ET
MADEMOISELLE MÉNARD
La Mandini ! On raffolait de sa beauté — beauté du diable — figure jolie au théâtre — désinvollée, lille dos airs — grâces françaises, grâces italiennes, grâces de tous les pays, hormis des pays barbares. Telle est la Mandini. On dirait Euterpe elle-même. Elle désarmait jusqu’aux Ésopes les plus bossus de la critique. Elle désarmait jusqu’aux femmes les plus armées.
FIN DE L’ALPHABET
Cependan t elle n’était point tout à fait chanteuse, aussi bien qu’Euterpe est musicienne. Ésope aurait peut-être eu raison ; mais comme elle avait un esprit si ravissant, Ésope aurait eu tort devant tout Paris, qui passe tout à l’esprit et qui passait tout à la Mandini. A beau bien chanter qui vient de loin, même d’Italie, il faut encore savoir plaire à l’esprit parisien. Evviva la Mandini, qui faisait les belles soirées du théâtre de Monsieur !
Mademoiselle Ménard était une bouquetière des boulevards, comme mademoiselle Isabelle. Selon Grimm, « voulant se retirer de cet état qui a un peu dégénéré de la noblesse de son origine, depuis que Glycère vendait des bouquets aux portes des temples à Athènes, elle a acheté une grammaire de Restaut, et s’est mise à étudier la langue et la prononciation française ; après quoi elle a essayé de jouer la comédie. Ce qu’il y a de sûr, c’est que, pendant son début, elle s’est adressée à tous les auteurs, musiciens et poètes, pour leur
demander conseil et profiter de leurs lumières avec un zèle vraiment iafatigable et une docilité qui a eu pour récompense les applaudissements qu’elle a obtenus dans les différents rôles qu’elle a joués. M. de Péquigny, aujourd’hui duc de Chaulnes, protecteur de ses charmes, ou, en style vulgaire, son entreteneur, l’afaitpeindreparGreuze.»
Qui donc possède aujourd’hui ce portrait, un chef-d’œuvre qui coûta un peu plus cher que l’original ?