MOCQUART
Quand un peu tout le moïKîe se dispersait aux eaux, elle se rendait volontiers k Kissingen, station fort en vogue où les chaleurs de l'été ramenaient une colonie française appartenant surtout aux milieux officiels. L^aniraation y était belle et vive. Les femmes fait saient assaut d^élégance. On n'accordait au régime de la source que le peu de temps laissé libre par les promenades et les réceptions. M"* Walewska était là foil en. vue, aux environs de 1866, quand Bènedetti, réceirinikeni nommé ambassadeur en Prusse, levait ce croquis épisr tolaire de son séj.our à Kissingen et des divertissements qu'on y prenait :
(1) Un domaine promis par la libéralité impériale au comte Walewski dàn» le 4épartement^des~ bandes.
« Kissingen, 17 juillet.
«... J*ai encore retrouvé ici, mande-t-il à Thouvenel, à mon retour de Nuremberg, les Walewski et la comtesse de La Bédoyère, et j*ai fait votre commission. Le comte Walewski m'a annoncé lui-môme son avènement au fauteuil de la présidence du Corps législatif. La tâche lui parait difficile ; mais, quand on a fait reconnaître l'empire à Londres et contraint ainsi l'Europe à renier son œuvre de 1815, on ne peut s'empêcher de le sauver, au Palais-Bourbon, du péril auquel il est exposé. La comtesse Walewska, se moquant des impertinences du temps, l'unique ennemi qu'elle ne réussit peut-être . pas à vaincre complètement, est toujours ravissante de grâce, de bonne humeur. Elle continue à devancer ou à faire la mode. Elle a, comme toujours et comme tout le monde, son chevalier servant, et c'est votre ami, le comte de Goltz, qui en joue le rôle à Kissingen. Il s'en acquitte avec assiduité. Il conduit la comtesse à la Source ; il ordonne les promenades et les fêtes ; il est son premier maître de la bouche ; il avait, en la précédant, fait les logements. Hier enfin, il a, en heureux et habile diplomate qu'il est, amené une rencontre avec l'impératrice d'Autriche, et il s'en est suivi une présentation sur la place de Kissingen, à l'heure où tous les étrangers s'y trouvaient réunis, véritable triomphé pour la comtesse et pour Goltz lui-même. »
D'autres fois, on allait au Mont-Dore. Elle habitait, dans c6 coin d'Auvergne, une villa qui n'avait non plus les aspects d'un ermitage. Des amis étaient invités. On y faisait étape, pour une ou plusieurs semaines. Gounod y passa une saison. Il avait composé là son opéra de la Reine de Sabat, et l'avait dédié à son hôtesse... Sur ce brillant passage, une ombre s'était glissée. Dès lors, Gounod donnait des signes de son malaise cérébral. On n'ignore pas qu'il faillit perdre la raison, qu'il côtoya les bords d'un demi-délire, et que, par crainte de pire extrémité, il avait dû se soumettre aux soins inétho-
I.A PRINCESSE klSE TROrBETSKOl, SfEUR UB LA urCHESSE DE MURNY. (D'après le tableau de Wlntcrhalter.)
■LA GOMTESBE WALEWSKA 2W-
cliques du docteur ^laiiûha. ILui-iBèiiQe se iPendait Aiiaii oairtple des aliemativec ùe fièvre ^ d'haMornatowi, »qui le (reprenaient par accëE. AuôsiittWL <qiie fie démonçaieBt les f&ohtiux (pTDdromeB, «en iOHle h&te il oieiQOiniœt cdiee de lameux aUénifile, 'Ou ae faisait adne«ier u^oedivu^B <Ae mmi personnel, capable -ée veiller swœ «a sastié 'CA ff élai^Bflr dfi liini les ipérils dkme vciùse fÈuB grave. Au MoRt-Dope, M"^ Wsl&mska^ qm nlesi était )p&£ itmaitbe, stvait «u la surprise de voir ans 'O&és (de (GrdNBiod ;u9i Jaoaome ÉtowA de noir v&tjLL, et ^ us He iquittait ipas pkvm 'que son ombïre. 01 ^atUachaiit ;à lees ipas, lui qpajÂaÂt à mi^oix, 'Ohu- •cboiait à .sem «osreiiUe. Suefl poaivait être œ Beoriiettr €i prévenant et en menue ^temps ai familier .?
« Je ne suis pas curieuse, dft-elle à son mari, mais je ne serais pas fâchée d'ajpprendre ce qu'il peut y a^ir de <o0i»rauia efltre «le Maître çSl son raystérieux acolyte. *»
Walewski M donna Texplication qu'effle désiratt. On matin, on devait Taire une cavalcade aux environs. Gounod s'en était réjoui d'avance, avec une gaieté d'enfant et dlartiste. Mais, au moment de monter en selle le personnage officieux était intervenu : M. Gounod ne devait pas s'écTiauffer... Il ne devait pas trop galoper. Et maintes recommandations de pareille sorte avaient suivi ceflle-cl.
Lor^gtemps plus tard, M°** Walewska me . confessait qu'ayant toujours eu grande f)eur .de deux- espèces de ^ens au monde : ies ihoj^s de .^ens par l'effet de la J)Qisson et les fous, -elle a*vait vu partir J'illustre ^omiposileur avec *une impo* esaion de .soulagement.
Mais retoumcms aux pa:p>siens «éjours.
Paoiie îà H'entraînememft et coraf^taisante aux gaîtës ^n circultrtian, M^* Walewska, qui n^avait pas cessé d^être oe?Ue que les ijeimes Mies 0t les jeunes dames fioretftânes avaient surnommée 1 la rieuse. M"" Walewska se irôpaaada'tt 3»eaueoup au deliors. On la voyait partout. A Twaëfcar de W» de Métternidh, ^lie étatt de toutes les parties; oorame par devoir et par pilaisir. Elle ne manqtra&it ni î)al6 ni soirées. Elle ne se refusait pas non plus aux aoeoramodemenls des tîrbleaux ligures, quand
on lui en exprimait le désir. A Compiègne, une aprèsmidi que Félicien David chantait sur Torgue, dans la coulisse, on Favait trouvée parfaite, jouant le rôle principal d'Herculanum. Chaque occasion la rencontrait avenante et dispose au plaisir de tous. Octave Feuillet. a raconté, là-dessus, une jolie anecdote.
M"** Walewska, la princesse Anna, la. duchesse de Montebello, Gounod, le fils de l'amiral Hamelin et Feuillet, assistaient au thé de l'impératrice avec le duc d'Athol et trois autres chefs écossais, aux jambes nues, arrivés, en leur costume national, des montagnes des Highlands. Sur les six heures et demie, à l'instante prière du romancier, l'impératrice demanda au duc de faire venir son joueur de cornemuse. Le piper arrive en grand uniforme et joue une marche guerrière, en se promenant gravement et militairement dans le salon. Cependant, on avait grande envie de voir les Ecossais danser leur danse nationale. Pour les décider et les mettre en train, l'impératrice, la princesse Anna et M"' Walewska n'hésitèrent pas. Se levant de leurs fauteuils, elles dansèrent avec eux une espèce de gigue calédonienne, comme de vraies filles d'Ecosse. L'élan était donné. Ils continuèrent seuls, et ce fut très intéressant à regarder.
M"' Walewska était en permanence aux « séries » de Compiègne. Des premières invitée chez le prince président^ elle y avait marqué de loin sa place dans le groupe des jolies personnes, qui devaient former avec elle, comme la comtesse plus tard duchesse de Persigny, la duchesse de Bassano, la comtesse Le Hon, la belle Valentine Haussmann, la non moins belle M"»* de Pourtalès et la duchesse de Cadore, le noyau de la Cour de Napoléon IIL Aux: réunions automnales de Compiègne, qui furent le point de départ des élégances et du luxe of flciels, elle fut des régulières, faisant cercle dans la fameuse loge, un peu en arrière des souverains, parmi celles dont les charmes variés, le resplendissement des parures, le goût et la splendeur des toilettes, attiraient tous les regards du reste de la salle. Par la haute situation du comte /Walewski et l'éclat qui en rejaillissait sur elle, par son attrait personnel et la faveur dont
on la savait entourée, elle ne pouvait y être que très remarquée.
Ce fut surtout en 1860 et en 1861, les années les plus brillantes « des Compiègnes ». Les récentes victoires de Magenta et de Solférino avaient redoré les aigles de TEmpire. D'autre part, les espérances de la paix ouvraient des horizons d'azur. Au mois de novembre 1860, la Cour était revenue, en la saison des chasses : et les fêtes avaient repris leur animation périodique avec un élan, un entrain inaccoutumés. Le prince Napoléon et la princesse Clotilde qui venaient d'unir leurs destinées politiques, bien plutôt que leurs âmes, étaient les hôtes de l'empereur, ainsi que le nouvel ambassadeur d'Autriche, le prince de Metternich. On avait les yeux bien ouverts, en même temps, sur la nouvelle arrivée : la princesse de Metternich, qui, dès les premiers jours, s'était signalée par son originalité propre, le caractère indépendant de son esprit et le goût à part de ses toilettes.
Pour ces hôtes illustres, les organisateurs des plaisirs de la Cour avaient redoublé d'empressement et d'ingéniosité. Les représentations théâtrales avaient ét^ rehaussées d'un intérêt nouveau, où le choix des ouvrages et la qualité des artistes répondaient à la distinction des spectateurs. On écoutait. On regardait, on comparait. Et, de l'avis des meilleurs arbitres de l'élégance, M"" Walewska, dans sa robe de satin blanc, les oreilles et le cou ornés de perles d'un grand prix, n'avait pas à souffrir du voisinage de la princesse de Metternich, en robe de tulle noir constellée de diamants.
ir
Le» hôtes ôlraogers au chÂteau de. Gcmpiègne. — Une oonwscsa^MHi avec Bismarck. — Visite de Frédéric-èuiîlauïne chez la comtesse. — (Une plaisante confusioa : lei»©i de Pi*u8»e et • E-eroj». — La nreiiiaare page dii portefeuille d'm' ministre. — Eatra rempejfcnr* et rimpératrice. — Api'ès le 4 septembre. — Le salon de M"« Wa> iBwska, à rhôtel de Flandre de Bruxelles. — Une lettre de l'Mers. — Retour en. Franoe; — Tnentb ans apirès.
Aui printemps; éa 1862^ Bi^narck avait échangea scm ambassade de SaintrPétersboucg œn-toe celle de Paris^ . poiu? n'y séioumeir que peu de temps, d'ailleursi, mais asaez' pour savoir à quoi s'en tenir sur la faiblesse relateve de rorganiflation nailitaire de la/ France et su* rindécieitm où flottait. La volonté diiTigeanle^ en matière de politique extérieure.
il se rendait assez volontiers efcbez Wadiewski,* (h&sst il eatimaib la fermeté de vnies et la franchise,, tranchani su*- la Wdiime incertaine et louvoysaite de Napoléon IM^ Lorsque le ministre se trouvait retenu en quelque con^ fésenee, ii montait;, un moment, chez la comtesse.. Il acceptait de prendre le- thé. causait avec elle des actiialiléa dtii jpnr,, lui rappelait les eif coastances d'une ppemière reneoniue aux: eaux thermasles de Hombourg; par^ lait die elioses diveîfseîi et même de politLcjue. Bisma>rck. lateirogeaiÊ, surtout. Que pensaitK>n clicz Tempereur? Que voulaieat ses conseiUJersr ? Que voulait-il lui-raênae? Cesserait-il d'aller à droite, à gauche, sans se fixer à aucune alliance ferme et solide ? Où visait-on par ces lignes brisées ? Elle se dérobait à des questions trop directes :
« — Comtesse, en poCtSBçire^ il faut tout dire.
« — Oui, sauf la chose importante dont on ne parle jamais et que vous vous garderiez bien vous-même, monsieur l'ambassadeur, de mettre sur le tapis de la conversation.
« — Peut-être. Cette chos^ justement, que vous vou-
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driea: me. faire. (fere„. Caor voea m'av^a Tadr d'être- aaïasi^ ¥QU9yUaBSâi habile peWu: diplomate.
« T~ N«î anaisifô paa à brâme école ?' »' C'est aânai ^e ranubossadeuar prussien», ert des escarmomeliuss jaendaiBffies sauas goraviié, damnait Felâcke à la BM«ur5iiil& de aes deasmis déjài mûrs^. Mais qui se^ doutadi alVMTSv en FraBce^. que Bii^maircib Mt u» fiemime du la te€Jm|)e de CaTom^ t Moios que personne', les gens Èabilesv les gxMLveraaoïts^ terriblement aveuglés, qui le teaâtaieiœK e» personnalité ntégïigeablie.
L'anmée; suifvante^ Tarrivée dw roi Guillaume die ftusse était te gros éwénemien* de la saison. Le monar- €fue allemamdi a'sKvait pais^ «mirepris lie voyage d^e BstKiï k Compiègnc uinifu«Tii«n4i poor le plaisir dTaller ciieFdteir des disteactions au sein dTune Cour plus luxueuse, pÏQs galantle que îa sâftone, et plus éiourdie. Des faits etimusidérables se préparaient, en perspective desquels S' avait hâte de presscatir sur pfeee* l'es fntention-s de Napoléon^ comme allié ooj eorame acfvcrsaire ; et ce n'étedt poiîït safflis le désir dTén» être éelairé bien à fond^ cp'oa Je voyait s'attarder, le matin, par les avenues d» parc, ea des colloques saiss fin avec l'empereur — plus mystérieux et nwms lucide.. Ces conversations sérieuses et ces grands projets faisaient tlrôve', aux h6urft& de visites m»n<ifeLii!ies, é& chasses ou' de récep^ tîons.
Pour avoir l'aspect et les goûts d'uw princcr militaire, G^oâllai«me n'était pas qrue raorgu» et rudesse-, en ses (teiwirs. M? n'aîlaill point à travers le raon^ les yeux feirmés sar la beauitié féminine. On» ïe voyai* fort empressé auprès de rimpératoce. Quoique son adniirafâon d'homme pour ce quj'il appelaiil) « ses perfee?tioBs » n:e Mt qu'une raisoat stceessoire de sa pré'sertee à. Clompiègner 11 se prodiguait en attenCioiis et préi^enances envers elle, eorame pour pro<tester, éTmie fa-çon platonique et indirecte, contre les infidélités dont elle ajKait à se plaindaredai côté de ^'empereur. Des sourires malicieux dearegariia espiègles, s'égayaiien* anx dépens dei es (d nlÉte jKMiani anai CTéladon »v et ,e&ez: lequel on ntti sov^çonaatL gwkae tant 4e. pesnéesh^gcânTes^ tant* ft^
menaçants desseins roulant dans sa tête. L^e monarque en visite devait aussi des amabilités à la femme du rpinistre des Affaires étrangères-. Il laissa voir qu'il les rendait de bonne grâce. L'une des visites royales à M"' Walewska produisit un quiproquo assez plaisant. C'était vers onze heures du matin. N'ayant pas jugé qu'il fût nécessaire de se faire précéder ni accompagner, Guillaume sonne à l'appartement qu'elle occupait au château. On a ouvert. Une jeune camériste demande le nom du visiteur. « Le roi », répondit-il. Et- celle-ci, une ingénue, peu savante encore à reconnaître, à l'air du visage, la qualité des personnes, se hâte de prévenir sa maîtresse que « M. Leroy » demande à être reçu. M"** Walewska, qui est à cent lieues de se douter de la présence du souverain allemand dans son antichambre, suppose qu'il s'agit du coiffeur attitré de la Cour, le Léonard du second Empire, l'artiste capillaire sans rival en la manière de façonner les bandeaux bouffants ou les mèches ondulées, M. Leroy, en un mot. Elle fait répondre que ce n'est pas l'heure, qu'elle n'a pas le loisir de lui confier sa tête pour l'instent, et qu'il ait à repasser avant le dîner du soir. La commission est fidèlement rapportée au roi de Prusse, qui tient pour inutile d'éclaircir le malentendu, salue la soubrette et se retire. Un moment plus tard, chacun savait l'incident, parmi la troupe oisive et babillarde des invités; et, quand M"** Walewska descendit pour prendre part au déjeuner, ce furent des chuchotements, des sourires, une gaieté contenue, dont elle pria qu'on lui voulût bien donner l'explication. On lui fit donc savoir qu'elle avait pris le potentat dé Berlin pour son coiffeur et l'avait consigné, comme tel, à sa porte. Elle se répandit en excuses auprès de Frédéric-Guillaume, qui n'en témoigna que de la gaieté et promit, pour le lendemain, une visite moins malencontreuse, espérait-il.
Tout le rôle de la comtesse Walewska ne se bornait point à briller dans les fêtes où elle passait et qu*elle donnait. Douée, sinon de facultés supérieures, auxquelles elle ne prétendait points maiâ de qualités qui
en tiennent lieu chez une femme : le tact, Taménité liante, le savoir-faire, avec cette grâce familière qui est le don des Italiennes et principalement des Florentines, elle aidait à la situation de son mari et complétait, dans le monde, son action officielle. S'il confectionnait des dépêches et signait des rapports, en gardant cette physionomie affairée ou absorbée qui lui était coutumière, ' elle, à sa façon, concourait à son rôle, entretenait, soutenait sa position. On disait qu'elle était, pour le ministre des Affaires étrangères, la meilleure page de son portefeuille.
Intègre, loyal, désintéressé, d'un caractère honnête et do sentiments généreux, le comte Walewski s'était acquis et méritait l'estime générale. Il était estimé plus qu'aimé dans l'entourage pohtique. Au Conseil, il siégeait avec ses collègues sans être sûr de leur attachement. Il avait sa place dans leur cercle ; il ne se sentait pas de cœur et d'esprit avec eux. Pould, sous des airs empressés, s'employait secrètement à le démolir. Persigny y travaillait plus à découvert (1). D'autre part, Rouhfer, peu porté vers sa personne et encore moins vers les idées plutôt réactionnaires qu*il personnifiait dans les conseils de Napoléon III, ne lui ménageait pas les critiques détournées (2). Du côté de l'empereur, les tiraillements étaient fréquents, et malaisé le travail en commun. Walewski avait des façons de voir entièrement opposées aux principes nationalistes de Napo-
(1) Persigny a rendu justice dans ses Mémoire»^ à la ligne de politique extérieure suivie par le comte de Walewski, qu*enrayait trop de complaisance seulement pour les vues anglaises.
(2) Lorsque fut décidée la nomination assez imprévue du comte Walewski à la présidence du Corps Législatif, en remplacement du duc de Momy, il écrivait à Thouvenel : « J*ai eu avec Walewski, au sujet de cette présidence, des conversations très curieuses. II se croit immensément populaire, soutenu par la Chambre et par le pays. Il a formé le projet de redresser énergiquement tous les torts et tous les écarts. n doit contenir et faire reculer la discussion dans les plus étroites limites, etc. Pour moi je suis résolu à me montrer très calme et très réservé et à laisser couler ce torrent impétueux. Chaque chose se remettra naturellement à sa place. C'est le propre de ces situations en relief de ne permettre l'illusion à personne. *.
Voir les très intéressantes Pageê du Second Empire^ j)ar M. L. Thouveneit tirées des papiers de son père, in-8, 1903, E. Pion, éditeur.
L ' "JL." '
lëon m. Les événemants dltaJie ne Tavaieiit pa6 trauTsétrès enthousiasie. Avec ipiefa|kiies mares fi£|p:*H6 filairvayante itl pressentait •que Timifté Mailjyaime, «nie rf ote ité9r lisde, seiraii grosse de pàrite p^uur ibi Fraoïce, ^ «^''eUe eatrafnei^ait d'arutres "onités pSufi (daneereuses. On le savait .au Ioâe, Kiatns les ambaissades, rom&rme à Panis, dans les bureaux : il y avait, à P<arJs, deuK •éjjpknoaatfftes, celles dm guai d «Orsaf et «ceUe du ^cainoet de d tçnaperaur. Et puis, les moyeaiiis, non.pèuB que les Âflées, ne «oneardaieat pas tou jonors antre le :a(»rs^efl?aiaa et som «atuiiBtve. Sjsl ligne la plus droite, pour arriver à Tobjet ifu'id aïvait oa vue, était «cetUe que W&lewsda (OboiatBBait àe prétârauce, déclarant, •en eeila, £e ocui former à l'^essemple fift6in£ te Napttftéoû î*'.
Au contraire, ie neveu >Ae iCésar — ot son cmifiin germadii — m-aimait à prooéder ^pie par *de to^s lOiaientte et s'^^i croyait un phis (profand peidtiqïoe. Dronym i4e Lhuys -eft Walewftki vo^^ieiiit mancher 4es évéœmeHtB. L'esprit rô^^eur de Na^peléo© MU persistait -à *'iUusM)ifi»ûr dans la foi de -son /riile d'hcminae pronkidenAid, 'devasrit transformer le monde par remjmsme des* idéee. Bec heus^s se piroduisaieail^ iffiiéaitoS^ies. iOiasES les ^i^eiitteis jours 'de 1^9, au Ton nupé^ç^^ssU âe g&:a?^e& «CQkmpâJacâtio&B SUT les affaires d'Italie, une scène ifoil vive avait éda^ C'était à roecaaion dlfone dépêche ^xie Walewsiki, fie sqpposant d'accord .a\^c seon sou^verain, -avait (envoyée au prince «de La Tour â'Anrvûrgsie, a^epr^entioit i^ France à Turin, et qu'avaient contremandée aussitôt des instructions secrètes lémanées -du cabinet «ée Mocquard. Eît il en était résulté, cfhez CavoBET, uifie scèae de véritable comédie.
Le prince de La Tour ri'Aajnveffgûe, mmii de ea dépêcîhe, en avait averti le grand bomme d'Etatt péémontais :
w — V:oici <oe que le comte Waieowœki joa'iirvite h, v-otis commtmiquer. »
Puis, il s'était mis à la lire au président du Coûfieil^ qui, lorsque le ministre ^eut aicbevé, pdaisammient wrmA^ répondu :
a — Hélas I vous avez raisoa, mon cher prinoe : -ûb
que vous écrit M. Walewski n'est pas fait pour encourager nos espérances, je Tavoue ; nous sommes vertement blâmés. Mais que diriez-vous si, de mon côté, je vous lisais ce qui m'arrive directement des Tuileries, cette fois, et de certain personnage que vous connaissez? »
En même temps, gardant au coin des lèvres un sourire ironique, il avait tiré de sa poche une lettre portant la même date que la dépêche du quai d'Orsay, dans laquelle le secrétaire de l'empereur l'assurait, en confidence, que les projets d'annexion étaient vus d'un bon œil et qu'il n'eût pas à se préoccuper des complications qui pourraient survenir.
Walewski s'était plaint de ce revirement soudain, inexplicable, comme en avait souvent Napoléon, qui désorientait l'action de ses ministres et renversait les mesures qu'ils avaient prises (1). L'empereur, d'habitude, le plus calme, le plus flegmatique des maîtres, en avait conçu de l'irritation et n'avait pas piénagé les termes de son mécontentement. Walewski, tout ému, avait déclaré qu'il ne pouvait rester au ministère, après ce qu'il venait d'entendre. On dut intervenir officieusement. Ce fut une période très agitée de son administration. Douze jours plus tard, et sur les mêmes affaires italiennes, il avait une altercation véritable, en plein conseil, avec le turbulent Jérôme-Napoléon. Il déposa plusieurs fois son portefeuille, qu'on l'obligeait à reprendre, ou à échanger contre un autre, — sans qu'il y fît trop de résistance, d'ailleurs, la crise passée. M"* Walewska fut l'intermédiaire délicat qui, plus d'une fois, ramena l'apaisement dans ces sphères orageuses.
(1) Napoléon III s'amusait souvent à ce jeu, qui rendait vains et sans portée les agissements ministériels officiels. Ainsi, dans le moment où Benedetti déployait tous ses moyens diplomatiques pour cou» tester à la Prusse la possession des villes hanséatiques, M. de Ooltz, le ministre du roi Guillaume, avait déjà vu Tempereur, et tout était réglé, tout était consenti. L'ambassadeur français n^avait plus qu'à serrer ses arguments. « Mon cousin, disait la princesse Mathilde, n'est jamais aussi guilleret que lorsqu'il a brouillé toutes les cartes de la politique. H est si étrange I »
On savait si bien pratiquer, aux Turleries, Theureux système des compensations ! Walewski sortit du ministère sans que sa faveur en parût diminuée. En attendant 4e rappeler à la présidence du Corps législatif/ Napoléon avait saisi l'occasion d'offrir à sa femme un magnifique collier de perles, à lui un beau domaine provincial, et d'y adjoindre une distinction honorifique analogue à celle qu'il avait accordée au ministre d'Etat, son collègue, chargé de la liste civile, le banquier juif Achille Fould. Comme il semblait, avec raison, qu'on n'avait plus à grossir la bourse du riche financier, l'empereur avait imaginé de le décorer, ainsi que le comte Walewski, de la croix de la Légion d'honneur en diamants, que le chef de l'Etat était seul à porter avec son cousin, le prince Napoléon. Une anecdote fut même inventée à ce propos, et assez méchante pour avoir bientôt fait le tour de la ville et des salons. On connaissait, un peu partout, la cupidité d'Achille Fould ; on savait aussi ce détail qu'une telle croix était ornée de brillants, d'une valeur de cinquante mille francs, au moins. Le bruit fut répandu que M. Fould, créé, disait-on, duc de Villejuif (un titre dont s'était égayé le couple impérial), n'avait eu rien de plus pressé que de convertir sa croix en rentes 3 0/0.
Le Moniteur du 5 janvier 1860 contenait l'acceptation de la démission du comte Walewski et son remplacement par Thouvenel. Mais, nous l'avons dit, la compensation avait suivi de près l'apparente disgrâce. Un décret, inséré également dans la feuille officielle, attribuait cent mille francs de traitement aux membres du -Cpnseil privé, n'ayant pas de fonctions I Walewski se trouvait dans ce cas. Il jouissait de cette indemnité princière ; possédait, en outre, sa situation de sénateur, qui grossissait de trente mille francs annuels son budget... n pouvait attendre. L'interrègne fut court. Au mois de •novembre de la même année, on saluait avec joie, chez la princesse Mattiilde, la nouvelle de la chute de Fould... (( Fould s'en va 1 Fould nous quitte... Enfin, c'est fini... » En effet, il était remplacé au ministère d'Etat par 'Walewski, tandis qiie l'intendance générale. de la mai-
son de rempereur passait dans les attributions du mare* chai du palaiSj un grand cumulateur d'offices, le marô^ chai Vaillant. / ^
Dans ses rapports,, le comte Walewski paraissait fier, on peu hautain ; on le disait trop solennel. L'art de se faire des partisans lui échappait, quoiqu'il eût, au fond du cœur, une grande bonté. Aimable, polie, prévenante, ne se montrant ni trop contente de soi ni trop éblouie de ses avantages, sa femme atténuait ce qu'avaient de brusque ou de rigide les manières du ministre, resser- •rait les liens détendus entre les députés des différents groupes, d'un mot, d'un sourire, d'une heureuse attention ramenait les mécontents et ne se lassait point d'être utile.
Cette influence conciliatrice parut surtout sensible, pendant que son mari était à la présidence du Corps législatif. Elle sut acclimater chez elle toutes les oppositions. Un ancien ministre de l'Intérieur, qui l'avait bien jugée, la comparait à la duchesse d'un roman de Charles de Bernard, qui, d'un regard ou avec un coup d'éventail, empêchait de parler le leader de l'opposition, quand elle tenait au maintien du ministère.
En dehors des grandes fêtes, qu'elle excellait à organir ser, à la présidence, elle recevait tous les jours. Ses salons restaient ouverts aux intimes, même les soirs où elle se rendait à l'Opéra, aux Italiens. En rentrant elle retrouvait ses hôtes, ses fidèles, qui l'attendaient pour prendre le thé. Elle n'avait pas à parler d'elle-même : le cadre et la personne y suffisaient; mais elle s'employait, adroite et fine, à mettre chacun tout à l'aise sur son propre sujet. La comtesse avait, d'élection, le don de plaire. Tous ^es amis, à peu d'exceptions près, avaient commencé par l'aimer d'amour; et, comme elle avait su, par une douce magie, les en déprendre et convertir çn amitié ce qui nô devait pas être l'amour, en y laissant la fleur, le parfum du sentiment, elle les avait gardés tous. ia bienveillance. et l'affabilité étaient le charme. naturel, qui lui gagnait les cœurs. On allait vers j^lle, pn reçhefr chait sa compagnie, sa conversation, parce qu'elle par-
lait avec une jolie simplicité et savait écouter avec séduction.
(c Rien qu*à son sourire et à ses silences, nous disaib un de ses admirateurs d*antan, on était incliné à lui trouver de Tesprit en la quittant. »
Le comte Walewski. qui avait pris à tâche, au début de leur union, de former son intelligence, d'éclairer son âme, lui en savait gré et lui en donnait acte par la confiance qu'il lui témoignait. Très écouté d'elle, il tirait usage de ses qualités mondaines pour sauvegarder certaines de ses responsabilités d'homme et de diplomate. Il était son conseiller; elle s'efforçait d'être l'abeille ouvrière de ses desseins. Avant de se rendre à* son cabinet ou à la Chambre, ou, sur le tard de la journée, quand s'annonçait le moment d'une grande réception, il ravertissaît, parfois, d'indications opportunes, de mots à placer :
« A la contredanse, vous direz à l'empereur... Vous ferez comprendre à l'impératrice... »
Elle s'en acquittait à point nommé, ayant su combiner cette double et malaisée réussite, écrit la comtesse Stéphanie de la Pagerie, d'inspirer un très vif sentiment au souverain et un non moins vif à la souveraine. Celle-ci lui donnait aussi de petites missions à remplir. M** Walewska renseignait l'impératrice sur les choses d'Italie, sur les impressions des hauts personnages temporels et spirituels de ce pays divisé; à l'égard de la France, et s'y voyait invitée, de temps à autre, par des billets comme le suivant :
« Ma chère Marie,
« Je viens de voir le nonce. Je désire vivement savoir l'impression que ma conversation lui a causée. Tâchez de le savoir.
« Eugénie. »
Quant aux sympathies de l'empereur, il en étcût parlé de différentes façons. Les quêteurs de mystères voyaient là le point délicat, et y appuyaient d'autant plus. On
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affectait de croire à de^ compétitions ambitieuses entre M"* Walewska et M"* de Castiglione, avec les alternatives de rayonnement et de déclin de deux astres rivaux. La médiâance y trouvait quelque pâture. C'était à propos d'un collier de perles... C'était à propos d*autre chose. La bienveillance naturelle de M"** Walewska, la disposition facile qu'elle témoignait à prêter son appui, auprès de l'empereur, à de nombreuses personnes qui l'en sollicitaient, en étaient les prétextes assez plausibles chez des hommes beaucoup trop sceptiques pour ajouter foi au platonisme des ingérences féminines.
Avec l'esprit subtil des Florentines, dont un pontife rcMnain disait, en d'autres temps : « C'est le cinquième élément de l'univers », elle gouvernait adroitement à travers ces écueils jusqu'au moment où elle se crut obligée d'aller voir l'impératrice, pour la prier de ne plus l'inviter à ses soirées particulières, tant que persisterait la malignité des propos. Eugénie, très touchée, l'embrassa avec émotion, et, loin d'accueillir le sacrifice, redoubla d'affection envers elle, au point que chacun put s'en apercevoir. Un moment, des femmes, des courtisans même, remarquèrent, non sans jalousie, que l'impératrice ne pouvait se passer de M"* Walewska, qu'elle l'avait constamment en sa compagnie et prenait plaisir à marier ses goûts avec les siens dans le choix des mêmes toilettes. A la princesse Mathilde, Qui lui demandait si elle avait conservé des cheveux du prince impérial, elle répondait :
« — Je les ai donnés à M"* Walewska. »
Elle la nommait ou rapi)elait en toute occasion. Il est vrai que, quelque temps après, le vent avait tourné et que, pendant une série de mois, elle lui manifesta certaine froideur. Alternatives passagères comme les caprices du temps et qui n'ont jamais empêché, d'ailleurs, la comtesse Walewska de protester d'un souvenir fidèle et d'une estime sans ombre à l'égard de l'impératrice.
L'amour de la vérité oblige à dire, cependant, qu'Eugénie n'usa pas d'un retour égal, dans les dernières
années, que des malveillances ravivèrent en son esprit les doutes ou les griefs du passé, et que les choses devaient se brouiller tout à fait lorsque, à la suite de publications tapageuses signées Pierre de Lano — où Ton avait, à tort ou à raison, mêlé son nom, son témoignage — le bruit courut que toutes ces histoires, peu favorables au personnel bonapeirtiste, sortaient des petits papiers de M*** Walewska.
Lfcs plus longues prospérités s'écoulent en un jour. Son mari, mort en 1867, ne vit pas refîondrement de TEmpire. M"" Walewska portait, depuis deux années, les voiles du veuvage Jorsque Tempereur vaincu, prîsonnier, lui écrivait d'Allemagne une lettre affolée commençant par ces mots :
, « Savez-vous où est l'impératrice ?» . '
Le 4 septembre, elle faisait atteler à sa voiture les deux chevaux pie que le tout-Paris impérialiste connaissait, et, avec ses enfants, une femme de. chambre, un maître d'hôtel, elle prenait le chemin de. la gare du Nord pour se rendre en Belgique.
Elle n'y fut pas isolée. Bien des anciens habitués des Tuileries avaient adopté le même refuge. Le contact fut établi, aux premiers jours. C'est à Bruxelles, après le 4 septembre républicain, c'est dans cette ville hospi: • talière aux vaincus de la politique, où, par un contraste significatif des chances de la fortune, s'étaient abrités, dix-huit ans plus tôt, les proscrits du 2 décem^bre, que les émigrés du bonapartisme en dérout^ avaient essayé de se reconnaître dans la tourmente.
Elle* descendit à l'hôtel de Flandre et en occupa tout le premier étage. Le parti y avait établi son quartier général. On commença à se réunir dans son salon. L^ maréchale de Mac-Malion, sa mère la. duchesse de Gasr tries, sa sœur la comtesse de Beaumont, le duo d'AlbUr -fera, la maréchaie Canrobert, .le général de Montebellofc le général Fleury, parmi les anciens çopseillers - de l'empereur, s'y rassemblaient l'après-midi ; et, pendant -qu'allaient à leur fin les destinées ' du régime déchu, entre eux échangeaient des espérances, consultaient ja
direction des nuages, forgeaient les plans d'un retour possible aux Tuileries.
Le général Changarnier s'y rendait l'après-midi. Quoiqu'il affichât d'ardentes opinions légitimistes, on espérait en lui : il devait être le Monk, le restaurateur du ti*ône des Césars. Des républicains, de nuance indécise et nouvelle, s'y glissaient aussi. Le ministre plénipotentiaire de France, accrédité à Bruxelles par le gouvernement de la Défense nationale, un ancien député du Haut-Rhin, — plus tard un déclassé de la politique et de la vie (il se nommait Taschard) — ne craignait point d'y aventurer ses pas, et même d'une manière assidue. C'est à lui qu'était arrivé — comme il me le racontait trente années après — de rencontrer Gambetta sur le seuil de l'hôtel de Flandre. Et, d'un ton où l'enjouement avait plus de part que le reproche, il lui demandait : •
« — Qu'allez-vous faire, chez cette charmeuse ? »
Les journées se succédaient sans changement. Elles se faisaient longues et pesantes à l'émigrée. Il lui tardait de respirer de nouveau l'air et la vie de cette cité parisienne, qui, plus que sa ville natale, plus que Florence déjà lointaine dans ses souvenirs, était sa véritable patrie.. Mais, à Paris, dans toute la France, la réaction était violente contre tous ceux et toutes celles, qui avaient serré de trop près le cortège impérial. Aisément, en des rapports de malveillance, on mêlait son nom, sa personne, aux menées du parti bonapartiste, s'elîorçant encore à ressaisir la barre des événements. Devait-elle se résigner à l'exil volontaire jusqu'à ce que l'apaisement des rancunes et des colères, dont elle avait à subir le contrç-coup, lui marquât le terme de cette douloureuse attente ? Elle hésitait à rentrer en France, à la fois désireuse et inquiète de ce retour, et parce qu'il le fallait aussi ; car sa fortune avait sombré dems la catastrophe. Fidèle aux liens de la vieille amitié, qui avait survécu à la mort de Walewski, Thiers, devenu président de la République française, trouva le temps de lui écrire ces fortifiantes paroles :
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248 LES FEMMES DU SfiCOND EMPIU|£
« Palais de Versailles, 1872.
« Madame,
« Je vous demande mille fois pardon de ne pas vous avoir répondu encore, et j'espère que vous n'aur^ imputé mon silence ni à de la négligence, ni à Toubli de Famitié qui m'unissait au comte WaJewski, mais aux affaires accablantes dont je suis chargé. Je vous assure que c'est la vérité pure, et que je n'ai pas pu remplir tous lés devoirs d'amitié qui me tiennent le plus à cœur.
« Je prends un moment, aujourd'hui, pour vous dire que jamais vous n'aviez eu besoin de vous justifier auprès de moi. des accusations d'intrigues ou de complots et que je vous ai toujours considérée comme une personne de sens, de tact ou de bon esprit et, surtout, comme une bonne Française. Aussi, les portes de la France vous ont-elles été toujours ouvertes, et, pour ma part, je vous les verrai franchir sans aucune inquiétude.
« Quant à vos enfants, je «erai charmé de leur pouvoir être utile, lorsque l'occasion s'en présentera, et je tâcherai, notamment, de prolonger le séjour de votre fils en Europe le plus longtemps possible.
« Je vous prie donc de croire à mes sentiments les plus affectueux et les plus conformes à ceux qui ont toujours existé entre le comte Walewski et moi. Veuillez agréer la nouvelle assurance de mes respectueux hommages.
« Thiers. »
La semaine suivante, M"« Walewska s'était réinstallée à Paris et sa première visite avait été pour l'ami et le protecteur de sa famille, non pas au palais de Versailles, mais dans la maison familiale de la place Saint- Georges, reconstruite sur les ruines de l'ancienne... Elle entre. On l'accueille. Thiers lui rappelle sa grande affection pour l'ancien ministre d'Etat, ét^ avec la mobilité de ses idées :
a — A propos, que dit-oa de nous, à Bruxelles î
« — On n'aime guère votre République, répond-elle, eocore mal habituée au changement de régime. Vos plus proches voisins appréhendent que la tache aille en s'élargissani et s'étende jusque chez eux. Mais, vousmême, monsieur le président, avez-vous foi dans la durée de votre fondation ? Vous préparez la place aux d'Orléans, peutrêtreî
« — Ah I reprend Thiers, en touchant légèrement du doigt son épaule, vous êtes encore bien jeune. Quoi, les d*Orléans I Y songez-vous 7 Une famille prineière qui, au lendemain du siège, après 'des désastres sans précédents, après l'énorme rançon pour le paiement de laquelle il a fallu saigner toutes les .veines de la nation, a commencé par redemander ses biens, ses terres, ses millions I Elle a bien perdu la partie, et à jamais, en France. »
Cependant, en remettant le pied sur le sol de ce Paris qu'avait lavé le déluge des é^/énements, M"" War lewska n'avait plus retrouvé ses habitudes d'existenc.; large, ni ses relations brillantes. La monde, qui fut le sien, s'était émietté, dispersé, et de même les ressources de sa condition personnelle. Jamais le comte Walewski, au pouvoir ni hors du pouvoir, n'avait recherché la fortune ni les affaires qui la donnent. On vivait sous son toit, naturellement, dans le luxe et le faste. Sénateur et ministre d'Etat à la fois, ayant reçu, en outre, de la main de l'empereur un domaine superbes dont la valeur représentait un million, il dépensait, sans compter, les émoluments et les revenus de sa situation exceptionnelle. U sut mourir pauvre, ou presque. La comtesse avait partagé ses goûts de libéralité. . A travers des déplacements princiers, au cours de ses réceptions pleines de magniflcence, elle avait ea chez elle, autour d'elle, la main aussi prodigue. Ti fallut aviser, penser à l'avenir. Le président Grévy fit attribuer à M"* Walewska une pension de quinze mille francs, en retour des services publics rendus par le :omte Walewski, ambassadeur et ministre.
Dans les conditions 4e simplicité où il nous fut donné
2t0 LES FEMMES DU SECOND EMFtilH
depuis lors de la voir, de la connaître, sauvent les ombres dorées et les poétiqiie& élégances du paMié^ viennent visiter son esprit. Elles n'y laifsent aucime amertume. Après la vie de jeunesse et de triompJie, û^rès la longue matinée de soleil, qui s'était étendue pour elle jusqu'aux heures extrêmes de la journée, loin des ravissements et du tourbillon d'autrefois elle est restée bien en possession d'elle-même ; à l'ombre, et recueillie, elle a gardé la grâce d'indulgence et de bonté, qui ne se perd pas. A eette distance des événements et des hommes, en cet isolement de sa pensée, que des disparitions successives resserrent de plus en plus, tout lui revient lucide et clair. En causant des choses évanouies, elle a le tour net et juste, l'expression à point et comme si le détail en était de la veille ou du moment. Dans ses souvenirs, elle choisit de préférence un trait fln, un mot aimable ou gai, une situation piquante, et néglige le reste. Elle se souvient avec goût
Son attachement aux figures d'autrefois ne l'empêche pas de suivre curieusement les évolutions de la politique présente et d'y chercher les pronostics du futur. Avec beaucoup de sagacité, elle raisonne des divisions d'un parti qui lui fut cher, et dont elle croit la destinée finie.
« Je sais bien, me disait-elle, qu'il faut réserver la part de l'imprévu, dont les coups de théâtre déconcertent les calculs de la plus sage raison. Mais* la qualité des hommes en laisse-treïle prévoir l'accident possible ? J'ai peine à le supposer. »
Elle n'a rien oublié des physionomies si diverses qui passèrent à portée de son horizon. Elle en parle, sans malveillance et sans idolâtrie, avec franchise et netteté. Ses jugements sur Morny, sur Pialin de Persigny seraient à prendre en mémoire. Du premier de ces grands acteurs, elle ne me parut jamais fort entichée, s'accordant bien en cela avec la princesse Mathilde, qui laissa parler de temps à autre le fond de ses sentiments. Je l'ai entendue s'écrier : « Momy. On ne parle que de Momy 1 II semblerait qu'il n'y a eu qu'un
hommes une tête, un caractère, et que ce fut toujours Morny 1 II agença le coup d'Etat, c'est entendu. Il eut beaucoup de succès auprès des femmes. On le dit, et je le veux croire. Il était la distinction même. Je ne le mets pas en doute. Ce que je sais de plus certain, c'est qu'il laissa douze millions bien établis à ses enfants, que pour tout le reste, pour ce qui n'était pas son bien, mais le bien d'autrui, pour la France, il eut la conscience légère autant qu'un grain de tabac ; et que Walewski, lui, quitta le pouvoir les mains nettes, et sans avoir rien gardé dans son portefeuille. »
Elle-même s'est plu à égrener des souvenirs, à jeter sur le papier des notes éparses. Ce seront, un jour peut-être, les feuillets détachés de sa vie. Il nous a été permis d'en donner ici l'impression anticipée, sincère et fidèle.
If
ReoocDineneeMent dlûstoire. — Un pronostic de Stendiuil. — Les . Ifontijo à PMis. — Aux chasses de FoBUûaebieau. — L'empereur se décide. — Une historiette inconnue : chez le duc de Motï\y. — Déclarations officieUes. — Dix années d'enÎTrements. — Poitrait de rimpératrice, an physique ei an moEai. — Dans son intimité. — Les petites révélations de' ses dames du Palais. — Le caractère d'Eugénie opposé à celui de Clotilde. — Des anecdotes. — Vertueuse et ohanneuse. — Velléités de âiitation seatinnentale. — Un épisode romanesqtte ignoré. — CctnmenI Timpératrice se laissa gagner an goût de ia politique. — Elle commence à intervenir dans les conseils des ministres. — Accroissement de son inflnence. — Contestations ayec l'empereur. — Un ineidait de Iès»4iia|e8té. — Le rôle agis* sant de Fâmpératrice» dans les dernières années du règne, et ses conséquences. — Après. — Ce que promettent les révélations de l'avenir.
C'était en février i906« De philosophiques réflexions avaient g^gné les esprits, à la suite du contraste saisissant, que présentait, en* des circonstances solennelles et tristes, le rapprochement de deux femmes d*un grand âge et d'un grand nom.
Toutes deux avaient occupé, sur la scène du SHHide, un rôle au plus haut point envié, surtout celle qui demeurait, survivant à ses deuils de puissance, de gloirei de fortune souveraine. L'une achevait de vivre sa journée suprême et se ncmimait la princesse Mattiilde; Tautre, qui se penchait sur le chev^ du lit et prononçait l'adieu sans retour, était Fimpératrice Eugénie*
Et voilà que refluèrent les souvenirs en abondance autour de cette dernière personnalité de femme, objet de sentiments si contraires d'adulation et de haine, tant exaltée aux heures de ses jeunes triomphes, puis si longtemps enveloppée d'oubli^ d'indifférence ou de pitié, et dont l'Histoire recommençait à se préoccuper.
Vers 1834, Stendhal faisait sauter sur ses genoux une
enfant fort jolie, née sous le ciel de Grenade, et dont la grftce espiègle plaisait à son regard. Et, avec ce pU d'amertume qui tourmentait son sourire, le sceptiqu0 penseur lui disait : « Vous, quand vous serez grande vous épouserez M. le Boarquis de Santa-Cruz et moi Jo ne me soucierai plus de vous. »
Certainement elle pouvait ptéfendre à ce marquisat éloigné, M"« Eugénie de Guzman, seconde fille du duc Cypriano, comte de Téba, marquis d'Àrdalès, gnmà d'Espagne, et de Maria Manuela de Kirpatrick y Orlver gnée, comtesse de Téba et plus tard de Montijo. Des iouvenirs illustres glorifiaient la maison d'où elle éi^it issue ; on lui avait appris, avec Talphabet, que, parmi ses ancêtres, levèrent leur front Alphonse Ferez de Guzman, un héros dont les paysans d'Andalousie redisent encore les exploits ; et Gonzalès de Gordoue, surnommé le grand capitaine, et Antoine de Leva, le plus habile des généraux de Charles-Quint.
Cependant, la sefiorita ne devait pas s'appeler de Santa-Cruz. Des destinées plus étonnantes lui étaient réservées. Le jour où elle entrait dans l'humaine existence, mêlant son faible cri au tonnerre d'un cataclysme, qui soulevait le sol de Grenade et faisait trembler au loin la terre, un mystérieux signe avait annoncé au-dessus de sa tête qu'il n'était pas besoin d'être née princessç pour devenir plus que reine.
L'enfant avait grandi, depuis que Stendhal et Mérimée, assidus chez sa mère, Mérimée surtout, un ami très loin poussé dans la faveur de la maîtresse du logis, charmaient son attention et celle de sa sœur aînée Pacca, une future duchesse d'Albe, par les récits et les contes où se jouait leur imagination. Elle avait voyagé aussi et commencé sur divers points d'Europe l'épreuve de ses armes de conquête- La famille des Montijo, dont la généalogie (1) se complique d'un triple blason entremêlé sur terre d'Espagne, d'Angleterre et de France, conservait à Paris des souvenirs et des liens. Un degré de cousinage l'alliait à la
(1) L'impératrice Eugénie fit toujours grand état de ses généalogies espaKOoles.
AUTOUR DE L*iMPÉRATRlCB S»
famHle des Lesseps. On ne Tignorait point dans les salons royalistes, quand elles s'installèrent en la cité parisienne. Les habitués du duc de Ia Rochefoucauld devaient se rappeler longuômeilt qu'ils avaient vu plu* sieurs fois la belle Espagnole aux fêtes champêtres, que donnait ce grand seigneur, en son domaine de la Vallée* aux-Loups.
Mesdames de Montijo n'eurent pas besoin de beaucoup de temps pour marquer dans un monde où leur qualité d'étrangères et leurs façons d'être un peu voyantes ajoutaient une attraction de singularité au désir de les connaître. La comtesse, qui ne traversa point l'âge des passions sans y produire quelque tumulte (1) avait transmis à ses deux fllles la beauté régulière de ses traits. On la disait attirante et possédant au naturel l'aménité, qu sied aux femmes de son pays (2). Mais un charme très personnel avait distingué, de prime abord, partout où on l'accueillait et la nommait, Eugénie de Montijo. Le timbre de sa voix, ses façons, son allure particulière où passait un grain d'étrangeté, tout la désignait aux regards. Il en fut bruit en haut lieu.
Les yeux connaisseurs de Louis-Napoléon en avaient été frappés, la première fois, dans une réunion, chez sa belle cousine. « Mathilde, qu'est-ce donc ? demandat-il en apercevant cette inconnue, qu'entourait un cercle si animé. — Une nouvelle venue, une jeune personne de famille andalouse. M*** de Montijo. — Mais, comment donc ! il faut me la présenter. » Au dîner, il s'occupa beaucoup d'elle, et la chronique insinue que, peu de temps ensuite, il alla lui rendre visite, en l'appartement
(1) En 1852, une noto de Viel-Castel : « M"* de Montijo, jeune, blonde, Espagnole de la plus grande naissance, est, depuis le voyage de Fontainebleau, le but des attentions du prince... qu*en dira mon trére Louis, qui a été l'amant de sa mère, et qui est resté son ami! »
(2) Le rang souverain, auquel la plus merveilleuse des aventures exhaussera sa Aile, n'apportera aucun changement dans ses manières; on lui saura gré de n*en être ni plus fière ni plus hautaine... Qu'elle le préférât ainsi, ou que l'empereur, sciemment et à dessein, eût éloigné d'elle les occasions d'étendre son influence ou de grandir son rôle, la comtesse de Montijo n'occupa jamais à la Cour la situation à laqueUe on pouvait croire qu'elle ^tait en état de prétendre... On en cherchait la cnufie dans son inclination matei*neile beaucoup plus accusée envers la duchesse d'Albe, sa fiUe aînée, qu'envers rimpéralricc.
t54 LE^ FSMMES DU SECOND EMPIHk!:
rien moins que luxueux qu'elle occupait avec sa mère, au n*» 12 de la place Vendôme, qu'il fut jeune et pressant, et qu'on lui répandit : « Prince, après le mariage. » Mais que valent ces racontars 7
M*^* de Montijo, invitée aux chasses de Fontainebleau, lut rqbjet visiWe des attentions du prince-président, bientôt Napoléon III. Il en devint éperdûment amou^ reux, lorsqu'il la vit monter à cheval avec toute la grftce qu'elle y apportait et qu'une secrète intention, de plaire rendait encore plus sensible. Les indiscrétions de l'hisr toire nous ont appris que bien des favorites et reines de la main gauchie furent plus d'une fois redevables de leur élévation aux circonstances propices des parties de chasse, qui les avaient portées, amazones légères et pro^ vocantes, tout à leur avantage sous les yeux du seigneur. Gracieuses apparition^, chevauchées hardies, allées et venues sous la feuillée... ne sont-ce pas là autant de concours merveilleux à l'impression de la grâce et de la beauté, qui subjuguent 7
. Ainsi M™* de Pompadour s'était jetée victorieuse à la rencontre du roi, dans la forêt de Sénart, rendez-vous des chasses royales, s'exposant à sa curiosité, la tentant à l'aide du plus coquet costume, agitant à ses yeux cet éventail sur lequel, diton, un émule de' Massé avait peint Henri IV aux pieds de Gabrielle. ElUe passait et repassait au milieu des chevaux, des chiens de l'escorte du roi, comme une Diane charmeresse, tantôt vêtue d'azur dans un phaéton couleur de roses tantôt vêtue de rose dans un phaéton couleur d'azur. Et, comme elle le prémédita, le roi Pavait aperçue, remarquée, puis choisie.
Pour une victoire plus légitime et plus complète, avec moins d'artifices, Eugénie de Montijo tira prompt avantage de la mise en scène très favorable à sa beauté des grandes chasses de Fontainebleau et de Compiègne.
L'Empereur, visiblement, courtisait la brillante amazone. Autour de lui, parmi les gens de sa suite, et à travers les caquetages de salon, la question brûlante était de savoir si M'** de Montijo céderait à un caprice amoureux ou si, mieux avertie de ses intérêts à venir, plus adroitement stylée, elle saurait opposer une belle résis-
/l.MPÉRATRICE EUliÉNIK
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tance, vertueuse et politique. Rarement espionnage de cour et jalousie de femmes eurent si belle occasion de s'exercer.
Louis-Napoléon ne songeait pas à Tépouser. Les circonstances l'y conduisirent (1).
A plusieurs reprises, il avait caressé ridée flatteuse à son amour-propre d'une alliance royale. La diplomatie française s'était fort agitée auprès des chancelleries de Vienne, de Munich et d'autres lieux, en quèle d'une princesse du sang. On avait accueilli ses ouvertures froidement, alors même qu'en dernière chance on s'était rabattu sur un projet d'union avec la fille d'un prince sans couronne et sans sujets, le prince Wasa, c'est-à« dire l'héritier dépossédé du trône de Suède, sorte de monarque en exil «errant par les chemins et les hôtelleries de l'Europe. De toutes les campagnes mystérieuses où l'on s'était aventuré il n'était revenu que des excuses polies. Les familles régnantes semblaient s'être accordées à jeter sur le nouvel Empereur une espèce d'interdit matrimonial.
Irrité de ces dédains vaguement enveloppés de formules de cour et de ces hostilités déguisées, déçu dans ses calculs et, d'ailleurs, amoureux. Napoléon se décida. Un nom avait circulé, soudainement, qui provoqua forte surprise. Un mariage d'amour, à cet éta^e de la puissance i Cela pouvait donc se voir ailleurs que dans les féeries et les contes bleus !
On avait peine à s'en convaincre, je dirais presque à en prendre son parti. Témoin ce fait ignoré, que nous raconterons en passant. Peu de jours avant que le désir de l'Empereur fût proclamé hautement, publiquement, on avait préparé, sur son ordre, au palais de l'Elysée, un appartement pour y recevoir les dames de Montijo. Les
(1) La diplomatie secrète du chef de TÉtat, qui n'était encore que le prince-président,' avait tourné ses premiers regards vers l'Espagne. Le duc de Rianzarès, qui entretenait des relations suivies avec le nouvel hôte des Tuileries, entreprit de négocier le mariage de Louis* Napoléon avec Tinfante Marie-Christine, sixième enfant et quatrième Aile de don François de Paule et conséquemment la sœur du mari de la reine Isabelle IL A peine âgée de dix-sept ans, on la disait peu jolie et médiocrement riche. Aucune demande officielle ne fut faite et l'Espagne n'eut pas à se prononcer pour ou contre.
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causeries se donnèrent champ là-dessus, comme on* pense ; mais on restait dans le vague et Ton n'avait que des conjectures, où mordaient à faux les médisants discours. Morny, qui connaissait les intentions formelles de l'Empereur, son frère et maître, voulut devancer les événements et fêter, chez lui, dans un dîner qu'il donna en son honneur, la future souveraine.
Toutes les femmes du monde étaient là. M""* Walewska, dont le mari, ambassadeur à Londres, avait été chargé de pressentir, au dehors, une alliance princière, que paraissaient désigner les circonstances, se trouvait parmi les invités, mais instruite, renseignée des premières du prochain coup de théâtre. On n'en savait pas tant chez la plupart de ces belles dames, qui prenaient de>s airs pinces, en apprenant qu'on n'attendait plus que M"* de Montijo et sa mère. En effet, celles-ci ne tardèrent pas à entrer dans le salon. Morny s'était porté à leur rencontre avec un empressement, dont on s'étonnait sous l'éventail. M"* Portoul, entre autres, la femme du ministre de l'Instruction publique, en paraissait toute choquée, aupt-ès de M"** Ducos, la femme du ministre de la Marine, — M"** Ducos, qui devait solliciter si instamment plus tard l'honneur d'être la nourrice du prince impérial. Mais Eugénie avait fait son apparition, sous une toilette charmante et avec une grâce, un naturel, une aisance irréprochables. Pendant que M"* Walewska, qui n'était pas en vain la femme d'un diplomate, allait à son approche, lui glissant ces mots à l'oreille : « Je vous félicite. Madame, de la destinée qui vous attend », d'autres restaient immobiles^ dévisageant l'étrangère avec un air de surprise offusquée. C'était une jolie comédie pour ceux qui en avaiOTt le secret.
A défaut de l'infante, qu'on ne lui avait pas donnée, M*^ de Montijo fut la jeune fille, que Napoléon III prit par la main et revêtit du manteau de pourpre. I^ 30 mai 1855, il épousait à Notre-Dame la descendante des Guzman, avec cette pompe religieuse, ce déploiement de bannières et toute cette splendeur, que permet le faste monarchique éblouissant les foules.
Dès qu'à la suite des réceptions oiflcielles et des apparitions en publie on eut pu tomber. d'accord par Texpérience de mille et mille yeux, sur le choix de beauté qu'avait fait l'empereur, il fallut se rendre à l'évidence et reconnaître que son goût ne l'avait pas trompé- Sans être en la fleur de la prime jeunesse, Eugénie de Montijo en avait Téclat et la fraîcheur. L'harmonie délicate et distinguée des proportions de sa personne ne prêtait guère à la critique, si mal intentionnée qu'elle pût être. U fallait admirer sous la finesse d'expression de son profil de camée, que n'altérait pas encore légèrement, au bas du visage, la rondeur un peu trop accusée des joues (1), des détails exquis dans l'ensemble des traits, des yeux bleus pleins de lumière, et qui ne laissaient pas encore deviner qu'ils pouvaient avoir aussi l'expression dure, une bouche charmante et fort petite avec des contours enveloppés de grâce, un épiderme délicat jusqu'à la transparence, un t^int brillant, des cheveux ni blonds, ni roux, ni aubnrn, mais dont la teinte, — aidée d'un mystérieux artifice — n'était qu'à elle, tout ce qu'on voyait enfin. A peine osaiton remarquer que la beauté de son buste paraissait diminuée par le raccourci de la taille, comme chez la plupart des Espagnoles. Encore ne voulait-on pas s'en apercevoir, pour ne connaître que la perfection des iH^s et des épaules. Tous les regards allant vers elle étaient chargés d'une complaisante admiration.
Elle eut à vivre une période incomparable. Les fêtes succédaient aux fêtes. C'était une suite sans fin d'apo- Hiéoses* Son voyage dans les provinces de l'Ouest aysit été triojmphal. Elle paraissait à tous si avenante et si beHe dans sa robe en tulle bieu pâle semée de légers fils d'argent! Elle avait si gracieuse façon de saluer à la ro\ide, d'envelopper de son regard lumineux et doux, les foules empressées I Le 13 juillet 1859, l'impératrice et le prince impérial se rendaient du château des Tuiierics à Notre-Dame pour le Te Deutn de Solférino, Leur voiture, remplie de bouquets offerts par la garde natio^
(1) L'ovale de la figure n'était pas absolument parlAÎl et n'allait pas «n s'adoucissant vers la partie inférieure du visage d^unc façon aussi *8Ure tru'on" l'aurait désiré : k profil était irrêprochaWe:
nale et par les troupes, n'avançait que sur des fleurs. L'ovation du retour dépassa celle de l'arrivée.
N'avait-elle pas su, de la manière la plus heureuse, se rendre presque populaire? On disait partout sa générosité. On exaltait le sacrifice qu'elle avait fait, au lendemain de son mariage, lorsque la ville de Paris lui offrant un merveilleux collier elle en avait abandonné la valeur et^le prix à la population pauvre de la capitale, — sacrifice facile et opportun, qui ne l'empêcha pas de recevoir de l'eippereur, un peu plus tard, l'analogue bijou, valeur un million de francs I — La presse officielle ne tarissait pas d'éloges sur l'active sollicitude avec laquelle on la voyait s'appliquer sans cesse à la création de nouvelles œuvres philanthropiques, sur le zèle que déployait l'auguste souveraine à multiplier les crèches, les asiles, les ouvroirs, les sociétés d'assistance, les maisons de convalescence, les asiles de tous genres, dirigeant, inspectant elle-même toute cette grande organisation de charité sociale et poussant chacun à l'imiter autour d'elle.
C'était la rançon populaire de son luxe d'impératrice, des bals et des réjouissances qu'elle donnait à ses yeux, l'année entière.
En ses heures les plus radieuses, elle aimait à s'entourer de jolis visages comme d'une fraîche parure seyant à ses toilettes de cour. L'indéfinissable de sa grâce personnelle (on pouvait ne pas l'aimer, on n'avait pas à lui refuser cela) gagnait aux contrastes de cet assemblage harmonisé, reflet multiple de son élégance, de sa jeunesse épanouie, de son prestige. Qu'avait-elle à craindre de la comparaison ? En elle, les grâces du visage ne laissaient rien à désirer ; la charmante mobilité d'expression des yeux allongés, d'habitude baignés de langueur, la beauté classique du cou, du buste, des épaules, se dégageant des flots de tulle ou de mousseline conmie d'un nuage, la souplesse de la démarche, réunissaient tous les suffrages, surtout lorsque, à l'aurore de sa fortune, doutant un peu d'elle-même, elle triomphait encore avec modestie.
Elle était avenante à souhait pour tous ceux qu'il lui
Baronne de Pierres
Comtesse de Lezay-Marncsia Princesse d'EssllniBr
L'Impératrice Duchesse de I