséquence, le travail préliminaire de l’envoi des questions ne put être commencé avant que la société fût de retour à ses foyers vers la fin de septembre. Il ne resta ainsi que fort peu de temps pour faire la compilation, ou plutôt pour obtenir les réponses, les instances, dans certains cas, devant être renouvelées plusieurs fois, au grand ennui de l’une et de l’autre partie. Dans plusieurs cas également, la réponse ne cadrait pas avec la question, et ici sans doute, chacun peut prendre sa part du blâme, car il nous faudrait un second Socrate pour nous enseigner l’art de poser les questions et d'y répondre. Un autre obstacle, c’est que le travail se trouva à retomber presque entièrement sur les présidentes de comité, non
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pas par suite de mauvaise volonté de la part des autres membres, mais parce que les grandes distances rendaient toute collaboration ‘npossible, Il n’est que juste pour les compilatrices de mentionner ces difficultés, et nous le faisons non pas pour les excuser (car à notre avis il n’y a pas lieu de leur chercher des excuses), mais pour faire comprendre que dans des circonstances plus favorables, le livre aurait pu être mieux fait, et qu’il era désormais plus facile d'en écrire un meilleur, la voie étant préparée.
Disons quelques mots des matières dans leur ordre. En premier lieu, figure un essai historique, évocation pittoresque d'un passé court mais mouvementé, étude des origines du peuple canadien, issu c. Acadiens, de Franco-Normands, ou de ‘‘ Loyalistes ?” et colons de la Nouveile-Angleterre. Trois essais descriptifs nous amènent ensuite à considérer la vie de famille et ia vie sociale des femmes canadiennes d'aujourd'hui; puis, trois courtes études nous font connaître les lois et les coutumes qui règlent leurs rapports dans la vie privée et dans la vie publique. La condition civile et politique des femmes canadiennes se trouvant ainsi définie, deux chapitres sont consacrés à la connaissance de leurs moyens d’existence et des carrières qui leurs sont ouvertes pour l'exercice de talents spéciaux. Suit un chapitre important sur l’ Education, expasant les avantages qu'offre le Canada, par ses écoles et ses universités, pour le développement des aptitudes individuelles ; puis, dans l’ordre naturel de succession, viennent des chapitres sur l’art et la littérature, où l’on voit comment les femmes canadiennes ont exprimé leurs sentiments propres dans leurs œuvres en prose, en vers, par la peinture, par la musique et au théâtre.
Nous allons laisser 1à maintenant la condition individuelle de la femme canadienne et les facilités d'avancement qui lui sont offertes pour faire l'examen de ces organisations au moyen desquelles elle acquiert la puissance qui résulte de l’action corporative. La première par ordre, comme étant la plus vaste, est le Conseil national des Femmes, institué par la comtesse d’ Aberdeen, en 1893, l'année que lord Aberdeen devint gouverneur général du Canada. L'histoire du Conseil est racontée par sa fondatrice, dont la forte et sympathique personnalité a servi de trait d'union entre ses éléments divers, et n’a cessé de lui inspirer de nobles fins. Des aperçus sont ensuite donnés d’autres sociétés à organisation nationale ayant pour objet la promotion des arts libéraux ou le développement de la pratique d’une vie nationale, pure, vraie et noble. Il n’est pas
possible dans l’espace a notre disposition de donner plus qu'un aperçu sommaire des fins et des travaux de ces sociétés, qui sont des facteurs puissants de relèvement et d’embellissement de l’existence du peuple canadien.
Le chapitre suivant traite d'associations d’un autre ordre, celles des femmes engagées dans les œuvres ou les communantés religieuses. Il serait difficile de donner la statistique de ces œuvres ; celles des communautés religieuses sont essentiellement discrètes, se poursuivent sans bruit ; quant aux initiatives des femmes du monde en matière religieuse, elles sont trop nombreuses pour être racontées. On observera que les communautés dont la fin spéciale est la contemplation et la prière, sont classées parmi les œuvres religieuses, leur vecation étant de cette sorte reconnue comme principe d'énergie, et non comme état de pure passivité.
Des œuvres religieuses, nous passons à un exposé général des institutions et des associations d'assistance et de bienfaisance du Canada, en tout ou en partie sous la direction de femmes, La grande place qu’elles occupent montre bien qu’au Canada comme dans les pays plus anciens, la charité et la philanthropie ont bien des occasions de s’exercer ; qu’il y existe des abus à corriger, des torts à redresser, des choses anciennes qui ont besoin d'être rajeunies ; mais ce n’est pas tant l’existence de ces choses qui se trouve ainsi signalée, mais plutôt leur amélioration.
Ilest ensuite question de ces associations et cercles locaux qui jouent un rôle si important dans la vie et le développement d’une société, en suscitant et entretenant des sympathies d'intérêts, et en étabiissant des relations sociaies fondées sur la communauté de goûts plutôt que régies par les conventions.
Restent deux chapitres, un sur l'immigration, l’autre sur ies femmes indiennes : le volume se termine par une invitation aux femmes de l’ancien monde et un coup d'œil rétrospectif sur les femmes primitives du nouveau. C'était un bon temps que cette époque reculée où la femme indienne rentrait la récolte et chantait son hymne de louanges au soleil,ou se faisait entendre dans les conseils de guerre. Maïs c’est une époque meïlleure aujourd’hui, car sous les rayons du dieu-soleil qui luit comme autrefois, vivent les descendants de deux races venues de l’ancien monde et qui, sous un même sceptre, jouissent simultanément des franchises d’un grand empire ; et un nouveau conseil des Fenimes est apparu dont la devise est la
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grande loi de charité chrétienne.* Et ce livre émane des femmes du Canada pour faire connaître quelque chose de la genèse de la plus jeune des nations ; pour dire comment elle grandit et va atteindre sa pleine croissance, non seulement par la prospérité matérielle ais par ‘‘ la force de l'intelligence et du savoir, par l’empire de la beauté, par l'influence des coutumes et de la vie sociale,”’ et par dessus tout par ‘‘ la puissance de la conduite’. É Un mot encore pour terminer. De crainte que le titre de cet ouvrage et son contenu ne fassent penser que nous désirons établir une séparation ou une rivalité entre ‘‘la vie et les œuvres’’ des femmes et celles des hommes, nous dirons que notre classification n’est établie que pour plus de commodité ; et notre espoir repos plutôt dans ce sentiment grandissant de mutuelle débendanes qui rapproche hommes et femmes en une association plus étroite, ie
envoie, non pas isolément, mais la main dans la main, pour secourir et sauver le monde. |