EUROPE MERIDIONALE ET AMERIQUE LATINE
L’admission des femmes à l’étude de la médecine en Italie, Espagne, Portugal, Bulgarie, Roumanie, Yougoslavie et Grèce. — Les femmes-médecins de ces pays et la grande guerre. — Statistique. ■—- Les études médicales en Amérique latine.
L’Italie avait été la première, en Europe méridionale, à ouvrir les portes de ses Facultés aux femmes, même à leur confier des chaires. Mais à l’époque du Risorgimento, les problèmes urgents que suscitait l’organisation du nouvel Etat absorbèrent l’attention des esprits, et la question de l’instruction féminine fut négligée.
L’année même où Rome devenait capitale de l’Italie, une femme, Edvige Benigni, obtint le grade de docteur en médecine. D’autres suivaient les cours de différentes Facultés sans y être officiellement autorisées. Ce fut seulement en 1875 qu’un édit royal admit les femmes à fréquenter les Universités (11 octobre). Elles purent, dès lors, se présenter aux examens. En 1877, le doctorat en médecine fut décerné à Ernestine Paper par la Faculté de Florence. L’année suivante, l’Université de Turin accordait le même diplôme à Marie Velleda Tarne. La première doctoresse de Naples fut Anne Kulischieff (1885). Bologne devait bientôt renouveler la glorieuse tradition des femmes-professeurs. Mlle Giuseppina Catàni suivit les traces de Maria Délia Donne. Reçue docteur en 1884, puis assistante du professeur Tizzone, elle fut chargée du cours de pathologie générale en 1889. Lorsqu’elle entra dans l’amphithéâtre pour y faire sa première leçon, elle fut saluée par les acclamations des étudiants accourus en foule. Elle donna à son exposé le caractère d’une causerie et fit preuve d’un véritable talent oratoire. De 1870 à 1896, 15 femmes obtinrent le doctorat en médecine. En 1898-99, 37 étudiantes étaient inscrites aux différentes Facultés italiennes de médecine, 4 d’entre elles obtinrent le diplôme (1).
Parmi les doctoresses italiennes, il en est une dont le nom est connu du monde entier. Amenée à la pédagogie par la méthode
(1) Helene Lange : op. cit., p. 406.
psychologique, Mme Montessori a été prise tout entière par L’art passionnant de l’éducation.
Mme Montessori, comme physiologiste, ayant obtenu des résultats sur des enfants anormaux, a eu l’idée d’appliquer les mêmes méthodes à des enfants normaux. Elle estimait que la même méthode, agissant sur des esprits inégaux, devait produire des effets inégaux et que, placés dans des conditions où de pauvres idiots faisaient des progrès appréciables, les enfants bien doués devaient réaliser des progrès considérables Elle reconnaît avoir emprunté sa méthode à des Français : Itard, fondateur de la psychologie pédagogique ; M. Seguin qui a développé les idées de M. Itard ; et M. Bourneville qui en a fait l’application pratique dans le service des enfants anormaux à Bicêtre.
Donc, les principes de la méthode de Mme Montessori, l’amour de l’enfant, avaient été déjà appliqués en France dans les Ecoles maternelles (Mme de Kergomard). Laissons à l’enfant toute sa spontanéité. Eveillons toutes ses énergies, au lieu de les réprimer ; pas de contrainte, pas de punition ; attendons pour lui inculquer des connaissances que sa curiosité aspire à les recevoir. Ces idées directrices de la pédagogie se retrouvent dans l’ouvrage de Mme Montessori. C’est la psychologie qui puisera ses conclusions dans la pédagogie, et non la pédagogie dans la psychologie.
« La conception de la liberté dans l’éducation de la première enfance doit s’entendre comme une conception apte au plus favorable développement de la personnalité, soit du côté physiologique, soit du côté psychique. Elle inclut, pour cette raison, le libre développement de la conscience. Comme si l’éducateur était poussé par un culte profond de la vie, il doit respecter l’âme de l’enfant, en observant avec un intérêt humain le développement de la vie enfantine. Or, la vie enfantine n’est pas une abstraction ; c’est la vie de chaque enfant. Il n’existe qu’une seule réelle manifestation biologique : l’individu vivant ; et, à chaque individu observé en particulier, doit s’adresser l’éducation, c’est-à-dire l’aide active à l’expansion normale de la vie.
« L’enfant est un corps qui grandit et une âme qui se développe ; la double forme physiologique et psychique a une source éternelle : la vie. Nous ne devons pas briser ni étouffer ses mystérieuses énergies, mais nous devons, au contraire, en provoquer les manifestations successives.
« Toutes les victoires et tous les progrès humains reposent sur la force intérieure. Chacun a une vocation latente en lui. « Il faut éveiller dans l’âme de l’enfant l’homme qui sommeille. Il faut trouver la clef secrète, c’est-à-dire l’action sur l’esprit. »
Le facteur ambiance ne crée jamais ; il peut modifier ou détruire des penchants latents. Le facteur intérieur est la base
essentielle dans la transformation de l’espèce, dans le double arbre biologique, animal et végétal. « Le secret de toute la nature se trouve dans l’âme de l’enfant (1). »
« C’est dans les laboratoires de psychologie physiologique que le docteur Maria Montessori a trouvé le matériel qui lui sert à faire l’éducation du sens, des couleurs, des sons, de la pesanteur, etc., etc. C’est une loi psycho-physiologique qui lui a dicté sa méthode relative à l’enseignement de la, lecture et de l’écriture (2). »
Le principe même de la méthode Montessori : faire appel à l’initiative de l’enfant en évitant de le contraindre, en a assuré le succès presque immédiat. Le livre où il se trouve exposé fut publié en 1909 par le baron Léopoldo Franchetti ; il a été traduit en anglais, français, allemand, russe, espagnol, catalan, polonais, roumain, hollandais et chinois.
Des cours furent organisés sous le patronage de la Reine-Mère pour former des maîtresses. Ce furent d’abord des particuliers qui s’en chargèrent, puis la Municipalité de Rome. Enfin le Comité national Montessori réunit à Rome des institutrices de 14 nations pour les initier à la nouvelle méthode.
Parmi les nombreuses écoles Montessori qui se sont ouvertes un peu partout, citons celle de la place Saint-Sulpice à Paris. Fondée par Miss Cromwell en 1915, elle groupait de malheureux petits réfugiés français et belges. Les enfants y retrouvaient l’ambiance du foyer familial, détruit par l’invasion.
Les problèmes sociaux ont également attiré une autre doctoresse italienne, Mme Gina Lombroso-Ferrero. Fille de l’illustre anthropologiste, elle fut élevée par lui selon les préceptes de Rousseau. Douée d’une vive intelligence, elle fit des études brillantes : docteur ès lettres de Turin, elle s’initia aux sciences économiques, et se livra, en 1898, à une enquête sociale et économique sur un faubourg de Turin ; puis, publia divers essais sociologiques sur le travail des femmes et des enfants. Elle fit ses études de médecine et fut reçue docteur à la Faculté de Turin avec une thèse sur la dégénérescence. Ayant épousé M. Guglielmo Ferrero, professeur d’histoire à Florence, elle l’accompagna dans sa tournée de conférences en Amérique du Sud, et. en profita pour visiter les écoles, orphelinats et refuges, ainsi que les hôpitaux et les asiles dTdiénés. Elle consigna ses observations dans son livre sur Y Amérique du Sud. A la mort de son père-, elle lui consacra une biographie et publia, sur le plan de Vhomme criminel , une étude sur la femme criminelle. Depuis, elle s’adonna aux œuvres d’assis-
(1) WORDS'WOETH.
(2) Paul Lapie : Préface de la Pédagogie scientifique, trad. française, de Cromwell, I, p. 18.
tance et à l’étude de la situation de la femme dans le monde moderne.: L’âme de la femme ; La femme aux prises avec la vie (1). Mmes Montessori et Lombroso-Ferrero se sont-occupées surtout de médecine sociale, d’autres femmes-médecins ont acquis la renommée par l’exercice de la profession médicale. Telle fut Mme Filoména Corvini, la première chirurgienne en Italie. Elle fut engagée par l’autorité militaire et envoyée au front avec l’armée italienne en novembre 1915 (2). Actuellement, il y a des femmesmédecins italiennes qui ont obtenu, par leurs travaux scientifiques, des situations universitaires. Ainsi Mlle Maria Inès Fini est « privat-docent » à l’Université de Bologne et Mme Angiola Borrino, directrice de la clinique pédiatrique de l’Université de Sassari ; de même, Mme Constanza Boccadoro est professeur libre de chirurgie.
Mme Levi travaille (comme assistante bénévole) à la clinique neuropathologique universitaire de Turin, ainsi qu’à l’Asile royal d’aliénés. Dans la même ville, on trouve d’autres femmesmédecins dans les cliniques universitaires, les hôpitaux et les laboratoires. Une d’elles fut pendant bien des années assistante au Préventorium antituberculeux de la Municipalité (3).
. En somme,' peu de .femmes ont été tentées jusqu’ici par la profession médicale en Italie. Elles préfèrent la vie conjugale. Nous ne sommes pas étonnés de voir que le nombre des étudiantes inscrites et des doctoresses en médecine diplômées à l’Université de Florence est beaucoup plus faible encore que celui que nous allons enregistrer dans la célèbre école de Bologne (4),
(1 ) L’âme de la femme, trad: franç. Paris, 1924. .
(2) Daily Mail, 9 novembre 1916.
(3) Quant aux étudiantes, elles sont peu nombreuses à la Faculté de médecine de Turin. .
En 1900, diplômées avec honneur, 1 ; en 1901, 3 ; en 1902, 1 diplômée avec honneur ; en 1903, 1; en 1904, 1 ; en 1905, 2 avec honneur et une avec simple approbation ; en 1906, 1 diplômée avec honneur ; en 1907, 2 ; en 1908, 1 ; en 1909, 1; en 1910, 0; en 1911, 4; en 1912, 1 diplômée avec simple approbation ; en 1913, 2 diplômées avec honneur et 1 avec simple approbation ; en 1914, 2 avec honneur et 3 avec simple approbation ; en 1915, 1 avec honneur ; en 1916, 2 diplômées ; en 1917, 0 ; en 1918, 1 diplômée àvec honneur '; ên 1919, 0 ; en 1920, 2 ; en 1921 et 1922, 0 ; en 1923, 5 ; en 1924, 0 ; en 1925, 2 diplômées avec honneur ; en 1926, 3 diplômées avec honneur et 1 avec simple approbation ; ën 1927, 2 diplômées avec honneur et 2 avec approbation.
Rapport universitaire de la Faculté de Turin envoyé par la doctoresse Levi.
(4) En 1900, 3 étudiantes inscrites ; en 1901, 3 étudiantes inscrites ; en 1902, 4 étudiantes inscrites ; en 1903, 3 étudiantes inscrites ; en 1904, 4 étudiantes inscrites et 1 diplômée ; en 1905, 5 étudiantes inscrites et 1 diplômée ; en 1906, 5 étudiantes inscrites ; en 1907, 4 étudiantes inscrites et
1 diplômée ; en 1908, 7 étudiantes inscrites ; en 1909, 10 étudiantes inscrites et 2 diplômées ; en 1910, 12 étudiantes inscrites et 1 diplômée ; en 1911, 10 étudiantes inscrites et 1 diplômée ; en 1912, 16 étudiantes inscrites et
2 diplômées ; en 1913, 19 étudiantes inscrites et 3 diplômées ; en 1914, 16 étudiantes inscrites ; en 1915, 15 étudiantes inscrites ; en 1922, 2 diplô-
Les doctoresses de cette ville sont très appréciées du public et très estimées comme inspectrices de l’enfance et comme conférencières d’hygiène sociale et de culture physique. Plusieurs sont professeurs de gymnastique respiratoire dans les écoles en plein air. Nous avons visité ces écoles au Congrès de 1928 (1).
Les doctoresses italiennes fournissent un contingent intéressant dans lés Universités.
Parmi les doctoresses qui se sont distinguées au congrès de Bologne, en 1928, citons : Mlle Fini, qui a fait un rapport sur la Protection de l’enfance et de la jeunesse en Italie ; la doctoresse Luise Levi, de Turin, sur l’Hérédité et l’ambiance, cause déterminante des maladies mentales ; Angiola Borrino, professeur de l’Uni- Vërsité de Sassari, sur la protection de l’enfance en Italie, et la doctoresse Candian sur les maladies des yeux en rapport avec les diathèses ; enfin la présidente du Congrès, Mme la professeur Careupini Ferrari, s’est distinguée par son esprit d’organisation.
En Espagne, la première femme-médecin, Mlle Pilar Tauregui, conquit son grade de docteur à l’Université de Barcelone en 1881. Elle épousa le docteur Mirelle et se spécialisa comme lui dans la gynécologie et l’obstétrique (2). Mais le 16 mars 1882, un décret royal venait interdire aux femmes l’accès des établissements d’enseignement supérieur ; ce décret ne tint pas longtemps. Aussi, le pays de Mme Sabuco comptait-il, vers 1901, quelques doctoresses dont la plus connue était Mlle Solis. Une d’elles, Mlle Alexandre, travaillait à 1’ « Hospital de la Princesa » (3)..
mées ; en 1923, 39 étudiantes inscrites et 8 diplômées ; en 1924, 36 étudiantes inscrites et 10 diplômées ; en 1925, 28 étudiantes inscrites et o diplômées ; en 1926, 29 étudiantes inscrites.
(Rapport universitaire communiqué par le Chevalier Fratti de Bologne.)
(1) En ce qui concerne l’Université de Modène, les chiffres ne sont guère plus élevés qu’à Florence En 1911-1912, une doctoresse conquiert son diplôme ainsi qu’en 1913-1914. Au moment où les hommes sont appelés au combat, on fait appel aux femmes-médecins : 3 en 1915, 1 en 1916, 1 en 1917, 1 en 1918 et en 1921. Puis, 2 en 1923, 1 en 1924 et 3 en 1926, mais de nationalité roumaine. (Rapport universitaire.)
La jeune Université de Sassari n’a délivré aux femmes que trois diplômes de médecine dans la période de 1900 à 192 5. En 1927, il n’y avait que 5 étudiantes (inscrites en première année, 1 ; en deuxième, 2 et en cinquième année, 2). Total 9. Secrétariat de la Faculté de médecine de Sassari. (Communiqué par la doctoresse Borrino.)
(2) Conception Gimens de Flaquer : La Miijer mexico, 1887, p. 187.
(3) H.lene Lange : op. cil., p. 432..Madrid en 1915 n’avait que 9 étudiantes ; Barcelone, .7 ; Grenade, 2 ; Salamanque, 1 ; Santiago, 2 ; Valence, 3 ; Valladolid, 2 ; Saragosse, 1. Total : 27. —- En 1916-1917, ce nombre resté stationnaire. En 1918, Madrid compte 7 étudiantes ; Barcelone, 8 ; Grenade, 1 ; Salamanque, 0; Santiago, 2; Valence, 32 ; Valladolid, 2; Saragosse, 1. — En 1918, Cadix ouvre ses portes aux étudiantes et en compte 2. Total : 57. — En 1919, nous voyons Séville ouvrir aussi « Alma Mater »
Le Portugal se montra également longtemps réfractaire et, jusqu’en 1886, l’accès des cours de médecine resta fermé aux femmes. Puis, les idées ayant évolué, l’opposition cessa. En 1900, l’Université de Coïmbre et les écoles médicales de Lisbonne et de Porto avaient ouvert leurs portes aux étudiantes (1). Il y eut, dès lors, quelques doctoresses qui exerçaient, surtout dans les villes.
La statistique des Facultés de médecine du Portugal ne donne pas de chiffres séparés pour les hommes et les femmes (Institut de coopération intellectuelle). Nous nous sommes adressée aux légations du Portugal à Paris et à Berlin, d’où nous avons reçu la réponse qu’aucune statistique d’étudiantes n’existe, quoique leur nombre à la Faculté de médecine de Coïmbre soit assez important.
De tout temps, les Etats des Balkans avaient fait appel à des doctoresses diplômées à l’étranger pour assurer aux femmes bulgares les soins d’une femme-médecin. Ainsi, nous voyons. Mme Olchewska, diplômée de la Faculté de Paris (1894), exercer à Sofia avec beaucoup de succès pendant de longues années.
Après la grande guerre, les étudiantes bulgares, au lieu d’aller étudier à Nancy, à Paris ou en Suisse, purent s’inscrire à la Faculté de médecine de Sofia, ouverte en 1921. En 1925, 114 étudiantes ont été immatriculées dans cètte Faculté.
Pendant l’année 1925, il y a eu en Bulgarie, 152 femmes-médecins, dont 7 au service des municipalités, 69 au service de l’Etat, et 96 exerçant librement leur profession, ainsi que 128 femmesmédecins dentistes (2).
En Roumanie , la première étudiante en médecine inscrite à la Faculté de Bucarest fut Mlle Cléopatra Tunasescu en 1882. Mais elle né termina pas ses études. Peu après, une de ses compatriotes, Mme Marie Coutzarida-Catrunescu, terminait à Paris ses études commencées à Zurich et à Montpellier. ,Sa thèse traitait de L’hydrorrhée et de sa valeur sémiologique dans le cancer du corps de Vulérus (1884). C’est la première femme-médecin rou-
aux étudiantes : 1 étudiante s’inscrit ; Madrid augmente le nombre de ses élèves qui se porte à 23 ; Barcelone, 11 ; Grenade, 2 ; Salamanque, 1 ; Santiago, 0 ; Valence, 10 ; Valladolid, 8 ; Cadix, 2. Total : 58. — En 1920, il y eut une légère augmentation. Total 64. ■— En 1921, la Faculté médicale de Madrid augmente le nombre de ses étudiantes. Le nombre total s’élève à 95. — En 1922, une augmentation encore à signaler. Total : 104. — En 1923, le total s’élève à 120. •— En 1924, Madrid augmente encore, 60 ; Barcelone, 24 ; Grenade, 4 ; Salamanque, 4 ; Santiago, 8 ; Séville, 5 : Valence, 7 ; Valladolid, 13 ; Saragosse, 5 ; Cadix, 1. Total : 131.
(Rapports universitaires.)
(1) Helene Lange : op. cit., p. 426.
(2) Communiqué par la Chancellerie.
maine, la première aussi qui ait occupé une place officielle. Pendant deux ans (1892-1894), elle a dirigé comme chef de service la section de gynécologie de l’hôpital Filantropia de Bucarest, et se créa une nombreuse clientèle.
Il y avait alors sept étudiantes à la Faculté de médecine de Bucarest ; elles étaient 19 en 1898.
De 1886 à 1896, 14 étudiantes suivirent les cours de la Faculté de Jassy ; deux seulement furent promues docteur en médecine.
L’opinion publique leur étant favorable, les femmes-médecins purent occuper divers emplois, tant publics que privés. Mlle Catherine Abore-Ralli, docteur de Bucarest (1896), fut nommée médecin d’une institution pour enfants pauvres. Pour vulgariser l’hygiène de l’enfance, elle publia un livre intitulé : La mère et l'enfant. Mlle Olga Conta, diplômée de Paris, fut professeur d’hygiène et médecin de l’école centrale de Jassy. A Braïla, l’hôpital communal engagea une; doctoresse comme médecin de l’Assistance médicale (1).
YOUGOSLAVIE
La Serbie, qui a tant souffert de 1a. guerre, peut se vanter d’avoir eu des femmes courageuses et pleines de dévouement. Les femmes serbes suppléaient au manque de connaissances par une grande faculté d’assimilation. Parmi les doctoresses serbes, citons Mme Woutchetitch, qui a fait ses études en Suisse et aida son mari, médecin, en chef de l’hôpital militaire, à Kragujevatz. Dans sa tournée du soir, elle souhaitait à tous une nuit réconfortante, donnait un calmant aux agités et des injections de morphine à ceux que les douleurs torturaient (2). Une autre doctoresse serbe, Mlle Jakchitch, quitta sa situation à Genève où elle était établie pour venir prendre la direction d’un hôpital en Serbie. Des missions médicales anglaise, espagnole, grecque, russe et amé-
(1) En 1900-1901, il y avait à Bucarest, 38 étudiantes, et à Jassy, 19.
Le nombre des étudiantes augmente à Bucarest où, en 1905, nous en avons 63, tandis qu’à Jassy il n’y en a que 18. En 1910, elles sont 127 à Bucarest et 31 à Jassv. Ensuite ce chiffre, diminue un peu et deux ans après il n’y en a que 91 à Bucarest et 29 à Jassy. Au début de la guerre (1914) elles étaient beaucoup plus nombreuses ; à Bucarest nous avons 251 étudiantes et à Jassy, 40. Durant la guerre les doctoresses furent mobilisées et engagées aux services de l’armée comme leurs collègues masculins. En 1915, le nombre des étudiantes augmente encore. Elles sont 268 à Bucarest et 54 à Jassy. En 1920, il y a 319 étudiantes à Bucarest et 308 à Jassy. Le nombre des étudiantes augmente toujours et en 1922, à Bucarest il y en a 315, à Jassy, 432 : et à la Nouvelle Université de Glin, 95 aspirantes à la médecine. En 1925, nous en trouvons 364 à Bucarest, 269 à Jassy et 77 à Clin. En 1926, 303 à Bucarest, 222 à Jassy et 89 à Clin. En 1927, 297 à Bucarest, 170 a Jassy et 83 à Clin. ^ .
(2) C. Sturzenegger : La Serbie en guerre, p. 52. Neuchâtel, 1916, m-8°.
rir aiTi f> j apportèrent le concours d’un personnel expérimenté. Quant au sublime dévouement d’Elsie Inglis, de Mme Stobart et d’autres doctoresses et ambulancières, nous renvoyons le lecteur au chapitre sur les Anglaises.
Après la guerre, la Serbie devenue Yougoslavie, se réorganisa très vite, et à l’Université de Zagreb, nous trouvons déjà, en 1917- 1918, 15 étudiantes. Ce chiffre augmente rapidement, et en 1920 nous en trouvons 43 et un an après, 47. Ensuite ce chiffre diminue, mais en 1925-26, nous avons 42 étudiantes à Zagreb, dont 24 diplômées, et 38 étudiantes à Belgrade, dont 15 diplômées. Cinq ans après, nous voyons 26 étudiantes à Zagreb dont 5 diplômées, et 38 à Belgrade dont 4 diplômées.
En Grèce , la première femme-médecin fut Mlle Kalopothakès. Bachelière d’Harvard (Etats-Unis), elle fit toutes ses études médicales à Paris. Elle y fut reçue docteur avec une thèse sur les troubles gastriques des nourrissons (1). De retour à Athènes, après avoir subi un examen d’Etat, elle exerça avec succès et fut élue présidente de la « Section médicale » de l’« Union des femmes grecques ». Elle publia plusieurs travaux qui lui valurent d’être reçue membre de la Société athénienne de médecins (1897). Pendant la guerre gréco-turque, Mlle Kalopothakès organisa des cours d’infirmières ; puis elle dirigea un hôpital fondé par l’Union des femmes grecques à Volo (Thessalie). Elle avait comme collaboratrices deux jeunes collègues, Mlles Antoniadi et Katoigra, qui ne quittèrent Yolo que le jour de l’occupation de cette ville par l’armée turque. Mlle Kalopothakès se rendit alorsi en Epire, à Vouitzi, où elle travailla dans un hôpital militaire dirgé par le chirurgien Maugiras. La guerre finie, en 1905, elle ouvrit une clinique gynécologique de 12 lits. Des étudiantes en médecine fonctionnaient comme assistantes. Les malades affluèrent de Grèce et de Turquie. Elle organisa aussi des cours de médecine pour les femmes. Ses élèves répandaient des principes d’hygiène dans les classes laborieuses de la société. Ce fut le germe de la prophylaxie antituberculeuse en Grèce.
En 1900, trois femmes avaient reçu le grade de docteur à la Faculté de médecine à Athènes. Ce furent d’abord les sœurs Panaghiotatou. Après de brillantes études, l’une se rendit à Alexandrie pour y occuper un poste dans un hôpital, l’autre à Vienne pour se spécialiser. Après la guerre gréco-turque, le nombre des étudiantes en médecine est minime ; par exemple, en 1905, il n’y a qu’une étudiante à Athènes et en 1910, trois étudiantes et 1 diplômée. Ce nombre augmente et en 1915, nous avons 6 étudiantes inscrites
(1) Paris, 1894.
et 3 diplômées. En 1920, 14 étudiantes et 7 diplômées. L’augmentation devient plus accentuée ; en 1925, nous avons 34 étudiantes et 10 diplômées ; ensuite, ces chiffres oscillent : en 1926, 28 étudiantes, 10 diplômées ; en 1927, 21 étudiantes , 16 diplômées : en 1928, 21 étudiantes, 12 diplômées.