ORIENT ET EXTRÊME-ORIENT
Les études médicales en Orient et Extrême-Orient
A peine les femmes-médecins avaient-elles cause gagnée en Europe et en Angleterre qu’un nouveau champ d’activité s’offrit à leurs efforts. Enfermées dans les harems ou recluses dans leur maison, les femmes de l’Orient et de l’Extrême-Orient ne pouvaient ni consulter le médecin, ni le faire venir auprès d’elles. Elles restaient sans défense contre les maladies auxquelles leur vie sédentaire les prédisposait. Seules, des femmes pouvaient remédier à cet état de choses.
Aucun Etat musulman ne chercha à faciliter les études médicales des femmes, si pressant qu’en fût le besoin. Pourtant, Mahomet emmenait avec lui dans ses expéditions les femmes de ses guerriers ; elles portaient à boire aux combattants, pansaient et soignaient les blessés.
Selon Ali Ben el Abbas, illustre médecin de l’Irak qui mourut en 994, après avoir résumé en un livre toutes les connaissances médicales de son temps, les sages-femmes de l’époque n’avaient recours au chirurgien que dans les cas extrêmement graves. La sœur d’Abou Bekr de Séville (1113-1199) était instruite dans la pratique médicale ainsi que sa fille. « C’étaient elles qui accouchaient les femmes d’El Mansour et de sa famille. Quand mourut la sœur d’Abou Bekr, sa nièce la remplaça dans ses fonctions (1). »
Avicenne parle d’un collyre composé par une femme (2). Enfin, bien des siècles plus tard, il existait au Caire une femme versée dans la médecine. Prosper Alpin, médecin et naturaliste, qui voyageait en Egypte, fit sa connaissance vers 1580. En examinant les organes génitaux de ses malades, elle reconnaissait les causes des affections utérines plus facilement que les hommes, auxquels un tel examen était strictement interdit. Albucasis, dans les cas analogues, conseillait au médecin de se faire accompagner par une femme expérimentée qui devait lui transmettre les réponses de la patiente.-
Point n’est besoin d’insister sur les inconvénients d’une telle méthode. Aussi, lorsqu’au xix e siècle, de nombreux pays musul-
(II Dr Lucien Leclebc : Histoire de la médecine arabe, t. II, p. 94. Paris,
(2) Canon iv, sum ti, tract 2.
mans tombèrent sous la domination européenne, l’opinion publique s’inquiéta du sort des femmes musulmanes en cas de maladie.
En France, la question fut soulevée par le docteur Potin, directeur de l’Ecole de Médecine d’Alger. Dans le discours qu’il prononça à la rentrée de 1865, il montrait que, faute de femmes-médecins, les musulmanes étaient condamnées a se passer de tout secours médical. En juillet 1870, une petite commission composée de quelques savants, sous la présidence de M. Duruy, ancien ministre de l’Instruction publique, avait élaboré le plan d’un système complet d’instruction pour les femmes. Il s’agissait de former des femmes-médecins pour les pays d’Islam. La chute de l’empire empêcha la réalisation de ce projet (1). Mais avant, en 1861, l’Académie militaire de Saint-Pétersbourg avait admis Mme Roudneva, déléguée des Cosaques Bachkir(de religion mahométane), qui voulaient assurer à leurs femmes une assistance médicale. Nous avons vu les mesures que prit le gouvernement autrichien en faveur des femmes musulmanes de la Bosnie. Nous avons également mentionné la mission dont fut chargée, dans I’Àurès, la doctoresse Dorothée Chellier (1895).
Au Maroc, la Société des Missions médicales éleva un hôpital pour les femmes, à Tanger. La direction en fut confiée à Mlle Breeze (1892).
L’ancien gouvernement ottoman ne se montra pas hostile aux femmes-médecins européennes. Un iradé impérial les autorisa à pratiquer (1893) sur présentation de leurs diplômes (2). Aussi, plusieurs doctoresses-missionnaires purent-elles s’établir dans les différentes parties de l’Empire. Il y en avait à la Mission médicale du Liban, à celle de Damas, de Jaffa, ainsi qu’à Tripoli.
En Egypte, 'vers 1900, il y avait trois femmes-médecins : une Polonaise et deux Anglaises.
Actuellement, quoique le gouvernement égyptien, depuis la proclamationdesonindépendance, fassedegrands efforts pourremplacer les médecins étrangers par les siens, il ne s’est pas occupé des études médicales féminines. Il n’y a qu’une école d’infirmières et de sages-femmes dépendant de la Faculté de médecine. Elles est fréquentée annuellement par une quarantaine d’élèves.
La Perse doit auxmissions anglaises ses çleux premières femmesmédecins ;T’une exerçait à Sulfâ et l’autre à Yezd. Les docto-
(1) E. Beaugeand : op. cit, p. 607.
(2) Progrès médical, p. II, p. 451, 1893.
resses russes, de leur propre initiative, s’établirent en Asie centrale et rendirent de grands services à, la population. En 1886, Mlle Garinowskaïa fonda un dispensaire pour femmes et enfants à Samarcande. Dès la première année, elle eut à traiter 1.721 malades ; trois ans après, ce nombre était passé à 1.850. Dans plusieurs régions, des dispensaires ont été créés par les municipalités ; la direction en a été confiée à des femmes-médecins. Aussi y avait-il dès 1899 onze doctoresses exerçant en Asie centrale.
Si la situation de la femme arabe ou turque laissait beaucoup à désirer, aux Indes, c’était pire encore, chez les brahmanes aussi bien que chez les musulmans, Cependant, la civilisation hindoue est une des plus anciennes du monde. Consacrons-lui quelques mots. La médecine aux Indes remonte au moins à 2.000 ans avant J.-C. L’ancienne médecine hindoue, nommée « Ayervhêdique », pratiquée par des médecins appelés « Vedhez », avait pour base un renforcement des forces vitales à l’aide de préparations dont l’élément principal était des cendres de métaux, de minéraux et de végétaux (1). On distinguait au moins 500 variétés de plantes médicinales et de substances minérales dont les propriétés de quelques-unes m’ont pas encore été reconnues scientifiquement. Outre cette médicamentation, on faisait une large part au régime et même on prescrivait les jeûnes. On attribuait une grande influence aux phases de la lune sur le moment des préparations médicales, sur la nutrition en général et sur le système nerveux en particulier. La santé dépendait de l’équilibre entre le système nerveux, la bile et les gaz contenus dans l’intérieur du corps. La maladie était causée par l’air mauvais ou les parasites.
On connaissait la circulation du sang, l’inoculation et la vaccination. Les manuels hindous de chirurgie remontent à 1.200 ans avant J.-C. Le livre ( Psenta ) contient des chapitres très intéressants sur l’anatomie. A cette époque, on connaissait déjà l’amputation, l’opération césarienne, l’orthopédie, la greffe de peau, (méthode indienne) et l’usage des hémostatiques. Dans le domaine de l’ophtalmologie, on connaissait l’opération de la cataracte. On comptait 125 variétés d’instruments : forceps, seringue, cautère, sonde,* cathéter, etc. Les chirurgiens avaient l’intuition de l’antisepsie. Ils mettaient une blouse propre et lavaient la partie malade. Ils pratiquaient aussi l’anesthésie, par les inhalations, et les fumigations, etc.
Outre le traité de chirurgie, ils avaient un traité de médecine « charaka ».
(1) Hindu Chemistry, by Sir Rey.
Quant à la science « yoga », elle fait dépendre toute l’économie biologique du bon fonctionnement du système nerveux, instrument de transmission de l’énergie universelle queles Hindous appellent le « Prâna ». Cette force cosmique pénètre dans l’organisme par la glande pinéale, le cervelet et le système du grand sympathique qui la distribuent dans toutes les parties du corps. La maladie est produite par un affaiblissement ou par un excès de vibration nerveuse. Leur thérapeutique consiste à remédier au bon fonctionnement du système sympathique.
Le corps médical comprenait, outre les médecins, des infirmières et des sages-femmes. On retrouve les vestiges de la civilisation hindoue dans toute l’antiquité. Quand Alexandre est venu aux Indes, il a ramené avec lui en Grèce 2 médecins hindous.
La civilisation hindoue a été arrêtée au xn e siècle après Jésus- Christ quand les Mahométans ont attaqué l’Inde. Jusqu’alors, la médecine hindoue s’était uniformément développée. A cette époque, le vieux système hindou s’est combiné avec le système musulman. La médecine musulmane, dite « yunnanique », y a joint les infusions de plantes selon les méthodes arabes et persanes, les pommades, les massages et la diététique. Les deux systèmes sont tantôt confondus, tantôt distincts selon les régions, et il y a une grande variété de sous-écoles. Les Musulmans ont exercé une grande influence, non seulement sur la médecine, mais aussi sur la vie sociale.
La femme est enfermée dans le gynécée. D’où provient cette' restriction imposée à la liberté des femmes et des jeunes filles? Il est possible qu’à l’origine, ce fut pour défendre la famille contre les violences des envahisseurs. Les idées philosophiques qui ont conduit à l’abstinence de la viande,, des œufs, à la proscription. de l’emploi du cuir et de la destruction des parasites, ont conduit au mariage précoce. Les menstrues s’interprétaient comme la perte d’une vie qui n’attendait que son développement, et il s’ensuivait le mariage avant la puberté.
Ces mariages ont été la cause de la haute mortalité de la mère et du nouveau-né, ainsi que de la dégénérescence des parents et des enfants. Pour-supprimer cette dégénérescence qui durait depuis de longs siècles, un Hindou, Rammohan Roy, fonda la secte du Brahmisme, qui est la vraie religion hindoue et qui défend le mariage entre les enfants.
Les doctoresses américaines s’inquiétèrent beaucoup du manque de soin de la femme en couches et envoyèrent des missions médicales.
Des femmes-médecins se consacrèrent à l’œuvre difficile de guérir les malades et de prêcher la monogamie. La doctoresse Sarah C. Seward fonda un dispensaire à Allahabad et y exerça