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FEMMES DU CANADA.—APERÇU HISTORIQUE

Au temps où il restait encore de nouvelles terres à découvrir, les femmes se trouvaient toujours, figurativement parlant, reléguées dans les vieux territoires de servitude ; c’est pourquoi aucun nom de femme n'apparaît parmi les noms de ceux qui ont découvert et exploré les premiers le Canada.

Il est impossible de déterminer l'influence de la femme dans les hardies expéditions de Jean Cabot, de Jacques Cartier et de Champlain, mais, certainement, son rôle n’a été ni pittoresque ni brillant. Dans les fastes de cette histoire, elle se tient à l’écart, douce, modeste, obscure ; sa puissance se sent et ne se voit pas ; c’est le pouvoir derrière le trône.

Pas un marin, faisant voile vers ce continent inconnu, ne semble avoir eu le pressentiment prophétique que, dans un avenir peu éloigné, il serait connu comme le paradis des femmes. Et cependant, au cœur même de ce continent, il existait déjà ce que l’on pourrait appeler les symptômes précurseurs d’une haute destinée réservée à l'Amérique.

Au dix-septième siècle, quelques femmes du désert étaient sorties de la sphère domestique et prenaient part ouvertement aux affaires publiques, intervenant même dans les questions de haute politique. Les premiers explorateurs trouvèrent, entre autres choses surprenantes, dans la vallée de la Mohawk, une organisation très active et très estimée, connue sous le nom de ‘‘ Conseil des

Son but et son objet différaient cependant du but et de l’objet de l’organisation actuelle portant le même nom.

Il avait le droit de prendre l'initiative dans la discussion, de présenter des sujets à la considération du Conseil des chefs et des anciens où il se trouvait représenté par un délégué. Pour détermi-

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ner la succession d’un chef, la voix du Conseil des Femmes était très puissante, sinon décisive. L'ingéniosité et le jugement du même Conseil dans l'invention et l'application des tortures aux prisonniers de guerre étaient considérés comme inestimables par la nation. *

Les hommes de cette nation, ou plutôt de la confédération des cinq nations appelées collectivement Iroquois, étaient les sauvages les plus féroces du nouveau monde. Pendant un siècle, ils furent le fléau du Canada, et la liberté qu’ils accordaient à leurs femmes ne se recommandait pas plus aux Européens civilisés que leurs autres coutumes païennes.

Bien qu’un continent puisse être découvert, exploré, et jusqu’à un certain point, exploité au point de vue commercial par des hommes seuls, il ne saurait être colonisé sans femmes.

Au commencement du dix-septième siècle, des marins, et des marchands disséminaient dans toute l’Europe des informations mirobolantes concernant l'Amérique, et plusieurs puissances s’arrogeaient sans scrupule des droits de possession dans le nouveau monde. Les lys des Bourbons, flottant ça et là sur le bas Saint- Laurent et sur les plages de l’ Acadie, proclamaient la souveraineté de la France sur l’extrême nord. Alors la question de colonisation devint urgente, et les Français tentèrent une solution qui montre bien l'instinct immuable de leur race en fait d'organisation sociale.

Le temps était propice pour essayer de la colonisation: La féodalité était au seuil de la dissolution ; l’indépendance des seigneurs était menacée, et l’autorité du roi déjà dans l’ombre. Entre les seigneurs qui tenaient leurs terres directement de la couronne, et leurs vassaux, les réels cultivateurs du sol, s'élevait une classe moyenne nombreuse. De riches bourgeois, des artisans à l'aise, des fermiers même, profitant des nécessités, soit du seigneur titulaire, soit de ses intendants, acquéraient de la terre, clef de tous les biens désirables.

Conséquemment, quelques seigneurs et gentilshommes tournèrent les yeux vers cette Nouvelle-France où le sol semblait inépuisable, et où, s'ils pouvaient y transporter leurs familles et leurs vassaux, ils pourraient rétablir leur fortune personnelle, pourvoir abondamment à l’avenir de leur posterité, et perpétuer l’ordre social traditionnel qui semblait menacé de disparaître à jamais.

* LArFITAU; Mœurs des Sauvages.

Les différentes compagnies de colonisation formées à cette époque étaient donc basées sur l’idée féodale et de la famille, à laquelle s’ajoutait cependant la perspective nouvelle et séduisante d'accroître proportionnellement la prospérité générale. Bien que les chefs de l'immigration s’attendissent à recueillir la plus grande part des bénéfices, tous leurs compagnons voyaient, dans l'avenir, leur condition considérablement améliorée, et plusieurs caressaient l'espérance de s'élever au-dessus du rang où ils étaient nés.*

Considérant la nature humaine, on ne saurait douter que les femmes ne supportassent cordialement un tel mouvement. Un homme se laisse entraîner par une gloire inconnue, une grande récompense, ou par l’amour des aventures, mais c’est la femme qui poursuit la fortune pour l'amour du foyer et pour assurer l’avenir de ses enfants. (C’est aussi la femme qui, peut-être, s’est toujours le plus inquiétée de l'élévation sociale. Ni les périls de l’océan ou de la forêt, ni la crainte de la faim ou de la souffrance ne sauraient intimider la femme d’un petit fermier dont l'imagination s’est ouverte à des espérances d’élévation sociale, et qui voit dans la nouvelle condition de son mari la possibilité pour lui d'atteindre au rang de gentilhomme, et, pour ses fils, la noblesse avec la possession de vastes domaines.

Les différents projets de colonisation avaient en outre une sympathie et un appui puissants qui s’adressaient directement aux femmes et semblait entourer ses entreprises d’une atmosphère de sainteté toute spéciale. À cette époque, l’église catholique voyait clairement une magnifique occasion d'étendre son autorité, et elle s’occupait tout particulièrement de la Nouvelle-France.

Au sieur de Poutrincourt, brave gentilhomme de Champagne, appartient l'honneur du premier essai de colonisation. Il amena en Acadie Mme de Poutrincourt, leur famille, et une vingtaine de fermiers et de laboureurs. Le roi le nomma vice-roi de l’ Acadie et lui donna des terres considérables.

Dans une vallée charmante, arrosée par une belle rivière se jetant dans la mer, le sieur de Poutrincourt déboisa un certain espace, bâtit une maison de troncs d’arbres et entoura son établissement de palissades pour le protéger contre la trop grande curiosité des sauvages. A cette indication pathétique de l’arrivée de la souveraineté française et du système féodal en Amérique, il donna

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le nom de Port-Royal. Ce nom a survécu à Poutrincourt, à sa colonie et a plusieurs autres colonies plus récentes. I1 n’est réellement tombé en désuétude que longtemps après que les Anglais, en l'honneur de leur reine Anne, l’eurent changé en celui de Annapolis. |

Biencourt, fils de Poutrincourt, qui succéda au titre honorifique de son père en Acadie n’ajouta rien à la colonie. Lui et ses compagnons consacrèrent toute leur énergie à la chasse et au commerce des fourrures, firent société avec les sauvages, et cherchèrent le bonheur dans des sentiers bien éloignés de ceux d’une vie de famille respectable.

Avant qu'aucun autre effort sérieux de colonisation ne fût tenté, l'Acadie passa, par droit de conquête, aux mains de la Grande Bretagne et fût rendue à la France par le traité de Saint-Germainen-Laye. Alors, pendant environ dix ans, on y déploya une grande activité. Le sieur de Razilly, chevalier de Malte, et Charles de Menou, sieur d’Aulnay de Charnisay et un grand nombre de seigneurs d’une piété éminente, ayant naturellement obtenu, de la couronne, des terres et des pouvoirs étendus, amenèrent environ quarante familles et un certain nombre de partisans célibataires. En même temps, M. Nicolas Denys établissait une pêcherie sur les côtes de l'Atlantique. Des unions (irrégulières pour la plupart) formées par ses employés avec les ‘‘ squaws ’” souriquoises, sortirent des familles de Métis qui se fondirent graduellement dans la colonie de l’ Acadie.

De temps en temps, pendant ce siècle, ces établissements furent renforcés par des aventuriers et des laboureurs; mais la première importation formait la base et la masse de la population acadienne qui, en 1713, alors que le pays devint finalement une possession anglaise, comptaient plus de 2,000 âmes. Quarante ans plus tard, quand les Acadiens furent si inhumainement dépouillés et si cruellement dispersés, ils avaient atteint le chiffre de 14,000 âmes.

Pendant ce siècle de luttes, l’histoire dit peu de chose des femmes acadiennes. Nous n’avons aucun moyen de nous renseigner sur la manière dont les femmes ambitieuses des seigneurs pauvres et celles des riches marchands observaient l'étiquette, se jalousaient ou s’humiliaient les unes les autres, ni comment ces pauvres malheureuses arrangèrent leur vie lorsque leur rêve d’une grandeur illimitée se fut dissipé devant la rude et même terrible réalité. Il est cependant facile de conclure qu’elles étaient généralement braves,

industrieuses, patientes et fécondes, sans quoi la population ne se fût point accrue si régulièrement, et l’état de prospérité n’eût point été si général au moment de la déportation. Mais, si l’histoire a négligé les femmes acadientes, la poésie les a immortalisées : quoi qu’elles aient pu être en réalité, Evangéline existe et restera.

Les quelques restes des Acadiens qui, vers la fin du dix-huitième siècle revinrent vers leurs foyers les trouvèrent occupés et se joignirent à leurs compatriotes sur le golfe Saint-Laurent, ou formèrent de nouveaux villages. Bien que leur nombre se soit considérablement accru, ils sont restés une société isolée et n’ont eu aucun effet appréciable sur la marche du pays dans la voie du progrès. Au milieu du dix-huitième siècle, une colonie britannique s'établit à Chebucto (Halifax), et quelques années après la déportation des Acadiens, 5,000 habitants de la Nouvelle-Angleterre s’emparèrent des fermes désertes de Grand Pré. Ce sont -leurs descendants qui, avec les sujets fidèles à l’empire,— ‘‘ United Empire Loyalists,’’— ont imprimé un caractère tout spécial aux provinces maritimes du Canada et se sont répandus sur tout le continent, emportant avee eux cette vigueur mentale, ce courage et cette intégrité qui distinguaient leurs ancêtres.

Le désir d’implanter une société féodale dans un sol neuf, qui inspira la colonisation de l’ Acadie, influença aussi, bien que moins exclusivement, la première émigration au Canada, dans la province de Québec.

Dès le début, l’église catholique établit sur les bords du Saint- Laurent une suprématie ecclésiastique qui existe encore, Des prêtres de l’ordre des Jésuites accompagnaient chaque expédition de France, et, dans les explorations de Québec au lac Supérieur, précédaient les aventuriers les plus téméraires et les marchands les plus avides. Leur zèle désintéressé pour la capture des âmes dissimulées des Peaux- Rouges, se communiqua, par leurs Æelations, à plusieurs grandes dames de France, et enflamma tellement quelques communautés religieuses de femmes qu’il s’y éleva une concurrence vive et acrimonieuse pour obtenir la permission de quitter la France et d'aller pratiquer l’abnégation au Canada.

Des visions transmettant des ordres miraculeux de vocation levèrent les difficultés du choix.

Dans une vision, une jeune veuve riche et d’une vive imagination, Mme de la Peltrie se vit choisie pour fonder le couvent des Ursulines à Québec ; et, en vision aussi, Marie Guyard, ursuline de

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Tours, fut élue pionnière de son ordre. Ces deux rêves se vérifièrent

si bien que, vers la fin de l'été 1639, Mme de la Peltrie, Marie

Guyard, la mère Marie de l’Incarnation et deux sœurs ursulines de l'hôpital et de l'Hôtel-Dieu de Dieppe, tombaient à genoux sous les falaises de Québec et remerciaient Dieu de leur avoir fait traverser la mer en sureté pour annoncer aux païens un droit inaliénable aux joies et à la gloire du royaume céleste.

La vie de ces femmes, et celles d’autres femmes qui les suivirent, furent de celles qui jettent un éclat lumineux sur les pages trop souvent souillées de l’histoire de l'humanité. On peut dire que dans les annales d'aucune nation il n’existe un plus remarquable caractère que celui de leur directrice, la vénérable mère Marie de l’Incarnation. Sa nature tenait du mysticisme le plus élevé et du sens commun le plus pratique. Entre ces deux extrêmes, il y avait place, dans son exquise spiritualité et sa généreuse humanité, pour toutes les vertus, et même pour ces légères imperfections de caractère et de jugement qui, sans porter la moindre atteinte à sa sainteté, font ressortir sa nature féminine.

A plusieurs reprises, la colonie fut menacée d’extermination par la famine, par la peste, par les Indiens, par les tremblements de terre, par le feu ; et toujours, en toutes circonstances, l'horreur du tableau est mitigée, ses souillures sont ennoblies par la figure partout présente de la dévouée ursuline,

Le caractère de la mère Marie et celui de Mlle Jeanne Mance, fondatrice de l’ Hôtel-Dieu de Montréal, donnèrent le ton à la société au Canada pendant la période des missions. Jamais nulle part la vertu n'avait été si populaire : la mère Marie disait qu’elle se pavanait dans les rues. Toutes les femmes, depuis la femme du gouverneur jusqu’à celle du plus pauvre paysan étaient d’une piété irréprochable, Plusieurs d’entre elles avaient été choisies en France par des personnes portant intérêt au Canada et connaissant les besoins du pays ; par conséquent, on peut admettre qu’à leur valeur morale se joignaient les qualités physiques nécessaires pour affronter avec succès des privations extraordinaires. Elles venaient principalement du Perche et de la Normandie, et la force de leurs qualités se peut estimer à leur persistance : en dépit de la plus récente affluence d’immigrants

des autres provinces du nord et de l’ouest de la France, le Canadien- Français d'aujourd'hui est le type normand.* Son accent et ses

* BENJAMIN SULTE,—Origine des Canadiens-Françaïis.

tournures de phrases se rapprochent sensiblement de la manière de parler de ces mères normandes décédées depuis si longtemps. et ses chansons sont les chansons qu’elles chantaient.

La transformation d’Ecossais en Canadiens-Français opérée par ces femmes normandes, est encore plus remarquable : après la conquête anglaise, quelques soldats écossais préférant rester au Canada s’établirent sur le bas Saint-Laurent. Ces soldats, dont plusieurs étaient protestants aussi bien qu'écossais, épousèrent les filles des habitants français. Aujourd'hui, dans la quatrième génération, tout ce qui rappelle les ancêtres écossais, c’est le nom. Les Blackburn et les Fraser qui se sont multipliés si vigoureusement, ont adopté la langue française, les coutumes françaises et la foi catholique.

Le Canada est peut-être l'unique pays au monde ou l’on puisse déterminer exactement la date de l'introduction du mal. Il n’y fut point introduit par une femme.

Dans l’année 1665, le marquis de Tracy, avec un contingent du fameux régiment de Carignan, aborda à Québec et prociama en grande pompe que le jeune roi Louis XIV, avait à cœur le bonheur de ses sujets de la Nouvelle-France et que, conséquemment, dès ce moment la paix et la prospérité étaient assurés aux victunes des guerres sauvages et des circonstances les plus hostiles.

Il est étonnant comme le diable sait déjouer les intentions les plus pures.

‘ Notre bon roi, écrit une sœur de l’Hôtel-Dieu de Montréal, a envoyé des troupes pour nous défendre contre les Iroquois, et les soldats et les officiers ent ruiné la vigne du Seigneur et ont implanté la méchanceté, le péché et le crime dans notre sol du Canada’.

Il n’est point douteux que le vif intérêt du roi, si habilement secondé par son laborieux ministre Colbert, n’eût pour conséquence immédiate un grand changement dans la société canadienne.

M. Jean Talon fut envoyé au Canada avec le titre d’Intendant et l’ordre exprès d'étudier les ressources du pays, ses besoins et ses moyens, et d’en faire au roi un rapport complet. Personne n’a jamais mieux accompli sa tâche que M. Talon. Il a été justement appelé le créateur du Canada. Il comprit que le besoin le plus pressant de ce pays était la population ; et l’émigration aux frais du roi commença sur une vaste échelle. En moins de dix ans, il expédia 4000 colons dont 1000 filles en âge d’être mariées et connues sous le nom de ‘‘ filles du roi’’.

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On ne saurait douter que toutes les précautions possibles ne fussent prises pour s'assurer de bonnes femmes, convenables pour des colons.

On incita au mariage par des encouragements extraordinaires : Tout officier ou soldat qui consentait à rester dans le pays recevait des terres, et quand il était marié, une somme d'argent proportionnée à sa condition sociale. M. Talon fit preuve d’un grand talent de marieur. Il n'avait que faire des pauvres filles des villes, faibles, délicates et mal nourries, et il demandait sans cesse des paysannes vigoureuses, saines et sans défaut physique. Il insistait pour que les gertilshommes épousassent des personnes d’une assez bonne naissance et d’une certaine éducation, mais il eut grand soin de n’en point trop importer de cette sorte.

Les jeunes gens qui se mariaient avant l'âge de vingt ans recevaient des primes extras, et toutes les jeunes filles avaient une dot. Les pères qui négligeaient de marier leurs enfants étaient d’abord réprimandés, puis condamnés à l'amende. On offrit des primes aux familles nombreuses, et Colbert proposa même que les célibataires obstinés fussent exclus de tous les honneurs et même flétris d’une marque d’infamie.

Ainsi, en autant que les soins et la prévoyance du gouvernement peuvent rendre respectable une réunion d'êtres humains, la respectabilité était intronisée sur les hauteurs de Québec, commandait jusqu'aux sources des fleuves et explorait d’un regard vigilant les lisières des interminables forêts.

Lorsque le roi fut obligé de se relâcher de sa surveillance paternelle et que l’immigration cessa, différents évêques de Québec s’occupèrent activement de diriger la conduite de leur troupeau. Les femmes surtout furent l’objet de leur spéciale attention : ils établirent des règlements pour leur éducation, leur maison, leurs plaisirs, leurs habits.

Néanmoins, sous l'influence de belles dames de passage au Canada où leurs maris occupaient des positions officielles, la frivolité féminine s’accentua peu à peu et même la légèreté commença à fleurir parmi les canadiennes de Québec et de Montréal. Quoiqu’elles fussent pauvres, elles trouvèrent moyen d’acheter des parures à des prix extravagants ; elles donnèrent des fêtes mondaines ; elles essayèrent des théâtres privés et osèrent même porter des robes décolletées. En dépit des édits épiscopaux et des dénon-

ciations, ces pratiques n’ont pas été encore entièrement abolies.

Mais ce ne fut comparativement qu’un bien petit nombre dont la vie était ainsi égayée. Pour la plupart des femmes la vie était dure et monotone.

Lorsque Talon arriva au Canada, il n’y trouva que quatre familles nobles, mais il s'employa activement pour faire obtenir des lettres de noblesse à plusieurs colons ; et plus tard, un certain nombre de marchands et de colons à l'aise purent acheter des seigneuries, Cependant les femmes et les filles de cette aristocratie foncière avaient rarement des servantes ; elles faisaient tout le travail de la maison, et 28 gouverneurs relataient dans leurs dépêches que l’on pouvait voir des femmes de la plus haute noblesse faisant la moisson on guidant la charrue..

On observa de plus que le climat était favorable aux femmes, de sorte que, malgré leurs rudes travaux et leur bien être mesquin, elles avaient des enfants nombreux et vigoureux, et elles étaient en général avenantes et d’une humeur agréable. Elles ont de fait fondé une race d’une patience physique peu commune, d’une ténacité extrême, et si conservatrice des ses traits caractéristiques que, bien que soumise à 1a courc..1e britannique depuis de longues années et environnée d’un peuple d’une énergie supérieure, elle s’est, en nombre, immensément multipliée, a continué ses traditions significatives et conservé son identité essentielle.

La seconde immigration au Canada confirma par l'occupation la conquête des armes anglaises.

Lorsque les vieilles colonies d'Amérique conquirent leur indépendance, la population de langue anglaise dans tout le Canada comptait à peine 12,000 âmes et occupait principalement la Nouvelle- Ecosse. Alors, 40,000 conservateurs, —‘" Loyalists ’’,—sujets fidèles à l'Angleterre, affirmèrent leur attachement aux institutions britanniques d’une manière aussi courageuse que désintéressée, abandonnant leurs vieux foyers pour venir chercher fortune dans un pays appartenant encore à la Grande Bretagne. Il est juste de dire qu'un grand nombre d’entre eux avaient été proscrits de différents Etats pour avoir pris une part active à la guerre, qu'ils avaient été dépouillés de leurs biens et qu'on n’avait point insisté pour qu’ils restassent dans la nouvelle république ; mais, après tout, le mouvement était un sacrifice volontaire en faveur d’un principe d'existence sociale établie et même de civilisation.

Comme la Nouvelle-Ecosse était d’un facile accès, le plus grand nombre d’entre eux s’y rendirent, et s’établirent sur la côte de

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