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LA MÉDECINE PRIMITIVE ET LES GUÉRISSEUSES

Origine de la Médecine. — Magie et pratiques rationnelles. — Les guérisseuses primitives se rencontrent partout. — Leur importance sociale. — Leur rôle d’intermédiaire entre le monde surnaturel et les malades: — Leur thérapeutique. •— Rudiments de psychothérapie et de physiothérapie. — Les sages-femmes primitives : version par manœuvres externes et par manœuvres internes. -— Embryotomie.

Les origines de la médecine remontent à une période de la préhistoire extrêmement reculée, si même elles ne se perdent pas dans la nuit des temps. Les vestiges retrouvés de la vie et des arts des Aurignaciens, des Magdaléniens nous montrent des cérémonies magiques qui rappellent les pratiques des sauvages actuels. Le sorcier figurant sur la paroi de la caverne des Trois-Frères peut être considéré comme la plus ancienne représentation qu’on connaisse d’un médecin. Comme le chamane, il exécute la danse mystique qui doit délivrer le malade des esprits malfaisants — première ébauche de la psychothérapie —. Mais, d’autre part, la découverte de crânes trépanés et cicatrisés de fractures bien consolidées démontre, qu’en ces périodes lointaines, les hommes pratiquaient déjà des opérations compliquées. Nous en concluons que la médecine de cette époque présentait un double caractère, mystique et rationnel (1),

A ces constatations viennent s’ajouter les observations faites sur les primitifs actuels, ou plutôt les arriérés de nos jours. L’ethnographie est entrée dans la voie scientifique depuis les travaux de Bouchinet et Rodet, en France ; d’Herbert Spencer

(1) Cours d’histoire de la Médecine de M. le Professeur Ménétrieb, 1929.

LIPINSKA

en Angleterre ; de Bartels en Allemagne et d’Engelmann en Amérique ; et dès lors, tout ouvrage traitant de l’histoire de l’art ou de la science doit en tenir compte.

Quelle conception l’homme primitif se fait-il de la maladie ? Pour lui, la mort ne peut être causée que par les blessures ou par la faim. Quant aux maladies, elles sont dues à l’action d’esprits invisibles qui l’environnent, esprits des eaux, de la terre et des airs. Vivant dans la crainte perpétuelle de ces puissances occultes, il cherche à se les concilier, ou à les empêcher de nuire. Des formules qui constituent sa thérapeutique se dégagent ainsi les premiers éléments de la magie. Mais le sorcier primitif ne se borne pas à l’action psychique ; pour la renforcer, il va dans les bois chercher des plantes qui aideront à la guérison. Ce sont les premiers rudiments de la pharmacologie.

Dans l’île de Nias, prés de Sumatra, nous raconte à ce sujet le voyageur italien Modigliani (1), les indigènes guérissent les enfants des vers à l’aide de feuille de papaï et de sivaï. Contre la diarrhée, ils utilisent des décoctions efficaces, contre les maux de dents, des feuilles de bananes cuites. Ils connaissent aussi l’usage des ventouses, et leurs rebouteurs réduisent les fractures correctement. Mais à ces pratiques rationnelles s’ajoutent des formules magiques : leur efficacité est accrue par l’intervention d’esprits guérisseurs, dont Modigliani cite les noms. Le docteur - Saffray (2) signale même une sorte d’établissement balnéaire dans une localité dont le nom indien était Yurmaco. Il y avait là un temple entouré de collines volcaniques aux cratères pleins de boue chaude, où les malades s’immergeaient jusqu’au cou, tandis que les prêtres prononçaient sur eux des formules mystérieuses. Tout autour se trouvaient des huttes où se logeaient les patients ■ venus dé loin. (Premiers rudiments de stations thermales.)

La t médecine primitive n’est donc pas sorcellerie pure. Elle comporte l’usage de remèdes découverts par hasard ou par intuition et employés empiriquement.

Des voyageurs mentionnent des guérisseuses dans les contrées les plus diverses : Afrique, Arabie, Asie Orientale, Australie, et tout spécialement dans les îles de la Sonde, en Océanie et chez de nombreuses peuplades indiennes. En Afrique, citons avec Bartels (3) les Achantis en Haute-Guinée, les nègres du Loango (Afrique occidentale) et du Louboucs (Afrique centrale) ainsi que les Zoulous. Sur d’autres continents, par contre, une abondance de faits demande une classification.

(1) Un viaggio à Nias, p. 189-195. Turin, 1894.

(2) Voyage à la Nouvelle-Grenade, 1872.

(3) Max Bartels : Die Medezin der Naturvœlker. Lepzig, 1893.

En Californie, nous voyons que l’exercice de la médecine estinterdit aux femmes dans la région centrale, tandis qu’au nord les femmes médecins indiennes sont plus nombreuses que leurs collègues masculins. De même chez les Indiens Creeks. Dans l’Orégon, chez les Wascou, elles sont assimilées à des médecins de second ordre et ne possèdent pas le . pouvoir arbitraire qu’exerce le médecin en chef sur la vie et la mort. A Vancouver, elles ne sont appelées que pour des maladies bénignes. Chez les Kosoks, la catégorie des « médecins-aboyeurs » est constituée surtout par des femmes : elles extraient la maladie en suçant la partie malade et en hurlant pendant des heures entières au chevet des patients, tandis que les «médecins de racines » traitent avec des potions et des compresses (1). Passons chez les Indiens du Nord, nous y voyons des femmes pratiquer la médecine. Il n’y a pas moins de quatre classes de médecins chez ces peuples ; la première, celle des « muskekewines » comprend les médecins, au sens actuel du mot; laseconde (Jossakeed) celle des «Voyants» qui cherchent les causes de la maladie et prescrivent les remèdes ; vient ensuite la classe des « Mides » qui guérissent par des moyens surnaturels. Ils forment une société secrète dont les adeptes se reconnaissent entre eux à certains signes ; ils ont des ramifications depuis les Etats méridionaux de l’Amérique du Nord jusqu’aux provinces septentrionales. Les femmes peuvent devenir Mide après avoir passé des examens (2). Enfin le quatrième groupe, celui des Wabeno est moins considéré : il se recrute, en effet, en majeure partie parmi les individus qui n’ont pas pu atteindre les degrés supérieurs. En résumé, chez les Indiens, l’activité médicale de la femme est tantôt proscrite, tantôt encouragée ; ici tolérée, là hautement estimée. Notons cependant que la profession médicale a créé chez les primitifs une suprématie qui élève la guérisseuse au-dessus de ses compagnes. Au Mexique Central, par exemple, les femmes médecins ont accès aux bains de vapeur, ce qui est strictement interdit aux autres femmes. Elles exercent même une influence politique : aux îles Marquises, la prêtresse qui soignait le chef Iotété à Vaitahu trouva que sa maladie était causée par la présence des étrangers venus pour les transactions commerciales, et que, pour le guérir, il fallait les chasser. Ces prêtresses guérisseuses appartiennent à l’aristocratie de naissance, et deviennent déesses après leur mort. Elles possèdent le pouvoir, de guérir les maladies de l’âme et celles du corps. La grande prêtresse de Taïshué ne se bornait pas à rendre des oracles, elle procurait

(1) Bartels : op. cit., p. 62.

(2) Bartels : op. cil., p. 64.

aussi aux malades des entretiens directs avec le dieu. Cette ventriloque faisait croire aux naïfs mortels que le dieu était logé dans son ventre (1). A Bornéo, l’ethnographe hollandais Wilken a signalé aussi des femmes s’occupant de médecine. Il note que chez les Dayaks du littoral, même les guérisseurs hommes portent le costume féminin, car la robe longue est le signe de l’autorité et de l’initiation aux mystères.

Aux Célèbes, les Topantous habitant le centre de l’île ont recours à des guérisseuses qu’ils entretiennent. Mais l’estime même dont jouit la femme-médecin lui crée des devoirs : on exige d’elle un dévouement sans bornes et une pureté morale allant jusqu’au renoncement à la famille ; comme à une vestale, la loi lui interdit le mariage (2).

Au Kamtchatka (d’après le professeur B. Dybowski), la connaissance des plantes médicinales appartient exclusivement aux femmes. Un autre exilé polonais, le général Kopec, nous raconte qu’il a été guéri par une de ces femmes-médecins, « chamanes ». Arrêtons-nous un instant et regardons les guérisseuses qui se rendent en groupe vers les malades : chacune d’elle porte une fourrure d’hermine. La robe est parée de tendons d’animaux, de plantes, de coquilles de toutes les couleurs, d’insectes et de peaux de petits animaux. La tête est coiffée d’un chaperon en peau, orné en avant de dents et en arrière d’une queue de loup. Sur le front pendent des franges de poil de cerf, leur visage est tatoué. Ainsi parée, chaque femme tient majestueusement dans. sa main un gros humérus de cerf:

Ce costume symbolise l’union de la chamane avec les Forces de la Nature ; nous retrouvons ce symbolisme dans béancoup d’autres contrées. Sur la côte orientale de l’île de Saleier les guérisseuses « bissou » (prêtresses) se parent de plumes et de têtes d’oiseaux. Pour affirmer leur force et leur importance, elles font leurs incantations en costume d’homme ; elles tiennent dans leurs mains des mouchoirs et des grelots qu’elles agitent pour effrayer les esprits. Leur rôle terminé auprès du malade, elles emportent des paniers de fruits pour l’offrande aux Esprits (3).

Nous touchons ici au rôle essentiel de la guérisseuse primitive : celui d’intermédiaire entre le monde surnaturel, d’une part; le malade ou même la population tout entière, d’autre part. Elle agit en suggestionnant non seulement le malade, mais tout son entourage.

(1) Radiguet : Les Derniers Sauvages, p. 153, 226 et passim

(2) Riedel, cité par Ploss : Das Weib in der Natur u. Vôlkerkunde, II, p. 53. Lepzig, 1898.

1898*^ J ACOBSEN • -R ezse m die Inselwelt des Banda-Meeres, p. 23. Lepzig,

Nous trouvons en Cochinchine orientale un autre exemple, noté par M. Combes (1). « Chez les Cochinchinois », écrit-il,

« l’interprète divin est une femme, « Beaïou », qui transmet les remèdes infaillibles. Appelée auprès d’un malade, elle se contente d’allumer une bougie, et de lui faire certaines passes cabalistiques sur le corps. Le mal ne doit pas résister longtemps à ses conjurations. Si toutefois l’état vient à empirer, elle recourt • alors à des procédés plus impressionnants encore : elle pratique la succion sur la partie malade et « parvient » à en extraire soit un petit fragment de bois, ou d’os, soit un grain de sable ou un autre débris qu’elle montre aux assistants ébahis. »

Nous reconnaissons ici le traitement par succion employée partout contre la morsure des serpents.

Passons maintenant aux guérisseuses qui opèrent en «-transe ».

Aux îles Philippines, par exemple, pour mieux reconnaître les symptômes du mal, les guérisseuses font leur diagnostic en état de surexcitation nerveuse. Elles provoquent cette surexcitation soit en chantant des mélopées, soit en exécutant des danses rythmiques, soit enfin en mâchant des chiques de tabac et en respirant des substances aromatiques. L’auteur hollandais Van den Tôorn nous donne la description d’une cérémonie du même genre, observée chez les Minangkabaouers de Sumatra. La guérisseuse recherche' l’âme ravie par le Mauvais Esprit, auteur de la maladie. Après avoir mis sur un support élevé huit substances pour l’offrande, elle brûle du benjoin dans un brûleparfum en invitant les Esprits protecteurs à la secourir. Elle entre en transe, et se couche : ses jambes tremblent, ce qui indique que son âme quitte le corps et se rend au Village des Esprits. En y arrivant, l’âme communique à ses amis, hommes et femmes, le but de sa visite. Alors la Doyenne des Esprits, Mandé Roubiah, suivie de plusieurs autres, exige l’âme du malade, en échange de laquelle le Mauvais Esprit réclame un cadeau. On le donne à la « doukoune » (femme-médecin). Une escorte d’esprits féminins, « les djihines », ramènent l’âme dont l’arrivée est annoncée par un nouveau tremblement des jambes de la guérisseuse. Si la « doukoune » ne peut obtenir l’âme, le malade mourra sûrement. Après cette crérémonie, la guérisseuse prescrit au malade un bain ou une offrande ; pour les médicaments, elle adresse le patient à une spécialiste. Notons ici que la sorcière s’adresse à des esprits féminins, et aussi que le traitement psychique et le traitement médical sont nettement distincts (2).

(1) Lettre annexée à l’ouvrage du R. P. Dourisboure : Les Sauvages Ba-Hnars, p. 311-312. Paris, 1875.

(2) Van den Toorn : Het animisme bïj den Minangkabaouers, etc...

Citons encore deux exemples empruntés à d’autres régions du globe.

Voyageant chez les Indiens Goajires, dans l’Amérique du Sud, l’explorateur Candelier fut pris d’une fièvre intermittente qui le terrassait un jour sur trois ; il consulta une « Piaché » (médecin indigène) et choisit une femme par esprit de curiosité. C’était une Indienne, petite et assez grosse, aux yeux pérçants, d’une expression peu commune. Pour ne pas être gênée dans ses pratiques, elle commença par faire sortir tout le monde, ferma la porte de la cabane avec un drap, et en tendit un second entre elle et le malade. Puis, après avoir enlevé sa robe, elle retira d’un sac en ficelle sa «maraca » (grelot), s’assit sur un petit banc et prit dans sa bouche une chique. Alors, elle se mit à trembler de tout son corps en faisant des invocations et en agitant sa maraca. Parfois, elle se levait, son chant atteignait le paroxysme de la force ; parfois encore, elle s’arrêtait un instant pour cracher du jus de tabac. Cela dura une heure et demie au moins. Enfin, après quelques minutes de repos, elle remit sa robe, s’épongea la figure à plusieurs reprises, cracha encore une fois du tabac et s’avança vers le malade en lui posant des questions. Voyant qu’il ne répondait pas, elle parla par signes ; il crut comprendre alors qu’elle demandait à tâter le bras. A peine le lui avait-il avancé, qu’elle y appliqua ses lèvres, à sa grande surprise, et fit en quelque sorte l’office de sangsue, suçant et crachant tour à tour. Il devina que cette pratique avait pour but d’extraire le mal du corps. Ce second exercice dura au moins une demiheure. Pour lui rendre l’esprit favorable, le patient dut promettre à la Piaché une génisse bien grasse. Chez les Goajires, ajoute encore Candelier, l’intérêt ne perd jamais ses droits (1).

Voyons l’autre exemple :

En Arabie, Kutzner a vu, à côté des « hakimes » (médecins) des négresses libres appelées Bobali, qui ont une petite propriété en dehors de la ville où elles exercent la médecine. Leur costume bizarre suggestionne déjà. En arrivant près du malade, elles jettent du muse sur le feu pour faire apparaître les « Esprits de la maladie », tournent autour de la chambre en gesticulant et vociférant, puis subitement se jettent à terre et heurtent le sol du front, ce qui annonce l’arrivée des Esprits. Baisant alors les habits et lès mains de la Bobali, les assistants lui demandent respectueusement la cause du mal. « Le malade a pris froid près d’un puits », répond-elle, « on a craché par la fenêtre sans avoir dit Destah (avec l’aide de Dieu) ». Elle met ensuite dans un pot des charbons ardents avec du sucre en poudre, en répand sur le sol

(1) Candelteb : Rio-Hacha et les Indiens Goajires, p. 221-226. Pari?, 1893.

en disant : « Je t’ai sucré les lèvres, rends-moi la santé. » Elle fait alors ses prescriptions médicales.

Outre ces rudiments de psychothérapie, nous voyons apparaître ici l’embryon d’un principe d’hygiène : l’assainissement du logis.

Ainsi donc, de l’Asie à l’Amérique, nous retrouvons partout la guérisseuse primitive en relation directe avec le monde surnaturel. Les pratiques magiques sont toujours au premier plan, même quand elles accompagnent le traitement rationnel.

Radiguet, dans l’ouvrage déjà mentionné, décrit le cas du chef Tumé. Il gisait sur sa natte, nous dit-il, souffrant d’un rhumatisme aigu. Deux ou trois jeunes femmes, les mains ruisselantes d’huile, lui frictionnaient une jambe, tandis que, placée à son chevet, une prêtresse murmurait les paroles d’une incantation hiko destinée à chasser le Mauvais Esprit logé dans le membre malade.

Nous allons encore retrouver ces deux éléments psychique et physique dans un exemple dû à Thomas, aux environs de Victoria (Australie). Trois jeunes gens, ayant passé la nuit à la belle étoile, contractèrent une maladie «Turrun» attribuée à d’invisibles sorciers qui jettent dans les yeux des brindilles d’arbres. Les malades, au désespoir, firent appel à neuf femmes-médecins qui les firent coucher près d’un grand feu alimenté exclusivement d’écorces d’arbres et éloigné du camp. Chacune des neuf femmes tenait dans une main un morceau d’écorce brûlante, et dans l’autre un faisceau de branches de Pallee. Des extrémités de ces branches elles touchèrent la tête des malades, puis se mirent à tourner autour du feu et à y chauffer les feuilles. Avec celles-ci elles frottèrent la poitrine, les hanches, les lombes et le ventre des patients. Leur mouvement devint bientôt rapide, et, avec les feuilles de plus en plus chauffée, elles frictionnèrent les sourcils, la tête, les mains, chantant des mélopées étranges et donnant à la fois les signes de la fatigue et de la douleur. Alors la danse se relentit, et chacune d’elles jeta sa branche dans le feu. Puis chaque femme fit aux malades avec un charbon un trait allant de l’ombilic à la ceinture, et un autre des commissures buccales aux oreilles. Après cette cérémonie, les malades tout en sueur furent transportés dans leurs huttes, et quelques heures après ils furent guéris.

Pour opérer le transfert, la guérisseuse emploie un moyen physique, la branche de Pallee, pour y faire entrer la maladie, elle la brûle ensuite ce qui assainit l’air autour du malade*.

En résumé, ce sont les premiers rudiments de la magie unie

aux pratiques rationnelles : la transpiration facilitant l’élimination des poisons.

Il en est de même en obstétrique. Jamisson nous parle d’une Mitimauri (prêtresse médecin de l’île de Vaté). Si l’accouchement tarde à se faire, elle verse de l’eau dans un vase et y ajoute du lait de noix de coco,,puis procède à des cérémonies magiques. Elle donne alors à la parturiente une partie de cette potion ; avec le reste, elle frotte le bas-ventre pour rendre la peau plus molle et plus souple. Enfin, elle change la position du fœtus par des manœuvres externes de façon que la tête soit en bas et le siège en haut. Quand elle a réussi, elle souffle sur ses mains, sur le reste du liquide et sur le bas-ventre de la patiente. Voilà donc à côté des incantations la version céphalique externe (1). L’usage des manœuvres externes dans l’accouchement est une pratique qui jouit chez les sages-femmes primitives d’une considération bien méritée. L’importance de ces manœuvres externes fut signalée par Wigand, en 1812.. Il précisait ce qu’Hippocrate avait indiqué et ce qu’on avait oublié aux xvn e et xvm e siècles, malgré l’insistance de Jacob Rueffius et de Mercurius Sipio.

Des faits semblables nous sont signalés à l’île. de Nias par Schmidt, et en Afrique par Lübbert (2). Brehm rapporte que les sages-femmes aux environs de Massaouah connaissaient la version par manœuvres internes. Ploss cite des faits semblables pour l’Algérie et pour les Kalmouks. Enfin Schoolcraft communique un cas d’embryotomie, exécutée par les sages-femmes chez les Dacotas.

En résumé, dans les pratiques des sages-femmes primitives, on retrouve des traces rudimentaires des plus grands progrès dont s’enorgueillissent nos accoucheurs modernes ; l’observation a été, pour ces enfants de la Nature, le grand maître, dont ils ont mis les leçons à profit avec leur sagacité intuitive (3).

Entrons maintenant dans la période historique.

H) Jamisson : The Auslr. Médical Journal, 1885, II, p. 51 (2) Cite par Plos : op. cit., p. 337. ^

(?) Engelmann ; La pratique des accouchements chez les peuples primitifs. Paris, 1886. ^ ^ ^

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