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LES COMMUNAUTÉS DE CHARITÉS

Jésus-Christ, en établissant son

Église, confiait à ses apôtres le soin de

continuer sa divine mission d'enseigner,

de consoler, de soulager et de guérir. Le

christianisme, en effet, devait changer la

société. Les peuples habitués au despo-

tisme et à l’esclavage, écoutaient étonnés la nouvelle doctrine, toute

d'amour et de charité, et se convertissaient à la voix de Pierre, de

Paul, des autres apôtres et de leurs successeurs. Les siècles succé-

dant aux siècles, l’Église toujours immuable, traversait les années

de persécution, triomphait des hérésies et par son infaillible doctrine

donnait aux âmes la vie divine et surnaturelle qu’apportent au chrétien la foi, l'espérance et la charité.

La foi, cette lumière qui révèle à l’homme les vérités fondamentales de la religion, l'espérance, cette confiance dans la réalisation des promesses éternelles, seraient cependant insuffisantes sans la charité. Ilne suffit pas de croire et d’espérer, il faut encore

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Les œuvres de la foi et de l'amour ont été de tous les âges. A la suite des apôtres, des milliers de chrétiens ont scellé de leur sang leur foi et leur amour ; la pensée du ciel a peuplé la Thébaïde de pénitents et de pénitentes ; des monastères ont surgi au sein des villes et de la forêt, ouvrant un refuge aux âmes attristées par les crimes si communs aux siècles barbares et venant s’ensevelir dans le calme et la solitude et prier pour le salut de tous. EtlÉglise, cette mère toujours jeune et toujours féconde, suivant et protégeant l'humanité dans sa marche douloureuse à travers les siècles, n’a cessé de multiplier les œuvres pour le soulagement de toutes les misères, la consolation de toutes les peines.

C’est par l’établissement des hôpitaux que les ordres d'hommes et de femmes viennent d’abord au secours de l'humanité souffrante. Les hospitalières, du fond de leurs cloîtres, reçoivent et soignent partout les malades pansent, les plaies des blessés jusqu’au jour fixé par la Providence, où apparaît dans le monde le plus grand des philanthropes, saint Vincent de Paul, venant donner à l’amour de Dieu et du prochain sa plus merveilleuse expression en créant la ‘‘ fille de charité ’’. Mais l’Europe n’est bientôt plus assez vaste pour satisfaire le besoin de se donner, de se dévouer. L'Afrique et l'Inde ouvrent à l'apostolat un champ nouveau, et 1’ Amérique agrandit encore son domaine.

L: première communauté établie au Canada fut celle des religieuses hospitalières de la Miséricorde de Jésus, choisies par Mme la duchesse d’Aïguillon, qui consacrait sa fortune à promouvoir les intérêts de la religion dans la Nouvelle-France. Parties de Dieppe en 163;,, elles vinrent fonder à Québec une colonie de leur ordre, tandis qu’une communauté de La Flèche, les Hospitalières de

aint-Joseph, envoyait quelques-unes de ses religieuses à la suite de Jeanne Mance établir un hôpital à Ville-Marie. Une branche des Hospitalières de Québec allait, en 1893, fonder dans la basseville l'Hôpital-Général, destiné aux vieillards et aux infirmes. Et beaucoup plus tard, en 1873, à la demande de Mgr Taschereau et à l'inspiration d’un pieux laïque, quelques religieuses se détachaient de l’Hôpital-Général pour établir l Hôpital du Sacré-Cœur, de Saint- Sauveur, et se dévouer exclusivement aux incurables et aux enfants trouvés.

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C'est en 1659 que fut fondé à Montréal par Mlle Mance, l’Hôtel-Dieu, confié aux Hospitalières venues de La Flèche. En 1868, ces religieuses se chargeaient d’une mission exigeant un dévouement exceptionnel : quelques-unes d’entre elles quittaient à jamais leur maison mère et leur patrie pour aller s’enfermer avec les lépreux de ‘l'ricadie (Nouveau-Brunswick); elles ont depuis le soin du lazaret.

En 1746, la vénérable mère d’Vouville fondait à Montréal la communauté des sœurs de la Charité (Sœurs Grises), destinée à secourir les vieillards, les orphelins, les épileptiques, les cancéreux, les idiots, les aliénés. Les sœurs Grises ont d- maisons dans toutes les parties du pays et consacrent tout leu, temps et leur travail au soutien des malheureux qu'elles abritent. Les sœurs de la Charité ont constamment agrandi leur œuvre. A mesure que le missionnaire s’avançait dans les plaines du Nord-Ouest, la sœur Grise le suivait portant des secours aux pauvres sauvages, instruisant leurs enfants, recueillant leurs vieillards abandonnés. Dan; la ville de Montréal, les sœurs de la Charité se sont encore chargées d2 l'institution des Jeunes Aveugles, où leur admirable dévouement réussit à donner l'éducation à ces infortunés d’après les méthodes les plus perfectionnées.

En 1843, Mgr Bourget, voyant que les sœurs Grises ne pourraient bientôt plus suffire au nombreux besoins de Montréal, établit une autre communauté qui, comme celle des sœurs Grises, devait embrasser toutes les œuvres de charité. Fondées par une humble et sainte ferume Mme Gamelin, les sœurs de la Providence ont merveilleusement répondu à l’attente du pasteur qui les a établies, et aujourd’hui elles ont des maisons jusqu'à Vancouver et même dans les États-Unis, et jusqu’au Chili.

A Montréal, elles sont chargées de l’œuvre des sourdes-muettes et obtiennent des résultats surprenants. Elles sont parvenues grâce à la méthode orale à faire articuler les sons par leurs élèves, et elles leur donnent une éducation très étendue et qui leur procure des jouissances intellectuelles dont elles devaient par nature être à jamais privées.

Les sœurs de la Providence ont encore, dans le district de Montréal, le soin des aliénés, qui, à Québec, est confié aux sœurs Grises. De toutes les infirmités qui peuvent atteindre l’homme, la folie n’est-elle pas la plus triste? Les religieuses donnent à ces pauvres malades les soins le plus attentifs, et, si l’on considère

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l'énorme chiffre de 1500 aliénés à Montréal et à peu près autant à Québec, on aura une faible idée de la somme d2: dévouement dépensée par ces charitables religieuses, dont quelques-unes sont au même poste depuis vingt-sept ans !

Ajoutons à ces magnifiques œuvres, enfantées par la charité catholique, le refuge pour les femmes tombées, confié aux religieuses du Bon-Pasteur d'Angers, arrivées à Montréal en 1844. Recueillir ces malheureuses que le remords amène au repentir et à la pénitence, protéger l'enfant abandonné par des parents indignes, réformer la jeunesse qu'un mauvais instinct ou des exemples pernicieux ont poussée au vol et au libertinage, voilà le but des religieuses du Bon-Pasteur. L'état leur a aussi confié la surveillance des prisons des femmes.

Les religieuses de la Miséricorde devaient arriver à leur heure. Fondées par Mgr Bourget, évêque de Montreal, elles sont destinées à recueillir ces pauvres victimes de la séduction qui souvent autrefois recouraient à l’infanticide pour cacher leur faute. Sauver leur âme par le repentir, procurer à leurs enfants la grâce du baptême et leur assurer l'existence par des soins intelligents et maternels, voilà le résultat que cherche cette communauté.

Après cette énumération des nombreuses œuvres destinées à secourir les misères qui se rencontrent surtout dans es villes et les grands centres, nous arrivons à une de ces institutions qui méritent le plus d’attirer l'attention du penseur et de l'homme d'État : les orphelinats agricoles. L'institut établi à Montfort en 1884 a été fondé par M. le curé Rousselot et confié aux Filles de la Sagesse, qui doivent leur existence au bienheureux Grignon de Montfort. Recueillir les orphelines et les préparer à la vie dure et laborieuse de la femme du colon défricheur, tel est le but de cette fondation. Aussi y enseigne-t-on à la jeune fille, avec les connaissances élémentaires, le travail manuel que requiert l'entretien d'une ferme et les notions d'agriculture qui lui permettront d’aider plus tard celui qui l’aura choisie comme compagne. Enfin, pour couronner cet ensemble que nous venons de présenter au lecteur, arrive, en 1887, cette femme proclamée sans égale dans tous les pays qui ont le bonheur de la posséder : la petite sœur des Pauvres! Se dévouer au soin des vieillards et des infirmes et pourvoir à ‘us leurs besoins par leur travail et l’aumône qu’elles vont solliciter chaque matin, sans qu’il leur soit permis d’accumuler pour plus d’un jour, telle est l’œuvre admirable de ces véritables servantes des pauvres.

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L'église catholique du Canada peut être fière de la part qui lui revient dans le soulagement de toutes les misères. La série de ces œuvres, ouverte par l’arrivée des Hospitalières dans la colonie en +: 1 1637, s’est continuée par la création de ces nombreuses institutions cuir de bienfaisance que l’on trouve aujourd’hui dans toutes les parties

; du pays. Le malade, l’orphelin, le vieillard, l’infirme, l’incurable, HAUTE l’épileptique, le cancéreux, le lépreux ont été recueillis et soignés ; L'UOTIEE l'enfant abandonné a été sauvé de la mort; la femme déchue a vu

que descendre sur sa vie un rayon d'espérance ; enfin toutes les plaies physiques et morales, tous les délaissements, toutes les misères, tout | ce qui est douleur ici-bas a été adouci, consolé, guéri par la grande 14 et sublime vertu qui se nomme charité, c'est-à-dire amour de Dieu il et du prochain.

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