LA BALETTI
Elle était du pays de Mozart, mais on ne parlait pas encore de Mozart en France. Elle était venue chanter en italien sur la meilleure scène lyrique de Paris, le Théâtre de Monsieur. C’était la grande cantatrice des Bouffons.
Vois délicieuse, cordes aiguës, « beaucoup d’adresse dans les passages, beaucoup d’intérêt dans la cantabilité, » ainsi que s’exprimaient savamment les amateurs de 1789. Son style était large, comme disent les peintres; mais les gens du parterre ajoutaient que son jeu n’était pas très-
animé. La musique italienne n’en était qu’à Piccini, quand la musique française en était déjà à Gluck, car Gluck est un Français, et un grand Français.
Enfin Malibran vint!
On ne voulait, pas en rester à Rameau, pas plus que Rameau n’avait voulu en rester à Lulli. On venait de se disputer fanatiquement entre piccinistes et gluckistes, et déjà l’on cherchait plus loin que Piccini et que Gluck.
En attendant, l’Académie royale de Musique donnait du Gluck, le Théâtre de Monsieur donnait du Piccini.
Le même soir que la Baletti chanta dans la première représentation de la Buona Figliula du signor Piccini, on chanta exprès l'Iphigénie de Gluck.
On triompha des deux côtés.