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de Philidor; jamais rossignol ne secoua lant de perles, jamais chant printanier ne traversa le bocage avec tant de fraîcheur : c’était la rosée qui brille au matin sous un rayon de soleil. Madame de Pompadour applaudit avec enthousiasme.
— Jeune fille, vous ferez quelque jour une charmante princesse.
— Madame Arnould, qui était présente, craignant que sa fille ne jouât un trop grand rôle icibas, répondit à la marquise :
— Je ne sais, madame, comment vous l’entendez. Ma fille n’a point assez de fortune pour épouser un prince ; d’un autre côté, elle est trop bien élevée pour devenir une princesse de théâtre.
Cependant, Sophie Arnould était dans Je chemin de l’Opéra. Pour ne pas effrayer la mère, on lui dit d’abord que sa fille n’était inscrite que pour la musique du roi; mais bientôt Francoour, surintendant de la musique sous Louis XV, sollicita Sophie d’entrer à l’Opéra, lui disant qu’elle
se devait à la France comme au roi, que lous les cœurs du royaume battraient de plaisir à son chant divin.
— Aller à l’Opéra, dit-elle, c’est aller au diable ; mais enfin c’est ma destinée.
Nous sommes tous ainsi : nous mettons nos torts, quels qu’ils soient, sur le compte de la destinée. Madame Arnould voulut résister de tout son pouvoir maternel.
— Ce n’est point à l’Opéra, c’est au couvent que vous irez, dit-elle à Sophie en l’enfermant dans sa chambre.
Heureusement pour le diable que le roi de France daignait alors se mêler des plaisirs du public ; il signa l’ordre de conduire Sophie à l’Opéra par autorité de justice. La pauvre mère ne désespéra point encore de sauver cette vertu déjà si apprivoisée : elle veilla sur sa fille avec la plus grande sollicitude ; elle l’accompagnait à l’Opéra jusque dans les coulisses; les roués de 1757 avaient beau papillonner autour de la chanteuse, ils
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n’oblenaient pour toute faveur qu’un regard fou droyant de la mère.
Sophie Arnould débuta à dix-sept ans. Voici comment un gazetier du temps raconte son apparition à l’Opéra : « C’est- la comédienne la plus naturelle, la plus onctueuse, la plus charmante qu’on ait encore vue. Elle n’est pas belle, mais elle a tous les attraits de la beauté. Celle-là n’a pas été gâtée par les maîtres, elle est sortie telle quelle est des mains de la nature; aussi son début a été un triomphe.» Le gazetier se trompait : Sophie Arnould avait eu des maîtres; elle en prit d’autres encore. Mademoiselle Fel lui enseigna l’art du chant, mademoiselle Clairon lui enseigna l’art de la comédie.
Quinze jours après son début, Sophie Arnould
était adorée de tout Paris; quand elle devait paraître sur la scène, l’Opéra était envahi. « Je doute, disait Fréron, qu’on se donne tant de peine pour entrer au paradis. » Tous les gentilshommes du temps se disputaient la gloire de jeter, à son passage dans la coulisse, des bouquets à ses pieds. Elle passait avec nonchalance, comme si elle eût déjà été habituée à ne marcher que sur des roses. Madame Arnould, qui était elle-même une femme d’esprit, disait à ces charmants importuns :
— Ne jetez donc pas des épines sur son chemin. Mais la mère eut beau faire, elle eut beau ouvrir de grands yeux, l’Amour, qui ne voit goutte, se glissa entre elle et sa fille.
Parmi les gentilshommes qui s’obstinaient à folâtrer sur les pas de Sophie, le comte de Lauraguais était le plus amoureux ; il voulut que la victoire fût à lui. Il tenta d’abord d’enlever la belle dans la coulisse; cette première tentative échoua. Comme il avait de l’esprit et qu’il aimait
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les aventures, il imagina un moyen plus théâtral.
Un soir qu’il soupait avec ses amis, il leur déclara qu’avant quinze jours madame Arnould ne conduirait plus sa fille à l’Opéra.
Le lendemain, un jeune poëte de province débarqua sous le nom de Dorval à l’hôtel de Ponthieu. Ses bonnes façons et son air timide frappèrent madame Arnould ; il lui raconta, d’un grand air de naïveté, le but de son voyage : il avait laissé en Normandie une mère « qui vous ressemble, madame, » et une sœur « qui ressemble à mademoiselle Sophie, » pour venir chercher fortune à Paris dans les lettres.
— Pauvre enfant! s’écria madame Arnould, que n’êtes-vous resté là-bas auprès de votre mère et de votre soeur 1
— Ne désespérez pas encore, reprit Dorval ; j’ai là une tragédie digne d’être jouée par Lekain et Clairon. Ah ! que de nuits j’ai passées avec délices autour dé cetle œuvre de mes vingt ans I 11
faut bien vous le dire, madame, ce n’était pas seulement la gloire qui me souriait, c’était aussi l’amour.
Tout en parlant ainsi, Dorval jetait un regard de serpent à Sophie, qui écoutait avec la curiosité du cœur.
— Oui, madame, il y a dans mon pays une belle fille brune, maligne, enjouée, faite par l’amour; je l’aime à la folie.
— C’est, là une belle folie, murmura la chanteuse, séduite par l’air passionné du nouveau débarqué.
— Une belle folie, dit la mère en prenant sa mine sévère; ma fille, je ne vous conseille pas d’y tomber. Pour vous, monsieur, vous êtes bien à plaindre de venir chercher fortune à Paris eu compagnie de la poésie et de l’amour; amoureux et poète, c’est être ruiné deux fois.
— Je ne suis pas de votre avis, dit Dorval en regardant Sophie avec passion : n’ai -je pas tous les trésors du cœur sous la main ?
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— C’est assez déraisonner pour aujourd’hui, dit madame Arnould : M. Dorval, d’ailleurs, est sans doute fatigué. Voici la clef de sa chambre.
— Hélas ! pensa Sophie, qui aimait déjà à jouer sur les mots, il emporte la clef de mon cœur.
L’amour est éternellement condamné à jouer la comédie, à rechercher les masques, les surprises, les mensonges. L’amour qui va droit devant soi, sur la grande route commune, n’arrive
jamais : il meurt à moitié chemin; mais l’amour qui va par les sentiers couverts ne manque jamais son coup : il surprend et c’est fini. Les femmes cherchent autre chose que de l'amour dans le cœur des hommes, elles y cherchent de l’esprit. Elles tiennent toujours compte du roman qu’on prépare pour les vaincre ; car pour elles, l’amour est un roman : plus il est embrouillé, plus il les séduit. Le comte de Lauraguais connaissait bien les femmes. Débarquer de Normandie en poète naïf et spirituel, qui vient chercher
la gloire à Paris pour en couronner sa maîtresse, n’était-ce pas débarquer en vrai don Juan auprès d’une comédienne qui voulait d’abord donner son cœur ? Il faut le dire à la louange de Sophie Arnould, elle ne remarqua pas le comte de Lauraguais dans les coulisses de l’Opéra, où il arrivait toujours avec le fracas d’un prince héréditaire ; elle aima du premier coup Dorval, qui lui apparaissait dans le triste équipage d’un poète de province.
La conquête fut rapide ; au bout d’une semaine , le poète Dorval enlevait Sophie de l’hôtel Ponthieu. Jamais enlèvement ne fut plus doux et plus passionné : il la porta dans ses bras une demi-heure durant. Il avait donné rendezvous à son laquais; mais cet homme s’était trompé de rue. Un demi-siècle après, devenu pair de France et duc de Brancas, le comte de Lauraguais, racontait avec tout le feu de la jeunesse, cet enlèvement romanesque : « C’était Psyché, j’étais Zéphire; j’avais des ailes, les ailes de l’À-
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mour. Pauvre tourterelle effarée! elle était si légère sur mon cœur que je craignais de la voir s’envoler. » Elle se mit à pleurer : — Que dira ma mère ?
— J’ai pour vous une belle rivière de diamants. — Ma pauvre mère !
— J’ai aussi un collier de pierres fines.
— Qui la consolera?
— A propos, j’oubliais de vous dire que j’ai loué pour vous un petit hôtel, un peu mieux garni que celui de Ponthieu.
A cet instant le comte retrouva son carrosse. Le reste va sans dire : voilà pourquoi je ne le dis pas.
Cet événement mit en émoi la cour et la ville ; on plaignit à la fois madame de Lauraguais et Sophie Arnould. On sait que le comte de Laura-
guais se moquait de l’opinion comme d’une belle fille en carnaval qui change tous les jours de déguisements. Sophie était déjà à la mode dans le monde des passions profanes. Sa renommée resplendit d’un vif éclat; on ne l’avait comparée qu’à Orphée, on la compara à Sapho et à Ninon.
Comme elle avait de l’à-propos, une grande liberté d’esprit, des grâces folâtres dans le langage, il fut bientôt décidé qu’elle avait recueilli l’héritage de Fontenelle et de Piron ; chacune de ses reparties passa de bouche en bouche depuis Versailles jusqu’à la Courtille. Elle fut célébrée par toute la pléiade des poêles gazouilleursdu temps. Ce ne fut pas tout pour sa gloire; l’Encyclopé lie se donna rendez-vous chez elle pour faire de la philosophie en toute liberté ; il faut dire qu’on soupait chez Sophie Arnould mieux que partout ailleurs. Toute fière de ses succès du monde, elle n’oubliait pas l’Opéra, le théâtre de sa gloire ; elle chantait toujours d’une voix fraîche et mélodieuse ; elle jouait, en outre, avec toute la grâce
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et tout le sentiment d’une grande comédienne. Garrick, dans son voyage à Paris, déclara que mademoiselle Arnould était la seule actrice de l’Opéra qui frappait ses yeux et son cœur.
Malgré toutes les remontrances de la cour, le comte de Lauraguais continuait à vivre avec elle sous le même toit. Madame de Lauraguais, qui était le modèle des femmes sacrifiées, vendait ses diamants pour que son mari fit honneur à sa maison; mais Dieu sait les diamants qu’il aurait fallu vendre pour soutenir longtemps le luxe de Sophie Arnould! Son hôtel était un palais, son salon un musée, sa toilette une féerie. Au milieu de cette vie si folle et si fastueuse, le croirait-on? le comte de Lauraguais et mademoiselle Arnould s’aimaient toujours de l’amour le plus tendre.
Quatre années se passèrent ainsi, à la grande surprise des amis du comte et de la chanteuse. Jamais pareil amour ne s’était allumé sur les planches de l’Opéra. Sophie Arnould, on le devine, s’ennuya la première ; pendant une absence du
comte, elle décida qu’il était temps de rompre. Elle ne voulut rien garder de lui ; elle fit atteler le carrosse, y mit ses bijoux, ses dentelles, ses lettres, tout ce qui lui rappelait son bonheur avec lui :
— Ya, dit-elle à son laquais, conduis ce carrosse chez madame de Lauraguais ; tout ce qui est dedans lui appartient.
Comme le laquais s’en allait, elle le rappela :
— Attends , j’oubliais une chose importante.
Elle appela ses femmes :
— Qu’on m'apporte les deux enfants du comte. Ils sont bien à lui, dit-elle en se promenant.
On apporta les deux enfants, l’un encore au berceau, l’autre bégayant à peine. Elle les embrassa et leur dit adieu.
— Tiens, La Prairie, porte ces enfants dans le carrosse, et mène-les avec tout le reste.
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gu
La Prairie obéit sans mot dire, alla tout droit à l’hôtel de Lauragùais, où la comtesse était seule.
La pauvre femme accepta les enfants et renvoya les bijoux. On a souvent médit des femmes du xvut» siècle ; ce trait ne doit-il pas en absoudre beaucoup ? N’y a-t-il pas bien des femmes aujourd’hui qui garderaient ies bijoux et renverraient les enfants?
Là ne finit point l’amour des deux amants.
Après quelques infidélités, ils en revinrent au même point. Le scandale avait été grand dans Paris ; il fut plus grand encore à la nouvelle de ce raccommodement. Le comte fit plusieurs voyages; il est entendu que pendant ces absences Sophie Arnould laissa voyager son cœur.
— Ah! cruelle, lui dit le comte au retour, vous avez voyagé plus loin que moi.
-*• Pierre qui roule n’amasse pas de mousse, répondit-elle; mais, hélas! mon cœur a amassé de l’ennui. Le prince d’Hénin me feia mourir
avec ses bouquets , ses madrigaux et ses écus : c’est une vraie pluie d’amour.
— Attendez, lui dit le comte, je vais vous délivrer d’un prince si ennuyeux.
Le même jour, 11 février 1774, il assemble quatre docteurs de la Faculté de Paris.
— C’est une question importante, leur dit-il gravement : il faut savoir si l’on peut mourir d’ennui.
Après de mûres réflexions , les quatre docteurs se déclarèrent pour l’affirmative. Ils motivèrent leur jugement dans un long préambule; après quoi ils signèrent de Ja meilleure foi du monde.
— Et le remède? demanda le comte.
Ils décidèrent qu’il fallait distraire le malade, changer son horizon et Je délivrer des gens qui l’entouraient. Cette pièce en main, le comte s’en va droit chez un commissaire porter plainte contre le prince d’Hénin, sous prétexte qu’il obsédait mademoiselle Arnould au point de la faire mourir d’ennui. «Je requiers, en conséquence, qu’il
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soit enjoint au prince de s’abstenir de toute visite chez la chanteuse, jusqu’à ce qu'elle soit hors de la maladie d’ennui dont elle est atteinte, maladie qui la tuerait, selon la décision de la Faculté, ce qui serait un malheur public ou un malheur privé. » On devine que celte pla ; santerie se termina par un duel. Le prince et le comte se battirent si bien ou si mal, que, le soir même du duel, ils se rencontrèrent ensemble chez Sophie Arnould.
Peu de temps avant la Révolution, elle quitta le théâtre, les passions de l’Opéra et les passions du monde, pour se retirer à la campagne. Elle imita Voltaire, Choiseul, Boufllers; elle se passionna pour l’agriculture comme la reine Marie-Antoinette ; elle eut des vaches et des moutons ; elle fit du beurre et du fromage ; elle fana son foin et cueillit ses pois.
En pleine Révolution, elle vendit sa petite terre pour .acheter à Luzarches la maison des pénitents du tiers ordre de Saint-François. Comme elle avait toujours de l’esprit, elle fit graver cette inscription sur la porte : 7/e, missa est. Elle s’occupa de sa mort et de son salut. Celte femme, qui avait, comme Madeleine, jeté son cœur à tous les vents printaniers, profané son âme dans toutes les folles amours, se prépara à la mort avec une certaine volupté claustrale. Au bout du parc , dans le couvent en ruines, elle disposa son tombeau et fît inscrire sur la pierre ce verset de l’Ecriture : .
Milita remitluntur et peccata, quia dilexit multum.
Le croirait-on? les sans-culottes de Luzarches vinrent la troubler dans sa retraite, la prenant pour une religieuse et pour une ci-devant. Ils firent un malin une visite domiciliaire dans la maison des pénitents.
— Mes amis, leur dit-elle, je suis née femme
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libre, j’ai toujours été une citoyenne très-active, et je connais par cœur les droits de l’homme.
Les sans-culottes ne voulaient pas la croire sur parole; ils allaient l’emmeneren prison, lorsqu’un d’eux aperçut sur une console un buste de marbre : c’était Sophie Arnould dans le rôle d’Iphigénie. Cet homme, trompé sans doute par l’écharpe de la prêtresse, s’imagina que c’était le buste de Marat :
— C’est une bonne citoyenne, dit-il en saluant le marbre. ,
Il restait alors à Sophie Arnould trente mille
livres de rente et des amis sans nombre. En moins
de deux ans, elle perdit sa fortune et ses amis.
Elle revint à Paris avec quelques débris sauvés du
naufrage; un mauvais avocat, qui gouvernait son
bien, acheva de la ruiner. Elle tomba donc dans
une misère absolue et dans une solitude profonde.
Elle alla vainement frapper à la porte de tous
ceux qui l’avaient aimée; elle frappa à bien des
portes, mais c’était frapper sur la pierre des tom-
beaux : ceux qui l’avaient aimée n’étaient plus là. La prison, l’exil, l’échafaud, les avaient dispersés pour jamais. Elle fut réduite à aller demander assistance chez un perruquier qui l’avait coiffée en ses beaux jours. Cet homme demeurait dans la rue du Petit-Lion; il lui donna asile, mais dans un triste réduit sans lumière et sans cheminée, où la pauvre femme grelottait et s’éteignait. Elle payait cher les grandeurs passées ; certes, Madeleine ne traversa pas une pénitence si austère. Cependant elle chantait encore. «On a entendu, dit un journal, mêlée aux concerts mystérieux des obscurs théophilaniliropes, cette voix qui tonnait dans Armide et qui soupirait dans Psyché; on a gémi en pensant à l’incertitude des événements et aux mystères de la fatalité. »
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Un jour qu’elle était, comme de coutume, seule dans sa chambre; grelottant sans se plaindre, ne désespérant pas de son étoile, rebâtissant pour la millième fois le château écroulé des fêtes de sa vie, le perruquier entra chez elle.
— Eh bien, lui dit-elle avec humeur, est-ce qu’on entre ainsi sans se faire annoncer?
— Il est bien l’heure de plaisanter ! dit le perruquier d’un air fâcheux : savez-vous ce qui m’arrive? Décidément, on prend ma perruque pour une enseigne d’auberge ; le comte de T... est descendu chez moi.
— Le pauvre homme ! s’écria Sophie Arnould.
— Il arrive incognito d’Allemagne, sans un sou
vaillant. Dieu merci! si tous les gens que j’ai coiffés viennent me demander un gîte et du pain, me voilà bien loti !
Sophie Arnould descendit dans la boutique.
— C’est toi ! s’écria le comte de T... en se jetant à son cou.
— En vérité, dit-elle, il me semble que je lis un roman. L’exil est donc bien dur, que vous vous résignez à venir dans cette ville toute sanglante où vous n’avez plus d’amis? Croyez-moi, vous allez être plus exilé à Paris que chez le roi de Prusse.
— Qu’importe? dit le comte de T... ; n’aije pas trouvé un cœur qui se souvient de moi?
Ils s’embrassèrent encore et jurèrent de ne pas se séparer. Le perruquier logea son nouvel hôte dans un galetas du cinquième étage. Dès que le jour était venu, Sophie Arnould montait chez ui avec une tasse de café à la main ; ils partageaient fraternellement : après quoi ils devisaient
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du temps passé, pour oublier un peu les angoisses du présent. A l’heure du dîner, le perruquier les priait de descendre dans l’arrière-boutique, où l’on dînait tant bien que mal à la même table.
— Je n’ai qu’une table et qu’une soupière, disait ce brave homme, sans quoi je ne prendrais pas la liberté de dîner avec vous; mais, ajoutat-il avec un certain air malin, autre temps, autres mœurs.
Il y aurait un curieux chapitre à faire sur cet intérieur de perruquier hébergeant des hôtes illustres. Il y aurait à recueillir plus d’un mot spirituel, plus d’une pensée philosophique, plus d’un tableau profondément humain. 11 est bien regrettable que Sophie Arnould, qui écrivait des lettres charmantes, n’ait pas raconté en détail son séjour dans la rue du Petit-Lion. On ne sait ce que devint le comte de T..., je n’ai même pu découvrir son vrai nom. Les Mémoires disent qu’il avait été dans sa jeunesse « un
des plus jolis grappilleurs des espaliers de l’Opéra. »
Sophie Arnould retrouva son étoile avant de mourir. Fouché l’avait aimée ; devenu ministre en 1798, il reçut un matin en audience extraordinaire une femme qui disait avoir de précieuses confidences à lui faire touchant la sûreté de l’État. Il reconnut Sophie Arnould; il écouta son histoire avec émotion et décida, séance tenante, qu’une femme qui avait enchanté par sa voix et par ses yeux tous les cœurs, pendant plus de vingt ans, avait droit à une récompense nationale ; en conséquence, il signa le brevet d’une pension de vingt-quatre mille livres, et ordonna qu’un appartement lui fût donné à l’iiôtel d’Augevilliers. Sophie Arnould, qui, la veille, n’avait plus un seul ami, en vil venir un grand nombre à son hôtel. Tous les poètes du temps, qui étaient de mauvais poètes, tous les comédiens , tous les habitués du Caveau, se réunirent chez elle comme dans un autre hôtel de Rambouillet.
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Seulement, au lieu des préciosités du beau langage, on y répandait à pleins verres la gaieté gauloise.
On pourrait, à l’exemple des biographies, citer quelques beaux mots de Sophie Arnould; mais cet esprit n’a pas cours aujourd’hui parmi les honnêtes gens : c’est de l’esprit entre deux vins et entre deux amours *.
Elle a eu pour amants Rulhières et Beaumarchais ; on l’accuse d’avoir souvent emprunté de l’esprit à ses amants : pourquoi n’accuse-t-on pas aussi ses amants d’avoir quelquefois fait la roue avec son esprit ?
* Parmi les mots qu'on peut citer à la gloire de cet esprit si gai, si franc et si original, n’oublions pas celui-ci. Mademoiselle Guimartl avait écrit à Sophie Arnould une lettre d’injures où celle-ci était accusée d'avoir commis sept fois par jour les sept péchés capitaux; elle répliqua ainsi : Fait double entre nout. Et elle signa.
J’ai peint en pied Sophie Arnould. J’ai oublié bien des historiages.
Quand le buste de mademoiselle Clairon fut mis en vente, mademoiselle Arnould en doubla la première enchère, a II n’y eut personne qui se permit d’enchérir sur elle, et le buste lui fut ' adjugé. Toute l’assemblée applaudit à différentes reprises, b On lui envoya sur-le-champ Je quatrain suivant :
Belle déesse de la scène.
Tout Paris t’a cédé le buste de Clairon :
Il a connu les droits d’une sœur d’Apollon Sur un portrait de Melpomène.
Elle avait le secret, cette sœur d’Apollon, de chanter sans voix. L’abbé Galiani, au spectacle
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de la cour, voyant tout le monde s’extasier autour de lui sur la voix de mademoiselle Arnould, s’écria : En effet , c'est le plus bel asthme que j’aie jamais entendu!
Ce bel asthme soufflait dans un corps diaphane. Mais, sur la scène, Sophie Arnould se métamorphosait. Écoutez Grimm :
« Mettez à souper mademoiselle Ménard, fraîche, jeune,, piquante, à côté de mademoiselle Arnould, celle-ci vous paraîtra un squelette auprès d’elle ; mais au théâtre, ce squelette sera plein de grâce, de noblesse et de charme, tandis que la fraîche et piquante Ménard aura l’air gaupe. » C’est un livre à faire que la théorie de la perspective théâtrale.
Les pcëtes étaient tous caressants pour Sophie Arnould :
Quand de Psyché mourante aü milieu de l’orage, Arnould, les yeux en pleurs, me vient offrir l’image,
Et frémit sous la nue où brillent mille éclairs,
Puis-je entendre sà voix dans les fracas des airs?
J’aime avoir son effroi lorsque la fouilre gronde.
Et ses regards errants sur les gouffres de l'onde;
Ses sons plaintifs et sourds me pénètrent d’horreur, Et son silence même ajoute à ma terreur, urâce à l’illusion, je sens trembler la terre;
Cet airain, en roulant, me semble un vrai tonnerre : Ces flots que l’art soulève et sait assujettir Sont des flots écumants tout prêts à l'engloutir :
Et lorsque le flambeau des piles Euménides lielairc son désordre et ses grâces timides,
J éprouve sa frayeur, je frissonne, et je croi Entendre tout l’enfer rugir autour de moi!
En 1802, dans la même saison, on enterra sans bruit, sans éclat, sans pompe, trois femmes qui, durant près d’un demi-siècle, avaient rempli la France de l’éclat de leur beauté, du bruit de leur talent, des pompes de leurs amours : Sophie Arnould, mademoiselle Clairon et mademoiselle Dumesnil.
Sophie Arnould, se confessant à l’heure de la mort, raconta au curé de Saint-Germain-FAuxerrois toutes ses passions profanes. Comme elle lui parlait des fureurs jalouses du comte Lauraguais, celui qu’elle avait le plus aimé, le curé lui dit:
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— Ma« pauvre fille, quel mauvais temps vous avez traversé!
Elle s’écria avec des larmes dans les yeux :
— Ali ! c’était le bon temps! j’étais si malheureuse!
Ce trait de cœur, dont un poëte a fait un beau vers sans se donner beaucoup de peine, me console de tous les traits d’esprit de Sophie Arnould.
MADEMOISELLE GUIMARD
Houdon a moulé le pied de la Guimard que j’ai là sous la main. C'est le pied de la Chasseresse, fier, délicat, divin ! Praxitèle sculptant des déesses n’a pas taillé dans le marbre un plus beau pied.
Que ce beau pied a tenu de place sur la scène de l’Opéra et sur la scène du monde !
Au temps où Boissy mourait de misère, non pas comme Malfilâtre, qui du moins mourait seul, mais avec sa femme et ses enfants, la comédienne qui jouait ses pièces éclaboussait vingt poètes par ses carrosses. Au temps où Grétry et Jean-Jacques vivaient à la condition de dîner en ville, mademoiselle Guimard avait un palais et donnait à souper à un prince : je n’ai pas besoin d’ajouter qiie le musicien, son compagnon de gloire à l’Opéra, n’était pas invité au souper. Mais tout ce faux bruit et tout ce faux éclat ont fini par s’apaiser et s’effacer devant une gloire plus digne : la mort vient mettre tout le monde à sa • place. Aujourd’hui, le musicien nous charme encore ; mais qui se souvient de la danseuse qui l’éclaboussait? Un grand exemple : il n’y a pas un mois que mademoiselle Thévenin (qui connaît . anjourd’hui mademoiselle Thévenin, la rivale de Duthé?) vient de mourir à Fontainebleau, âgée de quatre-vingt-douze ans. « Une foule de grands seigneurs et de financiers s’étaient ruinés pour
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elle, au gré de ses caprices. » Elle est morte millionnaire et avare, sans penser à Dieu ni aux pauvres. Elle n’avait pas d’héritiers et elle n’a pas fait de testament, comme si la seule idée de donner après sa mort lui eût trop coûté. Mademoiselle Thévenin laisse cinquante mille livres de rente à l’État. Il est vrai que l’État est le premier pauvre du royaume.
Dieu ifle garde de jamais m’arrêter à un tel portrait! Si j’ai reproduit cette horrible mort, c’est pour venger au grand jour les pauvres que cette femme a déshérités durant sa vie et après sa mort. Je choisis mieux mes figures. Plus d’une tête charmante est à détacher de la galerie de l’Opéra. À côté de mademoiselle Thévenin, qui fut avare, on trouve mademoiselle GuimarJ , qui fut prodigue.
Mademoiselle Guimard joua un grand rôle dans sa vie à l’Opéra, à la ville, à la cour. D’abord elle • dansa, ensuite elle fit des passions, encore des passions, toujours des passions. Cent marquis se
ruinèrent pour elle mais, ce qui semblera beaucoup plus surprenant, c’est qu’elle mangea presque un fermier-général! Je ne vous dirai point le nom de ses amants : il me faudrait du temps et de la place; sachez seulement qu’elle comptait parmi les plus persévérants des ducs et des princes ; ainsi le duc d’Orléans, ainsi le prince de Soubise. Celui-ci surtout fut très-opiniâtre ; il persista à lui donner beaucoup d’argent. La Guimurd se résignait à toucher de çà, de là, par-ci, par-là, trois à quatre cent mille francs de revenu, sauf à en faire bon usage. Tantôt elle bâtissait un palais, tantôt elle faisait elle-même de larges aumônes aux pauvres de son quartier. Grimm raconte une de ses charités. Durant les grands froids de 1768, elle prend de l’argent sans compter; elle se met en marche toute seule, sans rien dire à personne ; elle monte dans les mansardes de son voisinage, elle s’informe de tous ceux qui souffrent de la rigueur de la saison ; elle donne à chaque famille sans pain de quoi vivre pendant un an. N’était-ce
MADEMOISELLE GUIMARD
pas la rosée bienfaisante dont parle l’Écriture ? Voilà qui ennoblit ses entrechats.
Touché jusqu’aux larmes de cette bonne œuvre, Marmontel adressa à la danseuse une longue épître : il faut dire qu’il dînait souvent chez mademoiselle Guimard. Cette action fit beaucoup de bruit; un prédicateur en parla dans un sermon, ne manquant pas d’évoquer à ce propos la sublime figure de Madeleine repentante :
« Ce n’est point encore Madeleine repentante, s’écria-t-il, mais c’est déjà Madeleine charitable : la main qui fait si bien l’aumône ne sera pas méconnue de saint Pierre quand elle ira frapper à la porte du paradis. »
Grimm, voyant tout le monde attendri :
a Et moi, j’ai envie de faire ici le rôle de ce bon curé de village, qui, ayant prêché à ses paysans la Passion de Notre-Seigneur et les voyant tous pleurer de l’excès de ses souffrances, eut quelque pitié de les renvoyer chez eux si affligés, et leur
dit : a Mes enfants, ne pleurez pourtant pas
» tant, car tout cela n’est peut-être pas vrai. »
L’histoire est vraie de point en point, d’autant plus vraie que la Guimard n’en a jamais dit un mot : c’est la police qui a constaté tous ces bienfaits. Du reste, Grimm a été un des lointains adorateurs de la Guimard :
1 « Je l’ai toujours tendrement aimée, écrit-il au roi de Prusse. On dit qu’elle a le son de la voix rauque et dur, c’est un furieux tort à mes oreilles; mais, comme je ne l’ai jamais entendue parler, ce défaut n’a pu diminuer ma passion pour elle. »
On a le droit de s'étonner des merveilleuses conquêtes de cette danseuse; mais à propos d’amour, il ne faut s’étonner de rien. Sitôt qu’on veut raisonner sur ce chapitre, on déraisonne. Non-seulement la Guimard n’était pas belle, mais elle n’était môme pas jolie. Il faut dire qu’elle avait ce je ne sais quoi d’indéfinissable qui séduit sans que l’esprit et le cœur sachent pourquoi. L’Amour n’est pas aveugle pour rien. Mademoi-
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selle Guimard avait plus qu’aucune autre de sa trempe l’art de mettre un bandeau sur les yeux qui la regardaient. Elle était maigre cftame une danseuse, à ce point que ses charitables compagnes la surnommaient l’Araignée : il est vrai que sa danse rappelait un peu les gambades des faucheux. Outre les gambades, elle excellait dans les rigodons, les tambourins, les loures, mais surtout dans les grands airs. Plus d’une fois, elle a fait fureur dans la gargouillade : elle pirouettait avec des ailes; mais son vrai triomphe était la danse capricieuse : ce fut pour elle qu’on fit les Caprices de Galalèc. Ce qui la distinguait encore, c'était l’afféterie : elle dansait comme Sterne écrivait; aussi Sterne,, qui la vit à son voyage en France, la déclara la plus fausse, la plus agaçante, la plus maniérée des danseuses. Heureusement puurelle que tout le monde n’était pas de l’avis de Sterne. Les admirateurs disaient tout simplement : * C’est la Volupté en personne. A elle seule elle représente les trois Grâces.» Mademoiselle Arnould,
i.es femmes nu diable
qu’on écoutait comme un oracle dans ce monde perverti, qpntre-balançait un peu ces éloges par des épigrammes. M. de Jarente, plus ou moins évêque d’un diocèse où il n’a jamais paru, aimait mademoiselle Guimard. Grâce à lui, elle était entrée dans les ordres, suivant son expression, et elle avait la feuille des bénéfices. De là- ce mot de mademoiselle Arnould : « Je ne conçois pas comment 'ce petit ver-à-soie est si maigre; il vit sur une si bonne feuille ! »
La Guimard, du reste, se moquait avec esprit des compliments et des satires. Elle était bien plus préoccupée d’un carrosse à changer, d’un palais à bâtir, d’une aumône à faire. Tous les journaux du temps s’entretiennent de sa maison surnommée le temple de Terpsichore. L’histoire ancienne parle de la courtisane Rhodope, qui faisait bâtir une des plus fameuses pyramides d’Égypte avec l’argent de ses adorateurs : la Guimard fit bâtir un palais, dans la Chaussée -d’ An tin, où se sont engloutis plus de trésors qu’il n’en eût fallu pour
MADEMOISELLE GUIMARD
élever deux pyramides. Le temple de Terpsichore renfermait, outre les grands et les petits appartements de la déesse, un jardin d’été et un jardin d’hiver, une bibliothèque de mauvais livres, une galerie de tableaux galants, un théâtre où venaient jouer avec délices les comédiens ordinaires du roi et tout ce qu’il y avait de talents dans les troupes vagabondes. On y trouvait aussi un petit temple à Paphos, et il y avait toujours quelqu’un à la porte. Les folies anciennes fournissent-elles un pareil exemple? « Il a fallu une défense des gentilshommes de la chambre pour empêcher les meilleurs de la troupe de la Comédie-Française et de la Comédie-Italienne d’aller jouer chez mademoiselle Guimard , parce qu’ensuite ils se reposaient et ne jouaient pas pour le public. » La danseuse brava la défense , habituée qu’elle était de commander en reine ; elle fut menacée de par le roi : elle répondit à la menace en donnant chez elle la parodie d’une fête de la cour. Quoiqu’un roi de France sût alors jeter à pleines mains l’ar-
gent par les fenêtres, la parodie de la fête fut plus brillante que la fête même. Spectacles, danses, festins, folies de tous les temps et de tous les pays, rien n'y manqua, le scandale moins que toute autre chose.
Le croira-t-on? La reine Marie-Antoinette, qui, comme tant d’autres, avait touché de ses lèvres la coupe fatale où s’enivrait ce siècle étourdi et sentimental, spirituel et déclamateur, appelait sans façon et sans y regarder à deux fois la Guimard à ses conseils de toilette. Il arrivait le plus souvent que la Guimard était la présidente du conseil, même en présence de la dame d’honneur, la princesse deChimay,de la dame d’atour, la comtesse d’Ossun, et de la dame du palais, la marquise de La Roche-Avmon. La surintendante même, chef du conseil, comme on disait alors, n’avait pas un mot à dire quand la Guimard paraissait à Versailles. La reine avait une confiance aveugle dans le bon goût de la danseuse. Made* moiselle Guimard par-ci, mademoiselle Guimard
M A l' E M O ISE LLK G U I M A R D
par-là ; mes cheveux sont-ils bien échafaudés? ces roses fleurissent-elles bien à mon corsage? » La danseuse répondait sans balancer à peu près comme si elle eût parlé à Sophie Arnould ; elle savait que l’étiquette était bannie de la cour de France depuis que madame Du Barry avait passé sur le trône. D’ailleurs elle traitait presque avec la reine de puissance à puissance. Tous les seigneurs qui papillonnaient à la cour n’avaient-ils point pirouettéchez elle? Le luxe de Trianon égalait-il celui du temple de Terpsichore ? La reine avait-elle, comme la danseuse (que dis-je, comme la danseuse!), comme la déesse de la danse, un jardin d’hiver où s’épanouissaient les plantes les plus rares.
La Guimard n’ignorait pas le prix que la reine attachait *à ses conseils. Ainsi, un jour qu’elle allait au Fort-l’Évêque, elle dit à sa dame d’honneur : « Ne pleure pas, Gothon : j’ai écrit à la reine que j’avais découvert une nouvelle façon d’é chafauderles cheveux ; je serai libreavant ce soir. »
Un journal du temps dit, en parlant de l’hôtel de la Guimard, que l’Amour en fit les frais et que la Volupté en dessina le plan. « Jamais, ajoute cejournal, ces divinités n’eurent en Grèce un temple plus digne de leur culte. » La danseuse avait son peintre ordinaire, qui n’était pas le premier venu: c’était Fragonard, qui prit pour elle sa palette la plus fraîche et la plus séduisante, son pinceau le plus léger et le plus spirituel. 11 commença vingt chefs-d’œuvre, mais ce fut David qui acheva tout, parce que Fragonard était devenu amoureux de la déesse.
Vous avez vu la Guimard à la cour et dans son palais ; voulez-vous la voir à Longchamp, le 29 mars 1 767? Il faisait par hasard, ce jour de la sombre semaine sainte, le plus beau soleil de
MADEMOISELLE GUIMARD
printemps. Toute la magnificence de Versailles et de Paris s’étalait splendidement à la promenade; mais parmi tous les carrosses, le plus admiré fut celui de la Guimard, traîné par quatre chevaux; c’était moins un carrosse qu’un char a digne, dit un journal, de contenir les grâces exquises de la moderne Terpsichore. » Rien ne manquait à cet équipage, ni les chevaux les plus fringants et les plus fiers, ni les peintures les plus jolies, ni les adorateurs les plus enthousiastes ; rien n’y manquait, pas même les armes ; au milieu de l’écusson on voyait un marc d’or d’où sortait un gui de chêne ; les Grâces servaient de support et les Amours couronnaient le cartouche, a Tout est ingénieux dans cet emblème, » ajoute le journal.
Ce n’était point assez pour mademoiselle Guimard d’avoir un temple à Paris; la reine Marie- Antoinette avait des maisons de plaisance, la déesse de l’Opéra se fit bâtir une maison de plaisance à Pantin. Écoutez Bachaumont : « 12 décembre 1768. On parle beaucoup des spectacle
magnifiques que donne à sa superbe maison de Pantin mademoiselle Guimar.l, si renommée par l’élégance de son goût, son luxe inouï, les philosophes, les beaux-esprits, les gens à laleqt de toute espèce qui composent sa cour et la rendent l’admiration du siècle. C’est à qui, parmi nos bons auteurs, sera joué sur son théâtre, et pour son amusement, c’est à qui, parmi nos comédiens célèbres, jouera pour lui plaire. M. le prince de Poubise est toujours au rang des spectateurs. On n’est admis à ces fêtes qu’après avoir été admis à la cour. Les fêtes de Néron n’étaient pas à la hauteur de celles-ci. »
Entre autres raisons, mademoiselle Gnimard
était renommée pour ses soupers, qui étaient les
plus merveilleux de Paris. Elle en donnait trois par semaine : le premier, composé des plus grands seigneurs de la cour ; le second, des poètes, d’ar tistes et de savants qui avaient mal soupé la veille chez madame Geoffrin ; le troisième n’était plus un souper, mais une orgie composée de comé-
MADEMOISELLE GUIMARD 307
diennes de toute espèce et de gens de toute qualité. Ainsi, le mardi, cette danseuse trônait sans façon au milieu des plus beaux noms de la France. Le jeudi, elle avait une cour de savants qui lui parlaient de Sapho et de Ninon, d’artistes qui la peignaient sous toutes les faces (Boucher la métarmorphosait en bergère et Fragonard en Diane chasseresse) ; de poètes, comme Dorât et Marmontel, qui chantaient ses grâces de la même voix qu’ils chantaient la reine. Le samedi, elle se
faisait déesse de la volupté, elle présidait au
banquet de la folie.
Or, les destins et les pots sont changeants. Six mois après toutes ces merveilles, Bachaumont inscrit sur scs tablettes : «Mademoiselle Guimard, dont les talents pour la danse sont les délices de Paris, est à la veille de faire banqueroute; elle a suspendu... ses fêtes. » Le prince de Soubise ayant à se plaindre d’elle, parce qu’elle avait trois ou quatre soupirants de plus que de coutume, venait de supprimer la pension de mille écus par
MADEMOISELLE GUIMARD
mon carrosse ; il y a, en outre, trente mille livres pour l’imprévu. — A merveille, monseigneur?
s’écrie mademoiselle Guimard;je n’avais plus de chevaux, faites entrer les vôtres dans mes écuries. » Bachaumont ne manque pas d’inscrire cette aventure sur ses tablettes. Il ajoute : « On ne dit point encore le nom de ce magnifique personnage , bien digne d’être inscrit dans les fastes de Cythère. On le croit étranger, ce qui est injurieux pour la galanterie française. » Bachaumont aurait bien dû terminer ici, comme plus haut, par un 'point d’exclamation.
Ce personnage, demeuré inconnu, poussa la folie jusqu’à vouloir épouser mademoiselle Guimard. Jamais femme ne se montra aussi effrayée d’une pareille proposition. Il est vrai que l’amoureux, ne pouvant la décider de bon gré, voulut la contraindre un pistolet à la main. Elle ne trouva d’autre parti à prendre que d’envoyer ses puissants amis chez le lieutenant de police pour
le prier de la mettre ;\ l’abri d’une telle violence. Le lieutenant de police fut dans un grand embarras : si l’amoureux se portait à quelque extrémité envers la déesse de l’Opéra, tout Paris serait en révolution. 11 se rendit en toute bâte chez mademoiselle Guimard:
— Quoi, mademoiselle, il se trouve un insolent...
— Oui, monsieur, un insolent qui a l’audace de me demander en mariage. Est-ce que je m’appartiens ?
— Non, vous êtes à toute la France. Et comme pour vous marier il faudrait abandonner l’Opéra le diable, ses pompes et ses œuvres... Ne vous effrayez pas, mademoiselle, nous veillerons sur vous.
— Mais, monsieur le lieutenant de police, songez que ses pistolets sont chargés. C’est à peine s il m’accorde six semaines pour me décider à ce parti extrême.
— Comptez sur nous ; dans six semaines, cet
homme mal élevé sera privé de vous voir, même à l’Opéra.
Le dénoûment fut tragique. Ayant reçu l’ordre de retourner sur-le-champ en Allemagne, cet enragé prince allemand, qui osait prétendre à la main d’une danseuse française, partit, mais enleva la Ouimard, que sans doute on n’aurait jamais revue à l’Opéra, si le prince de Soubise n’eût poursuivi le ravisseur en appareil de guerre. L’attaque fut vive, la défense héroïque. Trois morts restèrent sur le champ de bataille ; le ravisseur fut blessé grièvement, mais la Guimard fut sauvée ! Le prince de Soubise se rendit maître du carrosse où elle était évanouie.
Le prince de Soubise lui revint donc plus éperdument amoureux que jamais; il se montra jaloux au point que M. de Bordes, qui s’était ruiné pour -le plaisir d’être le chef d’orchestre et le maître de chapelle de la danseuse, fut invité à rie plus se présenter chez elle après le soleil couché.
Ici, en forme de pièces justificatives, ne puis-je
pas reproduire, à l'orthographé près, cette lettre inédite au prince de Soubise :
« Seigneur et maître,
» Est-ce donc là, cruel, le prix de tous mes sacrifices ? Qu’ai-je fait pour vous, ou plutôt que n’ai-je pas fait? Quoi I Vous parlez de m’abandonner ! Est-ce que je pourrais vivre sans vous ? car ne m’avez-vous pas habitué à des dépenses royales? C’était bien la peine de vous sacrifier des lords et des barons qui voulaient se ruiner pour moi! Cher Soubise, croyez-le, je vous ai aimé, je vous aime encore, je vous aimerai toujours comme dit la chanson. Vous avez beau faire, je ne crois pas un mot de votre lettre, n vous non plus, vous n’y croyez pas. Vous avez • voulu rire de mes chagrins; soyez content, j’ai pleuré. Oui, j’ai pleuré et vous savez que je ne suis pas une fontaine de larmes. Quels sont mes griefs? Ne me suis-je pas faite l'esclave de vos caprices ? Un soir, souvenez-vous-en, vous avez
MADEMOISELLE GUI MA RD
voulu (j’allais m’endormir) que je danse une gargouillade dans le plus simple appareil : c’était ridicule pour moi encore plus que pour vous, pourtant j’ai dansé. Est-ce que vous seriez jaloux de quelqu’un ? Votre rang ne vous met-il pas audessus de ce préjugé? D’ailleurs, vous le savez, si je danse pour tout le monde, mon cœur ne danse que pour vous. Vous voyez M. de Bordes d’un mauvais œil, vous avez bien tort; M. de Bordes n’est pas un homme, c’est un musicien. M. de Marmontel vous offusque; un poète? Allons donc ! nous ne rimons pas ensemble. Pour en revenir à M. de Bordes, n’oubliez pas que pour vous plaire, je lui ai défendu ma porte une fois le soleil couché ; je lui avaismème signifié un congé en bonne forme ; mais le pauvre homme en serait mort de douleur ; il est venu, il s’est jeté à genoux, il a * pleuré comme un enfant ; moi, tout attendrie, j’ai éclaté de rire, et je ne me suis pas sentie assez barbare pour le chasser, car il m’avait dit :
« Chassez-moi comme un chien, si vous voulez ne
plus me revoir. » Vous êtes bien difficile à vivre, mon cher Soubise. Si vous saviez comme ce pauvre homme jouait bien du violon ! Rien que d’y penser, voilà mes pieds qui commencent un menuet. N’en parlons plus, je sens que je redeviens triste. Venez me voir, je n’ai plus de cœur à rien : je suis capable de me porter • à quelque extrémité. Croiriez-vous que je songe quelquefois à me cacher dans un couvent? Ah ! cruel, comme il me serait plus doux de me cacher dans tes bras !
» Guimard. »
Le prince de Soubise était redevenu le trèshumble serviteur de toutes les fantaisies de la danseuse. Elle voulut avoir un droit de chasse pour sa table et pour ses amis dans les plaisirs du roi. Le prince, capitaine des chasses royales, lui accorda un des meilleurs cantons. Elle se fit peindre en Diane chasseresse, et s’amusa à délivrer aux plus grands seigneurs des permis de chasse.
MADEMOISELLE GÜIMARD
A la réouverture de son théâtre de ville, elle trouva de grands obstacles dans le duc. de Richelieu et l’archevêque de Paris ; mais comme elle avait plus d’amis que ces deux grands personnages, elle parvint à rouvrir. On devait donner la Vérité dans le vin; l’archevêque obtint cependant que cette pièce ne serait point représentée. « Il parait, dit la danseuse, que monseigneur ne veut pas que la vérité sorte du tonneau plus que du puits.»
Si vous voulez pénétrer dans les mystères de l’Opéra au xvm e siècle, daignez jeter encore un regard sur cette épître à mademoiselle Guimard
et aux sirènes de cette mer toute pleine de dan-
gers. C’est un effrayant tableau des mœurs de la
cour et de la ville en 1 775, signé par un Turc dé ,
toutes les académies mahomélanes : . *
* Ce n’est qu’avec admiration que j’envisage le haut point de gloire où vous et vos compagnes êtes parvenues. Nous ne sommes plus heureusement dans ce temps de barbarie où la vertu sévère régnait à l’ombre des lois. La douce licence, sous le nom de liberté, a ouvert enfin la carrière à nos vastes désirs; vous triomphez, divines enchanteresses, et vos charmes séducteurs ont changé la face de la France. Nos palais, nos hôtels ne sont plus aujourd’hui que la triste retraite du lugubre hymen, où d’indolentes épouses languissent dans l’ennui sous la garde d’un suisse chamarré, qui comme le marbre de sa porte, n’indique que l’hôtel du maître et la prison de sa triste moitié, tandis que la sémillante jeunesse, en foule dans vos petites maisons, y fixe l’amour et les jeux, et vos petits soupers font partout le désespoir des grands. Souveraines des modes, n’estce pas vous encore quilles donnez? Votre goût en décide ; vos plumes toisées deviennent la mesure commune. Telle n’ose vous imiter en grand qu;
MADEMOISELLE OUI M A R D 317
s’étudie à son miroir à vous copier en détail pour plaire ou prendre de plus beaux modèles. Siècle divin qui fait fouler aux pieds les préjugés, les lois et qui confondant tous les états, tous les âges, consacres tous les excès, tu seras à jamais célèbre dans l’histoire ! C’est à vous et à vos amies que l’on doit cette heureuse révolution dans nos mœurs ; à vous toutes en est la gloire et vous en jouissez. Soit que, traînées dans des chars élégants, vous embellissiez les boulevards poudreux, soit que, nymphes emplumées, la tête échafaudée et couverte de mille pompons, vous éclipsiez dans une première loge la modeste citoyenne, ou qu’au monotone Colysée, le front levé, l’œil assuré, vous étaliez vos grâces et fixiez sur vos pas une foule empressée, tous les regards ne sont-ils pas tournés sur vous? Moderne Panthéon, tu réunis toutes nos divinités et tous nos hommages ! Vos privilèges, déités du jour, sont aussi grands que sacrés; et comment ne le seraient-ils pas? Depuis
çette heureuse révolution rien ne vous arrête,
plus d’obstacles ! L’hymen tourné en ridicule, ose à peine se montrer ; vous paraissez publiquement dans les voilures de vos amants, vous portez leurs livrées, leurs couleurs, souvent les diamants de leurs épouses: vos petites maisons s’élèvent partout des débris des grandes et forment par leur nombre, dans les faubourgs de la capitale et sur les boulevards, une espèce d’enceinte, de circonvallation qui, la tenant bloquée, vous en assure à jamais l’empire. Vous prenez le plaisir en général pour but, tous les hommes pour objet et le bonheur public pour fin de vos sublimes spéculations. Oui, mesdemoiselles, vous êtes le luxe essentiel à un grand État, l’appcât puissant qui lui attire les étrangers et leurs» guinées : vingt modestes citoyennes valent moins au trésor royal qu’une seule d’entre vous; aussi êtes-vous hors de tous les rangs, à côté de tous les états, et les femmes par excellence de tous les hommes. »
En 1777, mademoiselle Guimard menait encore le même train de vie; écoutez un journal :
« 12 octobre. La parodie de l’opéra à’IIêraclide , jouée chez mademoiselle Guimard, l’a été une seconde fois à Choisy, la veille du départ de Fontainebleau. Le roi en a été si content, qu’il a donné une pension à l’auteur, Despréaux, danseur de l’Opéra. On peut juger par cette faveur combien Sa Majesté a encore l’ingénuité du bel âge et aime à rire. » Ce bon Louis XYI ! — « \ eT décembre. On a encore donné lundi, chez mademoiselle Guimard, la même parodie. On a commencé sur les dix heures devant la plus auguste assemblée, composée de princes du sang, de plusieurs ministres et d’un nombre de grands du royaume. »
Je vous le demande, qu’y avait-il de plus à la cour, si ce n’est un roi ennuyeux?
En 177G, on retrouve mademoiselle Guimard conduisant une révolution à l’Opéra, plus grave encore que celle des jupons courts, qui eut lieu sous la Camargo. Il s’agissait d’interdire la maternité aux danseuses. Mademoiselle Guimard
320 LES FEMMES DU D l A B LE
disait dans les assemblées : « Surtout, mesdames et messieurs, point de démissions combinées : c’est ce qui a perdu le parlement. »
Elle eut pourtant une passion sérieuse : un pauvre officier de fortune, qui jouait la comédie sur son théâtre, la séduisit par sa belle tête intelligente et triste. Elle n’eut pas le temps de l’aimer, maisellele pleura avec des larmes d’amour: il s’ôtait fait tuer en duel par un de ses amants. Quand celui-ci vint annoncer à la Guimard qu’il venait de tuer un drôle qui lui avait soutenu qu’il n’était pas aimé, elle s’abandonna à une douleur sans bornes et lui dit :
— C’est lui que j’aimais.
Vers 1780, mademoiselle Guimard tomba peu à peu dans l’oubli. Gà et là, les gazettes parlent un peu en passant de sa belle manière de' danser au théâtre et de pirouetter dans la vie. Mais c’est un sujet passé de mode, on cesse de se ruiner pour ses caprices, elle est trop connue de toutes les façons pour exciter encore la curiosité. Ainsi va la re*
MADEMOISELLE GUIMARD
nommée : on la regarde venir avec ardeur, on jette des branches de laurier sur son chemin, on la couronne d’immortelles. Une fois venue, on ne la traite plus que comme un vieil ami qui ne vous apprend rien de nouveau. On la voit partir sans regret, à peine si l’on prend le temps de lui dire adieu.
Oue devint la Guimard après ses fabuleux triomphes ? Ces bohémiennes de l’Opéra apparaissent sans dire d’où elles viennent, et disparaissent sans dire où elles vont. Garda-t-elle pour mourir un peu de sa scandaleuse fortune ? Se réveilla-t-elle effrayée, comme Fragonard, son peintre ordinaire, dans un autre monde, c’est-àdire sous la République une et indivisible? Ce qu’on -peut dire sans doute, c’est qu’elle mourut seule, sans emporter une larme, ni un souvenir, ni un regret.
Cependant comme Dieu n’oublie pas les aumônes faites à deux mains, la main de la fortune et la main du cœur, il lui sera beaucoup pardonné
là-haut. Faire l’aumône, c’est faire pénitence, c’est travailler pour Dieu, c’est dépouiller la robe de fête pour revêtir la robe de lin des pèlerins du ciel*.
* J’aurais voulu toujours ignorer la fin de cette destinée galante. Or, celle qui se disait la rivale d'une reine et qui luttait de magnificence avec un roi; celle qui, en qualité de déesse, trouvait le mariage indigne d’elle, finit par épouser, au lieu d’un prince allemand, le sieur Despréaux, professeur île grâces au Conservalcire, près de qui elle mourut silencieusement dans un vertueux intérieur du Marais!
FIN DE L’ALPHABET
MADEMOISELLE MAILLARD
Le maréchal de Câlinât avait un cuisinier, et ce cuisinier avait une fille. Ne pouvant être ni cuisinière ni maréchale, la jeune fille se fit rac commodeuse de dentelles. Les dentelles la menèrent aux Marionnettes. Elle entra au Jeu de Bertrand. Du Jeu de Bertrand elle sauta au théâtre
de Dolet. Enfin elle voulut goûter de la province. J’oublie de dire qu’elle se maria pendant toutes ces évolutions. Elle fit à Besançon la connaissance d’un jeune homme appelé Cave, qui portait alors le petit collet. Le petit collet eut un grand amour pour l’actrice. Un grand amour amène toujours un mariage, quel qu’il soit. Le mariage de Cavé lui fit changer son nom en celui de Maillard ; de là le nom de mademoiselle Maillard resté au théâtre. Un jour que Maillard était dans une boutique de coiffeur de la foire Saint-Laurent, mademoiselle Maillard passa pour aller au théâtre ; Maillard la salua, «Connaissez-vous donc celte ode actrice? lui demande un quidam. (Il y a toujours des quidams dans les boutiques de barbiers.) — Eh, cadédis! s’écrie Maillard en contrefaisant le Gascon et un vers de comédie :
* Au gré de mes désirs j’ai goûté de ta belle. »
— Touchez-là f s’écrie le quidam, je puis vous en dire autant. — Ah ! »
FIN DE L'ALPHABET 325
Sur ce mot, querelle et combat. Duel à l’épée. Blessure de Colin-Maillard. — Souvenez-vous, reprend le quidam, de ces vers de La Fontaine :
« Quand on l'ignore, ce n’est rien ;
Quand on le sait, c’est peu de chose. •
Du danger de faire des citations