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UN APERÇU DE L’IMMIGRATION AU CANADA

Il nous suffit de jeter les yeux sur la carte du Canada et de

nous rappeler le nombre restreint de ses habitants pour reconnaître

combien il est important, dans l'intérêt

. de l’avenir prochain de notre pays, d’y

attirer la meilleure classe possible d’émi-

grants. Considérant le vaste territoire

compris entre les côtes de l’ Atlantique et

celles du Pacifique, et entre les limites

nord et sud de sa zone habitable, on a

peine à réaliser que la population de cette

immense étendue est de beaucoup infé-

rieure à celles de Londres et de Liverpool

réunies ; c’est à peine si elle dépasse

même de quelques milliers celle de

Londres. Il faut parcourir ses immen-

.sités couvertes de forêts profondes et de plaines presque illimitées

pour commencer à se rendre compte des vastes espaces qu'il reste à

coloniser, et des abondantes et séduisantes ressources qu'offre notre

pays. De nos jours, tout le monde accepte l'idée de la ‘‘ lutte pour

l'existence’, effet direct de la compétition et de l'excédent du

nombre sur les moyens de subsistance, et nous sommes tous forcés

d'admettre, au moins théoriquement, que, si rien ne vient entraver

la marche des événements, toutes les parties accessibles du globe

seront tôt ou tard habitées. A mesure que les régions inhabitées

deviennent d’un accès de plus en plus facile, elles attirent naturel-

lement le surplus des populations des centres surchargés ; et, c’est

pourquoi, dès qu’un gouvernement ouvre à la colonisation une cer-

taine partie de son territoire, il doit s’efforcer d'y attirer des élé-

ments sains et vigoureux qui puissent augmenter sa vitalité, et d'en éloigner tout élément contraire.

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IMMIGRA TION 437

En parcourant l’histoire de la colonisation du Canada, il est impossible de ne pas être frappé des avantages incontestables dont ce pays a été favorisé sous ce rapport. Notre pays n'a jamais été une colonie pénitentiaire ; il a échappé aux influences démoralisatrices de l'esclavage ; enfin, ses conditions climatériques et autres ne sont point de nature à y attirer les incapables et les paresseux. Le Canada a le droit d’être fier de ce qu'il ne compte, parmi ses habitants, aucune classe dont les ancêtres aient été des criminels, rebut et exécration des civilisés. Ille doit sans doute aux causes que nous venons de signaler ; et c’est un devoir sacré pour quiconque porte quelque intérêt à l’avenir glorieux de ce pays, d’empêcher, dans la mesure de ses forces et de son influence, que, soit par une :hilanthropie mal comprise, soit par une politique mesquine, on n’y introduise de ces éléments dangereux que l’on a su en écarter jusqu'ici.

Avant de nous occuper de l’avenir de l'immigration au Canada, jetons un regard sur son passé.

L'existence du Canada, du moins en ce qui concerne l’Europe, date de 1534, année que Cartier découvrit le fleuve Saint-Laurent. La création d’une nouvelle France devint dès lors une idée fixe à la cour de France,mais ce n’est guère que vers le commencement du siècle suivant que l’on tenta quelques efforts pour réaliser ce projet. En 1604, le sieur de Monts, suivi plus tard par quelques autres aventuriers, donna l'exemple en essayant d'établir quelques centres de colonisation au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle-Écosse. Vers le même temps, Champlain s'occupait activement de 1a vallée du Saint-Laurent ; mais le seul résultat de leurs efforts fut l’établissement de quelques comptoirs pour le commerce des fourrures. Chamylain mourut en 1633. Quelques années avant sa mort, son influence auprès du cardinal de Richelieu avait engagé celui-ci à former la compagnie des Cent-Associés, laquelle était en réalité une société de colonisation due à l'initiative du gouvernement, dans le but de stimuler et d'encourager l’émigration française au Canada. En retour de pouvoirs étendus et de privilèges importants, cette société devait entreprendre et développer l’œuvre de la colonisation; mais après un contrôle exclusif de trente années la société n'avait

obtenu que de bien piètres :ésultats.” La charte fut alors annulée et le Canada devint une province royale.

1 s’ensuivit une période d’heureux et rap de développement dont il serait impossible de trouver un exemple dans les annales

d'aucun autre pays. Le Canada a contracté alors envers la France une dette sacrée qu’il n’a point acquittée jusqu'à ce jour. Il doit, en partie du moins, sa prospérité, sa noblesse et sa valeur dans le passé et dans le présent au soin scrupuleux avec lequel furent choisis les premiers colons et à l’organisation intelligente qui permit, en les transplantant dans un nouveau pays, de leur conserver les influences favorables de leur ancien milieu. On pourrait comparer ces premiers colons à des plantes que l’on enlève du sol natal et que l’on transplante en cet état pour les accoutumer graduellement à un sol nouveau.

A l'exception d’un petit gronpe qui s'établit 4ans la Nouvelle- Écosse, l'immigration française se porta principale.1ent vers les bords du Saint-Laurent. Les premiers colons qui arrivèrent au Nouveau- Brunswick et dans l'Ontario, environ un siècle plus tard, étaient des Loyalistes de l’Empire-Uni.

Depuis la fondation de la première colonie, en Virginie, vers 1607, les plantations anglaises, au sud du 45e degré de latitude, avaient été très florissantes. Dès son début, l’émigration anglaise eut un caractère tout particulier. Les colonies sur les côtes de l'Atlantique furent uniquement le résultat soit d'entreprises privées comme en Virginie et au Maryland, soit de mouvements politiques ou religieux comprimés ou combattus, comme ce fut le cas pour le Nouveau-Brunswick. A peu près délaissés par la mère patrie, les colons anglais se multiplièrent et grandirent sur le sol américain, pleins d'activité, d'énergie et de confiance en eux-mêmes ; et, dès 1755, ils y formaient déjà une population d’un million et un quart.

Ii serait difficile de se figurer aujourd’hui ce qui serait advenu si les colonies françaises et anglaises eussent pu dès le début, se développer et croître paisiblement côte à côte. La question d’ailleurs serait absolument oïiseuse, attendu qu’elles n’ont point et ne pouvaient avoir la bonne fortune de vivre en paix, lorsque la guerre entre la France et l’Angleterre était, pour ainsi dire, à l’état chronique, et que le Canada fut trop souvent lechamp de bataille ou se vidèrent leurs querelles et leurs disputes.

La Nouvelle-Écosse, située entre les principaux établissements anglais et français, colonisée et” réclamée tour à tour par la France et par l’ Angleterre, était un perpétuel sujet de discorde ; et, lorsque les intérêts des diverses colonies vinrent en conflit dans la vallée de l'Ohio, cela suffit pour précipiter la lutte finale.

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