RELATIONS SOCIALES
Il est rare que la vie d’une nation se manifeste fortement et
sous son vrai jour dans les salons de la classe riche et fashionable ; mais l’on peut dire avec une certaine assurance, que là mieux qu'ailleurs, les aspirations sociales peuvent être étudiées; car les plaisirs choisis par ceux qui sont à même de choisir sont, en général, ceux que la masse voudrait s'assurer. Toutefois, pour saisir même superficiellement les aspirations qui ont leur expression dernière dans les divertissements fashionables d’une jeune nation, il faut remonter aux sources, tenter de classer les premiers colons d'après leur nationalité et leur position sociale. Cet examen nous permettra de déterminer les grandes lignes de la vie de famille au Canada.
Il ne faut pas oublier que l’établissement du Canada anglais est dû aux United Empire Loyalists (Loyalistes de l’Empire uni, ou partisans du maintien de la souveraineté de l’ Angleterre en Amérique). Cette première immigration se composait de colons des Etats- Unis, restés fidèles à l'Angleterre durant la guerre de l’indépendance, La proportion d’immigrants de cette catégorie dans le Nouveau-Brunswick et l'Ontario fut assurément très grande. De sentiment ils étaient attachés à la Grande Bretagne, mais naturellement leurs habitudes étaient les mêmes que celles des habitants de la république voisine, et reproduisaeint le mode d’existence et les usages de l’an ienne société coloniale. Leurs descendants pour cette raison fraternisent facilement avec d’autres qui, pour divers motifs, sont venus depuis des Etats-Unis se fixer au Canada.
Une classe notable et nombreuse de colons purement anglais a été celle des soldats licenciés et militaires en retraite, qui se firent cultivateurs en vue de devenir propriétaires. Ils amenèr-=nt leurs femmes et leursfilles, souvent très délicates, inaccoutumées au travail et à la monotonie de cette vie de labeur. Les exploitations entreprises dans ces conditions réussirent très rarement; mais par-
fois, des rudes épreuves du début victorieusement subies, il sortit un Zome paisible et pittoresque, où la culture de l'esprit et du cœur n’était pas sacrifiée aux intérêts sordides, et où le véritable raffinement demeurait après qu’on eût renoncé à toute recherche de luxe et d’apparât. De foyers semblables à ceux-là, dans l’Est du Canada, sont sortis plusieurs des jeunes gens qui subséquemment se sont établis sur des ranches ou fermes de prairie dans le Nord-Ouest. Il est dans l’ordre qu’ils y amènent leurs sœurs, et un jour, peutêtre, les sœurs d’autres hommes; de sorte que les rapports de parenté avec l'Ouest ajoutent grandement à l'intérêt romantique de la vie dans les établissements plus anciens de l’Est. Principale tt, aussi, chez les classes militaires et professionnelles de l’ Angleterre, se sont recrutés, et se recrutent encore, pour le Nord-Ouest, de jeunes colons en nombre plus grand que ne pourrait fournir le Canada Est.
Au delà des Montagnes Rocheuses, la côte du Pacifique fut
colonisée d’abord presque exclusivement par des Anglais. Là,
-comme à Halifax, la vie sociale subit l'influence du voisinage des stations militaires et navales. Naturellement, le plus grand nombre de colons se disant natifs d'Angleterre sont sortis des classes ouvrières ou industrielles, mais ceux-là ne sont pas en grand nombre arrivés à la distinction.
Il en est autrement des immigrants de descendance écossaise ou nord-irlardaise. Issus des classes ouvrières, commerciales et professionnelles, non seulement avaient-ils un esprit avisé et pratique, le désir de s'enrichir et l’aptitude intellectuelle, mais encore un sentiment religieux très vif, des habitudes puritaines et des goûts romanesques, L’immigration a eu souvent pour effet d’intensifier ces goûts et ces préjugés ceux surtout rattachés au souvenir du 4ome qu’on a quitté. L/histoire de plus d’une famille aujourd’hui bien notée dans le commerce canadien peut se raconter ainsi. Ily eut, d’abord, la maisonnette et le magasin au bord de l’eau dans une de nos villes des lacs ; puis le logis au-dessus du magasin en gros ou dé la maison de banque ; puis, avec la prospérité croissante, la villa, le jardin et la voiture de promenade. Le centre de cette vie était généralement quelque mère de. famille calviniste dont l'activité incessante, les principes fermes et les sentiments profonds donnaient du ton et de la couleur à la prospérité de la famille. Son autorité est dévolue à ses filles canadiennes d’esprit plus souple, dont la tâche (souvent mal remplie) se borne à savoir dépenser
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sagement l'intérêt du capital accumulé par la prévoyance des parents. Il se trouve également une bonne proportion d’Ecossais, particulièrement dans nos villes, issus d’une caste dont les intérêts ont été de l’ordre purement intellectuel.
Une autre classe qui mérite peut-être une mention spéciale est celle des familles des fonctionnaires des compagnies de la Baie d'Hudson et du Nc-d-Ouest. Plusieurs de ceux-ci dans les commencements épousèrent des femmes indiennes et laissèrent à leurs enfants non seulement une grande fortune mais des traditions de famille très romanesques.
A ces divers types de colons anglophones, si nous ajoutons la classe peu nombreuse mais influente de ceux qui nous arrivent constamment de l’ancien monde pour occuper des postes de confiance ou remplir des fonctions dans le ministère ecclésiastique et dans l’enseignement, nous aurons passé en revue les principales sources de la société anglaise du Canada. Peut-être un coup d'œil sur quelques-uns des omes typiques de la dernière génération nous fera-t-il saisir plus vivement les véritables sources des diverses aspirations et divers idéals qu’on trouve aujourd’hui s’entrecroisant dans le milieu social.
Il ya de longues années, un parti de touristes côtoyait les rivages de nos provinces maritimes de l'Est. Le navire s’arrêts, :a nuit venue, à un village perdu de pêcheurs. Ayant à rendre visite au principal habitant, nos touristes cherchèrent leur chemin dans l'obscurité complète, et s’arrêtèrent à la porte d’une grande maison, dont les contrevents fermés ne laissaient passer aucune lumière qui permit de juger de l'extérieur. La surprise qu’ils éprouvèrent en entrant n’a jamais été oubliée. L'intérieur semblait celui d’un palais, riche en tentures, en objets d'arts et de luxe. Dans le salon, faisant de la musique, étaient une mère et ses filles, dont la beauté et la grâce, la toilette et le maintien indiquaiént un mode d’existence tout à fait inattendu sur cette côte sauvage. Le chef de la famille avait amassé une fortune dans le commerce d'approvisionnement des pêcheurs et dans l’emballage et l'exportation des pois-
‘ Sons reçus en échange. Ses fils, après avoir reçu leur éducation
en Angleterre, étaient revenus occuper des positions importantes dans diverses parties du Canada. Ses filles, qui devaient bientôt avoir leurs propres maisons à conduire, avaient eu tous les avantages d’une éducation soignée.
Un des fils de cette même maison entra en société avec un homme dont la famille avait une histoire différente. Ily a cinquante ans, ses grands parents demeuraient dans le quartier le plus pauvre d’une de nos villes. De l’étage supérieur qui leur servait de logis, ils avaient une échappée sur la terre et le ciel du bon Dieu: un modeste balcon, l’annexe presque indispensable de l'habitation canadienne, même la plus pauvre. Ici, à portée de vue des montagnes laurentiennes et du large Saint-Laurent, habitaient l’activité et la simplicité de vie des paysans du nord de l'Irlande. Dans ces chambres, dépourvues de tapis et pauvrement meublées, le foyer était toujours gai, les gâteaux faits à la maison, des meilleurs, pour la réunion des filles mariées chez les vieux parents, chaque dimanche. Qu'elle avait été leur histoire? La pauvreté de sa famille avait contraint une jeune fille à traverser l'océan pour se mettre en service. Elle fit des épargnes sur ses gages, et à une époque où le coût de la traversée était plus élevé qu'aujourd'hui, elle fit venir une de ses sœurs au Canada, puis une autre ; puis les trois se cotisèrent pour faire venir leurs parents trop vieux pour travailler. Bientôt il y eut des gendres pour aider à leur soutien. Il fut donné aux vieux parents à l'heure de la mort de bénir leurs arrière-petitsenfants, dont la fortune croissait rapidement.
Une histoire semblable qui s’est déroulée à la campagne, se rattache à une pittoresque petite ruine dans la vallée de l’'Ottawa. Cette première maison de pierre de la contrée fut bâtie par un vigoureux défricheur écossais dans ie dérnier quart du dix-huitième siècle. Ses inurs en ruines se cachent aujourd’hui sous le feuillage des érables et des arbrisseaux en fleur. Dans la grande cheminée béante de la chambre de famille, la crémaillère de fer, couverte de rouille, est toujours suspendue. Dans cette même chambre, la fille de celui qui construisit la maison s’occupait tranquillement des soins du ménage, recevait les convives de son père à l’occasion des simples réjouissances des premiers temps de la colonie. Ici, elle se maria, et la ferme douceur de son tempérament se transmit plus tard à ses enfants qui devaient exercer leur large part d’influence.dans leur province natale,
En contraste au tableau précédent, est l’image des revers de fortune d’une famille aristocratique. Au milieu de vastes champs labourés, à mi-chemin entre la forêt primitive et la rivière impétueuse dont les eaux charrient sans cesse les déchets de la scierie voisine, s'élève une maison de bois. Point le peinture sur les boi-
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series, pas plus à l’intérieur qu’à l'extérieur : point d’ornementation ni de véranda confortable. A l’intérieur, des tapis de retailles, des tables grossières alternent étrangement avec de vieilles chaises cou. vertes en satin, des portraits de famille et de la porcelaine. Ici, une femme de haut rang, la reine de plus d’un bal à Dublin, éleva une génération de fils robustes. A leur tour, ils transmirent tous les grands et sincères sentiments qui se rattachent au mot gentleman, à des enfants qui vont tenter la fortune en ce nouveau monde dans des onditions à peine inférieures à celles qu’affronte le petit-fils du journalier.
Sortie d’une famille semblable à celle que nous venons de décrire, une jeune femme émigra vers les prairies de l'Ouest ; elle y est aujourd'hui devenue grand-mère. Sa maison faite de troncs d’arbres s'élève en un endroit où la prairie est ravinée par le cours rapide des eaux ; on y découvre une vaste prairie ondulée et sans arbres, fermée par la dentelure blanche de la chaîne montagneuse, ainsi que par la perspective plus modeste des bords verdoyants de la rivière, avec ses massifs gracieux de peupliers. Ayant passé près de vingt ans dans l’isolement, éloignée de douze milles de son plus proche voisin, cette femme courageuse est arrivée à se monter une bibliothèque avec collection de journaux, et à dresser ses filles non seulement à bien tenir une maison, mais de plus à s'intéresser largement au progrès intellectuel du monde.
Ce qu’on peut appeler /a société, le grand monde du Canada, trouve sa plus haute expression dans les réceptions officielles données sans arrêt par le gouverneur.général et sa femme, ou dans celles qui sont données en leur honneur par les personnages les plus en vue des villes qu’ils visitent. Leur principale résidence est à Ottawa, la capitale de la Confédération canadienne. Ici, dans l’ancien hôtel du gouvernement, une suite ininterrompue de dîners, de bals, de concerts et autres fêtes sont donnés dans le cours de l’année par son Excellence. Les femmes des personnages politiques y viennent de toutes les parties du Canada. Quelques-unes de ces dames ont beaucoup voyagé dans l’ancien monde ; quelques-unes ont renoncé à des positions sociales plus élevées qu'aucune de celles accessibles dans le Dominion. D’autres sont venues de huttes de bois ou de ranches, de centres forestiers ou de villages de pêcheurs. Toutes nécessaire-
ment rapportent chez elles les impressions reçues à la cour vice- Les femmes canadiennes ont beaucoup de l'initiative, de la dextérité manuelle, des connaissances culinaires, du tact intuitif et de
royale.
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la vivacité d’esprit qui distinguent leurs sœurs des états voisins. Elles sont généralement plus conservatrices et peut-être plus persévérantes ; mais elles possèdent assurément à un haut degré la faculté d'imitation et d'adaptation ; et ce ne sont pas celles qui ont été mêlées antérieurement à la vie fashionable, qui sont le plus désireuses de la reproduire à leurs foyers ou qui y réussissent le mieux. Ainsi, s’il est vrai de dire que les personnes de bonne famille et de bonne éducation, —et elles sont nombreuses au Canada,-—n’ont pas besoin de manuel de politesse, toutefois il s’est établi de la sorte une école de bonnes manières dont les leçons ont l'utilité pour ainsi dire de la monnaie courante.
Il est à remarquer que les femmes canadiennes, même des classes qui ont le plus de loisirs, doivent donner beaucoup plus de leur temps à la conduite de leur maison, et à la surveillance de leurs enfants, que les femmes des pays où le service domestique est plus effectif. Il est également remarquable que les jeunes filles ainsi habituées à la compagnie de leurs mères sont laissées plus libres dans leurs relations avec leurs amis de l’un et l’autre sexe; elles ne sont pourtant pas dispensées d’être chaperonnées.
Si ce n’est dans les parties du pays où les habitations sont séparées par de grandes distances, le Canada est une terre de gaieté. En été, il n’est pas d’endroit si pauvre qui n’ait ses piques-niques et ses promenades sur l’eau. En hiver les glissades en /rafne sauvage, le patinage et les promenades en raquettes sont devenus presque caractéristiques de la race. A la campagne, les longues veillées au foyer
. de la famille rurale aisée, appellent les divertissements. L'hospitalité
du propriétaire canadien prospère, à la ville comme à la campagne, est proverbiale. Elle est de fait si large, que les personnes qui en sont l’objet, se figurent que cela va de soi, et ne se croient pas tenues, comme dans les sociétés plus anciennes, d'en témoigner, lorsqu'ils. sont en état de le faire, leur reconnaissance.
La vie sociale qui a son centre dans les grandes villes trouve son expression dans deux cercles distincts : ie monde élégant, et le monde universitaire ; il n’y a pas, toutefois, de ligne de démarcation très. nette. Au même degré de l'échelle sociale, on trouve généralrment plus de prodigalité, plus de luxe, plus d'élégance dans nos villes que dans celles de la Grande-Bretagne ou d’autres pays européens. Par suite, de grandes salles à dîner, de grands salons, des meubles coûteux, des fleurs rares, des confiseries exquises, sont regardés communément comme conditions nécessaires d’une hospitalité même modeste ; mais
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il s'en trouve un grand nombre qui conserve une préférence pour la simplicité. Les fêtes d'intérieur ont surtout le caractère anglais. Les invitations à dîner sont pour les sept ou huit heures du soir. Les toilettes de bal sont importées de Londres, de Paris ou de New-York, ou bien elles sortent des mains tout aussi habiles de nos meilleures modistes.
Les cercles et les sociétés de musique sont bien encouragés et obtiennent de bons résultats. Le théâtre de salon est apprécié ; mais ici comme ailleurs, les pièces jouées n'ont pas un grand mérite littéraire. Les groupes de fidèles des diverses églises et chapelles fournissent un nombre si grand de divertissements publics, qu'on peut les regarder comme institutions sociales autant que religieuses.
A Montréal un trait saillant de la vie sociale, c'est le grand nombre de tableaux de prix et autres objets d'art réunis dans les hôtels des particuliers le plus en vue, et qui donnent un cachet très distingué aux expositions publiques de la galerie d’art pour lesquelles fréquemment ils sont prêtés. Aussi bien à Montréal qu’à Toronto, la musique des concerts publics est souvent excellente. Toronto est les siège de la Vational Woman’s Art Society qui fait un bon travail de vulgarisation, et en développant le bon goût dans le vêtement et la décoration intérieure, ajoute assurément beaucoup au charme de la vie sociale.
Heureusement, pour notre jeune nation, les grandes lois naturelles qui ont toujours gouverné la vie en société opèrent rapidement la fusion de ses éléments divers en un tout de plus en pius homogène. La loyauté de l'habitant des colonies est intense au point presque d’être pathétique. Elle est pathétique parceque la Mère-Patrie n’a pas l’idée de sa force, et jusqu’à cette dernière guerre, ne se rendait pas cnmpte de sa valeur. La loyauté à la couronne est par excellence le trait de nature qui unit tous les colons britanniques l’un à l’autre. Puis, au second rang par la force, vient l'amour du sol natal, et ils sont rares ceux qui, ayant contemplé, avec les grands yeux étonnés de l'enfance, les beautés naturelles du Canada, ont l'âme assez peu sensible pour ne pas être prêts à mourir au besoin pour sa liberté.
LILY DOUGALL,.
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MOEURS CANADIENNES-FRANÇAISES. j q
Les traits caractéristiques de la race sont restés imprimés chez les descendants des premiers colons français dans le nouveau monde. L’observateur, cependant, ne peut s'empêcher de À remarquer l'influence que le climat, le À { milieu, le contact étranger ont eue sur le | développement du rameau transplanté k jadis sur les bords du Saint-Laurent.
Parmi les qualités. retenues de É.
l'héritage français, il y a l'aptitude aux à arts. Spontanément, sans culture, M jusque du fond de nos campagnes les talents surgissent. Nous avons nos À conteurs, nos troubadours, nos musiciens populaires dont l'instruction et l’occasion auraient certainement fait les créateurs d'un art national. Malheureusement, ‘34 tout encouragement a, jusqu'ici, manqué au génie canadien-français, et lui manque encore.
Le culte du confort est le vice des pays dont le climat sévère fait du confort une nécessité. Dans notre Canada aux longs hivers, la mère de famille, déjà fort occupée par les exigences d’une propreté méticuleuse complique encore sa vie des rites du formalisme anglais.
Il n’est pas de meilleure ménagère. Dans son intérieur la vigilance la plus minutieuse,—qu’un terme d'adaptation canadienne traduit par ‘‘ particularité ’,—s’allie à des besoins d'élégance, qui, | s'ils n'atteignent pas toujours leur but, indiquent au moins une | tendance ne demandant pour s'épanouir qu'un peu d'éducation artistique. La maîtresse de la maison la plus ‘‘ particulière *’ donc, c'est-à-dire la plus soigneuse des infimes détails du ménage, ne renonce à aucune des autres obligations du décorum. Ses dome tiques, presque toujours féminines, ont une livrée coquette et impeccable et son activité qui ne connaît pas de détails insignifiants, s'étend au rangement du centième pot de confitures dans l’armoire aux provisions. La vraie ménagère canadienne, redoutable ennemie du microbe, est de celles qui, non contentes de brosser les
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meubles, récurent l'envers des tables. Les riches ne sont pas les seuis à cultiver cette perfection dans la tenue du ménage, En tout temps la porte entr'ouverte des chaumières montre au passant un ménage bien rangé, des ‘‘ catalognes ’’ propres et tendues à droit fil sur le plancher jaune d'un récent écurage, un poéle de fonte reluisant auquel le ‘‘ lit de parade,”” à l'air rigide et solennel, fait pendant.
La propreté est le luxe du pauvre comme du petit bourgeois. Tout plaisir, toute solennité sont précédés et rehaussés dans le peuple, par un ‘‘ berda ’’, ou ménage à fond. Les fêtes de Noël et de Pâques, —suprêmes réjouissances de la vie du paysan,—les noces, la visite paroissiale de M. le Curi perdraient beaucoup d'’attrait et de prestige s’ils n'étaient annoncés par de scrupuleux nettoyages. Plus l'événement est grand, plus le branle-bas est considérable, Un petit coin négligé laisserait le même remords qu’un péché non avoué sur la conscience.
Pour plus de perfection, à la veille des principaux jours fériés, chacun complète l’épurement général par une confession qui rend les Âmes aussi reluisantes que les meubles et répand une atmosphère de sérénité dans un intérieur harmonisé d'avance à l'état de grâce de la famille. Au sein même des villes cette antique tradition fleurit dans nos patriarcales familles françaises. Rares encore sont les mondaines qui osent briser avec la coutume héréditaire. Les exceptions se font plus communes chez les citadins. L’hommet surtout dans le mouvement fiévreux des cités, est plus facilemen, entrainé vers l'indifférence religieuse. Il ne possède pas comme la femme,—suivant l'expression de Lamennais, —cette lumière plus intime et plus immédiate qui fait d'elle au milieu de la confusion des idées et de la révolution des systèmes, la gardienne pieuse et incorruptible des croyances par lesquelles l'humanité subsiste.
L'idée religieuse éclaire et domine la vie de la femme canadienne-française. On a pu penser quelquefois, en voyant son étroite obéissance à l'autorité du prêtre que sa soumission, poussée jusqu'à la servilité appelait la tyrannie. On s’est trompé. L'influence cléricale dans la famille n’a rien d’excessif. : Sollicitée par la confiance, elle s’y exerce discrètement et salutairement, A supposer qu’un tel pouvoir tendrait à l'abus, l'indépendance caractéristique du citoyen canadien, —normand croisé de breton, féru de ses droits et sachant les défendre sans oublier le respect dû aux personnes, —aurait bientôt fait de le ramener aux limites de juridiction. Ille prouve dans ses relations d’affaires avec son curé. Pour
ce qui est des questions d'administration, comme marguillier, ou encore sur le terrain politique, quand l'homme d'église a la malencontreuse idée de s’y aventurer, Jean-Baptiste ne se fait pas faute de ‘‘ tenir son bout’ comme il le dit. A ce respect universel de la discipline religieuse, on doit attribuer la régularité de nos mœurs familliales.
L'éducation reçue dans les couvents par la jeune fille, jointe à l'exemple qu'elle trouve chez sa mère, la prépare à la vie de devoir, paisible, heureuse ou résignée qui deviendra la sienne après le mariage, S'il y a un inconvénient toutefois à la tutelle du couvent, c’est celui de désintéresser les mères de la formation psychologique de leurs enfants et de faire qu’elles confient d'une façon trop absolue à des mains pieuses et dévouées, mais étrangères, la responsabilité d’une tâche que la divination maternelle peut le mieux accomplir. ‘
Cependant après le vasselage du pensionnat et le ‘‘ dorlottement ”’ du toit paternel, deux agents dont l'influence soporeuse semblerait devoir être fatale à la forte trempe du caractère, l'enfant, mariée d’hier,—Dieu sait avec quelle optimiste inconscience, —trouve spontanément en elle des réserve d'énergie et de volonté pour affronter les charges de la nouvelle vie qui s'offre. Avec le joli sérieux des fillettes jouant ‘‘ à la mère ”’, elle accomplit les obligations variées et délicates d’une maîtresse de maison, sans compter sur d'autres forces que les siennes, sans que sa jeune et intuitive expérience s’effarouche des difficultés du ménage. La maternité l’assagit encore en la confirmant dans la pratique de l’abnégation. La coquetterie, si peu qu’elle en ait, s'use chaque jour davantage chez la jeune mère canadienne, par l'exercice de l'oubli d'elle-même en faveur de ses bien-aimés petits. Ses quarante ans n’ont pas sonné que, d'elle-même elle prend sa retraite, renonce aux couleurs voyantes dans sa toilette et se range enfin parmi les douairières.
On dit beaucoup de bieri des mariages d’inclination. Au Canada, |
au moins, on ne croit qu'à ceux-là ; il est avéré qu'ils réussissent, non par ce que la raison n’y préside pas, mais, au contraire, à cause de la double dose qu’on y met après, quand l’inclination, plus séduisante, mais moins solide que le raisonnement, vient à faire faillite.
Le divorce n'existe pas à l’état de loi dans notre pays. Le Sérat, dans certains cas, sous prétexte de circonstances exceptionnelles dont il est juge, l'accorde par un ‘‘bill’” spécial, mais les catholiques ne s’en prévalent point.
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Une fois mariés, il est entendu que c’est pour la vie; si l'on s'est trompé, on songe plutôt à s'accommoder de son sort, à en tirer le meilleur parti possible qu'à se désespérer inutilement, L'enfant, ou plutôt les enfants, sont presque toujours les sauveurs de ces situations dangereuses.
On ne se borne guère, en effet, à l'unité chez les Canadiens. Il serait plus aisé de compter dans nos maisons les tables autour desquelles dix et douze convives mangent la soupe familiale, que celles ou trois seulement s'asseyent,
La jeune fille, gâtée sous le toit paternel, le serait encore par son mari, si d'elle-même, elle ne comprenait son devoir et ne tâchait de s'élever à sa hauteur. L'homme n’est pas éducateur, au moins dans le domaine domestique, où on le trouve plutôt disposé à prendre les choses telles qu'elles sont. Le mari se borne à jouir avec une surprise étonnée, des qualités que la vie commune lui révèle en sa compagne, et ne se montre pas exigeant sous le rapport intellectuel. S'il n’en tient qu’à lui, elle sera donc entretenue dans l'ignorance d’une importante partie de son rôle. Pour lui, il souffre des lacunes, s’il y en a, il les subit; ou bien, il se console autrement.
Pareille conduite p.ocède plutôt d’une confiance excessive que de l'indifférence, ou de l’apathie, souvent reproché au Canadien. Notre compatriote semble prendre pour acquis qu’il épouse une perfection. L'heure venue d'élever les enfants, la même confiance fait qu'il se décharge volontiers sur les épaeuls de la mère, de la plus grande part du fardeau. Le sentiment d’irresponsabilité dans lequel, au début, on laisse s'endormir la jeune femme, voilà pourtant la cause de l’imprévoyance qui règne généralement dans nos habitudes. L'épargne n'existe qu’à l’état d'exception.
La femme de l'aristocratie, pour sa part, peu instruite des affaires de son mari et libre d’ailleurs pour la dépense comme en toute chose, va jusqu’à la limite du budget conjugal, et le dépasse aussi, à moins qu’elle ne soit instinctivement économe. Le plus souvent les Canadiens, un peu bohêmes, ne craignent pas l'avenir. L'on se fie pour l'établissement des enfants à la grâce de Dieu, aux heureuses chances qui amèneront les bons partis, les excellents et les passables, En attendant, on les choie, les pauvres petits, on leur donne tout ce qu’on peut, en compensation de privations éventuelles, Il se produit effectivement de grandes inégalités dans la situation des frères et des sœurs, suivant leur instruction, leurs talents, leur beauté, etc. Il y en a au haut, et au bas de l'échelle ;
il y a des riches et des pauvres, des hommes d'état et des ouvriers. Il se fait ainsi, un perpétuel échange entre les classes ; les uns montant, les autres descendant, Il ne faudrait pas se figurer qu'au sein de cette démocratie sans cesse en évolution, le sentiment aristo. cratique soit ignoré. On y est, au contraire, très chatouilleux sur le chapitre des préséances fraîchement conquises.
Là où l'état d’irresponsabilité admis et toléré chez ia femme, a les plus sérieuses conséquences, c'est quand il produit une insuffisance intellectuelle, nuisible à l'éducation de la famille. Beaucoup de mères en ressentent le malheur, mais trop tard, quand elles se trouvent sans prestige, sans prise sur sa raison, moralement impuissantes, devant un fils qui grandit.
La canadienne, si sage, si intelligente, n'a guère le goût des lectures sérieuses. On compterait celles qui ont leur bibliothèque. Notre pays, au reste, souffre d’une disette de livres. On sort du couvent avec un excellent fonds de notions générales qui ne demardent qu’à être développées ; mais rien ne favorise ni ne stimule le désir de se cultiver. Si l'indifférence en matière de haute culture règne presque généralement depuis un demi siècle chez les femmes canadiennes ; si les ‘‘salons’’ sont inconnus parmi nous, les hommes eux-mêmes, séparant absolument l'idée de plaisir intellectuel de celle de délassement social, —il faut reconnaître qu’un réveil s'est opéré depuis quelques années.
Le mouvement inusité a fait craindre à quelques-uns une invasion du ‘‘ Féminisme ”’. On a habillé de ce nom en d’autres pays, il est vrai, bien idaces et des eccentricités qui ne s’acclimate. ront jamais our ne c’er qu’un des effets du réveil dont nous par’ a fondation d’une chaire de littérature pour les femmes, . ,51 bien que pour les hommes, à l’Université Laral, est venue à la suite des revendications de quelques-unes d’entre elles. Des femmes instruites, lettrées même, nous n’avons pas voulu dire que l’espèce n’en existe pas ; il y en a toujours eu au Canada français.
De nos jours l’opinion publique, plus généreuse que le monde, les absout. Dans la société on met plusieurs conditions au pardon ; une modestie, un effacement complet d’abord ; puis, une maison mieux tenue, des enfants plus soignés que qui que ce soit. On passerait à d’autres un dîner retardé, un grain de poussière sur la cheminée du salon, une négligence de service, un bouton absent au veston du mari. À celles-là point. Il n’y a pas là trop à récriminer, car
Lyriers.
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ne invaes pays, climatereil dont pour les Laral, s d’entre bas voulu
Canada
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on a raison d'attendre de la femme, avant toute chose, qu’elle maintienne l'ordre dans son intérieur et qu'elle fasse le bonheur des siens,
La vraie coquette est un type inconnu. Celle qui montrerait des dispositions à le devenir serait bientôt classée—ou déclassée, si l'on veut. C’est à peine si dans nos capitales et notre cité de Montréal nous pouvons montrer ce qui ressemble à la grande mondaine. Et encore, celle-là participe toujours de quelques unes des vertus de la Mère Gigogne. Sous les préciosités de ses élégances il faut que le bout de l'oreille de la ménagère perce. Je vous dénonce ces excellentes croquignoles que vous mangez à sa table. Leur délicatesse trahit la marque de fabrique et équivaut à sa signature. Nous ne sommes encore, du reste, à cette période heureuse de notre vie sociale, où, selon l'expression connue, le vice s'il existe—rend à la vertu le tribut d'hypocrisie.
Les plaisirs, les distractions de la femme du monde ressemblent à ceux de ses pareilles dans les autres pays. Au fond, ils n’en sont que le pastiche, à cause de ce fait que l'esprit de sociabilité n'existe plus que du côté de la femme ; si le lien social subsiste, si l’on se fréquente encore de famille à famille, cela n’est dû qu’à elle. Les hommes se sont affranchis de toute obligation. Ils ne font plus de visites, excepté dans le cercle d’une très restreinte intimité. Leur participation au fonctionnement de l'organisation mondaïine se borne à accepter de temps à autre, une invitation à une soirée de cartes, à un diner, à un ‘‘ At Home”. Or, pour leur en adoucir la corvée, : le fumoir est tou, aurs là, offrant un refuge aux plus importants qui rougiraient d’être surpris ayant l'air de s'amuser au milieu d'un groupe féminin.
Un journal anglais de cette province pouvait encore, il y a quelques années, rendre à notre population canadienne-française le témoignage qu’elle détenait le monopole de la galanterie, et ajouter que la jeunesse masculine anglo-saxonne <’{iait policée à notre contact. Je crains bien que nous ne soyons en chemin de mériter de moins en moins un tel éloge. Cette fleur de la civilisation française que, nos pères ont su conserver si longtemps vivace, la galanterie, se meurt ; ou, du moins, elle s’est tellement étiolée qu’on ne la reconnaît plus. L’urbanité qui ne se dément pas et qui semble rechercher les occasions de s'exercer ; cette exqui.e politesse indistinctement étendue à tous, devient par trop héroïque pour nos temps positifs. On ne fait plus guère de frais, aujourd’hui, que pour ceux qui nous plaisent.
Les bals ne sont donc à peu près fréquentés que par la jeunesse. Les parents, d’ailleurs, n’y sont généralemetit pas invités. La liberté d'aller ainsi dans le monde sous le patronage nominal d’un frère ou en compagnie de quelques sœurs et cousines ne semble pas présenter trop d'inconvénients puisque les parents, et des plus austères, la tolèrent.
Pour plusieurs de la classe moyenne, l’idée de plaisir est intimement associée à celle de bie aisance. Les fêtes de charité dont le profits ont couvert le pays d'institutions magnifiques, sont toujours organisées par les femmes. Au sein d'une petite ville, le bazar annuel de l'hôpital, est une espèce de foire qui mêle en une occasion unique tous les rangs, offre un spectacle capiteux aux tranquilles villageois et tranche vivement sur l'éternelle monotonie de leur existence. Dans le concours des générosités, dans l’assaut de zèle général, toutes les passions comprimées, se donnent libre carrière. Le dévouement, la vanité, la coquetterie, la charité, l'amour du commandement, le besoin de se dépenser, la jalousie, mouvements humains habituellement déguisés sous la timidité villageoise, étouffés par la banalité grise du train-train journalier, trouvent ici à la faveur du bon motif, leur soupape de sûreté. Quelle aubaine pour ces populations stagnantes! Quelle fièvre durant cette semaine de désarroi domestique !
A la campagne, le genre de vie ne diffère pas sensiblement des mœurs que nous avons défrites. Comme on parle le même langage d’un bout à l’autre du pays, on y a les mêmes habitudes, une façon identique de régler l'emploi des heures. L'amour du bien-être, du luxe, l’insouciance du lendemain se retrouvent là, quoique avec des exceptions plus nomtreuses. Car il faut observer que plus on se rapproche des classes laborieuses, plus les moyens diminuent, et plus l’importance de la femme et sa responsabilité augmentent. Chez l'ouvrier elle est des deux, l'associé le plus intéressé sans lequel rien ne se conclut. Aux champs, elle est l'arbitre suprême dont l'influence dicte au mari, souvent jusqu'à la manière de voter :—‘' C'est la créature qui décide ça ’’, dira volonticr notre paysan. Chez ces bonnes gens la somme énorme de travail que la femme contribue pour sa part aux intérêts de la famille, jointe à sa finesse naturelle et à son tact supérieur, lui donnent sur les siens une grande autorité morale.
L'hospitalité proverbiale du Canadien, comme toutes les bonnes traditions de notre race, se conservent surtout dans les mœurs
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ZJOEURS CANADIENNES FRANÇAISE 31
campagnardes. L'hôte y est toujours parfaitement reçu. L'exiguité du logis ou la modicité des moyens ne sont pas des raisons valables pour se dispenser de le bien acceuillir. On se priverait plutôt pendant une semaine ; on donnerait son propre lit.
Le retour des fêtes fait grande sensation dans les districts ruraux, Dans les vastes cuisines où grouille toute la famille, s’élaborent les régals et les joies en perspective. Tandis que sur le poêle encombré de marmites mijotantes, rissole la croquignole parfumée, sous l’active surveillance de la mère, d'autres pétrissent la pâte deS innombrables ‘‘tourtières’’, assaisonnent les ragoûts, vident les volailles qu’on va tout-à-l’heure mettre à la gelée dans l'armoire aux provisions. À l'écart du va-et-vient des cuisinières, dans un coin, l’une des filles repasse la dentelle qui ornera les toilettes du réveillon de la nuit de Noël. Une autre encore dans l’embrasure de la fenêtre, se penche, absorbée, sur le chapeau qu’elle garnit- Les enfants, faisant irruption au retour de l'école, oublient de fermer la porte derrière eux, attirés tout de suite autour des chaudrons au savoureux fumet dont ils réclament le gratin avec des airs de convoitise passionnée. Le temps d’abstinence où l’on fabrique toutes ces bonnes choses, double l'attrait de leurs promesses ; il vaut de bons moments à la fillette gourmande qui n’est pas obligée au jeûne, et qu'on institue la goûteuse génétale.
Interrogée sur ses opinions politiques, la citoyenne serait assez embarrassée d'en formuler une. Il est vrai que dans une colonie où les affaires publiques se bornent d'ordinaire à des questions d'administration financière, les opinions ne courent pas les rues. Cependant, on trouve à la campagne, le type de la ‘‘ politicienne’’. Les débats sur les personnalités politiques, la discussion sur ie vote à donner, voilà encore une soupape à l’ardeur de certaines natures combatives. Autant que l’homme, la femme cède au préjugé. ‘Rouge’’ ou ‘‘ Bleue” de naissance ou par alliance, elle défend sa couleur avec une extrême véhémence de sincérité.
Le sentiment de la nationalité ou l’idée patriotique n’est pas très accentuée, faute de culture. On s'appelle tout uniment : Canadienne. Cela signifie: le contraire d'anglaise, d’origine française. Il n’est pas indifférent de noter que l’air national de la province de Qué. bec chante les ‘‘ yeux doux ’’ de Josephte et commence par les mots :
‘Vive la Canadienne !’’ : Qu'on me permette de lui rendre, à mon tour, en finissant cette imparfaite esquisse, un juste témoignage.
En dépit de quelques lacunes dans son instruction, la femme canadienne représente au milieu de son peuple, la sagesse, Celui qui l'élève à la hauteur de sa confiance, la trouve de bon conseil. Sa douceur est comme une huile qui pénètre les mœurs. Sa droiture, sa pureté natives ont leur inconsciente influence. Elles conservent le culte de l’idéal. Elles transmettent de génération en génération, par l’exemple et l’atavisme, la bonté naturelle, la santé morale et physique. Sa patrie ne lui demande pas d’action d'éclat, et cependant les commencements de notre histoire ont démontré qu’elle sait au besoin se hausser aux plus nobles tâches. Depuis, en des temps plus pacifiques, le courage ne lui a jamais failli € ns l’accompliseement de son rôle patriotique : celui de principale collaboratrice dans l’œuvre d'expansion en Amérique, de la nation canadienne-française.
Ce n’est pas une Spartiate ; c'est mieux, peut-être, c’est une bonne mère.