Les femmes et le progrès des sciences médicales
Lauréate de l’Académie de Médecine de Paris — Ancienne Externe des Hôpitaux de Paris
Avec Préface de M. Albert THOMAS Directeur du B. I. T., Genève
(Illustré de nombreux portraits)
MASSON ET C le , ÉDITEURS
LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MEDECINE 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS (VI e )
D p MELINA LIPINSKA
Lauréate de l’Académie de Médecine de Paris — Ancienne Externe des Hôpitaux de Paris
Avec Préface de M. Albert THOMAS Directeur du B. I. TGenève
(Illustré de nombreux portraits)
MASSON ET C ie , ÉDITEURS
LIBRAIRES DE L’ACADEMIE DE MEDECINE 120, Boulevard Saint-Germain, PARIS (VI e )
Tous droits de reproduction de traduction et d’adaptation — réservés pour tous pays —■
D r Mélina LIPINSKA chez le Président des États-Unis d’Amériuue
M. Albert THOMAS ‘ M. JUSSERAND
Ministre du Travail Ambassadeur de France
Soigner, panser, guérir sont des fonctions si naturelles à la femme qu'en tout temps et à toutes les périodes d’évolution des sociétés elle les a remplies ou s’est efforcée de les remplir. Lorsque les règles sociales lui en ont laissé la possibilité, elle y a pleinement réussi. Le docteur M. Lipinska nous en fournit des exemples abondants dans son étude « Les Femmes et le Progrès des Sciences médicales », qui embrasse toutes les phases de la médecine, depuis les périodes les plus primitives jusqu’à notre époque.
Dans les sociétés primitives, lorsque la médecine se confond avec la prêtrise et la sorcellerie, ou lorsqu’elle est limitée à l’application de remèdes empiriques, la femme tient une place importante et incontestée. Mais la transformation de l’art de guérisseur en science médicale n’a pu nuire à son activité. Dans l’antiquité, le nom d’Aspasie, au Moyen-Age le nom de la docte Trotula, professeur à l’école de Salerne, — ce foyer de civilisation qui survécut aux siècles de barbarie, — pendant la Renaissance italienne le nom
d’Anne Manzolini, l’anatomiste de l’Université de Bologne, ces noms émergent avec éclat comme des preuves vivantes des capacités féminines à enrichir la science médicale et aussi à remplir avec aisance les pratiques de l’art de guérir.
Mais les corporations de médecins firent à l’admission des femmes une opposition redoutable. Lorsque les Universités rigidement constituées instituèrent des règles strictes pour l’obtention des diplômes, alors commença pour les femmes un âge d’épreuves. Injustement exclues des études médicales dans beaucoup de pays, elles s’efforcèrent cependant de se livrer malgré tout et par tous les moyens — parfois même en se dissimulant sous des vêlements masculins comme le chirurgien militaire Henriette Faber — à une profession vers laquelle une vocation les appelait irrésistiblement.
Elles entreprirent en même temps de reconquérir leurs droits perdus et y parvinrent grâce à l’énergie et la persévérance de leurs revendications ainsi qu’à la brillante réussite de celles d’entre elles qui, les premières, obtinrent des autorisations exceptionnelles d’admission dans les Facultés.
Mais en nous racontant ces combats, ainsi que les efforts faits par les pionnières du mouvement pour remplir avec succès le rôle qu’elles avaient convoité, il est une lacune que commet par modestie le docteur M. Lipinska : c’est de marquer la place qu’elle-même occupa dans cette histoire des femmes médecins ; à peine laisset-elle courir une émotion qui la trahit dans les pages où, parlant des premières étudiantes polonaises, elle décrit leur ardeur enthousiaste pour l’étude et la camaraderie réconfortante qui aidait beaucoup d’entre elles à surmonter les difficultés de la vie.
Or, l’accès des femmes à la carrière médicale est une conquête du féminisme qu’il faut souligner non seulement dans un sentiment de justice, mais aussi en considération de son utilité sociale. Si la maxime « chacun à sa place », qui est à la base d’une orientation professionnelle bien comprise, avait besoin d’une illustration, l’histoire des carrières médicales féminines relatée par le docteur M. Lipinska lui en tiendrait lieu. Celle histoire nous prouve que dans l’exercice de la profession médicale qui exige à la fois de la subtilité dans le jugement, de l’adresse manuelle, de la patience et de la douceur soutenues par un inlassable dévouement, la femme
trouve le meilleur emploi des qualités particulières à son sexe pour le plus grand bien de l’humanité souffrante.
Et c’est uniquement cei aspect social du rôle de la femme dans les sciences médicales que se permettra d’apprécier ici un profane.
Albert Thomas.
Genève, 22 mai 1930.
Chère Docteur Lipinska,
J’ai lu avec grand intérêt le manuscrit de votre livre en raison de la nouveauté du sujet et de la richesse de votre documentation. Vous avez suivi d’âge en âge l’évolution médicale et marqué avec maîtrise ce que l’élément féminin y a apporté d’abord dans les emplois subalternes d’infirmières, de sages-femmes et de guérisseuses, ensuite dans les rôles de médecins, de savants, de chefs de service et de professeurs.
C’est vraiment un très beau livre. Toute la partie relative à l’histoire de la médecine jusqu’à la grande guerre est très approfondie, et depuis 1914 jusqu’à 1929 vous avez recueilli une telle documentation que c’est un magistral traité du rôle actuel de la femme dans la médecine universelle que vous nous donnez aujourd’hui. Et vous avez su non seulement être à la hauteur de votre tâche, mais même la dominer.
C’est que, comme Tirésias, vous voyez d’autant mieux dans les âmes et les événements que vos yeux se sont fermés à l’objectivité matérielle.
Et passionnée pour la science, vous cherchez toujours à vous instruire davantage et à rendre service. C’est pourquoi je vous ai rencontrée si souvent dans les sociétés médicales et dans les congrès. Vous n’hésitez pas à partir pour l’étranger afin de recueillir un document et faire une communication.
Psychothérapeute avisée, vous avez, avec votre intuition, deviné la personnalité humaine et les corrélations nécessaires des harmoniques qui vous font vibrer, quelles que soient les modalités physiologiques ou sociales des excitations qu’on détermine. Plus synthétique qu’analyste, contrairement à la norme habituelle de l’esprit féminin, vous aimez à mettre en relief l’importance du sympathique dans le concert de l’organisme et je vous suis reconnaissant de l’intérêt que vous prenez à mes travaux sur les sympathiques.
Je vous remercie aussi du plaisir que vous m avez donne en lisant votre ouvrage. Dans les derniers chapitres, vous avez, parmi les femmes-médecins, mis à la place qu’elles méritent Mmes Dejerine, Joteyko, Phisalix. Les connaissant toutes bien je confirme pleinement la justesse du portrait que vous en faites.
Je suis convaincu, comme vous, que les femmes peuvent en médecine rendre les plus grands services, non seulement comme collaboratrices, mais comme savantes. Dans votre anticipation terminale vous insistez à juste titre sur la valeur sociale, appelée à s’accroître, de la femme-médecin.
Je vous prie, chère Docteur Lipinska, d’agréer, avec mes félicitations, l’assurance de mes sentiments respectueux et dévoués.
LaiGnel-Lavastine, Professeur agrégé de la Faculté de Médecine de Paris,
Médecin en chef de l’Hôpital de la Pitié.