RIE>' DE TROP
cher Félicien à dix heures, de lui dire de baisser les veux devant les femmes, de l'engager à les fuir, s'il avait laissé son fils se permettre quelques plaisirs, quelques lolies de son âge, celui-ci, devenu son maître, ne se serait pas abandonné dune façon désordonnée à une passion dont il aurait déjà connu la fragilité. Avec Adolphe, s'il ne lui eût pas constamment mis de l'eau dans son vin, celui-ci n'aurait pas ressenti un si vif désir de se livrer aux plaisirs de la table... plaisirs dans lesquels il s'est jeté avec ivresse, parce qu'on les lui avait défendus.
Quant à Yictorin, son père ne lui permettait pas de toucher une carte; il lui défendait d'entrer dans un café jouer au billard... Pourtant, si ce jeune homme eût en jouant perdu quelques centaines de francs, cela n'aurait pas ruiné son père, mais cela lui aurait fait comprendre, à lui, quelle folie il y a de compter sur le jeu pour s'enrichir.
A côté de ces trois jeunes gens, voyez maintenant ce jeune Félix Albrun, que son oncle a traité si sévèrement, parce qu'il aimait le plaisir sous ces trois formes séduisantes : les femmes, le jeu et le vin. Oui, il aimait tout cela... Mais comme les jeunes gens de son âge... ne quid nimis! rien de trop! dit le fabuliste latin; la maxime de Phèdre est sage... il faut goûter et ne pas abuser! Quand on est sage trop tôt, on risque de ne point l'être plus tard, tandis que ce mau-
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vais sujet... comme M. Moiilaurenl appelait son neveu, ce mauvais sujet de Félix est maintenant un excellent employé, ayant déjà un intérêt dans la maison où il travaille; aimé, honoré par ses chefs, ne songeant plus qu'à faire son chemin... et vous ayant bien vite envoyé ces deux mille francs, ses premières économies... trop heureux, lui, de vous prouver que vos malheurs n'altéraient point l'amitié qu'il vous a vouée...
— Il serait possible! balbutie madame Sarget, cet argent nous vient de Félix ! . . .
— Oui, madame, hier je lui ai appris votre position, et vous voyez qu'il n'a pas tardé à vous donner de ses nouvelles !
— Ah! j'avais bien deviné que cette lettre était de mon cousin ! dit Emma en essuyant ses pleurs.
— Mais il est donc vraiment sage, à présent?
— Eh! sans doute! il l'est comme on doit l'être, car saint Paul a dit : Oportet sapere ad sobrietatem ! Il faut être sage avec sobriété. Eh bien, madame, rcfuserez-vous encore les visites de mon jeune ami^
— Oh! non, docteur, car je vois bien que j'ai été injuste à son égard... Pauvre garçon, il doit bien m'en vouloir !
— Tout est oublié, chère dame ! s'écrie Félix en se précipitant dans la chambre, où il embrasse madame Sarget et va baiser les mains de sa cousine qui, en le voyant, oublie tous ses chagrins.