‹ Les Femmes du Canada [microforme]Chapitre 14 sur 287 · AND · texte numérisé non relu

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‘ L'Ouest ‘’ est le terme usité par les Canadiens pour désigner cette vaste région qui s'étend de la frontière nord des Etats-Unis à l'océan Arctique; et depuis la province d’Ontario jusqu’à l'océan Pacifique, sur un parcours de mille milles d'une riche prairie, suivie d'une largeur presque égale de pays montagneux aux perspectives les plus grandioses du monde. Cette immense contrée comprend les provinces du Manitoba, à l’est, et de la Colombie-britannique, à l’ouest ; ainsi que les quatre territoires d’Assiniboine, Saskatchewan, Alberta et Athabaska à l’intérieur. Le Manitoba avec une grande étendue comprise dans les Territoires forme la zone de blé par excellence du monde. Déjà dans les régions de ranches * des Territoires, des bestiaux, moutons, chevaux sont élevés en grand nombre. La Colombie-britannique s’enorgueillit de renfermer en elle-même tous les éléments de prospérité sociale. Ses seules richesses minérales en font un objet d’étonnement pour le monde : ses bois de haute futaie sont de grande étendue et de grande valeur ; on peut dire la même chose de ses pêches ; et ses vallées, d’aut: = part, abondent en fruits, en produits agricoles et en gras pâturages.

Les habitants de ce grand Ouest diffèrent par l'origine, le caractère et la condition sociale ; mais en quelque endroit qu'on les rencontre, dans les prairies, dans les montagnes, ou sur les rivages de la mer, on les trouve toujours confiants, pleins d’espoir dans l'avenir. Ce peut être l'effet en partie de l’air exhilarant qu’on y respire, et en partie celui du sentiment de l’immensité des richesses qui leur sont dévolues ; maïs, en dépit des misètes de la vie du défricheur, leur foi dans l'avenir du pays demeure inébranlable. La plupart des premiers colons de l'Ouest venaient des anciennes provinces du Canada, hommes et femmes d'initiative et de ressources. Ils auront bien mérité de ceux qui viendront après eux, pour la sagesse avec laquel}

| ils y ont inauguré le mouvement religieux, scolaire et politique.

Il n’est guère possible dans cette courte étre de décrire complètement la vie de famille dans l'Ouest Qu'il me suffise de dire

[que la vie urbaine ici ne diffère pas keaucoup de la vie urbaine

ailleurs. Pourtant, le progrès de ces villes de l'Ouest est merveilleux ; elles rivalisent entre elles dans l'application des découvertes et inventions modernes, telles qu'éclairage à l'électricité des rues et des maisons, constructions d'aqueducs et d'égoûts, et, dans les plus populeuses, services de tramways électriques des plus effectifs. Les établissements d'éducation et d'assistance sont d’un ordre supérieur et les églises se multiplient à mesure que s’accroit Ja population. Mais quelles expressions emploierons-nous pour décrire nos prairies? Elles sont toujours belles, et pour l’œil et l'oreille exercés pleines de merveilleuses harmonies. On ne peut que plaindre ceux qui trouvent monotone une prairie manitobaine. Les levers et les couchers de soleil parfois nous frappent par leur grandeur, parfois nous ravissent par leur beauté. Sur la prairie, un orage accompagné de tonnerre, lorsqu'on a devant soi le panorama du ciel tout entier vivement éclairé coup sur coup par la foudre, est un spectacle inoubliable. Et quoi de plus réjouissant que la vue de nos grands champs de froment doré, quoi de plus enchanteur que le murmure du vent lorsqu'il passe sur la face ondulante des blés. En vérité la moisson dorée de la prairie est d’un rapport meilleur et plus constant que ne sont les mines universellement renommées du Klondike. A partir du moment où la brave petite anémone se montre, au printemps, jusqu'aux gelées de l'hiver, la prairie est couverte de fleurs en succession ininterrompue, parmi lesquelles la petite rose des prairies, la verge d’or, le martagon, le tournesol sauvage, l’aster pourpré et nombre d’autres. Plusieurs colons de la prairie ont aujourä’hui de beaux jardins et sont heureux de voir que les plantes d'ornement, les arbustes fruitiers et les légumes croissent ici en abondance et atteignent la perfection. On donne beaucoup d'attention à la plantation d'arbres, et la fête des Arbres est une des mieux observées. Le gouvernement canadien a sagement établi dans l'Ouest, à

différents points, des stations agronomiques, qui donnent des leçons

pratiques dans la culture des céréales, des prairies, des arbres fruitiers, des arbres d’ombrage, des plantes d’ornemert et des fleurs. Le progrès réalisé dans ces plantations sur les pelouses et dans les jardins à la villé comme à la campagne, est la meilleure preuve de l'utilité de ces établisserents. Déjà sur beaucoup de fermes des maisons confortables et bien aménagées ont remplacé les petites huttes de bois, nues, d'il y a quelques années ; les champs sont mieux cultivés, et le troupeau en meilleure condition, et les fermiers ont en banque de jolis magots.

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La rareté de la main d'œuvre compétente pour le service domestique a fait retomber sur la femme la plus grande part du fardeau de cette vie du colon de l'Ouest. Nous espérons qu'on trouvera quelque moyen par lequel l'excédent des domestiques bien dressés de l'ancien monde viendra satisfaire aux besoins et à la demande du pays. La prospérité du foyer en tout lieu dépend beaucoup de la mère, et l'Ouest peut se féliciter du grand nombre de ses mères de familles qui sont cultivées et instruites. Il est certain aussi qu'elles sont à un degré remarquable braves, intelligentes et confiantes en elles-mêmes ; car autrement, elles n'auraient pas pris le parti de devenir colons en ce pays de ‘‘ superbe isolement’. La femme, dans les prairies, a la noble mission de faire tendre les siens, dans la pratique journalière de la vie, vers un idéai élevé de vérit. et de justice, de leur enseigner l'amour du travail en lui-même et de leur faire accepter avec reconnaissance de la main «1 Grand Bienfaiteur <es largesses de la nature distribuées ici par Lui d'une manière si directe et avec tant de prodigalité.

C'est chez les mères de famille, dans ce pays neuf, et actif que nous trouverons le sentiment éclairé de tout ce qui a trait au bienêtre du groupe familial. Elles ne doivent pas seulement être tendres et sincères, il leur faut de plus la sagesse et la largeur de vues, afin de bien préparer leurs fils et leurs filles pour ce grand héritage. De bons livres et des revues intéressantes sont aussi nécessaires que la nourriture du corps et le vêtement, si nous voulons armer les garçons et les fillettes de la prairie pour cette grande lutte de la vie où ils sont appelés à se distinguer. Il n'existe pas de meilleur milieu pour la formation de citoyens du meilleur type que celui de nos fermes de

prairie avec leur vie si remplie et si libre. On y trouve place pour l'exercice de tous les talents, le déploiement de toutes les énergies. Durant les mois d'hiver on a beaucoup de loisirs pour la musique et la:

» lecture des bons auteurs. Bien que ces travaux de ferme soient durs et | parfois absorbants, néanmoins les piques-niques et les fêtes agri-

coles ont leurs jours en été, de même que le patinage, le 4ockey, le

| curling et les promenades en voiture, l'hiver. Notre Manitoba est . tout autant ‘ Notre-Dame du clair Soleil ’’, que ‘‘ Notre-Dame des

Neiges ’’,

Avec sa superbe nature, sa population brave, confiante, sûre

: d'elle-même, que l'Ouest demeure toujours la forteresse de la Liberté,

l’heureux séjour de millions d’humains.

JESSIE McEWEN.

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